Bovins viande
Aléas climatiques : des leviers pour s’adapter
Bovins viande
Publié le 14/01/2020
Face aux aléas climatiques, quels impacts et quels leviers d’adaptation dans les exploitations de bovins viande ? Tel était le thème de la réunion organisée le 3 décembre à l’EARL du Piémont à Westhoffen par le service élevage de la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA) dans le cadre des réseaux d’élevage.
Les aléas climatiques de ces dernières années ont eu des répercussions dans les élevages bovins allaitants. Dans la zone Est Élevage, le nombre de vaches allaitantes présentes dans les élevages est en hausse depuis 2010. Mais celui des vêlages ne suit pas. « C’est dommage car un veau par vache et par an, c’est ce qui fait la rentabilité de vos exploitations », indique Matthieu Vaillant, conseiller bovins viande et fourrage à la CAA. Ceci s’explique par un intervalle vêlage-vêlage (IVV) qui progresse : en 2010, il était de 400 jours, et il n’a fait qu’augmenter entre 2016 et 2018. L’effet des mauvais fourrage récoltés en 2016, considère Matthieu Vaillant, qui chiffre à 1,60 € la perte par jour de retard. « Vingt jours d’IVV en plus, c’est une trentaine d’euros de perdus. Sur 100 vaches, ça fait de l’argent ». Par ailleurs, le nombre de veaux vivants à 210 jours est en baisse de 4 points depuis 2016 et un tiers des élevages a connu des taux de mortalité plus élevés sur la campagne 2017, toujours en raison de la mauvaise qualité des fourrages 2016. Face aux aléas climatiques, les réseaux d’élevage ont testé différents scénarios pour un naisseur herbager (109 vaches, 1,1 UGB/ha de SFP, 150 ha de prairies, pas de culture) et pour un naisseur en polyculture-élevage (54 vaches, 1,2 UGB/ha de SFP, 68 ha de prairies, 67 ha de cultures). L’étude consistait à comparer les effets de plusieurs stratégies en cas de mauvais fourrage (2016) ou de déficit fourrager (2018). Dans le scénario « mauvais fourrage », les éleveurs peuvent opter pour une stratégie de complémentation visant à maintenir les performances techniques du troupeau ou pour une stratégie « économie » consistant à nourrir le troupeau uniquement avec les fourrages disponibles. Des stratégies à comparer Quel que soit son choix, le naisseur herbager voit son excédent brut d’exploitation (EBE) chuter. Mais les deux stratégies aboutissent à un EBE quasiment équivalent, ce qui constitue « une surprise ». Si l’on prend en compte d’autres critères que l’EBE, l’avantage est plutôt à la complémentation, observe Matthieu Vaillant. En effet, la stratégie « économie » a un impact l’année de sa mise en œuvre (baisse du GMQ, surmortalité) mais aussi l’année suivante avec une baisse du taux de gestation, une augmentation de l’IVV et un décalage des vêlages. Le naisseur-polyculteur voit aussi son EBE baisser dans les deux scénarios, mais dans une moindre proportion. La complémentation s’avère en tout cas plus avantageuse pour lui car les produits dégagés restent supérieurs aux charges de complémentation. Ces résultats ne tiennent pas compte de la désorganisation du travail et des décalages à long terme. Le scénario « déficit fourrager » repose sur un déficit de fourrage de 20 % associé à un manque de pâturage. Pour le naisseur herbager, les réseaux d’élevage ont comparé l’achat de fourrages sous diverses formes et la diminution du troupeau. Ces deux stratégies entraînent un recul de l’EBE à peu près équivalent. Le recul est un peu plus marqué en cas d’achat de foin que de paille. Chez le naisseur polyculteur, l’achat de fourrages - paille ou foin - a été comparé à deux autres stratégies, l’adaptation de l’assolement (introduction du pâturage tournant ou de la luzerne) et la désintensification. L’EBE est en recul dans toutes les situations par rapport à une année sans aléa. Il est quasiment équivalent pour l’achat de paille et la diminution du cheptel, quelle que soit la conjoncture retenue. Mais il est meilleur en cas d’introduction de luzerne et de pâturage tournant. L’achat de foin (à 120 € la tonne) apparaît comme le scénario le moins avantageux en termes d’EBE. Des prévisions fourragères pour anticiper Cette étude montre qu’il est difficile de compenser l’aléa climatique. « Si l’on ne fait rien, les performances sont dégradées et le système perturbé. Mais les leviers sont plus limités en système herbager, constate Matthieu Vaillant. Alors qu’en système de polyculture-élevage, on peut jouer sur la complémentarité entre cultures et élevage. La désintensification est d’autant plus intéressante que la situation initiale est intensive, ce qui n’est pas le cas des systèmes testés ici. » Face à la sécheresse, les leviers de sécurisation existent. Matthieu Vaillant en a donné quelques exemples, avant de rappeler les bonnes pratiques : il est nécessaire d’anticiper en réalisant des prévisions fourragères et de réajuster ses prévisions en fonction de la situation. Si le manque de fourrage est avéré, mieux vaut éviter les achats de dernière minute qui sont coûteux. Pour s’assurer un fourrage suffisant, il conseille d’avancer les apports d’azote et de ne pas faire l’impasse sur la fumure de fond des prairies. Une mise à l’herbe précoce des animaux est aussi recommandée, dès que le sol devient portant et avec un chargement adapté. Autre conseil : réaliser des fauches précoces pour s’assurer un fourrage de qualité et valoriser l’herbe d’automne. De la souplesse pour demain « Demain, avoir de la souplesse va devenir inévitable dans les systèmes tendus », prédit Matthieu Vaillant. En système herbager, il sera nécessaire d’avoir une marge de sécurité plus grande qu’avant. Chez les polyculteurs-éleveurs, cela passera par les cultures double fin. Augmenter les cultures fourragères ou diminuer le nombre d’animaux, favoriser les méteils et les cultures dérobées, limiter les animaux improductifs et augmenter ses capacités de stockage pour pouvoir stocker en cas de récolte abondante sont quelques-unes des pistes envisageables. La CAA a organisé cinq réunions consacrées aux fourrages début janvier. Il y a notamment été question des méteils, de la fumure de fond sur prairies et de la conservation des silos d’herbe.












