Ferme Le Mevel à Fort-Louis
Des charolais et des asperges bio en direct
Ferme Le Mevel à Fort-Louis
Publié le 18/07/2021
« Vente d’asperges et de viande bio » : à la Ferme Le Mevel, à Fort-Louis, le message est simple, clair et concis. Clément Le Mevel mise sur le circuit court. En parallèle, il développe aussi ses partenariats avec les sociétés locales.
« Komm ! Komm her ! », crie Clément Le Mevel, devant un parc, à l’entrée de Fort-Louis. Il rassemble ses troupes pour la photo. La pluie et la fraîcheur estivales siéent aux bêtes. Les charolais dévalent les pentes verdoyantes, à l’avant du fort. Les veaux d’un an, qui naissent au pré, fin septembre, s’attendent à de la farine d’avoine et de pois : ce avec quoi l’éleveur les a nourris l’hiver passé. Ils sont habitués à sa voix, dociles. Les vaches, elles, espèrent changer de parc. Elles meuglent d’impatience. Toutes et tous sont nés sur l’exploitation. Clément connaît le numéro de boucle de chaque bovin. Pour éviter maladies et accidents, Monsieur Le Mevel ne fait plus rien entrer d’extérieur sur sa ferme, ni bêtes, ni aliments. En bio depuis 2002, il a visé et atteint l’autosuffisance alimentaire. Seuls les blocs à lécher sont encore achetés. Clément est persuadé que ses frais vétérinaires ont baissé de 70 %, grâce à cette relative autonomie. Il intervient le moins possible sur les animaux. Les mères vêlent seules dans la grande majorité des cas. « Je me suis servi deux fois de la vêleuse sur quarante vêlages », assure-t-il. L’éleveur n’écorne pas les veaux. « Je n’aime pas trifouiller après les bêtes », argue Clément. Il se passe même de vermifuge. « Mes animaux vont bien », tranche l’exploitant, qui comptabilise 3 à 4 % de pertes. Bientôt des bœufs plutôt que des broutards Un taureau veille au grain. La moitié du troupeau est fécondée en monte naturelle, l’autre est inséminée. Cette organisation devrait perdurer. Par contre, Clément Le Mevel a d’autres projets concernant la conduite de son cheptel. Aujourd’hui, il vend une génisse en direct, par mois : des morceaux découpés par un boucher, qui vient dans son laboratoire, sur l’exploitation. Toute la viande est mise sous vide directement par Clément. Elle est vendue sur place ou au marché de Steinseltz, en bio. Mais les broutards, qu’il engraisse à l’étable, eux, ne peuvent pas être valorisés en bio, puisqu’ils ne sortent pas. Ils repassent dans le circuit conventionnel, avec l’union de coopératives Cloé, via l’abattoir d’Haguenau, voire avec Socobeval. Un gros manque à gagner ! Clément touche près de 300 € en moins par broutard en conventionnel, estime-t-il. L’idée de Monsieur Le Mevel est donc d’élever des bœufs finis pour l’abattoir. « Je les garderai trois ans et je les vendrai, en bio. » L’an prochain, il veut encore faire diminuer le nombre de ses bêtes. De 130, il y a trois ans, il est déjà passé à 80, en 2021. En 2022, il aimerait en avoir une cinquantaine seulement, qu’il valoriserait donc mieux. Ses vaches réformées partent en steak haché bio. Vendre au détail et du haché Clément est conscient que la consommation de viande baisse. Les prix ne sont pas au rendez-vous. S’il continue l’élevage, c’est par goût, pour ses clients fidèles mais aussi parce qu’il est en bio et qu’il juge qu’il ne peut pas se passer des effluents naturels de ses bêtes pour amender ses cultures. « Il faut de la matière organique, insiste Clément. Pour ma rotation de luzerne aussi, je dois avoir des animaux à la ferme. » Il pourrait vendre la luzerne déshydratée, certes, mais la polyculture-élevage en bio, c’est son credo. « Aujourd’hui, c’est équilibré, entre les bovins, les céréales, les asperges. On a augmenté un peu les surfaces en asperges, ces dernières années. Je ferai peut-être encore un peu plus de céréales, l’année prochaine », dévoile l’agriculteur. De son propre aveu, les asperges bio, c’est « hyper rentable ». Vendues 12 €/kg, en direct, elles sont achetées 10 €/kg, par la Scot La Cigogne, à Weyersheim. « Ils prennent même les fines et le vrac », s’exclame l’agriculteur. Quant au blé bio, il atteint les 480 €/t. Comparés à ceux de la viande, même en direct et en bio (entre 12 et 14 €/kg de viande bovine), ces prix sont satisfaisants. Clément Le Mevel a vu la consommation carnée évoluer, depuis 1998 et ses premiers clients. « Il faut faire du détail et du haché. Les jeunes ne cuisinent quasiment plus. Je peux vendre 30 kg de haché, en paquets de 700 g sous vide, en une seule après-midi, au marché de Steinseltz. Les gens congèlent », livre Clément, qui pense intéresser 250 personnes par an, en direct, avec ses deux productions, viande et asperges. « Lors du premier confinement, en 2020, ça a cartonné », lâche-t-il. Une organisation bien rodée Entre un et deux jours sont consacrés à la vente directe, chaque semaine. Clément Le Mevel travaille une douzaine d’heures quotidiennement. Pour s’alléger, il fait appel à une ETA qui sème. Et il est adhérent d’une Cuma qui possède une houe rotative, une composteuse et un épandeur à fumier. Août et septembre sont sa période creuse. Il en profite pour partir deux semaines en voyage, chaque année : régulièrement au Sri Lanka, d’où vient sa compagne. Frère et beau-frère prennent le relais à la ferme pendant leur absence. Clément sera bientôt à la retraite. L’exploitation passera au nom de sa conjointe dans un avenir proche. Mais tant qu’il peut continuer, il travaillera.












