Sécheresse
Une année fourragère difficile
Sécheresse
Publié le 29/08/2020
À l’image des autres cultures, l’herbe a, cette année encore, souffert de la sécheresse. Entre étés très secs à répétition et hivers trop doux, le fourrage pourrait manquer chez de nombreux éleveurs, obligés de puiser dans leurs stocks pour combler le déficit. Une situation particulièrement préoccupante, surtout dans les montagnes alsaciennes.
Encore une campagne difficile pour les éleveurs alsaciens. 2020 étant une année très sèche, le fourrage risque de manquer pour beaucoup d’entre eux. « L’année avait assez mal commencé car on a eu une première coupe certes précoce mais mal fournie. Cela aura au moins permis de faire une deuxième coupe qui s’est, quant à elle, révélée d’un meilleur niveau que d’habitude, avec des rendements corrects, grâce notamment à des pluies régulières au mois de mai », analyse Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d’agriculture Alsace. Pas de quoi se réjouir cependant car la sécheresse est passée par là entre-temps : « Depuis juillet, plus rien ne pousse à cause des fortes températures qui sont restées constamment au-dessus des 28 degrés en journée. L’herbe ne pousse quasiment plus et grille par endroits. Les pertes s’élèvent à 30 voire 50 % suivant les secteurs », rapporte le technicien. Un manque qui rime aussi avec habitude ces dernières années : cela fait trois ans qu’aucune coupe n’a été réalisée après le 14 juillet. Et cela commence à peser sur les éleveurs car c’est normalement à cette période qu’ils sont censés remplir leurs stocks. Or, ils sont déjà en train de puiser dans leurs réserves. « Les agriculteurs sont obligés d’acheter du fourrage car ils n’en ont pas rentré assez avec seulement deux coupes, constate Jean-François Strehler, conseiller à la Chambre d’agriculture Alsace. Ça va être tendu car comme on dit : ce qu’on achète est toujours plus cher que ce que l’on produit. » Face à ce problème devenu récurrent, plusieurs options sont envisagées. La question de l’ensilage revient ainsi souvent mais les rendements seraient forcément, eux aussi, impactés par la sécheresse. Alors d’où pourrait venir la lumière ? « Aujourd’hui, une des solutions privilégiées consiste à se diversifier le plus possible pour cumuler les avantages et les inconvénients de chaque culture », explique le technicien. Un phénomène encore plus inquiétant en montagne Le massif vit sa troisième année d’affilée de calamité agricole. Et pour les éleveurs cela commence à faire beaucoup. Si tout avait pourtant bien débuté avec un avancement de la pousse d’herbe correct observé au mois de mars, le manque d’eau survenu au mois d’avril a freiné considérablement les levées, comme en plaine. La première coupe en montagne aura ainsi été très faible avec un rendement moyen d’une tonne et demie par hectare. La deuxième coupe aura permis à certains éleveurs de sauver les meubles, pour un rendements total de deux tonnes et demie par hectare. Les pertes estimées s’élèvent au moins à 40 % comparées à une année normale et ce, sur l’ensemble du massif vosgien. Aucun d’entre eux n’envisage cependant une troisième coupe en raison de la sécheresse. « Depuis la mi-juillet, les prairies sont sèches et jaunies. Il est difficile de garder de l’herbe sur pied. En plus, la plupart des sources d’eau sont aujourd’hui taries, il est donc impossible de réaliser une troisième coupe car il n’y a rien à faucher », explique Stéphane David, conseiller spécialisé sur les exploitations de montagne à la Chambre d’agriculture Alsace. #sécheresse 2020 Urgence de Soutenir les Agriculteurs touchés!Redonner des perspectives à moyen et long terme pour faire face à ce changement climatique !Nous avons des solutions, action !@J_Denormandie @JeanCASTEX @ChLambert_FNSEA https://t.co/ivqGQMhhWF — Smessaert Luc (@smessaertluc) August 27, 2020 Conséquence directe de ce manque d’herbe : la plupart des agriculteurs ont été obligés d’affourager au parc et ce, dès la fin du mois de juillet. Une précocité qui aura un impact encore plus important sur les stocks d’hiver. Les éleveurs sont donc dans l’impasse et doivent déjà acheter du fourrage pour la période hivernale. Mais là encore, difficile de trouver de la bonne qualité et les prix sont toujours plus élevés : « Les prix sont exorbitants. D’ordinaire, les agriculteurs pouvaient se fournir en fourrage aux alentours des 120 € la tonne. Cette année, il faut prévoir près de 200 € pour la même quantité, déplore Stéphane David. Les exploitations ne sont plus autonomes en eau et en herbe. Certains se demandent s’il faut continuer l’élevage en montagne. » Beaucoup cherchent alors de nouvelles techniques pour remédier à ce manque récurrent. Selon le conseiller, cela pourrait, par exemple, passer par l’amélioration de la technicité de l’herbe, par des essais de sursemis sur prairie pour améliorer la productivité ou encore par des projets d’irrigation sur prairies permanentes. Si ces solutions sont envisageables, il est cependant difficile de savoir à l’avance si elles se révéleront assez efficaces. Et ça, seul le temps le dira.












