Marché de la viande bovine en grande distribution
Prim’Herbe : un prix garanti équitable moyennant un cahier des charges exigeant
Marché de la viande bovine en grande distribution
Publié le 15/10/2020
C’est une première dans la filière viande, le distributeur Carrefour propose un prix garantissant sur l’année la répartition équitable de la valeur ajoutée, à 2,45 €/kg vif pour des bœufs de 270 à 330 kg, élevés de 14 à 17,9 mois. C’est le contrat Prim’Herbe qui valorise des itinéraires d’engraissement moins intensifs. La viande est en vente en barquettes dans 50 magasins de l’Hexagone.
Rassurer le consommateur par rapport à ses attentes, tout en lui assurant un produit bon marché, et en même temps rémunérer équitablement le producteur : c’est la philosophie du contrat Prim’Herbe que met en place le groupe de distribution Carrefour à l’échelle nationale (5 400 magasins en France, dont 250 hypers et 4 000 magasins de proximité). Le contrat Prim’Herbe vient d’être signé entre l’enseigne de distribution et l’union de coopératives Cloé*, réunissant les coopératives du Grand Est Lorca, Cal et Comptoir agricole. Un contrat quadripartite en réalité, où tout le monde s’engage : le distributeur, la coopérative, l’éleveur et l’abatteur, Elivia à Mirecourt et Sicarev dans le Centre. Parmi la quarantaine d’éleveurs affiliés à Cloé, Jérôme Melard, naisseur - engraisseur à Puttigny, en Moselle (près de Château-Salins), présentait son atelier d’engraissement le 6 octobre. Gautier Lerond, directeur du pôle agriculture de Lorca, introduisait la présentation sur les enjeux de « la valorisation des prairies des éleveurs » et de cet itinéraire d’engraissement moins intensif. L’enjeu final, « c’est de préserver la consommation de viande bovine » qui diminue inexorablement de 0,6 % par an depuis 2009 (source Agreste), avec une viande de qualité, accessible en barquettes et présentant des garanties environnementales. « On mise énormément sur ce contrat parce qu’il est original et unique en France », explique Pascal Kardacz, responsable technique de la filière élevage chez Lorca. « C’est un contrat hyper cadré et très abouti. » De son côté, Carrefour « compte bien le généraliser à toute la France ». Pour l’heure, 50 magasins proposent cette viande chartée et en barquettes. « Ce n’est qu’un début, nous souhaitons engager beaucoup plus d’éleveurs ». L’approvisionnement a commencé en septembre au rythme de dix bêtes par semaine et devrait monter en puissance en janvier prochain avec 25 bêtes par semaine. Et même « doubler ou tripler, tout dépendra de la demande des magasins. Mais le marché s’annonce important et durable », ajoute Pascal Kardacz. Cette gamme de viande Prim’Herbe sera proposée en rayon libre-service et non à la découpe, donc avec une connotation bon marché. Les premier retours de la conférence de presse suite à la signature du contrat Prim'Herbe signé entre l'union de... Publiée par Groupe CAL - Coopérative Agricole Lorraine sur Vendredi 9 octobre 2020 Engraissement peu intensif : une nouvelle filière rentable L’originalité de ce contrat, c’est qu’il génère une production en cycle court de 200 jours, or le taux de rotation influe sur la rentabilité de l’exploitation. La productivité s’effectue donc sur un mode différent de l’engraissement classique. Pour y voir plus clair sur la rentabilité, l’idée c’est de ramener le calcul de rentabilité au jour de présence de l’animal. « Comme c’est une nouvelle production, on manque de recul. Mais les études de bilan des exploitations témoignent d’une rentabilité annuelle intéressante liée au taux de rotation plus court. Les éleveurs se montrent pour l’heure très satisfaits de ce contrat », précise Pascal Kardacz. Arvalis sur son site d’expérimentation à Saint-Hilaire-en-Woëvre, dans la Meuse, étudie actuellement ce nouveau modèle d’élevage. Plusieurs rations sont à l’étude, afin de mieux définir l’itinéraire technique. Il ne s’agit pas d’amener les animaux à une croissance forte : ils prennent en moyenne 1,2 kg/jour. Un cahier des charges exigeant « On fait la promotion mais l’accompagnement technique est important », prévient Pascal Kardacz. Ainsi que le respect strict du cahier des charges : la viande peut provenir de génisses ou de bœufs âgés de 14 à 18 mois, de race à viande pure ou race mixte laitière. À l’abattage, le poids de carcasse doit se situer entre 270 à 330 kg, au terme d’une durée d’engraissement de 4 mois minimum. La conformation moyenne doit se situer entre O + à R +, l’état d’engraissement doit être standard de niveau 3. L’alimentation est sans OGM, 100 % d’origine France, dont 90 % sont produits sur l’exploitation. Et la ration comprend 35 % minimum d’herbe qui peut être issue de prairie temporaire (avec du méteil et du sorgho). Cette exigence est en lien avec la coloration de la viande qui doit être rouge, selon les attentes consuméristes. La ration peut être renforcée par une complémentation en vitamine E et en sélénium, connus pour leurs propriétés antioxydantes, favorables donc à la tenue de la viande en barquette. Durant les 4 derniers mois, aucun antibiotique n’est autorisé. Autre originalité mais assez contraignante, le contrat impose deux pesées obligatoires (ou trois pour les naisseurs-engraisseurs), ceci pour un suivi de la croissance et un ajustement de la ration. Une pesée est obligatoire un mois avant la sortie, de manière à programmer l’abattage des animaux et satisfaire les besoins des enseignes. S’agissant du bien-être animal, l’exploitation est soumise à un diagnostic BoviWell. Il repose sur les cinq libertés : absence de faim, de soif, d’inconfort, de stress, de douleur, de maladie et possibilité d’exprimer son comportement naturel. Ce diagnostic fixe un plan d’amélioration si besoin. Quant au diagnostic Cap’2ER qui évalue la performance environnementale tous les deux ans, il s’adresse à la biodiversité, au stockage du carbone, et aux émissions de gaz à effet de serre.












