Élevage

La ferme des petites bêtes

L’escargot, des vertus plein la coquille

Publié le 20/12/2020

À Dachstein, dans le Bas-Rhin, Romain Deiber, ancien paysagiste de 38 ans, s’est lancé dans l’élevage d’escargots. Depuis le 9 novembre, il les vend aux particuliers. D’ici deux ans, il souhaite atteindre les 200 000 escargots pour vivre de son activité et il vise la certification bio. Une aventure courageuse qui redonne un peu de vie à un village déserté des commerces depuis longtemps.

Une odeur de persil frais embaume la cuisine du complexe sportif de Dachstein. Aux fourneaux, Romain s’active. Pour accompagner ses escargots, il prépare un beurre à l’alsacienne. Un peu d’ail, d’échalote, de moutarde et un ingrédient surprise. « Dans cette recette, contrairement à la tradition bourguignonne, nous ajoutons du bouillon de cuisson des escargots, ce qui rend le tout beaucoup plus léger. Qui l’eût cru, en Alsace », plaisante le chef du jour. Avec sa petite queue-de-cheval cachée sous sa charlotte et sa franchise bravache, Romain Deiber a un air de baba cool. Toutefois, il prend sa tâche très au sérieux. Entre fin octobre et début décembre, il a cuisiné 400 douzaines d’escargots, il lui en reste 4 000 à transformer, au mieux, d’ici les fêtes, si les consommateurs sont au rendez-vous et s’il veut clore en beauté sa première saison d’élevage. « Entre mettre en parc, nourrir, récolter, sécher, abattre, nettoyer, blanchir, repasser au bouillon, remettre dans les coquilles, préparer le beurre et emballer, il faut bien compter une dizaine d’opérations jusqu’à la vente pour chaque animal », énumère-t-il. Sans compter le temps passé à rattraper les « blagues » de ces petites créatures. « Ces derniers jours, j’ai mis des escargots à jeûner dans des filets, afin qu’ils évacuent toutes leurs déjections avant l’abattage. Bien sûr, ils trouvent le moyen de manger les mailles, ils sont coriaces », constate Romain. Quand cet ancien paysagiste a commencé son élevage d’escargots, il ne s’attendait pas à toutes ces surprises. « Je cherchais un moyen d’agir sur la biodiversité et l’environnement. Les jardins permettaient de sensibiliser les gens mais je voulais aussi participer à les nourrir sainement », raconte ce nouvel agriculteur de 38 ans. Une rentabilité sans pareil Mais quelle activité développer ? Sans parents dans la profession et sans terrain, la réponse était compliquée. Alors Romain s’est documenté et a découvert les secrets des escargots. « Déjà, c’est l’élevage qui nécessite le moins de surface, donc ramené au m², ça en fait l’un des plus rentables, et certainement l’un des moins polluants. J’utilise peu d’eau, 1 m3/1 000 m² pour une centaine de jours, et je ne traite pas. Au contraire, les déjections des escargots enrichissent la terre. » En plus, Romain a appris que les Français étaient les plus grands consommateurs d’escargots au monde, et aussi les premiers importateurs. De quoi trouver une place sur le marché. Au printemps dernier, ce Savoyard, devenu Alsacien voilà cinq ans, a réussi à louer 500 m² de terrain, répartis entre Odratzheim et Dangolsheim. L’aventure pouvait commencer. Romain a commandé 80 000 naissains à un éleveur de Toulouse, et les a reçus dans des boîtes de… camembert. « C’est fou, en cinq-six mois, l’animal est passé de 20 mg à 4 g », s’étonne-t-il encore. Romain a opté pour les gros gris, « plus faciles à manipuler et plus dociles. De toute façon, des escargots de Bourgogne, il n’en existe quasiment plus et les Alsaciens semblent préférer ceux-là ». La partie élevage l’a occupé tout l’été. « J’ai d’abord installé des bâches anti-fuite dans les deux parcs puis installé des planches en bois pour qu’ils s’y planquent la journée et s’y protègent des prédateurs. Il fallait surtout les arroser, pour les inviter à sortir, sinon ils se mettent en estivation. Notre intervention consiste donc à accélérer leur rythme naturel, sans les forcer », souligne-t-il. Côté alimentation, les escargots ont eu le choix : un peu de farine et surtout du radis fourrager, de la moutarde, de la luzerne ou encore du trèfle.       Voilà, fin de la première récolte des escargots! Un instant un peu émouvant tout de même, mais aussi un énorme... Publiée par La ferme des petites bêtes sur Dimanche 4 octobre 2020     Nouvelle toque Début octobre, Romain a récolté 50 000 petites bêtes, il s’attendait à ces 30 % de perte. Puis, il a enfilé le tablier. Encore une nouvelle activité. « Dès le début de ma relation avec ma conjointe, je l’avais prévenue : j’adore manger et j’adore mettre les pieds sous la table. Mais, cette fois, pas le choix : pour vivre de l’élevage, il faut cuisiner. C’est le prix à payer », conclut, en souriant, celui qui prend maintenant beaucoup de plaisir à cuisiner ce qu’il produit. Des proches l’ont aidé au fil des étapes, et auprès d’un ami ancien cuisinier, il a glané quelques conseils. « Au début, il me parlait de suer, de réduire, je n’y comprenais rien. » Maintenant, Romain manie avec aisance la préparation des escargots à l’alsacienne, à la bourguignonne ou encore à la crème de munster. Grâce à la formation « hygiène et transformation » qu’il a suivie à Besançon, dans le cadre de son parcours d’installation, il a déjà d’autres recettes en tête pour les années à venir. Car Romain compte bien développer son activité. Atteindre les 200 000 escargots d’ici deux ans pour se payer un salaire et obtenir une certification bio. En 2021, il pourra exploiter une parcelle de 4 000 m², derrière le complexe sportif de Dachstein, « avec un vrai bail rural de neuf ans, de quoi envisager les choses sereinement », pense-t-il. La reproduction ? L’héliciculteur y songe aussi, pour la saison prochaine. Il sait déjà quels escargots prélever en fonction de la forme de leur coquille.       Peu d'activité sur les réseaux en ce moment... mais on s'active en cuisine!!! Plus de nouvelles sur l'ouverture de la... Publiée par La ferme des petites bêtes sur Lundi 2 novembre 2020     Installation à rallonge S’il a pu compter sur ses économies pour démarrer l’élevage avec près de 6 000 €, il aura du mal à consolider la partie transformation tout seul. Cette année, Romain aurait aimé travailler dans son laboratoire, qu’il compte aménager avec une boutique, dans l’ancien garage automobile accolé à sa maison, au cœur du village. Mais les travaux ont pris du retard, à cause du confinement et des démarches administratives qui alourdissent son parcours d’installation mené avec la Chambre d'agriculture. « S’il faut en passer par là pour obtenir la dotation jeune agriculteur, je vais m’y plier », concède-t-il. À la place, Romain a donc loué une des cuisines municipales, par chance ou malchance, inutilisée ces temps-ci. Pour une cuisine aux normes et bien équipée, Romain évalue l’investissement à 100 000 €. Pour l’instant, il a pu emprunter 20 000 € au Crédit Mutuel, afin d’acheter un surgélateur et de débuter les travaux. Il espère avoir rapidement accès à des sommes plus importantes. « Ce n’est pas facile quand on n’est pas directement issu du monde agricole car on nous colle cette image de néorural et on doute de nos compétences. Or l’activité de cette première année démontre que je me débrouille », argue l’éleveur, déterminé à trouver tous les moyens pour atteindre son objectif, peut-être auprès de la Fédération associative pour le développement de l’emploi agricole et rural (Fadear) et de la Région. Il est au moins parvenu à faire reconnaître dans son parcours d’installation ses mois passés en espace test agricole.       Salut les Schnekele! De retour du forum des associations et entreprises locales organisé par la commune de Dachstein... Publiée par La ferme des petites bêtes sur Lundi 7 septembre 2020     De la vie au village En attendant d’obtenir plus amples soutiens financiers, il mise sur le profit qu’il tirera de la vente de ses escargots. Pour l’instant, il les propose au magasin Montagne et terroirs à Lutzelhouse et, depuis le 9 novembre, dans le chalet qu’il a fait installer devant chez lui. Il l’ouvre au public chaque soir, de 17 h à 19 h, et le week-end. Au compteur, après un mois de vente : 200 douzaines écoulées. « Beaucoup de personnes sont venues au début pour goûter, d’autres ont trouvé ça pratique pendant le confinement, faute de pouvoir aller au restaurant. Je m’attends à ce qu’elles reviennent pour les fêtes », prévoit Romain. En marge de ses escargots, Romain propose aussi du pain, fabriqué par le boulanger de Dangolsheim, Vincent Zerr, chez qui il a installé un de ses parcs d’élevage, au printemps. « À la base c’était pour rendre service aux habitants, comme nous n’avons plus de boulangerie depuis près de neuf ans, mais cette initiative apporte aussi de la vie au village », se réjouit Stella, venue acheter un pain fermier, avec lequel elle aime saucer le beurre d’escargots de Romain. L’éleveur-cuisinier, et désormais créateur de lien social, gardera son chalet ouvert entre Noël et Nouvel an. « C’est un plat qui s’adapte pour n’importe quel nombre de convives, même un apéro à deux », relativise Romain qui espère au moins vendre 1 000 douzaines d’ici la fin de l’année. Si ces fêtes ne sont pas des plus opportunes, peut-être que Pâques, un autre moment propice à la consommation d’escargots, lui permettra d’écouler toute sa production.       Recette spéciale au Safran (de chez Safran de l'Eglise d'Altorf en Alsace) Horaires spéciaux pour mieux vous servir ! C'est déjà un peu Noël chez les petites bêtes ??????? Publiée par La ferme des petites bêtes sur Lundi 7 décembre 2020    

Publié le 19/12/2020

En Alsace, le loup n’est pas un problème. Pas encore. Il arrive… à pas de loup, depuis deux ans. Il est pour l’instant de passage. On dénombre peu d’attaques sur des troupeaux. Mais, de toute évidence, il s’installera. Thierry Sieffer, maire de Ranrupt dans la vallée de la Bruche, prend les devants.

Thierry Sieffer, le maire de Ranrupt, est parti dans les Abruzzes, dans le centre-est de l’Italie, où les hommes n’ont jamais cessé de cohabiter avec le loup, pour trouver des solutions transposables à la vallée de la Bruche, en termes de protection du cheptel. Du 28 septembre au 2 octobre 2020, Jean-Sébastien Laumond, chargé de mission paysage-environnement de la communauté de communes de la Vallée de la Bruche, Frédéric Preisemann, technicien forestier de l’Office national des forêts (ONF), membre du Réseau Loup-Lynx (piloté par l’Office français de la biodiversité, l'OFB), et Olivier Vogel, journaliste à France Bleu Alsace, sont allés avec lui à la rencontre d’éleveurs, d’un élu et d’une biologiste, dans le parc naturel national italien. L’initiative est à saluer. D’autant plus que Thierry Sieffer, ancien bûcheron, impulse une dynamique depuis mars 2020 autour de la question du retour du loup dans les Vosges bas-rhinoises. Mais la méthode en a choqué plus d’un dans le monde de l’élevage. En effet, lors d’une réunion qui a eu lieu avant le premier confinement, entre élus, éleveurs et techniciens, la potentialité d’un voyage d’études avait été soulevée. La crise sanitaire a mis en attente les retrouvailles des professionnels ; elle a retardé le projet. Sans concertation, dans l’urgence déclenchée par le spectre d’un second confinement, Thierry Sieffer décide d’organiser le voyage. Il appelle, début septembre, tous les éleveurs du coin pour les inviter à participer : en vain. L’un a prévu de faner, l’autre d’aller à l’abattoir. Ils n’ont pas voulu se libérer, ni être remplacés sur leurs fermes au pied levé. D’autant plus que la pertinence de la destination est contestée : pourquoi aller dans les Abruzzes alors que le contexte, la production et les règles d’indemnisation ne sont pas les mêmes qu’en France ? « C’est un peu du tourisme » Simon Maier, secrétaire général au syndicat ovin (SO) du Bas-Rhin, associé co-gérant au Gaec de l’Eichmatt, à Bassemberg, a décliné l’invitation au voyage de Thierry Sieffer. Pourtant, il a subi deux attaques, deux nuits de suite au Champ-du-Feu en juillet 2019, et il est avide d’informations nouvelles sur le loup. Il est déjà très bien renseigné. « C’est un peu du tourisme, ce qu’ils sont allés faire, pense-t-il. Il n’y a pas besoin d’aller en Italie, avec un traducteur qui ne restitue pas tout, chez un célibataire du fin fond de la vallée. Certaines communes ont même basé leur économie touristique sur le loup. [Il fait référence à Civitella Alfedena, un village de 260 habitants, à 1 123 mètres d’altitude ; et à son musée du loup et à son parc dans lequel on peut observer plusieurs grands prédateurs en semi-liberté, NDLR.] On n’aurait rien apporté au voyage, nous, les éleveurs. Et je doute que ce voyage nous apporte grand-chose. Ça part d’une bonne intention mais la comparaison est difficile entre les Abruzzes et la vallée de la Bruche. Et il y a assez d’expériences en France, de nombreuses communautés sur Facebook ! En cinq ans, je suis parti seulement trois jours, avec ma compagne, en voyage. Si je pars sans elle, elle m’en voudra ! » Simon termine sur cette pointe d’humour mais il est sérieux. « Je leur avais déjà dit, avant le confinement, qu’on n’était pas chaud, nous, les éleveurs », glisse-t-il. Qu’à cela ne tienne, l’élu de Ranrupt ayant sollicité le soutien de l’Europe, via le programme Leader (Liaison entre action de développement de l’économie rurale), financé par le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), et redoutant, à raison, un reconfinement, maintient son départ dans les Abruzzes. Hormis la philosophie italienne, qui est de s’accommoder au mieux de la présence du grand prédateur - aussi peut-être parce que l’indemnisation de 190 euros pour un mouton reconnu tué par un loup vaut plus que la bête à viande (60 euros), d’après la scientifique qui travaille sur place -, rien de détonant n’est à retenir du voyage. Les trois éleveurs italiens professionnels des Abruzzes, en lait et/ou viande, ont subi chacun de trois à dix attaques en 2020, sur des troupeaux allant de 150 brebis à 300 moutons, ou de 100 chèvres, qui paissent jusqu’à 1 600 m d’altitude. Pour s’en défendre, ils insistent sur la nécessaire présence de chiens (de six à dix), leur éducation adéquate, sur l’importance d’un berger (dont le loup a systématiquement peur : « Il sait très bien que l’animal le plus méchant, c’est l’homme », répète la traductrice), sur l’utilisation de clôtures électrifiées. Ce que l’histoire ne dit pas, c’est si le loup entend de temps à autre siffler une balle, alors qu'il est strictement protégé des deux côtés des Alpes. Les Italiens ont la réputation d'être moins regardants sur le respect des lois, aussi sévères soient-elles. 400 prédations sont dénombrées en moyenne dans les Abruzzes chaque année. Mais le plus gros problème relève un éleveur italien, c’est le tourisme de masse : certains hôtels attiraient l’ours et des cerfs pour contenter les visiteurs. Le plantigrade a déjà abîmé ses clôtures. De son côté, Roberta Latini, la biologiste du parc naturel, ose dire que certains éleveurs participaient à ce « nourrissage » en posant des carcasses pour les loups. « Adapter les solutions pour chaque troupeau » Si le triptyque « chiens-brebis-berger » est le meilleur pour les Alpes, d’après Jean-Marc Landry, biologiste et éthologue, qui travaille dans le Valais en Suisse, depuis 1997 suite au retour du loup ; il ne l’est pas forcément partout. Début octobre, juste après le retour des Alsaciens de leur expédition dans les Abruzzes, le scientifique a été interviewé par la journaliste Aurélie Kieffer pour France Culture. Le voyage des Bruchois a eu le mérite d’engendrer un battage médiatique au retentissement national, puisque Jean-Marc Landry réagit au reportage d’Olivier Vogel diffusé sur l’antenne. Quand les éleveurs divisent un troupeau en quinze lots, il est inenvisageable d’avoir quinze chiens, dit l’éthologue. « L’éleveur passerait la journée à les nourrir ! », s’exclame-t-il. Et, si les chiens de troupeau fournissent un travail fantastique, le chercheur constate qu’il n’y a pas encore assez de sélection et que les éleveurs français et suisses ont perdu les savoir-faire en matière d’éducation de ces chiens, contrairement aux Italiens. La collaboration qui se dessine entre la vallée de la Bruche et les Abruzzes s’orienteraient-elles sur des échanges autour des chiens de protection ? « Tous doivent s’adapter aux chiens. Les éleveurs ne doivent pas porter toute la responsabilité », souligne encore Jean-Marc Landry. Le scientifique fait référence aux peines de prison qui peuvent être encourues lorsqu’un chien mord un randonneur, se basant sur un cas français. « L’idée, c’est d’adapter les solutions pour chaque troupeau. […] Parfois, le tir est un outil de protection ; parfois, c’est la solution. On doit donner à l’éleveur des outils pour défendre ses bêtes », plaide-t-il. Mais attention à ne pas tuer n’importe quel loup : une meute désorganisée, déstructurée par la mort d’un des deux parents par exemple, peut entraîner plus d’attaques sur les troupeaux de la part des jeunes. « L’idéal, ce serait de pouvoir tirer le loup qui est en train de faire l’attaque », précise Jean-Marc Landry. La réglementation aujourd’hui ne le permet pas. 50 % des loups vivent dans le système pastoral et ils passent aussi à côté des troupeaux sans les attaquer. Dès lors, comment savoir a posteriori si on tire sur le bon individu ? « Les chiens de protection, on verra plus tard » « Nous aimerions faire des tirs non létaux : tirer sur le loup, lui faire du mal, parce qu’il faut que le loup ait un traumatisme et qu’il fasse le lien avec les brebis, pour qu’il apprenne à ne plus revenir sur les troupeaux. On est en train de développer plusieurs outils, parce que les éleveurs ont besoin d’outils qui fonctionnent », martèle le biologiste. « En Alsace, on parque la nuit, parce qu’on a des voisins. On est obligé. Mais poser des filets d’1,40 mètres, c’est très lourd. Un an est passé sans attaque : on ne va pas s’embêter avec ça. Nos filets ont 90 cm de hauteur, aujourd’hui. Le retour du loup nous inquiète certes, mais pour le moment on ne va pas changer nos pratiques, parce qu’on n’a rien sous les yeux. Et les autorités non plus ! », avance Simon Maier, joint par téléphone, début décembre, après avoir rencontré Thierry Sieffer et son équipe. Le secrétaire général du SO du Bas-Rhin reconnaît que s’équiper avant même que le loup n’arrive, même à ses frais, pourrait le tenir à distance mais « ce n’est pas facile et c’est lourd, économiquement », dénonce-t-il. Il voit d’ailleurs plus loin : « Dans les années à venir, les protections fonctionneront mais dans vingt ans ? » Il cite l’exemple de la Drôme où certains éleveurs avec 25 chiens se font encore manger des brebis, parce que le loup s’est trop développé, estime-t-il. « C’est un métier de plus d’avoir des chiens, ajoute-t-il. On a un berger : mon père. On transforme : on est boucher-charcutier. On a aussi envie d’être parents, d’avoir une vie de famille ! » Il affirme qu’il va souscrire au prochain Plan loup tout de même pour installer des clôtures fixes d’1,20 m autour de sa ferme. « Les chiens de protection, on verra plus tard. Ce sera dur à gérer parce que c’est nouveau et qu’on est sur un secteur touristique », confie-t-il. Son papa travaille avec des chiens de conduite, des bâtards actuellement. Le Gaec compte 850 brebis et 210 ha de prairie naturelle, principalement dans les vallées de Villé et de la Bruche. L’exploitation est sur un territoire classé en cercle 2 (les cercles vont de 0 à 3, le cercle 0 étant un foyer de prédation) : c’est-à-dire qu’« au moins un constat de dommages pour lequel la responsabilité du loup n’a pas été écartée au cours des deux dernières années, sans récurrence interannuelle » a été établi. Elle est donc éligible aux subventions. Mais le berceau de la production ovine en Alsace est dans le nord du Bas-Rhin qui a été déclassé en cercle 3. « Là-haut, ils n’ont plus de subventions pour les clôtures », pointe Simon Maier. Ils en ont pour des chiens de protection s’ils font pâturer plus de 90 jours cumulés. « Tant qu’il n’y a pas de pression, il n’y a pas d’aide » Jean-Sébastien Laumond, ingénieur-agronome de formation, qui travaille de près avec les éleveurs, le sait : c’est le serpent qui se mord la queue. On demande aux éleveurs de se protéger du loup avant même qu’il n’attaque le troupeau, pour le dissuader, mais les subventions aux chiens, clôtures et bergers ne sont débloquées qu’une fois les attaques avérées et sur plusieurs années. « Tant qu’il n’y a pas de pression, il n’y a pas d’aide. Ici, heureusement, il y a de bons échanges avec la DDT. Dès les premières attaques de loup en 2019, les éleveurs ont été remboursés : même ceux qui avaient des daims, alors que ces animaux ne sont pas mentionnés dans les textes », remarque-t-il. Selon Frédéric Preisemann, il y aurait deux ou trois loups dans tout le massif vosgien. La DDT du Bas-Rhin détecte seulement un individu dans le Bas-Rhin, en l’état des éléments techniques que livre le terrain. Thierry Sieffer qui se veut précurseur sur le sujet, tient à la présence du loup pour aider la forêt à se régénérer, grâce à ce prédateur naturel des sangliers, chevreuils et cerfs. En contact avec l’association nationale Férus de protection et de conservation de l’ours, du loup et du lynx en France, le premier magistrat de Ranrupt souhaiterait que des bénévoles formés aident les éleveurs dans la surveillance de leurs troupeaux. L’idée sera soumise aux premiers concernés, les éleveurs.

Publié le 13/12/2020

Sur les hauteurs d’Orbey, l’exploitation laitière de la famille Henry fait partie du paysage depuis plusieurs décennies. Le renouvellement de la génération actuelle se prépare. Émeline, 21 ans a cette ambition avec comme projet la création d’un atelier de transformation.

Après avoir traversé le centre-ville de la commune de la Weiss, et suivi jusqu’à Basses-Huttes, l’un des 38 hameaux d’Orbey, on arrive une centaine de mètres plus loin devant l’exploitation de la famille Henry. En ce mois de novembre où la population est confinée, l’activité se poursuit dans cette ferme qui occupe 90 hectares de prairies naturelles. Il y a là un troupeau mixte formé d’une cinquantaine de vaches laitières montbéliarde et holstein, et aussi une vosgienne (un taureau qui permet d’avoir des vaches croisées). Le lait, bio depuis deux ans, est collecté par la laiterie Lactalis. Après un début de carrière dans la restauration, Émeline Henry a changé d’avis. « Mon rêve était d’avoir une ferme-auberge. Mais, après quatre années d’expérience, le monde de la restauration ne me plaisait plus, raconte-t-elle. Je me suis réorientée. J’ai alors suivi une formation. Un certificat de spécialisation production, transformation et commercialisation des produits fermiers à Poligny dans le Jura. Je l’ai effectué pendant un an en apprentissage en étant alors chez Christine Chaize pas loin d’ici. Pour pouvoir m’installer plus tard, on m’a conseillé de faire ensuite le brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BPREA). Il peut être suivi en dix mois avec plusieurs semaines de stages. Ces nouvelles connaissances et ces découvertes de ce monde professionnel m’ont définitivement convaincu. Je souhaite m’installer et reprendre l’exploitation de mes parents », assure Émeline. Il faut dire qu’elle a eu l’opportunité de participer à des stages dans des fermes diverses permettant de découvrir toutes les spécificités du métier d’éleveur. « C’est son choix. Je l’ai toujours laissé faire. Je ne l’ai jamais poussé ou à partir ou à me rejoindre. Pour travailler ici, il faut simplement être déterminé et être conscient de la réalité du métier », réagit son père, Denis Henry, qui a toutefois du mal à cacher sa fierté.       ?‼️A VENDRE ?‼️ Taureau de race Vosgienne Bonne origine laitière ✔️ Âge : 16mois 500€ Publiée par FERME HENRY sur Mercredi 4 novembre 2020     Des yaourts et des fromages Avant le confinement, Émeline s’est rendue à un stage proposé par l’organisme de sélection de la race vosgienne sur la transformation fromagère. Avec elle, d’autres jeunes adultes en phase de reconversion professionnelle étaient également présents. « Mon futur projet d’installation, c’est précisément de créer sur la ferme un atelier de transformation pour ensuite présenter à la vente une partie de la production en fromage et en yaourts en ouvrant un point de vente et en faisant des marchés. J’avais déjà de bonnes connaissances sur la transformation. Mais cette formation a été un rappel intéressant », se félicite la jeune femme. Un stage complet d’une quinzaine de jours. D’abord à Obernai pour une session pédagogique où les apprenants se sont familiarisés avec les règles spécifiques dans les ateliers de transformation et notamment les normes HACCP (analyse des dangers et maîtrise des points critiques). Le but étant de prévenir tout problème alimentaire pour les consommateurs (mauvaise qualité d’un produit, présence de produits chimiques ou d’un corps étrangers dans la nourriture) et de réagir en conséquence en cas de risque détecté. La seconde semaine a été consacrée à des visites de fermes et à des cours proposés par Anthony Di Carlo, chargé de développement de la race Vosgienne et de ses produits, et par Mathieu David, technicien de l’association du munster fermier (AMF). Démarrée en septembre dernier, la formation de ce BPREA doit durer dix mois. Émeline Henry a pris attache avec les services de la Chambre d'agriculture Alsace pour préparer le montage de son dossier d’installation. « Je dois le solidifier dans ma tête et dans les faits. Mais l’idée est de m’installer ici à Orbey dans deux à trois ans. Mes parents seront encore actifs une dizaine d’années. Je dois donc avoir un projet cohérent permettant de dégager de la valeur ajoutée pour la ferme et une source de revenu pour moi. Mon objectif serait de transformer tous les deux jours 500 litres de lait en yaourts, fromages de munster, bargkass et autre tomme. Je compte développer une activité de vente à la ferme qui n’existe pas aujourd’hui et, me rendre sur les marchés et les magasins de producteurs », précise Émeline Henry. « Démarrer en tant que salariée » La jeune femme comprend par ailleurs que le développement futur de l’exploitation passera aussi, comme depuis toujours, par la qualité des produits proposés. « La crise du Covid-19 en est le meilleur exemple. Il y a toujours de la demande des consommateurs à partir du moment où l’on réussit ses produits. Je ne compte pas être du matin au soir dans cet atelier de transformation. Je compte participer pleinement aux autres activités de la ferme. Je suis attachée à cette exploitation. Aussi, je veux prendre le temps nécessaire avant de me lancer. Dans une première phase, à la fin de la formation, je pense d’abord me mettre sur la ferme en tant que salariée pour ne pas brûler les étapes », note Émeline. Une prudence qui s’explique également par la réalité du moment. Depuis trois ans, une sécheresse persistante entame le fourrage pour les animaux. « On commence à nourrir les bêtes dès le mois d’août alors que par le passé, on le faisait à partir du mois de novembre. Nous cherchons également à valoriser notre fourrage bio. Il faut donc s’adapter. Nous envisageons d’arrêter l’enrubanné pour améliorer encore davantage la qualité de notre fourrage. Cette sécheresse a des conséquences qui s’ajoutent à des dégâts de sangliers toujours plus importants », poursuit Denis Henry. La famille Henry cherche des solutions. Des voies de diversification. Ils ont ainsi investi dans trois vaches angus, une race bovine britannique. Une race bouchère qui produit une viande appréciée, finement persillée, avec une bonne conformation de carcasse et un excellent rendement en viande. Elle est résistante, facilement adaptable, peu exigeante et extrêmement précoce. Elle supporte les hivers humides comme la chaleur en été. Les vaches angus sont largement utilisées en croisement pour améliorer les qualités de carcasse, pour l’aptitude laitière ou apporter le caractère sans cornes. Les femelles vêlent facilement, en partie grâce à la petite taille des veaux et ont de bonnes aptitudes maternelles. « Pendant mon apprentissage, on en vendait. L’idée est venue. Cela permettrait, une fois par mois, de développer et de vendre des colis de cette viande », conclut Émeline Henry dont le conjoint, Thibaut Humbert compte également rejoindre l’exploitation. Mais, lui, pour développer l’activité du bois. Il connaît bien le monde agricole. Ses parents ont également une exploitation à Sainte-Marie-aux-Mines.       ~Deux nouvelles naissances ce mois-ci à la ferme. La famille s’agrandit ??? Publiée par FERME HENRY sur Samedi 10 octobre 2020    

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