Élevage

Publié le 16/12/2019

En viande bovine, le marché est marqué par une décapitalisation du troupeau. Cloé se décarcasse pour mettre en place des filières contractualisées. Les choses évoluent, mais il reste du travail pour placer les bons animaux au bon moment et au bon endroit.

Le marché de la viande bovine se caractérise par une décapitalisation du troupeau. Tant en laitier qu’en allaitant. Autre aspect important : la baisse de la consommation de viande bovine. Les indicateurs ne sont donc pas au beau fixe…Mais du côté de Comptoir élevage, la collecte d’animaux de boucherie augmente de 6 %. Dans le détail, la collecte des Jeunes bovins (JB) mâles régresse de 4 %, alors que la collecte de génisses augmente fortement (+ 43 %). Celle des vaches progresse de 4 %. La collecte de broutards progresse également, et elle reste stable en veaux. Soit un volume d’activité total en progression de 2,7 %. Le marché des veaux de huit jours est le plus compliqué : « Ils ne sont quasiment plus valorisés », constate Romain Gerussi. Le taux de pénétration de Comptoir élevage dans le Bas-Rhin approche 25 % pour les femelles, et 50 % pour les JB. Les animaux collectés sont vendus à différents abattoirs. Ceux issus de l’Organisation de producteurs Comptoir élevage vont à plus de 50 % vers le groupe Bigard Charal Socopa (BCS). Les démarches contractualisées en hausse Actuellement, Cloé (l’union de commercialisation des activités élevage de Lorca, la Cal, la Cac et le Comptoir agricole, qui représente 20 % de l’activité de Cloé) est en train d’élaborer des contrats avec différents abatteurs : « Il y a une prise de conscience des abattoirs de la nécessité d’accompagner leurs fournisseurs à long terme », rapporte Aurélie Aubry, directrice de Cloé. Le groupe Elivia a été l’un des premiers à développer ce type de démarche. « Suite à la sécheresse, ils ont lancé un JB charolais de printemps, une initiative à saluer car il y avait beaucoup de broutards sur le marché et cela a permis de favoriser les remises en place. Elivia nous a aussi accompagnés sur le placement de salers, avec un engagement jusque 2021. Et le 7 novembre nous avons signé un contrat avec Carrefour pour achalander 70 % du rayon traditionnel avec des produits sous label de qualité », énumère Aurélie Aubry. « Actuellement, un quart des animaux issus de Comptoir élevage entrent dans des démarches de filières contractualisées. C’est plus que la moyenne de Cloé, et ça va continuer à augmenter », promet Aurélie Aubry. Dominique Daul, responsable de la section bovine de Comptoir élevage, se veut également positif. « Cette tendance ne se ressent pas encore forcément dans les élevages mais les choses évoluent très vite. Pour cela, il faut continuer à travailler pour mettre en place les bons animaux au bon moment ». Cloé y travaille. « Nous sommes en train de faire comprendre aux abattoirs que nous ne pourrons pas servir tout le monde en produits sous cahier des charges. Nous allons devoir faire des choix stratégiques, et ils doivent se positionner ». Voilà pour la stratégie. Dans la pratique, l’union fait la chasse aux charges. « Nous cherchons à optimiser les coûts de transport grâce à la géolocalisation, à la formation des chauffeurs, aux économies de gasoil… »

Journée technique lait franco-allemande

La longévité, « un investissement qui vaut le coup »

Publié le 13/12/2019

Dans le cadre du programme Elena, une première journée technique lait franco-allemande était organisée le 28 novembre à Kehl. Environ 300 éleveurs et techniciens se sont penchés sur la productivité et la longévité des vaches laitières.

Ulf Blohm aime les vaches âgées. Il est responsable du troupeau laitier dans l’exploitation familiale, située à Klein Nordende dans le Schleswig-Holstein, au nord de l’Allemagne. Trois générations coexistent sur la ferme. Son frère Dirk dirige la ferme, assisté de sa femme et d’un employé. La ferme compte 170 ha, dont 72 ha de prairies, 56 ha de céréales et 42 ha de maïs. Le troupeau laitier se compose de 150 vaches de deux races : pie rouge et holstein. À quoi s’ajoute un atelier d’engraissement de 75 taureaux. Ulf Blohm ne garde pas toutes les génisses du troupeau laitier : il en vend 15 à 20 chaque année à une exploitation du Friesland. Le lait est le principal revenu de l’exploitation. Le reste des recettes provient de l’engraissement, de la vente des génisses, des céréales et du photovoltaïque. « Lors de la dernière crise laitière, ça nous a bien aidés de pouvoir compter sur les liquidités issues de l’engraissement », commente Ulf Blohm, qui fait état d’un prix du lait peu rémunérateur. Trente centimes cette année. « Il y a deux-trois ans, nous étions capables de produire à 28/29 ct, mais les charges ont augmenté, ce n’est plus possible aujourd’hui. » Pour retrouver de la compétitivité, la famille Blohm mise sur l’augmentation de la longévité des vaches et la réduction des frais d’élevage. Depuis 1994, les performances laitières du troupeau ont augmenté. Les pies rouges sont passées de 6 300 kg à 9 000 kg en 2018. Les holstein ont dépassé les 11 000 kg en 2018. 2019 fait exception puisque les deux races ont reculé en production en raison du manque de fourrage. La teneur en protéines du lait est en augmentation grâce à une meilleure sélection des animaux mais il reste encore de la marge, estime l’éleveur. Jouer sur la ration et la génétique Le professionnel allemand se base sur le critère du lait par jour de vie pour estimer la rentabilité d’une exploitation. « Dans les années 2000, la valeur à viser était de 15 kg/jour de vie. Aujourd’hui, il faut qu’elle soit plus élevée. » Dans l’élevage familial, cette valeur était de 18,9 kg pour les holstein en 2018. Elle a encore un peu augmenté en 2019. Les frères Blohm ont fait appel à un spécialiste pour les aider à augmenter les performances par jour de vie de leur troupeau. Ce qui les a amenés à changer leurs pratiques. Le premier travail a consisté à définir un but clair et à faire en sorte que chacun travaille main dans la main pour l’atteindre. L’objectif fixé est de doubler la quantité de lait produit dans la carrière des vaches. « Nous sommes à 48 000 l. Il nous manque encore 3 000 l pour y arriver mais je suis optimiste », dit-il. Pour l’atteindre, la famille Blohm joue sur la ration et la génétique. Tout commence par un élevage intensif des veaux, une étape qu’Ulf Blohm juge « primordiale ». « Il faut donner un maximum au veau, tout ce qui est donné au démarrage est profitable. » Les veaux reçoivent donc du colostrum dès le premier jour et sont mis en niches individuelles. Du 2e au 14e jour, ils sont nourris à la poudre de lait et à partir du 15e jour, à la poudre de lait et au lait entier à parts égales. Les veaux boivent deux fois par jour. « On ne pratique pas le ad libitum mais on n’en est pas très loin », indique Ulf Blohm. En complément du lait, les veaux reçoivent une ration mélangée composée de maïs, soja, orge, paille, mélasse et minéraux, ainsi qu’un concentré starter. L’eau et le foin sont donnés à volonté et du maïs ensilage distribué à partir de deux mois. Les niches sont désinfectées pour éviter les problèmes de diarrhées. Et depuis cette année, les veaux sont vaccinés contre la grippe. « Il faut que les veaux grossissent bien dès le départ », justifie le responsable de troupeau. « Chaque mois d’élevage coûte » À la ferme Blohm, l’élevage des génisses est court. Elles sont mises au pâturage en été, où elles reçoivent une complémentation (mélange de blé-colza-soja) en première année. L’hiver, de retour à l’étable, elles sont nourries d’ensilage d’herbe de troisième ou quatrième coupe, de paille et de minéraux. Elles sont inséminées à 400 kg. Un test de gestation est réalisé à 30 jours, suivi d’un réexamen à 3 mois, ce qui, reconnaît-il, est « assez coûteux ». L’âge moyen au vêlage est de 24 mois, contre 28 mois dans le Schleswig-Holstein. « Chaque mois d’élevage coûte, insiste Ulf Blohm, qui chiffre à 1 200 € le surcoût d’un mois d’élevage pour 30 veaux. Pour l’alimentation des laitières, c’est un conseiller en alimentation qui a calculé la ration après avoir analysé les données de l’exploitation. « Mon frère alimente deux fois par jour. Cela me paraît utile. Le soir, à 10h30, il vérifie si les vaches peuvent accéder à l’alimentation. C’est important de la repousser pour que les vaches puissent l’atteindre. » La ration est partiellement mélangée. Elle est la même quels que soient la race et le stade de lactation : ensilage de maïs, d’herbe, colza, soja, blé aplati et minéraux. Elle est équilibrée à 28 kg. La distribution de concentré se fait en fonction des performances : au maximum 5,5 kg d’un concentré produit par un fabricant local. Les vaches ont accès à un parcours extérieur en été. « Un parage régulier est primordial » Pour permettre à leurs vaches de bien vieillir, les frères Blohm sont attentifs à la santé des onglons. Ils ont acheté un stand de parage, où les animaux sont surélevés, ce qui leur permet d’effectuer le parage eux-mêmes. « Un parage régulier est primordial », juge le paysan. La propreté des logettes et des couloirs de déplacement fait l’objet de tous les soins. En effet, pour préserver leurs pattes, les bêtes doivent pouvoir rester couchées sur une litière propre. Les couloirs de déplacement sont nettoyés deux fois par jour pour éviter la maladie de Mortellaro (dermatite digitée). En matière de sélection, les Blohm se fixent pour objectif de travailler avec les meilleures. Le choix des génisses qui resteront dans le troupeau se fait en fonction de la taille : 1,47 m maximum. La longévité des grandes vaches laisse à désirer d’après Ulf. D’une manière générale, il recherche des vaches « plus trapues, moins hautes sur pattes, plus larges » que les grandes vaches qu’on rencontre fréquemment aujourd’hui. Pour les accouplements, les critères de sélection utilisés sont la longévité, les valeurs de fitness et la santé (reproduction, santé des mamelles). Compte tenu de l’importance de la génétique dans la longévité, les deux frères font appel à un conseiller extérieur pour gérer les accouplements. Une façon de ne pas passer à côté de certains taureaux, comme Ramos, taureau améliorateur sur ce critère mais « oublié » des accouplements pendant sa carrière. L’élevage utilise aujourd’hui des taureaux comme Reflector, Big Malki, Big Point et, en taureaux génomiques, Ranger, Wunder, Fireball. « L’investissement dans la longévité des vaches, ça vaut le coup », estime Ulf Blohm, dont les vaches ont un âge moyen de 5,2 ans. Un troupeau encore assez jeune, mais qu’il espère encore voir vieillir dans de bonnes conditions.  

Comptoir élevage

2019, l’année du cochon

Publié le 11/12/2019

Mardi 19 novembre, le groupe élevage du Comptoir agricole organisait sa réunion annuelle pour faire le point sur ses activités. Pascal Le Duot, directeur d’Uniporc et du Marché du porc breton (MPB), a décrypté le marché du porc, pris entre crise sanitaire et guerre économique.

Le marché du porc est cyclique, c’est bien connu. Actuellement, il est au sommet de la vague. Essentiellement pour des raisons conjoncturelles que Pascal Le Duot, directeur d’Uniporc et du Marché du porc breton (MPB), a détaillé lors de cette soirée. Petits rappels au préalable : « La viande de porc est une matière première indexée, qui parcourt le monde, et dont les prix tiennent compte du marché mondial ». À noter aussi : « Le poisson est la première source de protéine consommée dans le monde, devant la viande. Celle de porc a été longtemps la plus consommée au monde, mais elle a été dépassée par la volaille, pour des raisons éthiques, religieuses et économiques », poursuit Pascal Le Duot. La viande de porc est produite à 60 % et consommée à 70 % en Asie. La Chine, par exemple, est un gros pays producteur, mais pas assez pour être autosuffisante. Elle est donc importatrice de viande de porc, contrairement aux USA et à l’UE, qui sont exportateurs. Globalement, la production mondiale de viande de porc augmente de 1 % par an. Dans le détail, elle stagne en Europe, alors qu’aux États-Unis, par exemple, elle augmente significativement (+ 6 %). En 2018, le marché du porc a été fortement impacté par deux facteurs : la guerre économique que se livrent la Chine et les États-Unis et par la propagation de la Peste porcine africaine (PPA). Conséquence de la guerre économique, les États-Unis ont réduit leurs exportations vers la Chine, mais aussi le Mexique et le Canada. « Grosso modo, les Américains consomment ce qu’ils produisent, donc le prix du porc américain s’effondre, passant derrière le prix européen. » Sur l’échiquier mondial, Pascal Le Duot souligne aussi la montée en puissance de la Russie, qui a largement subventionné son élevage porcin, jusqu’à devenir exportatrice en 2019. « La Russie va devenir un opérateur majeur sur le marché du porc. » Autre pays qui bouge : l’Espagne. La patrie du pata negra a investi dans des structures d’abattage. Elle devrait devenir le premier pays abatteur en Europe, détrônant l’Allemagne. L’Espagne est aussi le premier fournisseur de viande de porc de la France, où la production stagne et où les importations de produits transformés augmentent, traduisant une perte de la valeur ajoutée au passage. La PPA se propage par la viande contaminée « Au niveau mondial, le principal vecteur de propagation de la PPA s’avère être le commerce de viande contaminée », indique Pascal Le Duot. En Europe, elle progresse sur un front venant de l’Est, essentiellement via la faune sauvage porteuse du virus et parce que, dans certains pays de l’Est, les règles de biosécurité sont sommaires, si ce n’est inexistantes. « Depuis le 14 août il n’y a pas eu de nouveau cas de sanglier mort de la PPA dans la zone de surveillance en Belgique, ce qui est plutôt positif », note Pascal Le Duot. Par contre, un sanglier mort de la PPA a été trouvé en Pologne, à 80 km de l’Allemagne. Or, si l’Allemagne devait être contaminée, c’est quelque 1 Mt de viande de porc qui se retrouveraient sur le marché européen, puisque cette viande ne pourra plus être exportée vers les pays tiers. Pour Pascal Le Duot, une chose est sûre, la gestion de l’épidémie passera par « des mesures sanitaires adaptées ». En attendant, la raréfaction de la ressource tire les cours mondiaux de la viande de porc vers le haut. « Et, heureusement, l’effet PPA l’emporte sur l’effet Trump, commente Pascal Le Duot. Actuellement, en Chine, le cochon coûte 550 €, un prix qui tire le prix mondial, et le prix perçu par les éleveurs européens suit. » Pour conclure, l’expert a tenté de donner quelques perspectives d’avenir aux éleveurs. Premier élément, plutôt favorable : « On ne peut pas avoir des pays qui ont trop de porc et de d’autres qui n’en ont pas. Le commerce se fera de toute manière, malgré la PPA ». Et puis cette crise, qui tire les cours vers le haut, va durer. Car « il n’y a pas de vaccin à moyen terme ». En outre, la baisse de la production allemande laisse une place à prendre. Et la mise en route d’un nouvel abattoir espagnol, capable de traiter 34 000 porcs par jour, va créer de la demande. « Ce qui est bon pour le porc espagnol mais aussi français. » Un autre élément va jouer, mais difficile de savoir dans quel sens : l’impact des États généraux de l’alimentation et de l’évolution des attentes sociétales en matière de pratiques d’élevage. D’autres facteurs risquent d’être plus défavorables au marché du porc : la baisse de la consommation mondiale, la guerre économique entre les USA et la Chine, le poids de la distribution et de la transformation en Europe et l’évolution de la PPA. Reste à savoir quels sont les facteurs qui pèseront le plus lourd sur l’évolution des cours.    

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