Élevage

Publié le 09/08/2019

Michaël Meyer s’est lancé dans l’élevage d’escargots l’an dernier. Cette activité complémentaire lui a permis de quitter son deuxième emploi et de se consacrer totalement à sa ferme. Un saut dans l’inconnu salutaire pour ce fils d’informaticien.

La coquille paraît minuscule dans la paluche du paysan. « Il va sortir, rassure Michaël Meyer. Avec la chaleur ils font la sieste. » L’armoire à glace effleure la carapace du bout du doigt. Bingo. Le mollusque sort la tête de sa carapace. « C’est curieux ces bêtes-là », approuve l’éleveur, marcel, short et chaussures de sécurité aux pieds. Aujourd’hui, les escargots n’ont plus de secrets pour lui. Depuis deux ans, il leur consacre une attention particulière. Grâce à eux, l’Ebersheimois a pu s’installer à temps plein comme chef d’exploitation. Encore un mirage deux ans plus tôt.     Pour comprendre l’histoire, il faut remonter quelques années en arrière. En 2015, l’oncle de Michaël, céréalier, prend sa retraite. Avec une mère infirmière et un père informaticien, c’est une occasion unique de s’installer sur sa propre ferme. « Mais 38 ha de maïs, c’est trop peu pour vivre », regrette Michaël. À 31 ans, il est obligé de cumuler les travaux des champs et un mi-temps dans une entreprise de maintenance de gravières. Bien loin de son rêve de gosse. Michaël a toujours voulu être agriculteur à temps complet. Essai transformé Le jeune homme cherche alors un moyen de diversifier sa production. « Quelque chose pour faire du chiffre. » Sans trop d’investissements non plus. Les gros tracteurs et les dettes qui vont avec, très peu pour lui. Le maraîchage ? « Il y en a déjà à tous les coins de rue autour de Sélestat », écarte-t-il. Hors de question de marcher sur les plates-bandes des collègues. En revanche, les héliciculteurs (éleveurs d’escargots) ne se bousculent pas au portillon. Le pluriactif affine ses recherches. Lit des articles. Se renseigne auprès des quelques professionnels du département. Il fait même un stage dans un lycée de Besançon. Bref, il apprend les bases du métier. Mais quels résultats économiques attendre ? La Chambre d'agriculture ne possède aucune étude chiffrée. L’héliciculture est un monde secret. Personne ne dévoile ses livres de comptes. Une seule option s’offre à Michaël : le coup d’essai. En 2017, il achète 5 000 bébés escargots (naissains dans le jargon) et installe un petit parc dans le jardin. Quelques planches pour délimiter l’enclos et un filet pour protéger les mollusques des rats et rapaces. « Avec mon épouse Élodie, on les a cuits, préparés et beurrés dans la cuisine », se souvient le fermier. Résultat : toute la production est vendue en deux semaines via le bouche-à-oreille. Essai transformé. Un Smic dès la deuxième année L’engrenage se met vite en route. De mars à septembre 2018, l’éleveur fait construire un petit local de vente et un atelier de transformation à l’arrière de sa maison. 50 000 € subventionnés à 40 %. En mai, il reçoit sa première vraie bande : 70 000 naissains. Des gros gris. En parallèle, il prend un congé sans solde auprès de l’entreprise de maintenance industrielle pour laquelle il travaille. C’est le début de sa carrière de paysan à plein temps. De septembre à décembre, Michaël dédie ses journées à la transformation des escargots. Son oncle donne un coup de main aux champs. La première saison de vente suit la lancée de 2017. Sur les 5 100 douzaines produites, 4 000 partent entre novembre et décembre. « On fait 80 % de notre chiffre à Noël », confirme Michaël. Avec sa marge de 25 % sur les ventes et les revenus des céréales, le producteur s’octroie un salaire de 800 €. Pas mal pour une première année. La vente d’escargots représente désormais 50 % du chiffre d’affaires de la ferme. Ces résultats donnent des ailes à l’exploitant. En 2019, il double son cheptel. À 140 000 coquilles réparties dans deux parcs. « Si tout va bien, je devrais me verser un Smic », dit-il, confiant. Un luxe comparé à de nombreux agriculteurs en phase d’installation. Désormais, Michaël affiche à haute voix son objectif ultime. Vivre à 100 % des escargots. Et abandonner le maïs ? Jamais de la vie. « Les céréales, c’est mon métier. » « On est plus cuisinier qu’éleveur » Ce projet ressemble aussi à une plongée dans l’inconnu. Michaël a dû tout apprendre. À commencer par la cuisine. Les bestioles passent dans un bain-marie. Puis il leur enlève l’appareil digestif. Elles sont ensuite blanchies à l’eau bouillante. Puis surgelées. Et cuites de nouveau dans un bouillon de légumes avant d’être mises en coquilles et beurrées. Un parcours du combattant. « On est plus cuisinier qu’éleveur », sourit le professionnel. Il a aussi dû accepter de déléguer. L’an dernier, il a embauché un saisonnier pendant le mois de décembre. Pas suffisant pour affronter les 14 heures de travail quotidiennes. La fatigue et le stress ont envoyé le fermier chez le médecin. Verdict : une semaine de repos forcé. Ça fait réfléchir. Alors cette année, une dame va épauler Michaël à mi-temps durant toute la période de transformation. Magasin à la ferme, livraison aux drives, marchés… Ce père de deux enfants a aussi découvert le monde de la vente. À l’arrache. « Au début je n’avais pas de carte de visite, pas de terminal de paiement, même pas d’écriteau pour les prix », rougit-il. Aujourd’hui, il a trouvé sa routine sur les marchés. Il a investi 1 200 € dans une tonnelle et un congélateur qu’il installe à l’arrière de son utilitaire. « Au début c’était stressant, mais maintenant j’adore, confie-t-il. Quand les gens disent qu’ils sont contents de mes produits, c’est la meilleure des récompenses. » Et l’héliciculteur arrive à vivre de son métier. Un rêve devenu réalité.

Publié le 05/08/2019

La Ville de Strasbourg a lancé son premier éco-pâturage urbain jeudi 1er août. Une vingtaine de brebis et moutons brouteront l’herbe de plusieurs parcs du centre-ville jusqu’en novembre.

« Elles vont s’habituer à voir du monde. » Derrière Olivier Moog, des brebis et moutons débarqués le matin même de Scheibenhard, près de Lauterbourg. Nous sommes à quelques centaines de mètres de l’hôtel de ville de Strasbourg. Changement de décor pour ces bêtes habituées aux prés d’Alsace du nord. L’éleveur et la municipalité inaugurent une expérience un peu spéciale. D’août à novembre, une vingtaine d’ovins va pâturer en pleine jungle urbaine. Les Hampshire suffolk et Bizet du Massif central seront parqués aux abords de l’hypercentre. D’abord au parc du Heyritz. Puis à celui de l’Étoile. Ils devraient terminer leur séjour strasbourgeois au quai Conrad, près de l’église orthodoxe. « Ça se fera en fonction de la qualité de l’herbe », indique Adrien Schverer, adjoint au responsable du service espaces naturels à la Ville. Leur viande sera ensuite valorisée sous label bio. « La ville n’utilise plus de pesticides ici depuis deux ans, donc c’est bon », assure l’éleveur.       « Martine Aubry m’a contacté » Le but de l’opération ? Pour la commune : économiser la main-d’œuvre dédiée au désherbage mécanique et « ramener des animaux en ville », selon Christel Kohler, adjointe au maire en charge de Ville en nature et ville nourricière. Pour l’éleveur : de l’herbe gratuite et un revenu supplémentaire. Car « tout travail mérite salaire », répète Olivier Moog. D’autant que l’éco-pâturage urbain demande une attention particulière. Pas question de laisser les animaux gambader à leur guise. L’agriculteur devra délimiter lui-même les zones de pâture et déplacer les bêtes. Le plus difficile : la traversée des avenues quand il déménagera d’un jardin à l’autre. Les premiers soirs, il devra même rentrer le troupeau dans un carré clôturé à l’écart de la foule. « Si ça se passe bien avec les gens, on les laissera tout le temps dehors par la suite », espère le professionnel. Bref, du boulot en perspective. Le pâturage en ville a le vent en poupe. En cause : l’interdiction de l’utilisation des pesticides par les collectivités et le regain d’intérêt des citadins pour l’agriculture. Olivier travaille depuis deux ans avec les Voies navigables de France et plusieurs grandes entreprises. Et son téléphone n’arrête pas de sonner. « Martine Aubry m’a contacté, mais Lille ce n’est pas à côté », s’amuse l’éleveur. De toute façon, inutile d’aller si loin. Si l’expérience s’avère concluante, la Ville de Strasbourg envisage de recruter de nouveaux moutons dans d’autres secteurs.

Concours interraces d’Alsace Bossue

Lady Di rayonnante

Publié le 05/07/2019

Dimanche dernier, Thomas Strohm, président du Syndicat des éleveurs d’Alsace Bossue, et son équipe ont mis les bouchées doubles à l’organisation du concours interraces d’Alsace Bossue à Lorentzen, qui a tenu toutes ses promesses malgré la canicule.

Éleveurs et agriculteurs se sont mêlés à la foule sous un soleil brûlant dimanche dernier à Lorentzen, à l’occasion du concours interraces. Rendez-vous incontournable du monde agricole d’Alsace Bossue. « Ce mini-salon de l’agriculture en Alsace Bossue existe depuis plus de 60 ans. C’est l’occasion pour les agriculteurs et les curieux de se rencontrer, d’échanger, et pour nous, un moment de partage », rappelle Thomas Strohm, président du Syndicat des éleveurs d’Alsace Bossue. « Assister à un concours bovin est une expérience enrichissante ; pour les jeunes c’est une immersion dans la vie agricole, l’occasion de connaître son importance », fait remarquer un citadin au milieu du public.     Douchées, brossées et fraîchement tondues Malgré la chaleur accablante, 16 éleveurs ont fait le déplacement, dont deux éleveurs du « Bitcherland » et un nouvel éleveur. Ils avaient emmené une trentaine d’animaux : des prim’holstein, des charolais, une brune, une simmental, une jersiaise, une normande, des highland cattle, mais aussi des moutons, des cochons et même un lama. Point fort de cette journée, le concours prim’holstein a permis d’apprécier la qualité du travail quotidien de ces éleveurs passionnés, pour la plupart des habitués du podium. Ils ont présenté leurs plus beaux sujets. Des animaux sélectionnés par les contrôleurs laitiers, à pied d’œuvre avant le concours pour prodiguer conseils et encouragements. Douchées, brossées et fraîchement tondues, les vaches en compétition ont été passées au crible par Daniel Schwartz, éleveur à Hochstett. Production laitière, qualité du lait, aspect de la mamelle, membres, aplombs, port de tête, ligne de dos, tout a été scrupuleusement observé par le juge. Les génisses ont été présentées les premières. Certaines candidates récalcitrantes ont pris la grosse tête et les éleveurs en ont bavé pour les faire entrer dans le ring. La remise des prix s’est effectuée en présence de Denis Ramspacher, président de la Chambre d’agriculture d’Alsace, et Patrick Bastian, conseiller régional. C’est Lady Di, du Gaec Dintinger à Weislingen, une vache née le 31 décembre 2015, qui a remporté le titre de grande championne de ce concours. L’EARL Ensminger à Waldhambach remporte les titres de meilleure mamelle jeune, avec Myeline, et de meilleure mamelle adulte, avec Iskeller. Pierre Fieffel de Weiterswiller a présenté six highland cattle à robe noire, ainsi qu’un taureau âgé de 8 ans pesant 1 tonne. Une race qui se caractérise par ses longs poils qui la protègent du froid et sa viande persillée et goûteuse. « L’élevage, un métier dur, mais tellement passionnant » Les enfants des éleveurs ont également contribué à la réussite de cette journée, avec la présentation de leurs veaux. Cinq groupes, avec sept veaux, ont défilé pour présenter une saynète ou une chanson. « Même les veaux sont coiffés de chapeaux, c’est aujourd’hui le retour aux sources, c’est le côté humain qui revient. Tous les groupes ont chanté ou récité un poème », relève le speaker. Des petites mises en scène qui leur ont permis de faire passer un message clair : « L’élevage est un métier dur, mais tellement passionnant ». Côté animations, tout avait été prévu pour satisfaire petits et grands : exposition de matériel agricole dernier cri, marché du terroir, manèges, tour en poney. Restauration et buvette ont été assurées tout au long de la journée. « Nous avons eu moins de monde cette année, à midi moins de repas, constate Thomas Strohm. Mais en soirée la grande foule s’est précipitée autour des tables pour déguster tartes flambées et pizzas. »

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