Élevage

EARL Plein Champs à Guémar

Peggy a trouvé ses poules

Publié le 02/07/2020

Responsable du marché de l’agriculture et de la viticulture dans un groupe bancaire, Peggy Meinharth Umbdenstock a eu envie de changer de vie. Elle vient de s’installer à son compte, pendant le confinement. Elle a choisi, par conviction, un élevage de poules pondeuses bio.

Pendant onze ans, elle a côtoyé le monde agricole et viticole. « J’ai observé comment les agriculteurs et les viticulteurs travaillent. Les heures qu’ils y passent. Leur passion. J’ai à mon tour voulu mon indépendance en changeant d’orientation professionnelle tout en restant dans ce milieu rural. Je voulais devenir cheffe de mon entreprise et être davantage avec mon mari qui a lui-même une entreprise de travaux agricoles. Je ne pouvais cependant pas deviner que la période choisie allait être celle du confinement et de la crise sanitaire », explique Peggy Meinharth Umbdenstock. Elle a fait mûrir son projet pendant trois ans. « J’ai eu la chance d’être soutenue par le maire de Guémar et sa municipalité à qui j’ai présenté mon parcours et cette activité. Il a ensuite fallu que le plan local d’urbanisme (PLU) soit modifié pour que je puisse mettre le bâtiment d’élevage ici. J’ai également eu le soutien du député Jacques Cattin et de la conseillère régionale Denise Buhl qui m’ont ouvert les portes. Cela m’a permis de mieux comprendre les démarches administratives à réaliser et les contraintes classiques pour un tel projet. C’était ensuite plus simple pour moi. Enfin, il y a également eu l’appui de la Chambre d'agriculture par le biais d’Annie Durand Birkel, Anne-Laure Dujardin-Rolli et Irène Bronnenkant, sans oublier Marie-Christine Maillard au Ciceva », ajoute Peggy Meinharth Umbdenstock. Cette installation hors cadre familial est en effet atypique pour cette agricultrice âgée de 44 ans qui était en poste jusqu’à la fin du mois de septembre dernier au Crédit Mutuel à Holtzwihr. Les 6 000 poules pondeuses sont arrivées le 23 mars. « Elles sont élevées selon les principes de l’agriculture biologique. Le bâtiment a une surface de plus de 1 200 m2. Il y a une salle pour y placer les œufs réfrigérés. Mais également un local pour les emballages, un autre pour le conditionnement et bien évidemment la partie consacrée à l’élevage. Ce « jardin d’hiver » pour les poules est prolongé par un parcours à l’extérieur, sur une surface de 2,5 hectares. Toute la journée, les poules peuvent se balader librement », précise-t-elle. 5 000 œufs par jour Les 6 000 poules arrivent sur le site à 18 semaines. Elles restent sur l’exploitation pendant un an. Leur nourriture est à base de céréales bio, du pois notamment. Chaque jour, elles pondent. « Nous ramassons quotidiennement 5 000 œufs. Ils partent tous les deux jours. Ils sont cherchés par l’entreprise Val’Oeuf située à Witternheim, au cœur du Ried. Cette entreprise propose aux Alsaciens uniquement des œufs de poules élevées au sol, en plein air et biologiques, pondus dans la région ! C’est notre cas. C’est là-bas que les œufs sont calibrés, puis commercialisés. Pour ma part, je ne fais pas de vente directe », poursuit Peggy Meinharth Umbdenstock. Elle travaille seule sur son exploitation tout en recevant le soutien de son mari, Jacques. « Le travail n’est pas compliqué. Il nécessite cependant d’être présent au quotidien. Il faut nourrir les poules, nettoyer le bâtiment et bien évidemment ramasser les œufs. Les poules, on les commande six mois à l’avance. Elles sont donc arrivées en plein confinement. Pour une première, cela n’a pas été simple. Les entreprises prévues pour certaines prestations ont décliné. On a alors trouvé la solution de tout commander en ligne et de faire nous-mêmes. Cela a évidemment engendré des coûts et des délais supplémentaires. Pour le déchargement des poules, la ferme Scharbrusch, à Steinseltz, d’où viennent les poules, nous a offert son aide », note l’éleveuse. Le tout, dans le respect des règles sanitaires validées par une charte provisoire. La température du bâtiment se situe autour de 20 °C. Tout est géré par ordinateur grâce à des données transmises par des sondes situées à l’intérieur et à l’extérieur. Les volets se ferment en fonction de la température pour optimiser le fonctionnement du site. Les tours d’alimentation sont également gérées par ordinateur alors que l’eau est à volonté pour les poules. « J’ai une alerte GSM quand les paramètres ne sont pas bons et s’il faut rectifier quelque chose. Il y a cependant ici des problèmes de connexion car nous n’avons pas encore la fibre pour relier le bâtiment à Internet. Quand ce sera le cas, je vais pouvoir gérer cela depuis mon téléphone portable. Normalement, la fibre doit arriver en 2021. Mais je suis prudente car nous sommes ici sur une ferme isolée. Nous avons également entrepris des démarches avec Enedis pour l’enfouissement des lignes à haute tension afin d’éviter les ondes. Mais c’est compliqué et, là aussi, cela représente un coût financier pour la ferme », se désole l’agricultrice. Trois premiers mois positifs Cette installation, même réfléchie, n’est donc pas de tout repos. Après ces trois premiers mois, elle ne regrette rien. « C’est un projet de vie, une superbe expérience. C’est très positif. J’ai de l’amour pour mes poules et elles me le rendent bien. Ce changement de vie, j’aurais dû le faire bien avant même si je ne regrette rien de mes années au Crédit Mutuel », confie Peggy Meinharth Umbdenstock. Elle passe désormais ses journées sur son exploitation. Le matin, elle ramasse les œufs. Puis elle nettoie le bâtiment. Chaque début d’après-midi est consacré à sa maison (elle habite juste à côté) et aux tâches administratives. « Je passe en général dans le bâtiment vers 15 h, 18 h et 21 h 30 pour voir si tout va bien ou s’il faut rectifier quelque chose », ajoute-t-elle encore. Au bout d’une année d’exploitation de son premier lot de 6 000 poules, ces dernières quitteront les lieux. Elle fera alors, pendant un mois, un vide sanitaire qui permettra de tout nettoyer et tout désinfecter. À l’issue, 6 000 nouvelles poules prendront place pendant un an. Ce sera alors l’occasion pour elle de faire le point sur son activité et d’enclencher éventuellement de nouveaux projets. « Je suis lancée. J’aime mon métier et mes poules », conclut l’éleveuse.

Chatterie de la Plaine du Maine

Une diversification à pas de velours

Publié le 23/06/2020

Pierre Meyer élève huit mères et leur suite à Dessenheim. Ce céréalier a choisi une diversification originale : les chats de race ! Et pas n’importe lesquels : des maine coon, de grands félins à poils mi-longs, aussi affectueux que des chiens. Le retour sur investissement n’est pas pour tout de suite, certes, mais « on ne possède pas un chat, c’est lui qui vous possède * » !

« Nous sommes chez eux et non l’inverse », annonce Pierre Meyer, lorsque l’on franchit le seuil de la chatterie extérieure, une spacieuse « cage à chats » entourée de verdure, prolongeant le bâtiment d’élevage. Les six femelles, jeunes et adultes qui n’ont pas de portée, sont là, perchées ou cachées, à l’affût, curieuses, en train de renifler, telles de petits lynx. Rien à craindre. Les maine coon aiment la présence humaine et le contact. Ils sont incroyablement confiants par nature. À la Chatterie de la Plaine du Maine, à Dessenheim, près de Neuf-Brisach, les huit femelles et le mâle qu’élève Pierre le sont d’autant plus qu’il vit parmi eux, les nourrit, les abreuve, les soigne, les choie, les brosse, joue, leur parle, les rassure, notamment lorsque les mères mettent bas. Lors des naissances, il les aide, coupe le cordon. Il pèse ensuite chaque jour les chatons. Pour les félins, Pierre est un repère. Céréalier depuis 2013, producteur de maïs et de tournesol semences, sur 72 ha, le gérant de l’EARL Centre Hardt s’est lancé dans l’élevage de maine coon. Il y a deux ans, il a eu un coup de cœur pour la race lors d’une exposition féline. « J’avais déjà le statut d’agriculteur, indispensable, alors je me suis dit, pourquoi pas moi ? Je n’ai pas demandé d’aides à la Chambre. J’étais pressé », se souvient-il. Sa formation de trois jours au lycée agricole de Rouffach passée (soit 300 €), Pierre acquiert deux félins dans la région. Pour qu’un éleveur accepte de lui vendre des chats « entiers », non stérilisés (entre 1 500 et 4 000 €, selon le félin et, surtout, sa couleur qui fait grimper le prix, si elle est à la mode), il a dû montrer patte blanche. Gagner la confiance des autres éleveurs de la race est plus difficile que capter celle des maine coon ! « Une lignée, c’est plusieurs générations. Aucun éleveur n’a envie qu’un autre fasse n’importe quoi. Ce serait dommageable pour tous. Tout est inscrit dans le pedigree », adhère Pierre. Les concours de beauté l’ont aidé à intégrer un réseau. L’Alsace ne compte guère plus d’une dizaine d’élevages, suppute le jeune homme. Il ne les connaît pas tous. Pour « chercher du sang neuf », il est rapidement allé à Athènes en Grèce, à Milan en Italie, et a fait venir une chatte de Russie. Deux reproducteurs sont en pension chez sa belle-mère. L’an passé, il a gardé trois chats, deux femelles et un mâle, des deux premières portées de son élevage, pour assurer sa rotation. Il a vendu les dix autres, 1 200 € TTC le chaton, un prix indicatif qui peut varier selon l’animal. Luxe, calme et volupté « Qu’on ne pense pas que je me fasse des couilles en or, comme on dit, s’exclame Pierre, en riant. Il y a déjà 20 % de TVA sur la vente, donc je ne rentre que 1 000 € par chaton. Ensuite, entre l’achat des parents (1 700 € en moyenne/chat), le déplacement, leur transport, les tests génétiques et les échographies - pour vérifier qu’ils sont indemnes de maladies du cœur ou des reins -, leur entretien, l’alimentation (25 €/mois/chat), les vaccinations (plus de 100 €/chaton), les stérilisations ou les castrations des petits (100 €/chaton) et leur nourriture à partir d’un mois, je rentre juste dans mes frais. » Quand un chaton quitte la Chatterie de la Plaine du Maine, ses acquéreurs sont tranquilles pendant un an. « Sur un chaton, je gagne 300 € mais c’est sans compter ce que coûtent les infrastructures », a calculé Pierre. Et puis, il faut faire face aux imprévus. Une chatte a eu une césarienne, récemment : 400 €. Une autre, une entorse, un dimanche, il y a quelque temps : 400 €. « Ça monte vite, remarque Pierre. Sur les premières portées, l’année dernière, je n’ai rien gagné. » Il dit avoir dépensé plus que prévu, à tous les niveaux. Rien que la litière à nettoyage automatique a coûté environ 500 € ; un investissement qu’il ne regrette pas ! Il faudra un certain nombre d’années pour amortir l’équipement, dont, entre autres aussi, des plateformes, arbres, passerelles, et une fontaine - sinon ces chats, qui aiment l’eau, pataugent dans les écuelles. Les conditions d’élevage à la Chatterie de la Plaine du Maine attirent les clients, qui s’informent via Facebook ou le bouche-à-oreille.     L’élevage de Pierre est loin d’être intensif. Les femelles ne font qu’une portée par an, contre deux dans la nature. Il ne veut pas les surexploiter car elles mettent du temps à se remettre. Aussi, au bout de deux à trois portées, pour leur assurer une belle et longue retraite, il cherchera des familles d’adoption à qui il les vendra à prix d’ami. La première retraitée s’en ira bientôt. Les chatons, eux, partent au bout de trois à quatre mois, quand ils sont « sociabilisés ». Légalement, Pierre pourrait les vendre à deux mois, dès qu’ils sont sevrés, mais il préfère qu’ils soient « confrontés à des adultes, pour qu’ils les canalisent, quand ils jouent ; pour qu’ils les éduquent. Les chatons sont élevés à la dure par leur mère : s’ils sont trop excités, ils s’en prennent une. Les autres chats aussi les calment. À tous les coups, un chat destructeur, qui griffe, a été enlevé trop tôt à sa mère. » Objectif : vingt chatons par an Tous les chats de l’élevage de Pierre sont vendus stérilisés ou castrés pour éviter « les reproductions involontaires ». « On travaille des lignées intéressantes. On investit beaucoup, aussi en temps. Donc, on protège la race », argue-t-il. Un marché parallèle existe. A priori, rares sont les rencontres fortuites dans l’univers des chats racés. Les éleveurs ne les laissent pas sortir, leurs acquéreurs rarement, que ce soit à cause des maladies, des accidents de la route ou du vol. Les maine coon n’en oublient pas leurs instincts pour autant. Ce sont d’excellents chasseurs. Une souris n’a pas le temps de traverser la chatterie extérieure. Un oiseau qui s’y aventure ne vole pas trente secondes. Idem pour une balle de ping-pong, un jouet conseillé. Pierre nourrit ses chats avec des produits Royal Canin : croquettes, pâtés, viande crue dont abats qu’il introduit doucement dans le bol alimentaire. Ce sont des chats rustiques, résistants. Castrés ou stérilisés, ils seront encore plus grands. « Les chaleurs et les portées coupent la croissance. Après la première portée, vers un an et demi, la femelle s’élargit encore mais ne s’allonge plus. Celles qui sont stérilisées atteindront leur taille maximum, qui avoisinera celle des mâles », explique Pierre Meyer. Généralement, une femelle pèse entre 5 et 8 kg, un mâle, entre 6 et 12 kg. Les chattes sont aussi stérilisées car leurs chaleurs peuvent être très « désagréables ». Outre les hurlements, elles « marquent », c’est-à-dire urinent. À la base, le maine coon, apparu au XIXe siècle, est brun tigré. Aujourd’hui, il y en a des blancs, roux, noirs, gris. Tête haute, cassure au niveau du nez, gueule large, queue en panache et poils mi-longs jusqu’au bout de ses hautes oreilles et des pattes : il a un aspect sauvage. La sélection consistera à trouver les complémentarités entre deux animaux pour se rapprocher le plus possible des standards de la race. Deux portées de chatons d’un mois grandissent actuellement à la Chatterie de la Plaine du Maine. C’est l’heure de l’apprentissage délicat de la propreté, qui se fait par mimétisme. Il peut y avoir des ratés, un peu plus de travail pour Pierre donc, mais ça ne dure pas. L’éleveur de maine coon espère que deux, voire trois, autres chattes mettront bas à l’automne. Jusqu’à présent, il a eu de la chance : les portées ont toujours compté de trois à sept petits. « L’objectif serait de vendre vingt chatons par an. Cela couvrirait les charges. Cet élevage sera une diversification, avec le temps. »    

Rachat de Socobeval par la CAC

Apporter de la « valeur » aux éleveurs

Publié le 15/06/2020

Le 10 mars, le groupe CAC rachetait la société Socobeval. Trois mois plus tard, le président de la CAC, Jean-Michel Habig, celui de Socobeval, Rémi Hatstatt, et la nouvelle directrice de Socobeval, Aurélie Aubry, font le point sur les motivations, le fonctionnement et les perspectives de cette entreprise spécialisée dans le négoce de bétail.

La CAC s’était lancée dans la collecte d’animaux en 2016, au sein de l’union de coopératives Cloé. Avec le rachat de Socobeval, vous poursuivez votre implication dans cette filière, mais seul. Pourquoi cette évolution ? Jean-Michel Habig (JMH) : « C’est vrai, nous avions répondu présents lors de la fermeture de Copvial. À ce moment, nous avons su apporter une réponse à nos associés coopérateurs. Avec Cloé, c’était entre 800 et 1 000 animaux. Nous ne perdions pas d’argent, mais ce n’était pas une réponse satisfaisante pour nos associés coopérateurs. Et puis nous avons été sollicités par Léon Harfenist qui souhaitait vendre Socobeval pour la faire perdurer. C’était pour nous l’occasion d’être pleinement présents dans cette filière avec la perspective de créer de la valeur pour la redistribuer à nos coopérateurs. » Rémi Hatstatt (RH) : « Avec Cloé, on stagnait, on ne progressait pas assez. On ne pouvait pas évoluer sans un achat externe. Avec 40 000 animaux par an répartis entre les sites de Manspach et Schwindratzheim, nous avons aujourd’hui une vraie opportunité pour nous développer. Et puis, c’est une vraie réponse environnementale. Beaucoup de gens veulent aujourd’hui plus d’herbe dans les paysages. L’élevage, laitier ou allaitant, permet de la valoriser. » Aurélie Aubry (AA) : « Une chose est sûre : si nous ne réagissons pas, nous aurons de moins en moins d’engraisseurs au fil des années. Nous avons aujourd’hui le niveau de vaches allaitantes le plus faible depuis vingt ans en France. Il y a encore des choses à faire. »   Comment Cloé a accueilli le départ de la CAC ? JMH : « Nous l’avons quittée en tout bien, tout honneur. Tout a été fait en totale transparence. Dès le début des transactions, j’ai averti mes homologues. Aujourd’hui, j’ai toujours de très bons contacts avec les présidents du Comptoir Agricole, de Lorca et de la CAL. »   Des rumeurs évoquent un prix de rachat de huit millions d’euros. Qu’en est-il réellement ? JMH : « Le montant est confidentiel, notamment par respect pour le vendeur. Mais ce que je peux dire, c’est qu’on est bien loin des sommes annoncées, sinon nous ne nous serions pas engagés comme nous le faisons. »   Avec 40 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, Socobeval fait partie des acteurs qui comptent dans le négoce de bétail dans le Grand Est. Comment comptez-vous maintenir cette bonne dynamique ? JMH : « Déjà, il faut savoir que la transition se fait en douceur. Depuis la vente, Léon Harenfist et Daniel Dreyfuss nous accompagnent et nous conseillent en tant que consultants extérieurs. Et puis, avec Aurélie Aubry, nous disposons désormais de la compétence qui nous manquait en interne pour nous investir davantage dans l’élevage. Nous avons aujourd’hui pleinement confiance en elle pour développer la structure. » RH : « Pour y arriver, nous devons trouver des filières rémunératrices qui permettent aux éleveurs de vivre décemment. Le potentiel est là. À nous de le chercher. »   Madame Aubry, vous étiez auparavant directrice de Cloé. Pourquoi avoir accepté le nouveau challenge proposé par Socobeval ? AA : « Après avoir démissionné, je souhaitais rester dans le milieu de la viande. Ensuite, j’ai été très intéressée à l’idée de travailler au sein d’une entreprise connue, qui a pignon sur rue, tout en ayant un modèle coopératif à sa tête. L’intérêt des agriculteurs et des coopérateurs a toujours été une priorité à mes yeux. »   Le monde de l’élevage, en particulier celui de la viande, est malmené depuis quelques années par certains mouvements sociétaux, notamment par des militants vegans. N’est-ce pas un frein au développement que vous espérez ? AA : « Déjà, il faut savoir que nous partons sur de bonnes bases. L’entreprise est saine et gagne de l’argent. Aujourd’hui, les débouchés sont là. Socobeval est en effet un gros apporteur de Bigard, Charal et Socopa. Localement, je pense que nous avons des marges de manœuvre intéressantes entre les cheptels laitiers du Haut-Rhin et du Territoire de Belfort, et les engraisseurs du Bas-Rhin et de Lorraine. Maintenant, les mouvements des « anti », j’ai déjà connu ça dans le lait. Au bout de quatre ans, on n’en parlait plus. Je pense surtout que nous devons montrer à quel point l’élevage français est le plus performant au monde. Je défends personnellement le bien-être animal. Nous faisons tout pour que les animaux aient de bonnes conditions de transport. Notre personnel est aussi mobilisé sur ce point. Je vais d’ailleurs mettre en place un programme de formation avec la Chambre d'agriculture pour améliorer les compétences sur ce point. » JMH : « Je pense aussi que suite à la crise du Covid-19, les consommateurs sont davantage tournés vers la production locale. » RH : « Que ce soit chez le boucher ou sur les étals de supermarché, il y a une demande pour la viande de qualité, pour le terroir, pour l’Alsace. Il y a du potentiel à creuser. »   Concrètement, comment allez-vous procéder pour y arriver ? AA : « Tout d’abord, je tiens à rappeler que nous avons conservé toute l’équipe de salariés déjà en place, soit une vingtaine de personnes. Les compétences sont là. Ensuite, nous allons recruter du nouveau personnel, notamment des nouveaux chauffeurs pour renforcer notre capacité à pouvoir récupérer les animaux chez les éleveurs le plus rapidement possible. C’est d’ailleurs l’une de nos grandes forces : la souplesse de ramassage dans la collecte. Par exemple, l’une des nouveautés est que les veaux de huit jours sont désormais ramassés toutes les semaines, les lundis. »   Faut-il désormais être coopérateur à la CAC pour travailler avec Socobeval ? JMH : « Pas du tout. Il faut bien comprendre que la SAS Socobeval est un négoce à part entière. Tous les éleveurs sont bienvenus. Il n’y a pour l’instant aucun avantage à être aussi adhérent à la CAC. » RH : « En effet, nous invitons tous les éleveurs motivés à nous rejoindre. Nos abatteurs veulent être approvisionnés régulièrement. C’est pour cela que des contrats vont se mettre en place leur garantissant des livraisons de qualité toute l’année et, pour les éleveurs, c’est une bonne manière de sécuriser les revenus. » AA : « Et je précise que nous sommes en mesure de chercher des animaux partout où il y en a, en Alsace, en Haute-Saône, dans le Territoire de Belfort ou en Lorraine. Si un éleveur est intéressé, il peut m’appeler directement. Et, en fonction de la typologie de ses animaux, nous verrons quels débouchés sont possibles. »   Coopération franco-allemande avec Ecu, mise en place de points de collecte, maintenant négoce de bétail. Depuis quelque temps, la CAC multiplie les initiatives pour se développer. Doit-on s’attendre à de nouveaux projets dans les mois ou années à venir ? JMH : « Il y a toujours des projets. D’autres choses viendront probablement avec le temps. Mais, avant de se lancer dans quoi que ce soit, il faut analyser, planifier et, surtout, que l’ensemble du conseil d’administration donne son aval. Nous voulons que les choses avancent mais pas n’importe comment. Il faut que ce soit avant tout créateur de valeur pour nos producteurs, avec toujours le même esprit de rigueur et de sérieux qui caractérise notre coopérative. »

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