La ferme des petites bêtes
L’escargot, des vertus plein la coquille
La ferme des petites bêtes
Publié le 20/12/2020
À Dachstein, dans le Bas-Rhin, Romain Deiber, ancien paysagiste de 38 ans, s’est lancé dans l’élevage d’escargots. Depuis le 9 novembre, il les vend aux particuliers. D’ici deux ans, il souhaite atteindre les 200 000 escargots pour vivre de son activité et il vise la certification bio. Une aventure courageuse qui redonne un peu de vie à un village déserté des commerces depuis longtemps.
Une odeur de persil frais embaume la cuisine du complexe sportif de Dachstein. Aux fourneaux, Romain s’active. Pour accompagner ses escargots, il prépare un beurre à l’alsacienne. Un peu d’ail, d’échalote, de moutarde et un ingrédient surprise. « Dans cette recette, contrairement à la tradition bourguignonne, nous ajoutons du bouillon de cuisson des escargots, ce qui rend le tout beaucoup plus léger. Qui l’eût cru, en Alsace », plaisante le chef du jour. Avec sa petite queue-de-cheval cachée sous sa charlotte et sa franchise bravache, Romain Deiber a un air de baba cool. Toutefois, il prend sa tâche très au sérieux. Entre fin octobre et début décembre, il a cuisiné 400 douzaines d’escargots, il lui en reste 4 000 à transformer, au mieux, d’ici les fêtes, si les consommateurs sont au rendez-vous et s’il veut clore en beauté sa première saison d’élevage. « Entre mettre en parc, nourrir, récolter, sécher, abattre, nettoyer, blanchir, repasser au bouillon, remettre dans les coquilles, préparer le beurre et emballer, il faut bien compter une dizaine d’opérations jusqu’à la vente pour chaque animal », énumère-t-il. Sans compter le temps passé à rattraper les « blagues » de ces petites créatures. « Ces derniers jours, j’ai mis des escargots à jeûner dans des filets, afin qu’ils évacuent toutes leurs déjections avant l’abattage. Bien sûr, ils trouvent le moyen de manger les mailles, ils sont coriaces », constate Romain. Quand cet ancien paysagiste a commencé son élevage d’escargots, il ne s’attendait pas à toutes ces surprises. « Je cherchais un moyen d’agir sur la biodiversité et l’environnement. Les jardins permettaient de sensibiliser les gens mais je voulais aussi participer à les nourrir sainement », raconte ce nouvel agriculteur de 38 ans. Une rentabilité sans pareil Mais quelle activité développer ? Sans parents dans la profession et sans terrain, la réponse était compliquée. Alors Romain s’est documenté et a découvert les secrets des escargots. « Déjà, c’est l’élevage qui nécessite le moins de surface, donc ramené au m², ça en fait l’un des plus rentables, et certainement l’un des moins polluants. J’utilise peu d’eau, 1 m3/1 000 m² pour une centaine de jours, et je ne traite pas. Au contraire, les déjections des escargots enrichissent la terre. » En plus, Romain a appris que les Français étaient les plus grands consommateurs d’escargots au monde, et aussi les premiers importateurs. De quoi trouver une place sur le marché. Au printemps dernier, ce Savoyard, devenu Alsacien voilà cinq ans, a réussi à louer 500 m² de terrain, répartis entre Odratzheim et Dangolsheim. L’aventure pouvait commencer. Romain a commandé 80 000 naissains à un éleveur de Toulouse, et les a reçus dans des boîtes de… camembert. « C’est fou, en cinq-six mois, l’animal est passé de 20 mg à 4 g », s’étonne-t-il encore. Romain a opté pour les gros gris, « plus faciles à manipuler et plus dociles. De toute façon, des escargots de Bourgogne, il n’en existe quasiment plus et les Alsaciens semblent préférer ceux-là ». La partie élevage l’a occupé tout l’été. « J’ai d’abord installé des bâches anti-fuite dans les deux parcs puis installé des planches en bois pour qu’ils s’y planquent la journée et s’y protègent des prédateurs. Il fallait surtout les arroser, pour les inviter à sortir, sinon ils se mettent en estivation. Notre intervention consiste donc à accélérer leur rythme naturel, sans les forcer », souligne-t-il. Côté alimentation, les escargots ont eu le choix : un peu de farine et surtout du radis fourrager, de la moutarde, de la luzerne ou encore du trèfle. Voilà, fin de la première récolte des escargots! Un instant un peu émouvant tout de même, mais aussi un énorme... Publiée par La ferme des petites bêtes sur Dimanche 4 octobre 2020 Nouvelle toque Début octobre, Romain a récolté 50 000 petites bêtes, il s’attendait à ces 30 % de perte. Puis, il a enfilé le tablier. Encore une nouvelle activité. « Dès le début de ma relation avec ma conjointe, je l’avais prévenue : j’adore manger et j’adore mettre les pieds sous la table. Mais, cette fois, pas le choix : pour vivre de l’élevage, il faut cuisiner. C’est le prix à payer », conclut, en souriant, celui qui prend maintenant beaucoup de plaisir à cuisiner ce qu’il produit. Des proches l’ont aidé au fil des étapes, et auprès d’un ami ancien cuisinier, il a glané quelques conseils. « Au début, il me parlait de suer, de réduire, je n’y comprenais rien. » Maintenant, Romain manie avec aisance la préparation des escargots à l’alsacienne, à la bourguignonne ou encore à la crème de munster. Grâce à la formation « hygiène et transformation » qu’il a suivie à Besançon, dans le cadre de son parcours d’installation, il a déjà d’autres recettes en tête pour les années à venir. Car Romain compte bien développer son activité. Atteindre les 200 000 escargots d’ici deux ans pour se payer un salaire et obtenir une certification bio. En 2021, il pourra exploiter une parcelle de 4 000 m², derrière le complexe sportif de Dachstein, « avec un vrai bail rural de neuf ans, de quoi envisager les choses sereinement », pense-t-il. La reproduction ? L’héliciculteur y songe aussi, pour la saison prochaine. Il sait déjà quels escargots prélever en fonction de la forme de leur coquille. Peu d'activité sur les réseaux en ce moment... mais on s'active en cuisine!!! Plus de nouvelles sur l'ouverture de la... Publiée par La ferme des petites bêtes sur Lundi 2 novembre 2020 Installation à rallonge S’il a pu compter sur ses économies pour démarrer l’élevage avec près de 6 000 €, il aura du mal à consolider la partie transformation tout seul. Cette année, Romain aurait aimé travailler dans son laboratoire, qu’il compte aménager avec une boutique, dans l’ancien garage automobile accolé à sa maison, au cœur du village. Mais les travaux ont pris du retard, à cause du confinement et des démarches administratives qui alourdissent son parcours d’installation mené avec la Chambre d'agriculture. « S’il faut en passer par là pour obtenir la dotation jeune agriculteur, je vais m’y plier », concède-t-il. À la place, Romain a donc loué une des cuisines municipales, par chance ou malchance, inutilisée ces temps-ci. Pour une cuisine aux normes et bien équipée, Romain évalue l’investissement à 100 000 €. Pour l’instant, il a pu emprunter 20 000 € au Crédit Mutuel, afin d’acheter un surgélateur et de débuter les travaux. Il espère avoir rapidement accès à des sommes plus importantes. « Ce n’est pas facile quand on n’est pas directement issu du monde agricole car on nous colle cette image de néorural et on doute de nos compétences. Or l’activité de cette première année démontre que je me débrouille », argue l’éleveur, déterminé à trouver tous les moyens pour atteindre son objectif, peut-être auprès de la Fédération associative pour le développement de l’emploi agricole et rural (Fadear) et de la Région. Il est au moins parvenu à faire reconnaître dans son parcours d’installation ses mois passés en espace test agricole. Salut les Schnekele! De retour du forum des associations et entreprises locales organisé par la commune de Dachstein... Publiée par La ferme des petites bêtes sur Lundi 7 septembre 2020 De la vie au village En attendant d’obtenir plus amples soutiens financiers, il mise sur le profit qu’il tirera de la vente de ses escargots. Pour l’instant, il les propose au magasin Montagne et terroirs à Lutzelhouse et, depuis le 9 novembre, dans le chalet qu’il a fait installer devant chez lui. Il l’ouvre au public chaque soir, de 17 h à 19 h, et le week-end. Au compteur, après un mois de vente : 200 douzaines écoulées. « Beaucoup de personnes sont venues au début pour goûter, d’autres ont trouvé ça pratique pendant le confinement, faute de pouvoir aller au restaurant. Je m’attends à ce qu’elles reviennent pour les fêtes », prévoit Romain. En marge de ses escargots, Romain propose aussi du pain, fabriqué par le boulanger de Dangolsheim, Vincent Zerr, chez qui il a installé un de ses parcs d’élevage, au printemps. « À la base c’était pour rendre service aux habitants, comme nous n’avons plus de boulangerie depuis près de neuf ans, mais cette initiative apporte aussi de la vie au village », se réjouit Stella, venue acheter un pain fermier, avec lequel elle aime saucer le beurre d’escargots de Romain. L’éleveur-cuisinier, et désormais créateur de lien social, gardera son chalet ouvert entre Noël et Nouvel an. « C’est un plat qui s’adapte pour n’importe quel nombre de convives, même un apéro à deux », relativise Romain qui espère au moins vendre 1 000 douzaines d’ici la fin de l’année. Si ces fêtes ne sont pas des plus opportunes, peut-être que Pâques, un autre moment propice à la consommation d’escargots, lui permettra d’écouler toute sa production. Recette spéciale au Safran (de chez Safran de l'Eglise d'Altorf en Alsace) Horaires spéciaux pour mieux vous servir ! C'est déjà un peu Noël chez les petites bêtes ??????? Publiée par La ferme des petites bêtes sur Lundi 7 décembre 2020












