Élevage

Publié le 03/05/2021

À Berstheim, Louis Steinmetz s’est installé comme éleveur-sélectionneur sur l’élevage familial, qui compte 60 mères limousines. Son objectif est « de travailler intelligemment pour gagner du temps » et continuer à grandir professionnellement.

Pendant sept ans, Louis Steinmetz a conseillé les éleveurs limousins de Midi-Pyrénées et du Grand Est dans l’amélioration génétique de leur troupeau. En 2020, il quitte le herd-book limousin pour prendre la tête de l’élevage familial, guidé par la volonté de « conserver un patrimoine déjà travaillé » par son père Joseph, éleveur-sélectionneur de limousines depuis 40 ans. Il part avec quelques atouts dans son jeu. « Les bâtiments sont super fonctionnels et déjà amortis, le parc matériel est à jour, le fonds de génétique et la clientèle sont là », expose Louis, qui est titulaire d’une licence en génétique animale. Mais il a aussi une contrainte : un parcellaire morcelé et en partie éloigné. Les 122 ha sont répartis en deux sites. En Alsace Bossue, 20 ha de prairies permanentes non mécanisables sur 54 ha accueillent les génisses pleines, celles de l’année et les vaches suitées. Le reste est fauché en foin ou consacré au pâturage tournant. Les gestantes sont rentrées entre le 15 octobre et le 15 novembre, soit 15 jours à trois semaines avant le vêlage pour être vaccinées contre les diarrhées et supplémentées en minéraux (sélénium, magnésium, vitamines A, D et 3E). « Cela se ressent sur l’expulsion et sur la vitalité du veau. » Cette supplémentation compense la moindre consommation d’herbe et sa moindre richesse en oligo-éléments observée depuis quatre ans en raison de la sécheresse. Le jeune éleveur considère qu’elle a également un effet positif sur la santé globale des animaux en hiver. Les vêlages se déroulent du 25 octobre jusqu’à Noël, avec une pointe de 40 veaux en cinq semaines sur les 55 à 60 naissances annuelles. Cette concentration des vêlages permet d’avoir des lots homogènes. À Berstheim et alentours, où sont situés le reste des pâtures et les terres labourables, ce sont les couples mères/mâles qui sont mis au pâturage l’été. Louis choisit une dizaine de mâles, « les tout meilleurs de l’année », pour les dresser à la corde. « Je les tonds, les alimente tous les jours à la même heure et je les dresse. Ce sont des animaux à forte, voire très forte valeur ajoutée qui font deux à trois fois le prix d’un animal issu d’un système classique », explique Louis. Ces mâles-là exigent « une surveillance journalière ». Certains seront sélectionnés pour la station nationale de Lanaud, près de Limoges. La commission chargée du recrutement fait ses choix en fonction d’une trentaine de critères, dont la morphologie, l’ascendance et le génome de l’animal. Selon les années, la ferme Steinmetz réussit à placer deux à quatre mâles en station. Ils quittent l’élevage vers l’âge de 10 mois et sont vendus aux enchères entre 13 et 14 mois. L’an dernier, deux sont partis à Lanaud. L’un a dépassé 4 000 €. Les mâles non sélectionnés sont vendus comme taureaux reproducteurs à une clientèle locale (Alsace, Moselle, Meurthe-et-Moselle et Allemagne) ou lors de concours (Agrimax à Metz).   Publiée par Louis Steinmetz sur Lundi 8 avril 2019   Viser le maximum d’autonomie Comme les vêlages, la reproduction s’étale sur une courte période. Elle est précédée d’un flushing (apport énergétique) permettant aux femelles d’extérioriser leurs chaleurs. Pour sa première année d’installation, Louis puise dans le catalogue d’Elitest pour trouver des taureaux à vêlage facile et à fort développement musculaire pour ses génisses. Il utilise par ailleurs un taureau d’IA pour éviter la consanguinité. Enfin, il complète la palette des reproducteurs avec deux taureaux achetés à Lanaud, choisis pour leur largeur de bassin, leur fort potentiel de croissance et laitier. Ils doivent donner « des vaches productives, performantes et lourdes ». « L’achat des taureaux, c’est l’investissement principal sur l’exploitation. Toute la complexité du travail de sélection est d’arriver à juger un taureau sur une dizaine de veaux, pour pouvoir réagir rapidement. S’il n’est pas bon, il faut arrêter les dégâts et en trouver un meilleur. » L’expérience acquise au herd-book lui a permis d’avoir un œil aguerri. « Après, ce qui est important, c’est de sortir, de voir les animaux en station, dans les concours pour tenir son œil à jour. » En matière d’alimentation, l’objectif de Louis est de parvenir à « un maximum d’autonomie ». Il l’est pour toutes les vaches en production et pour les bêtes d’élevage, mais il achète du correcteur pour les animaux à l’engraissement. Il en distribue à raison de « même pas 2 kg/jour/bovin » et y ajoute du minéral (100 g/bête). En septembre dernier, l’éleveur a implanté 5 ha de luzerne. « C’est une plante résistante à la sécheresse, qui ramène le plus de protéines à l’hectare et qui est riche en bêtacarotène, ce qui aide à la reproduction. » La recherche d’autonomie vaut aussi pour le travail : même s’il peut toujours compter sur son père pour l’aider, Louis se fixe pour objectif de travailler au maximum tout seul. C’est dans cet esprit qu’il envisage de s’équiper d’un couloir de contention pour pouvoir peser, vacciner et déparasiter les bovins seul et en toute sécurité. L’acquisition d’un système de surveillance des vêlages devrait aussi lui permettre de dégager du temps pour sa vie personnelle et pour continuer à « grandir professionnellement » sans augmenter la taille de son cheptel ou faire de culture supplémentaire.

Ferme du Renzburn à Storckensohn

« Ils ont tout détruit ! »

Publié le 24/04/2021

À quelques semaines de la première coupe d’herbe, Robert et Jérémy Luttringer ont eu la désagréable surprise de découvrir la semaine passée leurs parcelles dévastées. Jusque-là, ils étaient relativement épargnés par les dégâts de sangliers que l’on constate un peu partout dans la région, mais les restrictions de chasse liées à la crise sanitaire, ont changé la donne.

Mercredi 15 avril. Sur les réseaux sociaux, Jérémy Luttringer ne cache pas sa colère et son désespoir. « Broyé deux fois et on est reparti pour une troisième fois. Là, ça suffit ! Quand on pense que dans un mois et demi, on fait la première coupe, tu sais que c’est mort cette année ! Tu mets du fumier, tu mets de la chaux et voilà le résultat ! Juste dégoûté ! », écrit le jeune homme dans son post accompagné de quelques photos explicites. Âgé de 26 ans, il n’est pas encore installé sur l’exploitation familiale que gère son père, à Storckensohn. Ce dernier exploite en montagne une quarantaine de bovins allaitants, une quinzaine de mères, un troupeau de chèvres et un en phase de mise en place d’ovins. Il est installé de l’autre côté du versant, en fond de cette vallée de Thann Saint-Amarin. Père et fils viennent également de reprendre la ferme d’un agriculteur parti à la retraite depuis quelques mois juste au-dessus du village. « Nous vivons de la vente directe. Nous faisons des caissettes de veau et de bœuf. Mon père s’occupe de l’administratif et de l’élevage. De mon côté, j’effectue tous les travaux de la ferme. Nous avons également différentes parcelles. En tout environ 57 hectares. Nous faisons parfois une heure de route pour aller faucher jusqu’à Burnhaupt et même Ammertzwiller », explique Jérémy Luttringer. Ils le reconnaissent. Jusqu’à présent, ils étaient relativement épargnés par les dégâts de sangliers et autres gibiers. Robert Luttringer est lui-même chasseur et l’entente est bonne avec ses collègues. Mais les choses évoluent différemment depuis quelque temps. « On a un nouveau schéma cynégétique et il n’est pas adaptable à la montagne. En outre, les chasses sont devenues chères. Peu à peu, les locaux laissent la place à des étrangers. Or, depuis un an, avec la crise sanitaire, ils ne peuvent plus venir chasser régulièrement. Cette semaine par exemple, ils ont été bloqués à la frontière. Du coup, les sangliers sont tranquilles », analyse Robert Luttringer. Tellement tranquilles qu’ils passent et repassent devant les deux sites de l’exploitation familiale. « Depuis trois semaines, ils sont partout, toutes les nuits. Ils retournent les pâturages et les prés de fauche. Un vrai carnage. Ici à Storckensohn, un hectare entier a été détruit. Plus haut, c’est la même chose. Toutes les parcelles sont retournées. Ils ont tout détruit ! », s’agace Jérémy Luttringer. Une rentabilité mise en péril Que faire ? Dans un premier temps, père et fils vont déclarer les dégâts et une nouvelle fois remettre en état. Mais il y a désormais urgence. « Dans un mois et demi, la première fauche est prévue. Nous doutons qu’elle va donner quelque chose d’intéressant. Nous allons être contraints d’acheter du fourrage. Par chance, ici, la sécheresse est bien moindre que plus en bas dans la vallée. Nous avons les restes des pluies des Vosges. Généralement, on a de l’herbe tout l’été. Nous pouvons faire nos trois coupes sur l’année. Cette année, c’est très mal parti. Je n’ai jamais vu cela », souligne Robert Luttringer qui s’est installé en 2000. Il a toujours été bien soutenu par la commune et il a ouvert le paysage. Ce qui lui permet d’exploiter tout en travaillant à côté dans une entreprise située à Saint-Amarin. Son fils est dans le même cas. « Pour vivre de l’agriculture de montagne, nous devons mieux valoriser nos productions et vendre en direct avec le moins d’intermédiaires possibles. Nous ne voulons pas trop nous agrandir. Cela se passe plutôt bien. Mais si maintenant nos parcelles sont saccagées régulièrement, cela va rendre notre exploitation moins viable », s’inquiète Jérémy Luttringer. Ces dernières années, les Luttringer sont pourtant aux petits soins pour leurs parcelles et leurs animaux. Ils ont besoin d'une soixantaine de rouleaux de fourrage pour la première coupe. C’est précisément ce qu’ils produisent. « Nous broyons avec le tracteur, nous utilisons du fumier, de la chaux et nous achetons des semences. Les coûts sont également là. Nous réfléchissons désormais pour faire un semis complémentaire. S’il pleut, on pourra implanter une culture supplémentaire », précise Robert Luttringer. La première coupe a lieu généralement dans la seconde partie du mois de mai, parfois en juin. La seconde coupe plus tard dans l’été. La troisième se fait avec l’aide des vaches. Père et fils sont désormais suspendus à la faune sauvage qui les entoure. Leurs nuits vont être de plus en plus courtes. « Nous pouvons chasser. Mais pas seuls. Nous devons pouvoir le faire avec tous les autres chasseurs », concluent Robert et Jérémy Luttringer.

Publié le 22/04/2021

Grâce à un accord signé avec le groupe Bigard Charal Socopa, l’union de coopératives Cloé va pouvoir développer la production de viande bovine label rouge. 204 élevages alsaciens et lorrains sont d’ores et déjà qualifiés, pour un débouché qui devrait atteindre 1 300 bovins cette campagne.

C’est un nouveau pas dans la montée en gamme prévue par les États généraux de l’alimentation. La signature, le 7 avril, d’un accord de partenariat entre le groupe Bigard Charal Socopa et l’union de coopératives Cloé, à laquelle adhère Comptoir agricole élevage, augure d’un développement de la production de viande bovine label rouge en Alsace et en Lorraine. Le groupe Bigard Charal Socopa répond à la demande de l’enseigne Cora. Celle-ci souhaite approvisionner en viande sous signe de qualité les rayons boucherie traditionnelle de 28 de ses grandes surfaces. Un contrat de trois ans a été signé en ce sens portant sur « au moins 1 000 animaux à l’année », indique Franck Lucas, directeur des établissements Charal Metz. Des pourparlers sont également en cours avec d’autres grandes surfaces spécialisées. « Pour les coopératives, c’est un vrai enjeu de répondre à cette demande », souligne le directeur de Charal Metz. Bruno Colin, président de Cloé et de Cal élevage, confirme : « depuis les États généraux de l’alimentation, les filières cherchent à monter en gamme pour ramener de la rentabilité dans les élevages. Le label rouge est un signe de qualité reconnu pour la qualité intrinsèque des produits et un cahier des charges certifié par l’Inao ». Mais s’il est très bien coté, il ne représente jamais que 3 % des volumes produits par la filière, ce qui fait que peu d’éleveurs bénéficient de la plus-value qui y est associée. La signature d’un contrat avec Cora, enseigne très bien implantée dans le Grand Est (30 magasins), devrait booster les volumes et permettre à davantage d’éleveurs bovins d’être impliqués dans la production de viande label rouge. De fait, souligne Justine Wacht, en charge des filières qualité chez Cloé, avec ce nouveau contrat, 44 nouveaux élevages ont été qualifiés, soit 21 en race charolaise, 17 en limousine et 6 en salers. Ce qui porte le nombre total d’élevages qualifiés pour le label rouge à 204, pour une prévision de 1 300 bovins qualifiés pour la campagne en cours. Soit sept fois plus d’animaux qu’il y a deux ans. Parmi les élevages qualifiés, 20 sont alsaciens. Ils seront une trentaine d’ici peu, selon Romain Gérussi, de Comptoir agricole Élevage. Un effet boule de neige « Quand un leader comme Cora s’engage, cela fait boule de neige », veut croire Xavier Lerond, président d’Interbev Grand Est et de Lorca Élevage. Conformément à la lettre de mission confiée par l’interprofession bovine nationale, les représentants d’Interbev Grand Est se sont fixé pour objectif de faire le tour des enseignes de grande distribution pour mettre en avant le label rouge, expliquer à quoi il correspond en termes de qualité, quelles sont les disponibilités, et fournir une PLV (publicité sur le lieu de vente) permettant d’accompagner les magasins dans la promotion de ce signe de qualité. Des discussions sont en cours avec d’autres enseignes que Cora, signale Xavier Lerond, la volonté étant de toujours associer signe de qualité et provenance de proximité. Cette préoccupation était déjà présente au lancement de l’association Lorraine Qualité viande, il y a plus de 25 ans. Mais une étude de marché, réalisée auprès des consommateurs nancéiens il y a deux ans, a montré que la notoriété de la marque régionale, dans ses différentes déclinaisons calquées sur les anciennes régions, était largement inférieure à celle du label rouge. « En matière de qualité et de proximité, on a dégainé les premiers et on restera longtemps devant, assure le président de l’interprofession bovine régionale. À condition, ajoute-t-il, de « ne pas se louper sur les volumes et sur l’acheminement des animaux ». C’est tout l’intérêt d’une organisation coopérative. « Le planning de production doit être calé sur celui du consommateur. S’associer à plusieurs coopératives permet de fournir le volume demandé toutes les semaines, 52 semaines par an. C’est la force de Cloé », affirme Bruno Colin. Un autre atout est la capacité logistique de l’union de coopératives composée d’une flotte d’environ 15 camions de ramassage et de 3 centres d’allotement en Alsace (Brumath) et en Lorraine. Entre 4,50 € et 5 € le kilo Jusqu’ici, l’union de coopératives fournissait essentiellement les boucheries de détail en viande label rouge. En accédant aux rayons traditionnels des grandes surfaces, elle élargit la palette des points de vente capables de valoriser 100 % de la carcasse en label rouge. Même si le débit reste lié à la taille du magasin - certains sont capables d’écouler une carcasse par semaine, d’autres seulement une demi-carcasse - c’est bien le boucher qui, dans les grandes surfaces, valorise l’ensemble des morceaux, garantissant la rémunération du producteur. La plus-value attendue permettra de couvrir les coûts de production, selon les responsables de Cloé, qui font état d’un prix payé au producteur compris « entre 4,50 € et 5 € le kilo selon la race ». À comparer avec les 4 € le kilo payés pour les races à viande hors label rouge.

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