Élevage

Comptoir élevage

2019, l’année du cochon

Publié le 11/12/2019

Mardi 19 novembre, le groupe élevage du Comptoir agricole organisait sa réunion annuelle pour faire le point sur ses activités. Pascal Le Duot, directeur d’Uniporc et du Marché du porc breton (MPB), a décrypté le marché du porc, pris entre crise sanitaire et guerre économique.

Le marché du porc est cyclique, c’est bien connu. Actuellement, il est au sommet de la vague. Essentiellement pour des raisons conjoncturelles que Pascal Le Duot, directeur d’Uniporc et du Marché du porc breton (MPB), a détaillé lors de cette soirée. Petits rappels au préalable : « La viande de porc est une matière première indexée, qui parcourt le monde, et dont les prix tiennent compte du marché mondial ». À noter aussi : « Le poisson est la première source de protéine consommée dans le monde, devant la viande. Celle de porc a été longtemps la plus consommée au monde, mais elle a été dépassée par la volaille, pour des raisons éthiques, religieuses et économiques », poursuit Pascal Le Duot. La viande de porc est produite à 60 % et consommée à 70 % en Asie. La Chine, par exemple, est un gros pays producteur, mais pas assez pour être autosuffisante. Elle est donc importatrice de viande de porc, contrairement aux USA et à l’UE, qui sont exportateurs. Globalement, la production mondiale de viande de porc augmente de 1 % par an. Dans le détail, elle stagne en Europe, alors qu’aux États-Unis, par exemple, elle augmente significativement (+ 6 %). En 2018, le marché du porc a été fortement impacté par deux facteurs : la guerre économique que se livrent la Chine et les États-Unis et par la propagation de la Peste porcine africaine (PPA). Conséquence de la guerre économique, les États-Unis ont réduit leurs exportations vers la Chine, mais aussi le Mexique et le Canada. « Grosso modo, les Américains consomment ce qu’ils produisent, donc le prix du porc américain s’effondre, passant derrière le prix européen. » Sur l’échiquier mondial, Pascal Le Duot souligne aussi la montée en puissance de la Russie, qui a largement subventionné son élevage porcin, jusqu’à devenir exportatrice en 2019. « La Russie va devenir un opérateur majeur sur le marché du porc. » Autre pays qui bouge : l’Espagne. La patrie du pata negra a investi dans des structures d’abattage. Elle devrait devenir le premier pays abatteur en Europe, détrônant l’Allemagne. L’Espagne est aussi le premier fournisseur de viande de porc de la France, où la production stagne et où les importations de produits transformés augmentent, traduisant une perte de la valeur ajoutée au passage. La PPA se propage par la viande contaminée « Au niveau mondial, le principal vecteur de propagation de la PPA s’avère être le commerce de viande contaminée », indique Pascal Le Duot. En Europe, elle progresse sur un front venant de l’Est, essentiellement via la faune sauvage porteuse du virus et parce que, dans certains pays de l’Est, les règles de biosécurité sont sommaires, si ce n’est inexistantes. « Depuis le 14 août il n’y a pas eu de nouveau cas de sanglier mort de la PPA dans la zone de surveillance en Belgique, ce qui est plutôt positif », note Pascal Le Duot. Par contre, un sanglier mort de la PPA a été trouvé en Pologne, à 80 km de l’Allemagne. Or, si l’Allemagne devait être contaminée, c’est quelque 1 Mt de viande de porc qui se retrouveraient sur le marché européen, puisque cette viande ne pourra plus être exportée vers les pays tiers. Pour Pascal Le Duot, une chose est sûre, la gestion de l’épidémie passera par « des mesures sanitaires adaptées ». En attendant, la raréfaction de la ressource tire les cours mondiaux de la viande de porc vers le haut. « Et, heureusement, l’effet PPA l’emporte sur l’effet Trump, commente Pascal Le Duot. Actuellement, en Chine, le cochon coûte 550 €, un prix qui tire le prix mondial, et le prix perçu par les éleveurs européens suit. » Pour conclure, l’expert a tenté de donner quelques perspectives d’avenir aux éleveurs. Premier élément, plutôt favorable : « On ne peut pas avoir des pays qui ont trop de porc et de d’autres qui n’en ont pas. Le commerce se fera de toute manière, malgré la PPA ». Et puis cette crise, qui tire les cours vers le haut, va durer. Car « il n’y a pas de vaccin à moyen terme ». En outre, la baisse de la production allemande laisse une place à prendre. Et la mise en route d’un nouvel abattoir espagnol, capable de traiter 34 000 porcs par jour, va créer de la demande. « Ce qui est bon pour le porc espagnol mais aussi français. » Un autre élément va jouer, mais difficile de savoir dans quel sens : l’impact des États généraux de l’alimentation et de l’évolution des attentes sociétales en matière de pratiques d’élevage. D’autres facteurs risquent d’être plus défavorables au marché du porc : la baisse de la consommation mondiale, la guerre économique entre les USA et la Chine, le poids de la distribution et de la transformation en Europe et l’évolution de la PPA. Reste à savoir quels sont les facteurs qui pèseront le plus lourd sur l’évolution des cours.    

Les « Automnales » d’Elitest

Le bilan de l’année à la loupe

Publié le 21/11/2019

Les 7 et 15 novembre, Elitest a organisé ses assemblées de section « nouvelle formule » dans le Haut-Rhin, à Carspach, et dans le Bas-Rhin, à Woellenheim. L’activité de l’année écoulée continue de s’inscrire dans une tendance à la baisse du nombre d’adhérents qui traduit en réalité une restructuration des élevages. Une première étape dans le bilan qui se conclura avec la grande assemblée générale le 12 décembre à Épinal.

Pour cette année 2019, la coopérative Elitest a décidé de faire évoluer le format de ses assemblées de section en organisant six rencontres départementales dans chacune des zones où elle est présente. En Alsace, ces rendez-vous ont eu lieu le 7 novembre à Carspach et le 15 novembre à Woellenheim. La première partie de ces réunions a permis de présenter le bilan de l’exercice 2018/2019 pour l’ensemble de la coopérative. La seconde partie, l’après-midi, a été articulée autour d’une visite d’exploitation. La restructuration des élevages se poursuit Au cours de l’exercice écoulé, le nombre d’adhérents actifs - les éleveurs qui sont au moins à une insémination artificielle première (IAP) - a poursuivi la chute observée depuis la création d’Elitest en 2010 avec 175 adhérents de moins (-4 %) pour s’établir à 4 077 adhérents. C’est 25 % de moins qu’en 2010. Parallèlement, et « heureusement », le nombre d’IAP par élevage a augmenté de 33 % depuis 2010, et est passé de 55 à 56 entre les exercices 2017-2018 et 2018-2019. « Cela confirme la tendance qu’on observe dans tout le pays : la restructuration des élevages se poursuit », indique le directeur d’Elitest, Philippe Sibille. Progressivement, les « gros » élevages ont gagné du terrain face aux « petits ». Chez Elitest, il y a aujourd’hui 670 élevages qui font plus de 100 IAP, c’est 97 % de plus qu’en 2010 et 4,8 % qu’en 2017-2018. « Concrètement, cela représente 16 % des adhérents qui réalisent à eux seuls 43 % de l’activité totale d’Elitest. » Mécaniquement, le nombre d’adhérents qui font peu d’activité - moins de 10 IAP - baisse d’année en année. Une érosion « logique » de 1 328 adhérents en 2010 à 943 aujourd’hui. Ces derniers représentent 9 268 IAP au sein de la coopérative, soit un tiers des adhérents pour 4 % de l’activité totale. D’un point de vue géographique, ce sont les zones de Meuse et de Moselle qui enregistrent le plus fort déclin d’activité depuis la création d’Elitest avec, respectivement, -8,2 % et -4,9 %. Sur la même période, l’activité en Alsace et en Vosges/Haute-Marne a respectivement augmenté de 6 et 5,1 %. Mais comparé au dernier exercice 2017-2018, les quatre zones d’Elitest affichent une évolution en légère baisse : -0.9 % en Alsace, -1,8 % en Vosges Haute-Marne, -0,7 % en Moselle et -2,7 % en Meuse. « Le marché crée la tendance » Même s’il a connu une légère baisse (-1,5 %) par rapport à l’exercice précédent, le nombre d’animaux inséminé en 2018-2019 est en légère hausse depuis 2010 (+0,1 %). « On est à peu près stable », se félicite Philippe Sibille. Si on entre un peu plus dans le détail des chiffres, on s’aperçoit que l’activité laitière a baissé de 1 % depuis 2017-2018 mais a augmenté de 4,4 % depuis la création d’Elitest. En revanche, on note une érosion « significative » et « forte » en femelles allaitantes avec une baisse de 4,9 % par rapport à 2017-2019 et de 22 % depuis 2010. Une baisse qui s’explique par la progression « spectaculaire » du croisement terminal (femelles laitières avec taureau viande) de 302 % depuis 2010-2011 et de 28 % par rapport à 2017-2018. Une tendance qui, selon le directeur d’Elitest, devrait se poursuivre dans les années à venir. Notamment pour des « petites » ou « moyennes » races qui en bénéficient directement. Globalement, l’activité des taureaux viande a augmenté de 3,8 % en 2018-2019. La Charolaise, pourtant tête de liste avec plus de 21 000 IAP a connu une diminution de son activité de 3,6 %. « Ce n’est pas un problème de coût dans la mesure où le prix de la dose est même moins cher que celui d’autres races. Non, c’est clairement le marché qui crée la tendance », observe Philippe Sibille. Ainsi, l’Angus, l’INRA 95, la Rouge des prés, l’Hereford, la Stabiliser et surtout la Blanc Bleu ont enregistré une hausse notable de leurs IAP en un an. « Sur le mois d’octobre, on a fait plus de 2 700 doses de Blanc Bleu. C’est énorme, on n’a jamais fait de mois comme ça », s’étonne encore le directeur d’Elitest. Chez les taureaux laitiers par contre, le nombre d’IAP a baissé de 2,7 % en un an. Conséquence majeure : l’impact que cela peut avoir à terme sur le financement des schémas laitiers. « Il faut savoir que si l’on perd au moins 3,3 % d’activité, il faut diminuer la taille des schémas ou trouver autre chose pour continuer la dose à un tarif convenable. Du coup, nous recherchons d’autres solutions pour mieux valoriser la génétique dans les schémas. » Un peu comme en viande, on constate que ce sont les races à plus petits effectifs (Brune, Normande, Jersiaise) qui se sont développées en une année au sein d’Elitest. Les « historiques » comme la Prim’Holstein, la Montbéliarde, la Simmental et la Vosgienne ont de leur côté vu leur nombre d’IAP baisser. Le génotypage, investissement prioritaire Concernant le sexage, 29 042 doses ont été posées lors de la dernière campagne d’Elitest, avec essentiellement des doses femelles. C’est un peu moins (-2 %) que lors de l’exercice 2017-2018. Les taux de réussite de ces doses sexées sont aussi en légère baisse, pénalisés par les mauvais fourrages de l’année. Ils passent ainsi de 58,35 % en 2017-2018 à 56,83 % pour l’exercice qui vient de s’écouler. C’est dix points de moins que le taux de réussite en semence conventionnelle qui s’établit cette année à 66,42 % (contre 67,21 % en 2017-2018). Enfin, les génotypages se sont développés de manière significative en un an, notamment pour la Prim’Holstein (+ 32 %) et la Montbéliarde (+ 6,9 %). C’est en revanche en retrait pour les races à viande comme le Charolais et La Brune (-40,7 % et -6,3 %). Le génotypage représente un gros poste d’investissement pour Elitest. « On veut que la démarche se démocratise, que les inséminateurs puissent faire les génotypages sans passer par les techniciens », explique Philippe Sibille. Grâce aux efforts financiers consentis par la coopérative, le tarif des génotypages femelles diminue année après année. Aujourd’hui, au-delà de vingt génotypages effectués, la prestation revient à 40 euros HT hors bon de réduction à faire valoir sur les génotypages effectués lors de l’exercice suivant. Le tarif descend même sous la barre des 30 euros (avec bon de réduction) si tout le troupeau est génotypé. Si certains agriculteurs estiment que ces tarifs sont encore un peu « chers », le président d’Elitest, Damien Tiha, rappelle que la coopérative cherche avant tout à rendre la prestation accessible au plus grand nombre. « On fait un effort pour les éleveurs. On pourrait être bien plus cher. Mais on considère que c’est un vrai service où tout le monde sera gagnant au final, la coopérative comme les éleveurs. Plus on aura d’index, mieux ça sera pour nos élevages. »

Publié le 07/10/2019

Confrontés à des difficultés d’approvisionnement en drêches de brasserie, douze éleveurs se sont constitués en Groupement d’intérêt économique (GIE) afin d’aller directement à la rencontre des brasseries. Objectif : valoriser localement et au juste prix un coproduit précieux pour des éleveurs confrontés à une forte pression sur le foncier agricole.

Ils sont douze. Et ils ont décidé de prendre à bras-le-corps le problème de l’approvisionnement en drêches de brasserie. Tableaux à l’appui, Dominique Streicher, vice-président du GIE Les Éleveurs de l’Est et éleveur à Hilsenheim, expose la situation : « Il y a eu une augmentation progressive du prix des drêches de brasserie, avec une accélération ces trois dernières années, jusqu’à atteindre des niveaux qui compromettent la rentabilité économique du coproduit dans les rations. » Or, en Alsace, les surfaces agricoles sont rares, donc convoitées. Nourrir les animaux exclusivement à l’herbe, c’est compliqué. Les rations comprennent donc du maïs ensilage et des coproduits (lire en encadré), qui permettent d’obtenir une ration qui réponde aux objectifs de production des éleveurs, tout en préservant la santé des animaux. Contrer l’exode de la ressource Parmi les coproduits utilisés figurent les drêches de brasserie. Elles sont produites principalement par trois brasseries dans le Grand Est (Heineken, Kronenbourg et Champigneulles). Au fil du temps, leur prix de vente n’a fait qu’augmenter. « De 1990 à 2019, il est passé de 20 à 50 €/t », révèle Dominique Streicher. Surtout, sur les 200 000 tonnes produites en 1990, 160 000 t étaient écoulées localement, alors que sur les 165 000 t produites en 2019, seules 60 000 t restent dans la région. Pour l’éleveur, cet exode de la ressource est le fruit de la spéculation exercée par les intermédiaires. Avec pour effet collatéral de faire exploser le bilan carbone de la valorisation des drêches, puisqu’elles partent plus loin. « Jusqu’en Allemagne, voire aux Pays-Bas. » Tant et si bien que les volumes viennent parfois à manquer. « Et fermer le robinet, c’est aussi une manière de faire monter les prix », déplore Dominique Streicher. Du coup, les drêches échappent aux éleveurs locaux. Dommage, parce qu’elles sont dès lors remplacées par des tourteaux de soja ou de colza, souvent importés, parfois issus d’OGM. « Les drêches constituent d’ailleurs une alternative au soja OGM dans le cadre de la production de lait sans OGM », constate l’éleveur. Court-circuiter les intermédiaires C’est dans ce contexte qu’a émergé l’idée de créer ce GIE. Son objectif : « Aller directement à la rencontre des brasseries, pour leur dire que nous sommes capables de leur acheter tant et tant de volume de drêches et de les diffuser en direct », présente Dominique Streicher. Pour ce faire le GIE a créé un site internet, où tous les éleveurs intéressés par l’opération sont invités à passer commande. Une réussite. Déjà 31 849 t de drêches ont été pré-réservées par 140 agriculteurs. « Mais plus on a de volume, plus on sera en capacité de négocier », souligne Dominique Streicher, qui invite donc les éleveurs à passer commande en masse. Principal argument : le prix. « Nous pensons pouvoir obtenir un prix de 38 à 42 €/t. Car les seules marges qui seront appliquées serviront à rétribuer le secrétariat et le transport, assurés par la société Pollen, ce qui devrait représenter 5 €/t. »

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