Élevage

Apiculture

Le jour et la nuit

Publié le 18/05/2020

Après plusieurs années de vaches maigres, les ruches produisent à plein régime, conséquence d’un printemps estival et d’une floraison abondante. Une véritable bouffée d’oxygène pour les apiculteurs : pour une fois, le dérèglement climatique joue en leur faveur.

Les abeilles n’ont pas été confinées, elles. Elles ont pu voler de leurs propres ailes et pleinement profiter de l’aubaine offerte par les facéties climatiques : un printemps estival, cette fois. Par rapport à l’an dernier, c’est « l’exact inverse », décrit Alexis Ballis, conseiller apicole à l’Association de développement de l’apiculture (Ada) en Grand Est. En 2019, les abeilles sont sorties de l’hiver sous la pluie, le vent et le froid. Des conditions peu propices à leur alimentation dans leur environnement, qui ont perduré pendant tout le printemps. En 2020, c’est l’exact inverse : « Ce printemps, c’est l’été », s’exclame Alexis Ballis. Tout fleurit en même temps. Et les abeilles en profitent pleinement. « Peut-être un peu plus en plaine qu’en montagne, où la végétation s’est réveillée un peu plus tard, mais le différentiel reste le même », précise le conseiller apicole. Autre facteur qui joue en faveur des abeilles : la douceur hivernale. « Nous nous attendions à de fortes pertes hivernales car de nombreuses colonies avaient fini la saison précédente moribondes, après un printemps pluvieux et un été trop sec. » Finalement, comme l’hiver n’a pas été trop rude, les pertes de ruche s’élèvent à 9 % dans le Grand Est, ce qui est un peu plus élevé que l’an passé, mais qui reste « normal ». La combinaison de ces deux facteurs conduit à des premières miellées très abondantes. « Les apiculteurs récoltent deux fois plus de miel que d’habitude », se réjouit Alexis Ballis, qui pointe une conséquence un peu moins réjouissante de cette orgie de pollen et de nectar : « Le calendrier des floraisons est très resserré, la miellée de fleurs s’enchaîne avec celle d’acacia, et la pureté des crus est donc plus délicate à obtenir. » Un effet largement climatique Pour Alexis Ballis, cette hausse de la production de miel n’a rien à voir ni avec le confinement, ni avec l’activité agricole, qui est restée normale malgré l’épidémie de Covid-19. Certes, il y a eu une réduction du trafic routier, donc des émissions de particules fines. Mais, en l’absence de preuves qui viennent l’étayer, « nous réfutons l’hypothèse que le confinement puisse avoir un effet sur l’activité des abeilles. Pour nous, la hausse de la production de miel est essentiellement liée au climat, à cette douceur estivale qui a duré plus d’un mois » et qui s’est achevée fin avril par un rafraîchissement des températures et des précipitations bienvenues, y compris pour les abeilles. Ces dernières tirent en effet une part non négligeable de leur bol alimentaire des forêts. Or ces dernières ont souffert de la sécheresse l’an passé, ce qui a eu pour conséquence d’amoindrir la ressource alimentaire des abeilles l’été dernier. « Or, non seulement les arbres (érables, saules, sapins) sont essentiels aux abeilles, mais elles se nourrissent aussi de nombreuses autres plantes forestières, comme les framboisiers, les aubépines… », précise Alexis Ballis. L’état « dramatique » des forêts pourrait donc venir gâcher le festin si un nouvel été sec et chaud devait se profiler. Le conseiller apicole souligne aussi que le constat actuel ne concerne que les premières miellées des mois d’avril et de mai. Le bilan de la saison apicole est loin d’être joué, il sera dressé fin août, et dépendra des conditions météorologiques estivales. En attendant, le confinement des consommateurs s’accompagne d’une hausse de la consommation de miel, bienvenue pour absorber l’augmentation de la production. Et, avec une AOP miel de sapin des Vosges et une IGP miel d’Alsace, la Région Grand Est ne manque pas de ressources en matière de délices miellés.

Ferme aux Pampilles à Masevaux

Le plein air leur va bien

Publié le 17/05/2020

Depuis 2012, la ferme aux Pampilles à Masevaux est entre les mains d’Élise et Jérôme Happel. Le couple propose, exclusivement en vente directe et sur deux marchés de la commune, sa propre production de fromage de chèvre bio, de charcuterie et de viande de porc dont l’élevage se fait en plein air.

Rien ne destinait Élise à travailler dans le monde agricole. « Je suis originaire de Kientzheim. Mon grand-père était viticulteur. C’était l’un des fondateurs de la cave. J’allais parfois dans les vignes mais ce n’était pas mon truc. J’aimais dessiner et créer, j’ai donc suivi des études d’architecture. Quand j’ai rencontré Jérôme, il m’a fait découvrir son secteur d’activité. Un coup de foudre. Pour lui et ce métier », raconte la jeune femme. Ils s’installent en 2012 sur ce site non loin du centre-ville de Masevaux, entouré de forêt et tout juste à l’écart des habitations. « Il y avait un ancien bâtiment d’élevage de moutons que nous avons rénové. Nous avons ensuite construit un atelier de transformation pour la charcuterie et la fromagerie. C’est moi qui me suis installée la première après avoir suivi des formations et des stages, notamment à la ferme Schirck à Mollau. Jérôme, lui, a d’abord été boucher. Il a même été meilleur apprenti de France. Il a ensuite travaillé à l’abattoir de Cernay pendant cinq années, puis à la ferme du Grumbach à Durlinsdorf avant de me rejoindre ici », raconte Élise Happel. L’aventure démarre véritablement en mars 2012. L’activité de la ferme fleurit, avec une particularité… la variété des animaux. Aux Pampilles, il y a des cochons, des chèvres, des chevaux, des volailles et deux vaches avec leurs veaux. « C’est mon idéal de ferme. J’ai trouvé mon truc. Proposer à la vente directe nos produits en les transformant sur place. Le tout, avec une certaine éthique respectueuse de l’environnement et en production biologique. Nous nous autogérons », insiste la professionnelle.     Fromages de chèvres Elle s’occupe des chèvres, de la transformation laitière et du magasin de vente alors que Jérôme s’intéresse aux cochons, à la découpe et à la transformation pour la charcuterie. « Nous avons trente chèvres. Cela me permet de fabriquer diverses variétés de fromages, de la pâte molle, de la tomme que j’affine pendant deux mois, une autre tomme plus crémeuse et, ce qui marche le plus, des yaourts avec du lait de nos chèvres. On fait une soixantaine de variétés comme des yaourts aux plantes. Nous en faisons et vendons 800 chaque semaine. On a réussi à créer la demande auprès de nos clients. Au départ, j’en faisais avec cinq litres, ensuite soixante puis une centaine. Aujourd’hui, les très bonnes semaines, je peux faire jusqu’à 110 litres. Nos yaourts sont exclusivement vendus ici, sur la ferme. Mon seul revendeur, c’est Jacky Quesnot qui nous prend 120 yaourts par semaine », explique Élise Happel. Les chèvres sortent dès qu’il y a de l’herbe. Elles sont dans le bâtiment la nuit. Le couple leur donne du foin car elles ont besoin de fibres. Elles reçoivent également dans le bâtiment du regain de luzerne. Pendant ce temps, les cochons, eux, sont achetés à l’âge de deux mois et engraissés pendant six mois. Pas avant, car cela demeure compliqué de trier des porcelets en production biologique. Il y a 120 cochons. Actuellement, c’est le démarrage des naissances. L’élevage se fait donc en plein air sous la houlette de Jérôme. Les cochons sont sur différentes parcelles, situées près ou dans la forêt riveraine. « On a toujours fonctionné de cette manière. Ils sont uniquement dans le bâtiment en hiver, de décembre à mars. Ils se nourrissent des pâtures et des céréales, en bio, sans OGM ni soja de déforestation », précise le couple. Dans ces parcelles en plein air, il y a toutes les normes de sécurité et de bien-être animal nécessaires avec la présence obligatoire d’une mare. Les parcelles interpellent également par leurs grandes surfaces. Jérôme propose ensuite une sélection de viandes transformées à la ferme après un abattage à Cernay  : viande fraîche, fumée, salée, charcuterie et abats, avec des saucisses à cuire en hiver et des grillades en été.     Un circuit interne Les deux éleveurs ont également deux vaches, des vosgiennes. « Historiquement, j’avais déjà deux vosgiennes que j’attelais pour les manifestations. Ensuite, on a eu une simmental. On a racheté une vosgienne. En hiver, c’est intéressant d’avoir des vaches, mais également des chevaux. Ce que les chèvres ne mangent pas, on le donne aux vaches. Et si les vaches ne le mangent pas, on le donne aux chevaux. C’est un circuit interne. On donne le meilleur à certains animaux et les reflux vont à d’autres. C’est un système qui fonctionne bien. Là, on vient de récupérer un veau. C’est notre premier veau d’adaptation. Nous voulons voir s’il va être accepté par les deux vaches. C’est la raison pour laquelle nous les mettons quelques jours dans un de nos prés que nous avons en location », poursuit Élise Happel. En 2019, il y a également eu cet investissement dans l’agrandissement du magasin. Il est passé d’une surface de 20 à 100 m2. Il est ouvert les mercredis de 16 h à 18 h et les samedis de 9 h à 12 h 30. « Nous proposons notre production, évidemment, mais également les produits de trente partenaires, qui sont du secteur, et du vrac, en épicerie bio avec des grossistes. Et, quand ce n’est pas bio, c’est du local », raconte la jeune femme. La crise sanitaire et le confinement ont encore accéléré les ventes avec plus de 50 % du chiffre d’affaires en plus sur les mois de mars et d’avril. « Nous avons de nouveaux clients mais également les habitués qui, eux, ont acheté de plus grandes quantités. Nous n’avons jamais été en rupture de farine, par exemple, même si parfois, c’était tendu. Pour les œufs, nous travaillons avec la ferme Richart de Roppentzwiller », détaille l’éleveuse. Le couple vit sur place avec ses deux enfants dans une maison en bois située à proximité. « Nous avons un rapport privilégié à la nature. Notre système fonctionne bien car les lieux sont adaptés. Nous vivons avec nos animaux. Nous avons trouvé un créneau et nous avons la chance d’être les seuls dans la vallée à proposer de tels produits avec ce mode de travail. Les seuls moments où nous quittons les lieux, c’est pour nous rendre sur les marchés de Masevaux, les mercredis matins, et un jeudi par mois, d’avril à septembre », conclut Élise Happel.  

Publié le 05/05/2020

Quelles sont les clés de réussite d’un système d’élevage efficient, viable et transposable en zone séchante ? Julien Fortin, responsable de la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou, au nord d’Angers, a fait part de son expérience lors d’une journée spéciale allaitante, organisée par le service élevage de la Chambre d’agriculture d'Alsace (CAA), le 6 mars à Hochfelden.

La ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou dispose de 145 ha de SAU, dont 84 % sont dédiés à la production fourragère et 16 % aux cultures, dont la plus grande partie sert à l’alimentation de son troupeau allaitant. Pour l’essentiel des surfaces, le potentiel agronomique est « modeste », précise Julien Fortin. « Ce sont des terres très séchantes en été et hydromorphes en hiver. » Le troupeau se compose de 70 vaches allaitantes limousines et leur suite, soit 120 UGB. Le chargement est de 1,1 UGB/ha de Surface fourragère permanente (SFP). « C’est une ferme viable hors coût de recherche », souligne son responsable. La ferme de Thorigné d’Anjou est conduite en agriculture biologique depuis le départ. La commercialisation des animaux se fait via Unébio. « On ne fait pas de vente directe ni de vente de reproducteurs, on veut rester dans le cadre d’un élevage moyen », ajoute-t-il. À Thorigné d’Anjou comme ailleurs, le réchauffement climatique est une réalité. Les épisodes très secs ou très humides vont s’amplifier à l’avenir, prédit Julien Fortin. L’Institut de l’élevage s’attend à ce qu’il y ait deux pics de pousse de l’herbe, un au printemps et un second à l’automne. « Avec des hivers moins marqués, il y a un risque que la pousse de l’herbe soit plus précoce. Il va donc falloir valoriser cette herbe. » En été, il y aura vraisemblablement un trou dans la production d’herbe et le rebond automnal, qui se produit habituellement en septembre, risque d’être plus tardif. Partant de ces prévisions, « il y a des questions à se poser sur les techniques de semis, la gestion du pâturage et la saison des vêlages », souligne le responsable de la ferme expérimentale.     À Thorigné d’Anjou, la pluviométrie moyenne est de 676 mm mais, de juin à septembre, la sécheresse est très marquée. En 2019, la croissance de l’herbe a bien démarré, un gros pic a été enregistré fin avril mais, en été, la pousse s’est complètement interrompue. La mise à l’herbe se fait dès que possible, vers le 15 mars et à partir du 15 juin, « on s’organise pour laisser les ressources pâturées aux animaux qui en ont le plus besoin. »     Sécuriser le système fourrager La ferme expérimentale dispose de 117 ha de SFP, dont 48 ha de prairies permanentes et 52 ha de prairies temporaires. Les prairies temporaires ont vocation à rester en place quatre à cinq ans, elles sont constituées de mélanges dont on attend robustesse et productivité. « En agriculture biologique, la phase d’installation est compliquée », relève Julien Fortin. La luzerne, qui est assez résistante à la sécheresse, est cultivée en pur, sur une surface réduite (2 ha), mais elle n’a pas sa place dans les mélanges pâturés. 6 ha de ray-grass hybride-trèfle incarnat et 8 ha de mélange céréales-protéagineux (méteils) récoltés en ensilage complètent la surface fourragère. « Ces méteils sécurisent notre système fourrager car leur rendement est stable », précise Julien Fortin (lire encadré). Les 23 ha de cultures se répartissent entre 10,7 ha de triticale-pois, 1,1 ha de triticale, 1,7 ha de blé, 5,7 ha de féverole et 3,8 ha de tournesol. Le blé et le tournesol sont destinés à la vente. À ces 23 ha, s’ajoutent près de 5 ha réservés aux essais. La rotation classique utilisée est la suivante : prairie pendant quatre à cinq ans, suivie d’une céréale récoltée en grain, puis d’un protéagineux qui restitue de l’azote dans le sol et, derrière, un méteil récolté en ensilage. « Depuis quelques années, en même temps que le méteil, on sème la prairie, ce qui fait qu’elle est déjà installée pour l’année suivante », indique le responsable de la ferme expérimentale. Il lui arrive aussi d’implanter une dérobée derrière la céréale : celle-ci est donnée à pâturer au printemps, ce qui permet d’implanter un tournesol par la suite. « En agriculture biologique, la rotation est primordiale », insiste Julien Fortin. Ce qui conduit à « casser » des prairies pour respecter celle-ci.     Le moins d’intrants possible Côté fertilisation, les prairies reçoivent majoritairement du compost en première ou deuxième année. « On est à 10 t/ha, avec des composts qui ont six à huit mois et qu'on essaie de répartir sur l’ensemble des prairies. On met aussi un peu de fumier avant le tournesol », indique Julien Fortin. Prairies permanentes et temporaires sont amendées de la même façon. « On ne ramène pas de magnésium en plus. Le moins d’intrants possible, c’est l’une des clés de la réussite. » L’herbe est récoltée sous forme d’enrubanné ou de foin, avec des rendements qui varient de 3,1 t MS/ha pour le foin de prairie naturelle à 3,9 t MS/ha (rendements moyens depuis 1999, NDLR) pour le foin de flore variée. L’enrubanné se situe entre les deux en termes de rendements. Le méteil récolté en ensilage culmine à 8,7 t MS/ha, juste devant la luzerne (8,5 t MS/ha). En cultures, le mélange triticale-pois et le triticale ont un rendement comparable, proche de 40 q/ha, et le blé ressort un peu au-dessus de 32 q/ha, la féverole à 26,5 q/ha et le tournesol frôle les 20 q/ha. Julien Fortin considère que ces résultats sont « tout à fait satisfaisants. » Et si les agriculteurs conventionnels font de meilleurs rendements les bonnes années, leurs charges et leurs prix de vente ne sont en rien comparables. Deux périodes de vêlage Le troupeau allaitant se compose de 70 vaches limousines. « L’objectif est de tout faire pour limiter l’improductivité du troupeau, c’est un des premiers leviers d’adaptation. » Les vêlages sont répartis en deux périodes : à l’automne (du 1er septembre au 31 octobre) et au printemps (du 1er mars au 1er mai). « Ce sont deux périodes strictes, insiste Julien Fortin. Si la vache n’est pas en chaleur, on la réforme, on ne fait pas de sentiment. » Le taux de renouvellement est élevé, de l’ordre de 35 %, l’objectif étant de profiter du progrès génétique et de produire des carcasses de vaches faciles à engraisser. Le responsable de la ferme de Thorigné d’Anjou n’hésite pas à mettre le doigt sur la corrélation entre le taux de renouvellement et le revenu de l’atelier viande. La présence de deux périodes de vêlage se justifie par la volonté de profiter de l’herbe le plus possible : les vêlages d’automne, par exemple, se font dehors et les vaches peuvent profiter de la pousse de l’herbe jusqu’au 1er novembre, puis elles ressortent au printemps au pâturage avec leurs veaux, qui sont sevrés vers le 15 juin. « Quand on les ressort, ils font de la croissance gratuite », insiste Julien Fortin. Quant aux vêlages de printemps, ils sont prioritaires pour tout ce qui est herbe sur pied. Les veaux ne sont pas complémentés mais, quand vient la sécheresse estivale, les mères bénéficient d’un affouragement sous forme de foin ou d’enrubanné afin qu’elles produisent plus de lait. Pour les mises à la reproduction de printemps, la ferme utilise la monte naturelle ; pour celles de fin d’année, elle recourt à l’insémination artificielle, le taureau n’assurant que les rattrapages. Les mâles sont valorisés en bœufs, donc castrés au sevrage, selon un protocole mis en place depuis six ans pour gérer la douleur. L’âge au premier vêlage des génisses est de 30 mois. Le pourcentage de veaux sevrés par rapport aux vêlages est de 94 % et le taux de mortalité des veaux était de 7,6 % sur la période 1999-2019. « C’est dans la moyenne de la race mais cela reste insatisfaisant », admet Julien Fortin. L’intervalle vêlage-vêlage, quant à lui, était légèrement supérieur à 374 jours en 2018-2019. Quant aux performances de croissance des veaux de la naissance au sevrage, elles varient peu entre veaux nés à l’automne et veaux nés au printemps : au-dessus de 1 100 g/jour en moyenne pour les mâles et au-dessus de 1 000 g/jour en moyenne pour les femelles.     Les vêlages avancés à 24 mois Le système fonctionne depuis vingt ans mais, l’an dernier, les responsables de la ferme ont voulu aller plus loin, en augmentant la taille du troupeau à 85 vaches allaitantes. Avec toujours deux périodes de vêlage mais un âge au premier vêlage avancé à 24 mois pour baisser la période d’improductivité. Cette orientation a été décidée suite à un constat fait sur les vaches à l’engraissement : « sur les derniers kilos, on perdait de l’argent. » Unébio appliquant une pénalité sur les vaches trop lourdes, le choix a été fait de baisser le gabarit des animaux. Pour y parvenir, il a été décidé de pratiquer des croisements avec des races anglo-saxonnes qui ramènent de la précocité et permettent aux animaux de déposer du gras plus rapidement. D’où l’acquisition d’un taureau angus, utilisé sur les génisses, pour produire des bœufs et génisses croisés plus légers. La ferme de Thorigné d’Anjou n’en est qu’au début de cette expérimentation mais son responsable constate déjà que les primipares ainsi obtenues produisent moins de lait et que les veaux sont plus autonomes. « En bio, on voit les limites du modèle génétique très tardif et cela va arriver en conventionnel », prédit Julien Fortin.     Pas d’alimentation à volonté L’alimentation des bovins est un second levier d’adaptation sur lequel joue la ferme expérimentale. « La nourriture est donnée pour satisfaire les besoins stricts. Aucun bovin n’a de ressource à volonté, sauf en engraissement », explique le responsable de la ferme expérimentale, ajoutant qu’aucune ressource alimentaire n’est gaspillée. Des essais ont été menés durant cinq ans sur les couples mères-veaux en vêlage d’automne, visant à comparer trois rations. Aucun effet régime n’a été observé sur la production de lait, la reproduction et la croissance des veaux, sauf pour la ration à base de foin de prairie naturelle et céréales/protéagineux (méteil) qui a une incidence négative sur le poids et la note d’état corporel. D’où la conclusion tirée par Julien Fortin : « Tant qu’on ramène la quantité d’UF et de PDI qu’il faut, ça marche. Cela laisse un panel de choix en fonction des ressources disponibles. »  

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