La montbéliarde est une race un peu confidentielle dans le Bas-Rhin : sept élevages sont suivis dans le cadre de la gestion technique des troupeaux laitiers, contre 37 dans le Haut-Rhin. Ces statistiques ne prennent en compte que les troupeaux comportant au moins 80 % d’animaux montbéliards. Pour autant, le président du syndicat de la race, Jean-Marie Schoenel, s’est réjoui de l’arrivée de deux nouveaux élevages.
Le prix du lait connaît une légère amélioration depuis 2019. Cette tendance devrait se poursuivre en 2020, a indiqué Jean-Marie Schoenel lors de l’assemblée générale du 6 mars à Batzendorf. « Le président de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), Thierry Roquefeuille, a insisté récemment sur le fait que la grande distribution doit se baser sur nos coûts de production pour fixer le prix de vente du lait. Les éleveurs doivent signaler à la FNPL les enseignes qui ne jouent pas le jeu pour faire pression sur elles. »
Cette assemblée générale a permis de mieux cerner les performances des élevages montbéliards bas-rhinois, avec un effectif moyen de 56,7 vaches, en recul de 11 vaches par rapport à 2019, une production de lait brut de 7 281 kg, relativement proche de la moyenne alsacienne, toutes races confondues, qui est de 7 952 litres. Les chiffres avancés par José Estève, du Contrôle laitier, font état d’un recul de 864 l de la production de lait à 7 %, à 7 081 l, imputable à la mauvaise qualité du fourrage. Le taux cellulaire s’est amélioré, à 129 000 cellules, et reste très inférieur à la moyenne alsacienne (182 000 cellules). Le rang moyen de lactation est de 2,7 contre 2,5 en moyenne, l’intervalle vêlage-vêlage s’est rallongé de 14 jours, mais est toujours plus bas que celui des autres races : 408 contre 418. La complémentation des vaches s’est renchérie, là encore du fait de la mauvaise qualité du fourrage. Le prix du concentré est en baisse, sous l’effet de la croissance des concentrés fermiers. Le produit lait hors complémentation a augmenté de 14 € par tonne de lait.
Un renouvellement important de l’offre
L’offre montbéliarde a été profondément renouvelée, a indiqué Pierre Élie Richard, technicien montbéliard à Élitest. Il a remercié les éleveurs bas-rhinois pour leur participation au schéma de sélection. « Un veau mâle de l’élevage Reinhardt à Menchhoffen issu du partenariat Umotest a intégré ce schéma. Par ailleurs, une génisse de l’élevage Gerber à Ingolsheim est entrée récemment à la station de donneuses d’embryons d’Épinal. Nous la rendrons gestante à son propriétaire pour qu’elle poursuive sa carrière de laitière à la ferme. »
Joanie Lutz, du GDS Alsace, a fait le point sur la lutte contre l’IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine), une maladie virale très contagieuse provoquée par un herpès virus bovin. Suite à une surveillance très stricte, d’énormes progrès ont été accomplis en Alsace qui recense 25 cheptels en assainissement, treize cheptels comptant moins de cinq bovins positifs et huit cheptels avec plus de 19 bovins positifs.
Des changements sont à venir dans le programme de lutte contre la BVD (diarrhée virale bovine), une maladie infectieuse due à un pestivirus. « Actuellement, nous sommes en phase de bouclage et d’élimination des IPI (infecté persistant immunotolérant). La proportion de veaux positifs est relativement stable, tout comme le nombre de cheptels infectés qui se situe en dessous de la moyenne de la zone. Nous devrions passer prochainement en phase de surveillance sérologique », a annoncé Josie Lutz. Des tests sont en cours dans quatre secteurs alsaciens : Drulingen, La Petite Pierre, Bischwiller et Guebwiller. Pour autant, cette méthode ne fait pas l’unanimité. Ainsi, Jean-Marie Schoenel est favorable au maintien du système de bouclage, même s’il est plus onéreux, car il a fait ses preuves. Les éleveurs mosellans, qui expérimentent depuis deux ans la surveillance sérologique, rencontreraient quelques difficultés.
Viser la neutralité carbone d'ici 2050
Dans le Grand Est, la mutualisation des services élevage se poursuit, a annoncé le directeur adjoint du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Laurent Clarys, qui devrait succéder prochainement à Philippe Caussanel. Les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la Haute-Marne et de la Moselle, qui ont lancé la démarche en 2017, ont été rejoints par trois autres départements, depuis lors. « L’objectif est de mettre en commun nos moyens et de travailler sur l’innovation dans les services. Cela se traduit notamment par une montée en compétences des agents de pesée, afin d’accentuer leur mission de collecte de données d’élevages, et par l’accroissement de l’expertise des conseillers ».
L’impact environnemental des élevages a souvent fait l’actualité, au cours des derniers mois. L’empreinte carbone d’une vache laitière est estimée à 0,87 kg en CO2 par litre de lait. Les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre sont la fermentation entérique, les intrants et la gestion des effluents. Mais il ne faut pas oublier, a souligné Laurent Clarys, que l’élevage bovin préserve 5,7 millions d’hectares et qu’une ferme laitière compense 14 % de ses émissions de carbone.
La filière laitière est investie depuis plusieurs années dans l’adaptation au changement climatique et la réduction de l’empreinte carbone du lait. Après le programme LIFE Carbon Dairy, l’Idele lance la démarche « Ferme laitière bas carbone », un projet qui vise à réduire de 20 % les émissions de GES par litre de lait d'ici 2025. « L’empreinte carbone est un critère de plus en plus important pour les consommateurs. Notre stratégie consiste à viser la neutralité carbone d'ici 2050. Un label bas carbone a été créé en 2018, avec un système de crédit carbone géré par France Carbon Agri », a indiqué Laurent Clarys.
Sur la base d’un diagnostic carbone initial de l’exploitation, un projet de réduction de l’empreinte carbone est mis en place. Il s’agit d’activer des leviers d’action pour faire des gains de carbone donnant droit à des crédits carbone. « En Alsace, une ingénieure a été formée, elle est en train de réaliser les premiers diagnostics ».
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Les éleveurs de #montbeliarde en AG aujourd'hui. Le thème du jour : comparaison de la production laitière entre un élevage de montbéliardes et un troupeau mixte.#CeuxQuiFontLeLait #CeuxQuiFontLaViande @EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/YQKow7P58X
— Germain Schmitt (@germain_schmitt) March 6, 2020