Les méteils cumulent de multiples vertus, qu’elles soient agronomiques, alimentaires ou économiques. En outre, dans un contexte de changement climatique qui pénalise aussi bien le rendement des prairies que du maïs ensilage, ils diversifient les sources de fourrage, donc sécurisent les stocks.
Les méteils, mélanges de céréales et de légumineuses, présentent de nombreux avantages, exposés par Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d'agriculture Alsace : « Ils constituent une couverture hivernale des sols, qu’ils explorent efficacement, grâce à des systèmes racinaires différents. Ils contribuent au maintien de la structure des sols. Selon les espèces utilisées, les méteils permettent aussi de limiter les opérations de désherbage en concurrençant les adventices. La présence de légumineuses implique des restitutions d’azote sur la culture suivante. En outre, les méteils sont généralement peu sensibles aux maladies et moins exigeants en eau que d’autres solutions, comme les intercultures de ray-grass. Enfin, ils ne requièrent aucun matériel spécifique, puisqu’un semoir à céréales et une faucheuse suffisent. »
La principale charge des méteils est constituée par les semences : « Compter 150 à 200 €/ha, sachant que le prix augmente avec la proportion de protéagineux. Et qu’il est possible de faire son propre mélange, avec des semences de ferme pour les céréales, et de n’acheter que les protéagineux. » Il s’agit aussi d’être attentif à la composition du mélange, pour en maximiser les bénéfices. Laurent Fritziner conseille : « La proportion de chaque espèce dans le mélange dépend de ce qu’on veut en faire. Il est important d’utiliser des espèces qui affichent des précocités comparables et d’incorporer au moins une espèce tuteur. » Parmi les céréales envisageables, l’orge a peu d’intérêt, justement parce qu’elle ne constitue pas un bon tuteur. Le triticale est plus adapté, si on choisit des variétés résistantes à la verse. L’avoine peut être utilisée, à condition de choisir une variété résistante au gel. Tout comme le seigle fourrager, sachant que sa valeur alimentaire est médiocre, qu’il est très compétitif envers les protéagineux, mais qu’il est précoce. La tardiveté de l’épeautre peut nécessiter de retarder l’implantation de la culture suivante. Bref, la céréale parfaite n’existe pas ! Idem en ce qui concerne les protéagineux : le pois fourrager risque de faire verser le méteil s’il est semé trop dense, les vesces sont riches en protéines mais sont tardives et peuvent aussi faire verser les céréales, les trèfles survivent difficilement à la compétition inhérente au mélange, par contre la féverole est plus adaptée : « Elle résiste au gel, est très riche en protéines et constitue un tuteur en elle-même. »
Des essais sur les méteils menés par la Chambre d'agriculture Alsace depuis plusieurs années, il ressort que les fertiliser ou pas ne change pas grand-chose, tant en termes de rendement que de valeur alimentaire. Ce n’est pas interdit « pour aider la céréale », mais si le mélange est riche en protéagineux, la fertilisation risque d’être contre-productive. Ces essais révèlent aussi que les méteils présentent des UFL compris entre 0,74 et 0,9. Les plus faibles valeurs énergétiques sont obtenues avec les mélanges à base de seigle ; les plus élevées avec des mélanges riches en pois ou en vesce. Quant à la teneur en protéines, elle va de 15,7 à 21 % de MAT (Matière azotée totale) avec de la féverole. Donc mieux qu’un maïs. Ces essais comprennent également une analyse économique, qui permet de démontrer l’intérêt de ces mélanges. Notamment parce que « leur coût de production, évalué à 55-80 €/tMS, est inférieur à celui de l’ensilage d’herbe, essentiellement grâce au faible niveau d’intrants », précise Laurent Fritzinger.
Du champ à l’auge
Outre ces avantages agronomiques et économiques, les méteils présentent aussi des intérêts alimentaires, puisqu’ils s’intègrent bien dans les rations à base de maïs ou d’herbe où ils apportent fibres et protéines. À condition de réussir la récolte ! Une étape pas toujours évidente : « Les méteils se caractérisent par leur faible teneur en matière sèche (MS) sur pied, la présence d’espèces à grosses tiges, difficiles à sécher au champ, leur tendance à former un couvert dense, qui maintient un microclimat humide et peu aéré au niveau du sol », décrit Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace. L’objectif est donc d’atteindre un méteil à 30 % de MS au champ, seuil qui permet de préserver les teneurs en sucres et en protéines en ensilage. Pour atteindre ce stade, « deux jours de séchage, c’est incompressible », constate Philippe Le Stanguennec. Il rappelle les facteurs qui conditionnent l’aptitude à l’ensilage d’un fourrage : « Plus la teneur en sucre est élevée, meilleure est la conservation. Et plus la teneur en éléments minéraux est élevée, plus le pouvoir tampon est fort, donc plus la baisse de pH est difficile. Enfin, plus le fourrage est humide, plus les protéines sont dégradées. » D’où l’intérêt du préfanage qui, en en accélérant la baisse du pH, réduit la protéolyse.
Selon la météo, il n’est pas toujours évident d’obtenir un fourrage réunissant ces qualités. Dès lors, la pertinence du recours à un conservateur peut se poser. Ces conservateurs sont généralement composés de bactéries, qui transforment les sucres simples en acides, qui diminuent le pH. Ils contiennent éventuellement aussi des enzymes, qui ont pour objectif d’attaquer la cellulose et de transformer les sucres complexes en sucres simples. Ils peuvent aussi être plus simplement composés d’acides. Pour Philippe Le Stanguennec, ces conservateurs ont un intérêt si la teneur en MS du méteil est insuffisante, s’il est riche en légumineuse, si l’acidification risque d’être lente entraînant une dégradation des protéines, ou encore si de la terre a été incorporée à la récolte, engendrant un risque de multiplication de spores butyriques. Pour garantir leur efficacité, il convient de « les répartir de manière homogène dans le silo, en respectant la dose préconisée par le fabricant ».
Maintien des performances techniques, amélioration des performances économiques
Il ne reste plus ensuite qu’à valoriser les méteils dans les rations. Ils peuvent par exemple remplacer une partie de l’herbe. Leur teneur en azote plus élevée permet d’économiser du correcteur. Ils peuvent aussi remplacer une partie du maïs, avec également des économies de correcteur à la clé. « Mais, comme on perd en UF, il faut apporter des céréales », tempère Philippe Le Stanguennec. Le conseiller cite une étude menée par l’Idele et qui démontre qu’en intégrant 30 % de méteil dans une ration, les résultats sont équivalents à la ration de référence, que ce soit en termes d’ingestion, de production de lait ou de taux, avec cependant la perte d’un point de matière grasse. Ce qui se répercute sur la paie de lait. Mais « comme le coût de la ration est un peu inférieur, la marge est supérieure avec la ration comprenant 30 % de méteil », rapporte Philippe Le Stanguennec. Qui précise que l’étude se fonde sur un rendement en méteil de 6,5 tMS/ha. « Si le rendement baisse, le coût à la tonne augmente. Mais le méteil reste performant jusqu’à 4,5 tMS/ha. »
Pour conclure, les techniciens rappellent qu’afin d’obtenir la valeur énergétique la plus élevée possible, les méteils gagnent à être récoltés jeunes, donc généralement en mai. Ce qui suggère de bien choisir la culture suivante.
Lire aussi : « Une association gagnante », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;
« Des pistes pour reconstituer les stocks », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.