Dans le cadre du programme Elena, une première journée technique lait franco-allemande était organisée le 28 novembre à Kehl. Environ 300 éleveurs et techniciens se sont penchés sur la productivité et la longévité des vaches laitières.
Ulf Blohm aime les vaches âgées. Il est responsable du troupeau laitier dans l’exploitation familiale, située à Klein Nordende dans le Schleswig-Holstein, au nord de l’Allemagne. Trois générations coexistent sur la ferme. Son frère Dirk dirige la ferme, assisté de sa femme et d’un employé. La ferme compte 170 ha, dont 72 ha de prairies, 56 ha de céréales et 42 ha de maïs. Le troupeau laitier se compose de 150 vaches de deux races : pie rouge et holstein. À quoi s’ajoute un atelier d’engraissement de 75 taureaux. Ulf Blohm ne garde pas toutes les génisses du troupeau laitier : il en vend 15 à 20 chaque année à une exploitation du Friesland.
Le lait est le principal revenu de l’exploitation. Le reste des recettes provient de l’engraissement, de la vente des génisses, des céréales et du photovoltaïque. « Lors de la dernière crise laitière, ça nous a bien aidés de pouvoir compter sur les liquidités issues de l’engraissement », commente Ulf Blohm, qui fait état d’un prix du lait peu rémunérateur. Trente centimes cette année. « Il y a deux-trois ans, nous étions capables de produire à 28/29 ct, mais les charges ont augmenté, ce n’est plus possible aujourd’hui. » Pour retrouver de la compétitivité, la famille Blohm mise sur l’augmentation de la longévité des vaches et la réduction des frais d’élevage.
Depuis 1994, les performances laitières du troupeau ont augmenté. Les pies rouges sont passées de 6 300 kg à 9 000 kg en 2018. Les holstein ont dépassé les 11 000 kg en 2018. 2019 fait exception puisque les deux races ont reculé en production en raison du manque de fourrage. La teneur en protéines du lait est en augmentation grâce à une meilleure sélection des animaux mais il reste encore de la marge, estime l’éleveur.
Jouer sur la ration et la génétique
Le professionnel allemand se base sur le critère du lait par jour de vie pour estimer la rentabilité d’une exploitation. « Dans les années 2000, la valeur à viser était de 15 kg/jour de vie. Aujourd’hui, il faut qu’elle soit plus élevée. » Dans l’élevage familial, cette valeur était de 18,9 kg pour les holstein en 2018. Elle a encore un peu augmenté en 2019. Les frères Blohm ont fait appel à un spécialiste pour les aider à augmenter les performances par jour de vie de leur troupeau. Ce qui les a amenés à changer leurs pratiques.
Le premier travail a consisté à définir un but clair et à faire en sorte que chacun travaille main dans la main pour l’atteindre. L’objectif fixé est de doubler la quantité de lait produit dans la carrière des vaches. « Nous sommes à 48 000 l. Il nous manque encore 3 000 l pour y arriver mais je suis optimiste », dit-il. Pour l’atteindre, la famille Blohm joue sur la ration et la génétique.
Tout commence par un élevage intensif des veaux, une étape qu’Ulf Blohm juge « primordiale ». « Il faut donner un maximum au veau, tout ce qui est donné au démarrage est profitable. » Les veaux reçoivent donc du colostrum dès le premier jour et sont mis en niches individuelles. Du 2e au 14e jour, ils sont nourris à la poudre de lait et à partir du 15e jour, à la poudre de lait et au lait entier à parts égales. Les veaux boivent deux fois par jour. « On ne pratique pas le ad libitum mais on n’en est pas très loin », indique Ulf Blohm. En complément du lait, les veaux reçoivent une ration mélangée composée de maïs, soja, orge, paille, mélasse et minéraux, ainsi qu’un concentré starter. L’eau et le foin sont donnés à volonté et du maïs ensilage distribué à partir de deux mois.
Les niches sont désinfectées pour éviter les problèmes de diarrhées. Et depuis cette année, les veaux sont vaccinés contre la grippe. « Il faut que les veaux grossissent bien dès le départ », justifie le responsable de troupeau.
« Chaque mois d’élevage coûte »
À la ferme Blohm, l’élevage des génisses est court. Elles sont mises au pâturage en été, où elles reçoivent une complémentation (mélange de blé-colza-soja) en première année. L’hiver, de retour à l’étable, elles sont nourries d’ensilage d’herbe de troisième ou quatrième coupe, de paille et de minéraux. Elles sont inséminées à 400 kg. Un test de gestation est réalisé à 30 jours, suivi d’un réexamen à 3 mois, ce qui, reconnaît-il, est « assez coûteux ». L’âge moyen au vêlage est de 24 mois, contre 28 mois dans le Schleswig-Holstein. « Chaque mois d’élevage coûte, insiste Ulf Blohm, qui chiffre à 1 200 € le surcoût d’un mois d’élevage pour 30 veaux.
Pour l’alimentation des laitières, c’est un conseiller en alimentation qui a calculé la ration après avoir analysé les données de l’exploitation. « Mon frère alimente deux fois par jour. Cela me paraît utile. Le soir, à 10h30, il vérifie si les vaches peuvent accéder à l’alimentation. C’est important de la repousser pour que les vaches puissent l’atteindre. » La ration est partiellement mélangée. Elle est la même quels que soient la race et le stade de lactation : ensilage de maïs, d’herbe, colza, soja, blé aplati et minéraux. Elle est équilibrée à 28 kg. La distribution de concentré se fait en fonction des performances : au maximum 5,5 kg d’un concentré produit par un fabricant local. Les vaches ont accès à un parcours extérieur en été.
« Un parage régulier est primordial »
Pour permettre à leurs vaches de bien vieillir, les frères Blohm sont attentifs à la santé des onglons. Ils ont acheté un stand de parage, où les animaux sont surélevés, ce qui leur permet d’effectuer le parage eux-mêmes. « Un parage régulier est primordial », juge le paysan. La propreté des logettes et des couloirs de déplacement fait l’objet de tous les soins. En effet, pour préserver leurs pattes, les bêtes doivent pouvoir rester couchées sur une litière propre. Les couloirs de déplacement sont nettoyés deux fois par jour pour éviter la maladie de Mortellaro (dermatite digitée).
En matière de sélection, les Blohm se fixent pour objectif de travailler avec les meilleures. Le choix des génisses qui resteront dans le troupeau se fait en fonction de la taille : 1,47 m maximum. La longévité des grandes vaches laisse à désirer d’après Ulf. D’une manière générale, il recherche des vaches « plus trapues, moins hautes sur pattes, plus larges » que les grandes vaches qu’on rencontre fréquemment aujourd’hui. Pour les accouplements, les critères de sélection utilisés sont la longévité, les valeurs de fitness et la santé (reproduction, santé des mamelles). Compte tenu de l’importance de la génétique dans la longévité, les deux frères font appel à un conseiller extérieur pour gérer les accouplements. Une façon de ne pas passer à côté de certains taureaux, comme Ramos, taureau améliorateur sur ce critère mais « oublié » des accouplements pendant sa carrière. L’élevage utilise aujourd’hui des taureaux comme Reflector, Big Malki, Big Point et, en taureaux génomiques, Ranger, Wunder, Fireball.
« L’investissement dans la longévité des vaches, ça vaut le coup », estime Ulf Blohm, dont les vaches ont un âge moyen de 5,2 ans. Un troupeau encore assez jeune, mais qu’il espère encore voir vieillir dans de bonnes conditions.