Élevage

Publié le 05/08/2019

La Ville de Strasbourg a lancé son premier éco-pâturage urbain jeudi 1er août. Une vingtaine de brebis et moutons brouteront l’herbe de plusieurs parcs du centre-ville jusqu’en novembre.

« Elles vont s’habituer à voir du monde. » Derrière Olivier Moog, des brebis et moutons débarqués le matin même de Scheibenhard, près de Lauterbourg. Nous sommes à quelques centaines de mètres de l’hôtel de ville de Strasbourg. Changement de décor pour ces bêtes habituées aux prés d’Alsace du nord. L’éleveur et la municipalité inaugurent une expérience un peu spéciale. D’août à novembre, une vingtaine d’ovins va pâturer en pleine jungle urbaine. Les Hampshire suffolk et Bizet du Massif central seront parqués aux abords de l’hypercentre. D’abord au parc du Heyritz. Puis à celui de l’Étoile. Ils devraient terminer leur séjour strasbourgeois au quai Conrad, près de l’église orthodoxe. « Ça se fera en fonction de la qualité de l’herbe », indique Adrien Schverer, adjoint au responsable du service espaces naturels à la Ville. Leur viande sera ensuite valorisée sous label bio. « La ville n’utilise plus de pesticides ici depuis deux ans, donc c’est bon », assure l’éleveur.       « Martine Aubry m’a contacté » Le but de l’opération ? Pour la commune : économiser la main-d’œuvre dédiée au désherbage mécanique et « ramener des animaux en ville », selon Christel Kohler, adjointe au maire en charge de Ville en nature et ville nourricière. Pour l’éleveur : de l’herbe gratuite et un revenu supplémentaire. Car « tout travail mérite salaire », répète Olivier Moog. D’autant que l’éco-pâturage urbain demande une attention particulière. Pas question de laisser les animaux gambader à leur guise. L’agriculteur devra délimiter lui-même les zones de pâture et déplacer les bêtes. Le plus difficile : la traversée des avenues quand il déménagera d’un jardin à l’autre. Les premiers soirs, il devra même rentrer le troupeau dans un carré clôturé à l’écart de la foule. « Si ça se passe bien avec les gens, on les laissera tout le temps dehors par la suite », espère le professionnel. Bref, du boulot en perspective. Le pâturage en ville a le vent en poupe. En cause : l’interdiction de l’utilisation des pesticides par les collectivités et le regain d’intérêt des citadins pour l’agriculture. Olivier travaille depuis deux ans avec les Voies navigables de France et plusieurs grandes entreprises. Et son téléphone n’arrête pas de sonner. « Martine Aubry m’a contacté, mais Lille ce n’est pas à côté », s’amuse l’éleveur. De toute façon, inutile d’aller si loin. Si l’expérience s’avère concluante, la Ville de Strasbourg envisage de recruter de nouveaux moutons dans d’autres secteurs.

Concours interraces d’Alsace Bossue

Lady Di rayonnante

Publié le 05/07/2019

Dimanche dernier, Thomas Strohm, président du Syndicat des éleveurs d’Alsace Bossue, et son équipe ont mis les bouchées doubles à l’organisation du concours interraces d’Alsace Bossue à Lorentzen, qui a tenu toutes ses promesses malgré la canicule.

Éleveurs et agriculteurs se sont mêlés à la foule sous un soleil brûlant dimanche dernier à Lorentzen, à l’occasion du concours interraces. Rendez-vous incontournable du monde agricole d’Alsace Bossue. « Ce mini-salon de l’agriculture en Alsace Bossue existe depuis plus de 60 ans. C’est l’occasion pour les agriculteurs et les curieux de se rencontrer, d’échanger, et pour nous, un moment de partage », rappelle Thomas Strohm, président du Syndicat des éleveurs d’Alsace Bossue. « Assister à un concours bovin est une expérience enrichissante ; pour les jeunes c’est une immersion dans la vie agricole, l’occasion de connaître son importance », fait remarquer un citadin au milieu du public.     Douchées, brossées et fraîchement tondues Malgré la chaleur accablante, 16 éleveurs ont fait le déplacement, dont deux éleveurs du « Bitcherland » et un nouvel éleveur. Ils avaient emmené une trentaine d’animaux : des prim’holstein, des charolais, une brune, une simmental, une jersiaise, une normande, des highland cattle, mais aussi des moutons, des cochons et même un lama. Point fort de cette journée, le concours prim’holstein a permis d’apprécier la qualité du travail quotidien de ces éleveurs passionnés, pour la plupart des habitués du podium. Ils ont présenté leurs plus beaux sujets. Des animaux sélectionnés par les contrôleurs laitiers, à pied d’œuvre avant le concours pour prodiguer conseils et encouragements. Douchées, brossées et fraîchement tondues, les vaches en compétition ont été passées au crible par Daniel Schwartz, éleveur à Hochstett. Production laitière, qualité du lait, aspect de la mamelle, membres, aplombs, port de tête, ligne de dos, tout a été scrupuleusement observé par le juge. Les génisses ont été présentées les premières. Certaines candidates récalcitrantes ont pris la grosse tête et les éleveurs en ont bavé pour les faire entrer dans le ring. La remise des prix s’est effectuée en présence de Denis Ramspacher, président de la Chambre d’agriculture d’Alsace, et Patrick Bastian, conseiller régional. C’est Lady Di, du Gaec Dintinger à Weislingen, une vache née le 31 décembre 2015, qui a remporté le titre de grande championne de ce concours. L’EARL Ensminger à Waldhambach remporte les titres de meilleure mamelle jeune, avec Myeline, et de meilleure mamelle adulte, avec Iskeller. Pierre Fieffel de Weiterswiller a présenté six highland cattle à robe noire, ainsi qu’un taureau âgé de 8 ans pesant 1 tonne. Une race qui se caractérise par ses longs poils qui la protègent du froid et sa viande persillée et goûteuse. « L’élevage, un métier dur, mais tellement passionnant » Les enfants des éleveurs ont également contribué à la réussite de cette journée, avec la présentation de leurs veaux. Cinq groupes, avec sept veaux, ont défilé pour présenter une saynète ou une chanson. « Même les veaux sont coiffés de chapeaux, c’est aujourd’hui le retour aux sources, c’est le côté humain qui revient. Tous les groupes ont chanté ou récité un poème », relève le speaker. Des petites mises en scène qui leur ont permis de faire passer un message clair : « L’élevage est un métier dur, mais tellement passionnant ». Côté animations, tout avait été prévu pour satisfaire petits et grands : exposition de matériel agricole dernier cri, marché du terroir, manèges, tour en poney. Restauration et buvette ont été assurées tout au long de la journée. « Nous avons eu moins de monde cette année, à midi moins de repas, constate Thomas Strohm. Mais en soirée la grande foule s’est précipitée autour des tables pour déguster tartes flambées et pizzas. »

Publié le 03/07/2019

La famille Wendling se lance dans les poules pondeuses bios. Elle a inauguré le bâtiment qui accueillera les 9 000 volailles, samedi 29 juin, à Lupstein, près d’Hochfelden. Une idée d’Odile, la maman, pour sa reconversion professionnelle.

« C’est ma journée », glisse Odile Wendling. Sa voix douce et son visage souriant dissimulent mal une excitation teintée du stress de l’événement. Quelques instants plus tôt, la petite dame a tenu à remercier une par une les personnes qui l’ont aidée ces douze derniers mois. Elle a ensuite coupé le ruban. Car samedi matin, elle inaugure son bâtiment d’élevage de poules bios. Le hangar a été érigé à 50 mètres de l’étable où ruminent les vaches de son époux, Jean-Christophe, aux abords de Lupstein (67). Ces murs de tôle représentent un cap dans la vie professionnelle d’Odile.     Tout commence l’an dernier. Odile travaille alors comme vendeuse dans le magasin de la ferme Rothgerber, à Traenheim. Son patron lui donne l’idée au détour d’une phrase. Et si elle se lançait dans les poules pondeuses ? Presque une blague. À 47 ans, Odile a déjà un emploi du temps chargé. Un travail, des enfants, la ferme du mari… Et surtout, elle n’y connaît rien en volailles. « Je savais qu’il y avait une grosse demande, alors je lui en ai parlé comme ça, sans trop réfléchir », explique Timothée Rothgerber avec le sourire de celui qui a bien réussi son coup. D’une plaisanterie à un projet de vie Mais les mois passent et la boutade ne quitte plus l’esprit d’Odile. La plaisanterie devient une option intéressante. Puis une éventualité sérieuse. Alors un soir, « j’en parle à mon mari et il me dit : « Ben oui, pourquoi pas » », rembobine l’agricultrice. La machine est lancée. Timothée, encore lui, connaît des acheteurs via le groupement d’intérêt économique Alsace Authentique. Il lui présente André Bastady. Cet éleveur de volailles du Sundgau souhaite acheter des œufs bas-rhinois pour fournir les restaurants, boulangeries et supermarchés du département. « Le feeling est tout de suite passé entre nous », témoigne la future productrice. On la comprend. Le volubile André Bastady attire tout de suite la sympathie. Surtout, il connaît son business. « Seuls 7 % des œufs bios consommés en Alsace viennent d’Alsace, estime l’entrepreneur. On a encore de belles années devant nous. » Son plan ? Ses camions livrent déjà dans l’Eurométropole. Mais une fois la course terminée, ils rentrent à vide dans le Haut-Rhin. « Une aberration écologique », dixit André. Désormais, ses livreurs poursuivront leur route jusqu’à Lupstein et repartiront la remorque pleine d’œufs de l’élevage d’Odile. Affaire conclue. Les deux producteurs signent un contrat commercial. Pondoirs, caillebotis et jardin d’hiver Odile a trouvé un client. Reste à construire le bâtiment. En mars 2019, le chantier démarre. Jean-Marc Frobert, gérant de la société BFC Constructions, conçoit un hangar d’une capacité de 9 000 poules selon le système pondoirs et caillebotis. Il installe des trappes aux murs pour que les poules sortent à l’air libre. Du classique. Sauf le « jardin d’hiver », comme aime l’appeler le constructeur. Une sorte de sas couvert entre le bâtiment et la promenade extérieure. « Depuis la grippe aviaire on en construit de plus en plus », remarque le chef du chantier. Côté promenade, de grandes ouvertures grillagées laissent entrer la lumière. Le rôle de cet espace ? Diminuer le confinement des animaux. « Les volailles peuvent sortir du bâtiment même quand il y a de la neige, vante Jean-Marc. Ce n’est pas tout à fait l’extérieur, mais ce n’est plus l’intérieur. » L’investissement global dépasse le demi-million d’euros. « J’ai perdu une très bonne vendeuse » En parallèle, Odile se prépare à son nouveau métier. En décembre, elle quitte son poste de vendeuse chez Timothée Rothgerber. L’agriculteur de Traenheim à l’origine de son projet. Elle crée la structure juridique de sa nouvelle activité. Ce sera l’EARL L’Atelier à œufs. Simple. Efficace. Et puis elle se forme. « André Bastady nous a fait visiter des poulaillers, j’ai beaucoup discuté avec les producteurs. » Elle lit des articles techniques, suit des formations sur les maladies animales à la Chambre d'agriculture. Bref, elle apprend le b.a.-ba de la profession. Ce saut dans l’inconnu ne lui fait pas peur ? « Il faut un certain courage c’est sûr, admet-elle sans fausse modestie. Toute ma famille me soutient, donc ça va. » Ses deux filles de 20 et 18 ans réfléchissent d’ailleurs à s’installer avec elle d’ici quelques années. Désormais, place à la pratique. Les poules devaient arriver lundi 1er juillet à 12 h 30 précises. Dans son bâtiment encore vide, Odile affiche une sérénité bluffante. « Je me sens bien », confirme-t-elle avec la voix de celle qui s’est repassée l’année écoulée des dizaines de fois. Plus loin, les invités discutent autour de knacks et d’amuse-bouches. Timothée Rothgerber fait mine de regretter : « Finalement j’aurais dû me taire, j’ai perdu une très bonne vendeuse ». Et André Bastady de reprendre à la volée : « Et moi j’ai gagné une productrice ». Première livraison prévue courant juillet.

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