Élevage

Les « Automnales » d’Elitest

Le bilan de l’année à la loupe

Publié le 21/11/2019

Les 7 et 15 novembre, Elitest a organisé ses assemblées de section « nouvelle formule » dans le Haut-Rhin, à Carspach, et dans le Bas-Rhin, à Woellenheim. L’activité de l’année écoulée continue de s’inscrire dans une tendance à la baisse du nombre d’adhérents qui traduit en réalité une restructuration des élevages. Une première étape dans le bilan qui se conclura avec la grande assemblée générale le 12 décembre à Épinal.

Pour cette année 2019, la coopérative Elitest a décidé de faire évoluer le format de ses assemblées de section en organisant six rencontres départementales dans chacune des zones où elle est présente. En Alsace, ces rendez-vous ont eu lieu le 7 novembre à Carspach et le 15 novembre à Woellenheim. La première partie de ces réunions a permis de présenter le bilan de l’exercice 2018/2019 pour l’ensemble de la coopérative. La seconde partie, l’après-midi, a été articulée autour d’une visite d’exploitation. La restructuration des élevages se poursuit Au cours de l’exercice écoulé, le nombre d’adhérents actifs - les éleveurs qui sont au moins à une insémination artificielle première (IAP) - a poursuivi la chute observée depuis la création d’Elitest en 2010 avec 175 adhérents de moins (-4 %) pour s’établir à 4 077 adhérents. C’est 25 % de moins qu’en 2010. Parallèlement, et « heureusement », le nombre d’IAP par élevage a augmenté de 33 % depuis 2010, et est passé de 55 à 56 entre les exercices 2017-2018 et 2018-2019. « Cela confirme la tendance qu’on observe dans tout le pays : la restructuration des élevages se poursuit », indique le directeur d’Elitest, Philippe Sibille. Progressivement, les « gros » élevages ont gagné du terrain face aux « petits ». Chez Elitest, il y a aujourd’hui 670 élevages qui font plus de 100 IAP, c’est 97 % de plus qu’en 2010 et 4,8 % qu’en 2017-2018. « Concrètement, cela représente 16 % des adhérents qui réalisent à eux seuls 43 % de l’activité totale d’Elitest. » Mécaniquement, le nombre d’adhérents qui font peu d’activité - moins de 10 IAP - baisse d’année en année. Une érosion « logique » de 1 328 adhérents en 2010 à 943 aujourd’hui. Ces derniers représentent 9 268 IAP au sein de la coopérative, soit un tiers des adhérents pour 4 % de l’activité totale. D’un point de vue géographique, ce sont les zones de Meuse et de Moselle qui enregistrent le plus fort déclin d’activité depuis la création d’Elitest avec, respectivement, -8,2 % et -4,9 %. Sur la même période, l’activité en Alsace et en Vosges/Haute-Marne a respectivement augmenté de 6 et 5,1 %. Mais comparé au dernier exercice 2017-2018, les quatre zones d’Elitest affichent une évolution en légère baisse : -0.9 % en Alsace, -1,8 % en Vosges Haute-Marne, -0,7 % en Moselle et -2,7 % en Meuse. « Le marché crée la tendance » Même s’il a connu une légère baisse (-1,5 %) par rapport à l’exercice précédent, le nombre d’animaux inséminé en 2018-2019 est en légère hausse depuis 2010 (+0,1 %). « On est à peu près stable », se félicite Philippe Sibille. Si on entre un peu plus dans le détail des chiffres, on s’aperçoit que l’activité laitière a baissé de 1 % depuis 2017-2018 mais a augmenté de 4,4 % depuis la création d’Elitest. En revanche, on note une érosion « significative » et « forte » en femelles allaitantes avec une baisse de 4,9 % par rapport à 2017-2019 et de 22 % depuis 2010. Une baisse qui s’explique par la progression « spectaculaire » du croisement terminal (femelles laitières avec taureau viande) de 302 % depuis 2010-2011 et de 28 % par rapport à 2017-2018. Une tendance qui, selon le directeur d’Elitest, devrait se poursuivre dans les années à venir. Notamment pour des « petites » ou « moyennes » races qui en bénéficient directement. Globalement, l’activité des taureaux viande a augmenté de 3,8 % en 2018-2019. La Charolaise, pourtant tête de liste avec plus de 21 000 IAP a connu une diminution de son activité de 3,6 %. « Ce n’est pas un problème de coût dans la mesure où le prix de la dose est même moins cher que celui d’autres races. Non, c’est clairement le marché qui crée la tendance », observe Philippe Sibille. Ainsi, l’Angus, l’INRA 95, la Rouge des prés, l’Hereford, la Stabiliser et surtout la Blanc Bleu ont enregistré une hausse notable de leurs IAP en un an. « Sur le mois d’octobre, on a fait plus de 2 700 doses de Blanc Bleu. C’est énorme, on n’a jamais fait de mois comme ça », s’étonne encore le directeur d’Elitest. Chez les taureaux laitiers par contre, le nombre d’IAP a baissé de 2,7 % en un an. Conséquence majeure : l’impact que cela peut avoir à terme sur le financement des schémas laitiers. « Il faut savoir que si l’on perd au moins 3,3 % d’activité, il faut diminuer la taille des schémas ou trouver autre chose pour continuer la dose à un tarif convenable. Du coup, nous recherchons d’autres solutions pour mieux valoriser la génétique dans les schémas. » Un peu comme en viande, on constate que ce sont les races à plus petits effectifs (Brune, Normande, Jersiaise) qui se sont développées en une année au sein d’Elitest. Les « historiques » comme la Prim’Holstein, la Montbéliarde, la Simmental et la Vosgienne ont de leur côté vu leur nombre d’IAP baisser. Le génotypage, investissement prioritaire Concernant le sexage, 29 042 doses ont été posées lors de la dernière campagne d’Elitest, avec essentiellement des doses femelles. C’est un peu moins (-2 %) que lors de l’exercice 2017-2018. Les taux de réussite de ces doses sexées sont aussi en légère baisse, pénalisés par les mauvais fourrages de l’année. Ils passent ainsi de 58,35 % en 2017-2018 à 56,83 % pour l’exercice qui vient de s’écouler. C’est dix points de moins que le taux de réussite en semence conventionnelle qui s’établit cette année à 66,42 % (contre 67,21 % en 2017-2018). Enfin, les génotypages se sont développés de manière significative en un an, notamment pour la Prim’Holstein (+ 32 %) et la Montbéliarde (+ 6,9 %). C’est en revanche en retrait pour les races à viande comme le Charolais et La Brune (-40,7 % et -6,3 %). Le génotypage représente un gros poste d’investissement pour Elitest. « On veut que la démarche se démocratise, que les inséminateurs puissent faire les génotypages sans passer par les techniciens », explique Philippe Sibille. Grâce aux efforts financiers consentis par la coopérative, le tarif des génotypages femelles diminue année après année. Aujourd’hui, au-delà de vingt génotypages effectués, la prestation revient à 40 euros HT hors bon de réduction à faire valoir sur les génotypages effectués lors de l’exercice suivant. Le tarif descend même sous la barre des 30 euros (avec bon de réduction) si tout le troupeau est génotypé. Si certains agriculteurs estiment que ces tarifs sont encore un peu « chers », le président d’Elitest, Damien Tiha, rappelle que la coopérative cherche avant tout à rendre la prestation accessible au plus grand nombre. « On fait un effort pour les éleveurs. On pourrait être bien plus cher. Mais on considère que c’est un vrai service où tout le monde sera gagnant au final, la coopérative comme les éleveurs. Plus on aura d’index, mieux ça sera pour nos élevages. »

Publié le 07/10/2019

Confrontés à des difficultés d’approvisionnement en drêches de brasserie, douze éleveurs se sont constitués en Groupement d’intérêt économique (GIE) afin d’aller directement à la rencontre des brasseries. Objectif : valoriser localement et au juste prix un coproduit précieux pour des éleveurs confrontés à une forte pression sur le foncier agricole.

Ils sont douze. Et ils ont décidé de prendre à bras-le-corps le problème de l’approvisionnement en drêches de brasserie. Tableaux à l’appui, Dominique Streicher, vice-président du GIE Les Éleveurs de l’Est et éleveur à Hilsenheim, expose la situation : « Il y a eu une augmentation progressive du prix des drêches de brasserie, avec une accélération ces trois dernières années, jusqu’à atteindre des niveaux qui compromettent la rentabilité économique du coproduit dans les rations. » Or, en Alsace, les surfaces agricoles sont rares, donc convoitées. Nourrir les animaux exclusivement à l’herbe, c’est compliqué. Les rations comprennent donc du maïs ensilage et des coproduits (lire en encadré), qui permettent d’obtenir une ration qui réponde aux objectifs de production des éleveurs, tout en préservant la santé des animaux. Contrer l’exode de la ressource Parmi les coproduits utilisés figurent les drêches de brasserie. Elles sont produites principalement par trois brasseries dans le Grand Est (Heineken, Kronenbourg et Champigneulles). Au fil du temps, leur prix de vente n’a fait qu’augmenter. « De 1990 à 2019, il est passé de 20 à 50 €/t », révèle Dominique Streicher. Surtout, sur les 200 000 tonnes produites en 1990, 160 000 t étaient écoulées localement, alors que sur les 165 000 t produites en 2019, seules 60 000 t restent dans la région. Pour l’éleveur, cet exode de la ressource est le fruit de la spéculation exercée par les intermédiaires. Avec pour effet collatéral de faire exploser le bilan carbone de la valorisation des drêches, puisqu’elles partent plus loin. « Jusqu’en Allemagne, voire aux Pays-Bas. » Tant et si bien que les volumes viennent parfois à manquer. « Et fermer le robinet, c’est aussi une manière de faire monter les prix », déplore Dominique Streicher. Du coup, les drêches échappent aux éleveurs locaux. Dommage, parce qu’elles sont dès lors remplacées par des tourteaux de soja ou de colza, souvent importés, parfois issus d’OGM. « Les drêches constituent d’ailleurs une alternative au soja OGM dans le cadre de la production de lait sans OGM », constate l’éleveur. Court-circuiter les intermédiaires C’est dans ce contexte qu’a émergé l’idée de créer ce GIE. Son objectif : « Aller directement à la rencontre des brasseries, pour leur dire que nous sommes capables de leur acheter tant et tant de volume de drêches et de les diffuser en direct », présente Dominique Streicher. Pour ce faire le GIE a créé un site internet, où tous les éleveurs intéressés par l’opération sont invités à passer commande. Une réussite. Déjà 31 849 t de drêches ont été pré-réservées par 140 agriculteurs. « Mais plus on a de volume, plus on sera en capacité de négocier », souligne Dominique Streicher, qui invite donc les éleveurs à passer commande en masse. Principal argument : le prix. « Nous pensons pouvoir obtenir un prix de 38 à 42 €/t. Car les seules marges qui seront appliquées serviront à rétribuer le secrétariat et le transport, assurés par la société Pollen, ce qui devrait représenter 5 €/t. »

Publié le 16/09/2019

La fin de l’été approche et c’est donc l’heure des bilans pour les apiculteurs alsaciens. Après une année 2018 plutôt satisfaisante, avec des récoltes de miel et des pertes au cours de l’hiver qui s’étaient inscrites dans la moyenne, 2019 est une année décevante. Si tout n’est pas partout catastrophique, force est de constater que les mois froids et pluvieux d’avril et mai suivis des épisodes caniculaires et orageux de cet été ont fortement amputé les récoltes.

« Pour certains, c’est l’une des pires saisons de leur carrière. Mais il y a des différences entre les apiculteurs et le bilan n’est pas catastrophique partout » constate Christophe Zimmermann, apiculteur professionnel et président de l’association pour le développement de l’apiculture (ADA) Grand Est. Un propos que partage Alexis Ballis, conseiller apiculture à la Chambre d’agriculture Alsace, qui porte un regard encore plus sombre sur la situation. Une combinaison d’évènements météorologiques exceptionnels a lourdement impacté les récoltes de miel de l’année. Le froid, la pluie et le vent des mois d’avril et mai ont fortement réduit les récoltes du printemps. Résultat, des colonies qui ne grandissent pas et des récoltes de miel pour certaines inexistantes. « Il y avait un manque évident de pollen et de nectar » rapporte Christophe Zimmermann. « Fait inédit : beaucoup de colonies étaient en sursis en plein mois de mai, par manque de provisions. Nous avons alors dû intervenir, de façon raisonnée, pour éviter de les voir mourir de faim ». Un été ravageur Par la suite, la météo est ensuite devenue très sèche, notamment vers le mois de juillet qui a été fatal pour de nombreux exploitants. « Le vent et la sécheresse on fait faner les floraisons suivantes. D’ailleurs les ruches n’étaient pas assez développées pour travailler correctement » précise l’apiculteur. Sur plusieurs secteurs, les floraisons attendues (acacia, tilleul, châtaignier) ont été fortement réduites suite aux périodes de gel nocturne du printemps. Les pertes de miel pourraient ainsi s’élever, selon une enquête réalisée par l’ADA Grand Est, à 83 % dans le Bas-Rhin et à 60 % dans le Haut-Rhin. Et ce phénomène n’est pas exclusif à la région alsacienne puisque tout le Grand-Est est affecté (cf. graphique sur l’estimation des pertes de récolte de miel). Des chiffres évocateurs qui incitent les professionnels à demander la reconnaissance d’une situation de calamité agricole dans plusieurs départements. Un peu plus d’une trentaine d’exploitants sont concernés en Alsace (dix-huit dans le Haut-Rhin et 12 dans le Bas-Rhin). Anticiper, prévenir et progresser Christophe Zimmermann tient à dédramatiser la situation : « L’année a été très dure mais nous regardons maintenant vers la prochaine saison, et celle-ci se prépare dès maintenant : il faut faire prendre conscience à tous les apiculteurs qu’une des solutions se trouve dans le travail de l’apiculteur. » Ainsi, durant le mois de septembre, les tâches de l’apiculteur seront diverses entre soins aux colonies, lutte contre le parasite Varroa, entretien des emplacements d’hivernage, nourrissements stimulants et vérifications diverses. Les ressources alimentaires en pollen et en nectar sont en effet indispensables au maintien de la défense immunitaire des abeilles. Bien alimentées, les abeilles sont en meilleure santé et elles peuvent mieux résister face au varroa, aux pathologies, aux virus et à toutes les formes de pollution. Le Grand Est compte près de 130 apiculteurs de métier, spécialisés à 100 % sur l’abeille mellifère. Plus de 200 apiculteurs pluriactifs et quelques milliers d’apiculteurs de loisir viennent compléter le tableau et tous seront concernés par ces travaux d’automne. Alors pour les accompagner de la meilleure des façons, l’association pour le développement de l’apiculture du Grand Est propose dès le mois d’octobre de nombreuses actions telles qu’une journée technique régionale, des formations spécialisées ou encore des réunions entre apiculteurs.

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