Élevage

Publié le 09/04/2021

Alsace Lait vient de tenir plusieurs réunions d’information, à la maison de l’agriculture de Schiltigheim. L’occasion de faire le point sur une année 2020 compliquée, mais somme toute satisfaisante, sur le plan du chiffre d’affaires et de la collecte. La coopérative se lance aujourd’hui dans le lait bio et se donne deux ans pour le collecter et le transformer.

« Une année extrêmement compliquée. » Voilà ce qu’il faut retenir de 2020, selon Michel Debes, président d’Alsace Lait. Pourtant, le secteur laitier n’est pas le plus à plaindre, puisque la demande a continué à progresser de 1,5 % au niveau mondial. Les difficultés ont commencé dès l’instauration du premier confinement, indique le président : « Avec la fermeture brutale des restaurants et des écoles, nous avons perdu 80 % de notre chiffre d’affaires sur le marché de la restauration hors foyer (RHF). Même lorsque les restaurants ont rouvert l’été dernier, nous n’avons pas retrouvé le niveau d’avant la crise. Aujourd’hui, nous enregistrons une baisse de 40 % sur le chiffre d’affaires RHF.  » L’usine alsacienne a été plus impactée que d’autres, souligne Michel Debes : « Nous sommes un peu atypiques, car la RHF représentait 25 % de notre activité en 2019, contre 6,5 % sur l’ensemble de la métropole. En 2020, ce pourcentage est tombé à 12 %. » Les échanges internationaux ont également souffert : les choses ont pris du retard, avec le télétravail. Un phénomène vraiment exceptionnel « Dès que les restaurants ont fermé, les gens se sont rués dans les supermarchés pour faire des provisions massives », rappelle Michel Debes. Cela a duré tout au long du premier confinement. Ce qui fait que les ventes en GMS ont progressé de 6 %. « Cela nous a permis de compenser en grande partie le recul de la RHF. » Au début du confinement, les commandes étaient vraiment erratiques, une situation difficile à gérer lorsqu’on travaille avec des produits frais. « D’un jour à l’autre, elles pouvaient être divisées ou multipliées par deux. Nous étions dans l’incapacité de satisfaire toutes les demandes. La situation n’est revenue à la normale qu’en juin. » Pourtant, l’entreprise s’est montrée extrêmement réactive. L’Alsace a été la première région à être classée zone rouge. Des interrogations ont plané sur la continuité de l’activité, entre les salariés malades et ceux qui sont restés à la maison pour garder leurs enfants. « Nous avons tout fait pour éviter la fermeture de l’usine. Fort heureusement, le nombre de personnes contaminées est resté faible et nous avons réussi à gérer la situation. » Dans une entreprise comme Alsace Lait, le port du masque et la désinfection des mains étaient déjà des pratiques courantes. L'entreprise a même pu offrir des masques au Conseil départemental pour les maisons de retraite et les hôpitaux. Mais comment la situation va-t-elle évoluer ? « Nous attendons avec impatience la réouverture des restaurants. » Michel Debes en est persuadé, « ce qui a sauvé l’année, c’est le comportement de la GMS et la bonne tenue de l’export, grâce à nos produits frais en portions individuelles. Les laiteries qui produisent du fromage à la coupe ont beaucoup souffert lors du premier confinement, car les consommateurs se sont détournés des produits manipulés par l’homme. » L’activité industrielle, quant à elle, s’est maintenue à un bon niveau. La collecte s’est envolée en 2020 : les producteurs d’Alsace Lait ont livré plus de 152 millions de litres, soit 6 millions de plus en un an. C’est un record historique ! « Nous avions prévu une tolérance de 15 % sur votre volume de production. À un moment donné, nous avons envisagé de réduire ce chiffre, mais nous avons préféré vendre plus de lait sur le marché spot. » Les négociations commerciales sur les marques se sont terminées le 28 février, annonce Michel Debes. « Le lait s’en sort mieux que d’autres secteurs. » Les négociations sur les marques de distributeur (MDD) viennent de commencer et se prolongeront jusqu’en juillet. Toutes les entreprises laitières poussent la grande distribution à accepter des augmentations, car le prix de l’aliment a connu des hausses drastiques, notamment le soja, et cela risque de continuer. Un premier essai en lait bio Michel Debes a fait le point sur le lait de prairie. « C’était la condition sine qua non pour nous maintenir sur le marché hollandais. Vous avez massivement joué le jeu et, en 2020, nous avons collecté 32 millions de litres. » C’est un marché porteur : Alsace Lait a ouvert des négociations avec d’autres distributeurs. « Mais cela prendra du temps car ils doivent s’engager sur la durée et accepter une variabilité du prix du lait. D’ici l’automne, nous connaîtrons la demande de nos clients et pourrons prévoir une montée en charge de la production. » Cette année, quatre adhérents ont rejoint le club des producteurs de lait de prairie. Le potentiel de croissance est réel, la coopérative a identifié d’autres producteurs pouvant se convertir au lait de prairie. Le prix est majoré de 2 €/1 000 l, et au niveau des volumes, c’est « open bar ». « Comme vous le voyez, nous préparons stratégiquement 2022. » La laiterie a longuement réfléchi à l’opportunité d’entrer sur le marché du bio, ne serait-ce que pour son image de marque. « Nous avons contacté les producteurs qui s’intéressent au bio et ont des surfaces de pâturage adéquates. Le bio, il faut le faire en mode extensif et être capable de produire assez de fourrages. Ce n’est pas évident pour toutes les fermes. » Michel Debes annonce qu’un producteur est en cours de conversion. Trois autres sont en train de le suivre. « Nous avons deux ans devant nous pour trouver une solution pour collecter ce lait et le transformer. » La filiale Savoie Yaourt a réalisé un très bel exercice 2020. Elle affiche plus d’1 million d'euro de résultat, après un amortissement exceptionnel sur une machine de conditionnement de gourdes destinées au marché britannique. « Depuis l’entrée en vigueur du Brexit, nous avons perdu ce marché et nous avons fait le nécessaire pour prendre en compte cet aléa. » La famille qui possédait l’usine Chalifoux de Sorel-Tracy, au Québec, a émis le souhait de se retirer, et donc de vendre ses actions. « Nous étions déjà actionnaires de la société à hauteur de 40 %. Lors de la vente de l’entreprise, nous avons fait le choix de devenir actionnaires majoritaires, autour de 52 ou 53 %. » Le reste de l’actionnariat sera constitué d’entreprises bancaires ou financières canadiennes. Frédéric Madon a pris la direction de la laiterie canadienne dont le chiffre d’affaires est en forte progression. Depuis le mois de juillet, il a procédé à une réorganisation de l’entreprise, ce qui a un impact extrêmement favorable sur les ventes de produits frais. « Lors de notre implantation au Canada, il y a cinq ans, nous avons lancé une gamme de produits laitiers ultra-frais. Depuis un an, nous avons développé des yaourts végétaux. » Commercialisés sous la marque Maison Riviera, ces yaourts à base de lait de coco, font un tabac. La société Chalifoux est devenue le deuxième intervenant canadien sur ce secteur innovant. L’aventure canadienne est donc un pari gagnant. « Nous dépassons les 30 M$ de chiffre d’affaires sur les produits frais, à comparer avec les 15 à 16 M€ de Savoie Yaourt. » Un petit regret, pour le président : « La fête du 40e anniversaire est tombée à l’eau, l’an dernier. Je ne sais pas s’il sera possible de le fêter cette année, mais ce n’est que partie remise.  » Cette année encore, l’assemblée générale aura lieu par correspondance, au début du mois de juin. Le Québec, une affaire qui marche Le groupe, qui comprend désormais quatre entités, Alsace Lait, Savoie Yaourt, Chalifoux et Maison Riviera, a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 125,60 M€, indique Frédéric Madon, directeur général. « Le chiffre d’affaires s’est légèrement amélioré, malgré la déconsommation dans certains secteurs. » Le résultat net consolidé s’établit à 2,50 M€, en amélioration par rapport à l’an passé.  « Les quatre sociétés du groupe contribuent à ce résultat bénéficiaire. » Les fonds propres s’améliorent d’une année à l’autre. La dette financière du groupe continue à baisser sous l’effet de la consolidation de la trésorerie qui atteint 6,30 M€ sur l’ensemble du groupe. La coopérative Alsace Lait contribue largement au bénéfice réalisé par le groupe en 2020, souligne Frédéric Madon. À 111 M€, son chiffre d’affaires est en légère augmentation, avec des résultats contrastés selon les réseaux. « La RHF a chuté de 29 % ; fort heureusement, la GMS a pris le relais, avec une progression de plus de 5 %. » Le poids de la GMS est de 80 %, contre 75 % en 2020. Celui de la RHF, par contre, a reculé de 25 % à 12 % en un an. La marge globale de l’entreprise continue à progresser pour s’établir à 39,60 M€. « La GMS n’a pas facturé de pénalités l’an dernier, compte tenu de la situation chaotique, ce qui nous a permis d’améliorer notre marge. » Conséquence, la valeur ajoutée est aussi en progression, d’autant que les charges externes - transport, intérim, fluides et énergie - sont en baisse. L’excédent brut d’exploitation s’établit à 6,60 M€, le résultat d’exploitation à 2,20 M€, en très nette amélioration. Les charges salariales augmentent, sous l’effet de l’intéressement, de l’embauche de nouveaux agents, de la prime Covid et des négociations salariales (+ 1 M€ au total). Les résultats financiers sont déficitaires. Au final, le résultat net comptable s’élève à 1,7 million d’euros. Une nouvelle ligne de fabrication de lait UHT En 2020, la coopérative a consenti des investissements limités. De l’ordre de 1,70 M€, ils ont porté essentiellement sur l’aménagement des infrastructures pour réorganiser les services. Cette année, Alsace Lait prévoit d’investir 4,70 M€. « Nous installons une nouvelle machine pour l’élaboration du lait UHT pour être en capacité de produire plus. » L’ancienne machine UHT est à l’arrêt, la nouvelle machine entrera en fabrication début mai. Une augmentation de la production de lait UHT permettra à la coopérative de réduire la vente de lait spot et de gagner des marchés supplémentaires dans la région, mais aussi en Asie. Sur ce marché export, la demande de crème UHT est également très forte. Alsace Lait produit environ 8 millions de litres de lait UHT, entre sa propre marque et les marques de distributeurs. « Cela nous permet d’écrêter nos excédents, surtout en hiver où il y a beaucoup de lait sur le marché et où les prix sont bas. Avec cette machine nous pourrons faire d’autres produits UHT, comme la crème chantilly vanillée, le tiramisu, la crème anglaise, pour avoir des dates de péremption plus longues et nous développer à l’export », annonce le directeur général.

Chambre d’agriculture Alsace

L’élevage allaitant poursuit sa croissance

Publié le 06/04/2021

Le service élevage de la Chambre d’agriculture Alsace a organisé récemment deux réunions pour les éleveurs allaitants adhérents au contrôle de performance viande pour leur remettre leurs résultats annuels.

Ces données ont été livrées pour les races charolaises, limousines, salers et rouge des prés. En Alsace, 30 élevages sont adhérents au « bovin croissance Alsace ». 22 sont en charolais, 4 en limousin, 3 en salers et 1 en rouge des prés. Au niveau national, la répartition est la même avec 2 939 élevages de charolais, 2 334 en limousin, 441 en salers et 181 en rouge des prés. Concernant la race charolaise, ses effectifs sont très présents dans son bassin d’origine (Auvergne-Rhône-Alpes) et dans le nord-ouest du pays. « En Alsace, on a perdu 8 % des effectifs d’élevages charolais. La race reste cependant majoritaire dans les troupeaux allaitants. Dans ces élevages, il y a de plus en plus de vaches. On y constate que l’intervalle des vêlages augmente depuis 2018. En fait, les exploitations s’adaptent au potentiel fourrager qu’elles ont. La productivité globale, elle, a un peu reculé ces dernières années. L’objectif reste d’avoir un veau par vache et par an », explique Matthieu Vaillant de Guelis, conseiller spécialisé bovin viande et fourrage au service élevage de la Chambre d’agriculture Alsace. Les élevages de race limousine sont très présents dans le Massif Central et également dans le nord-ouest du pays. On constate chez eux une augmentation de la mortalité avant sevrage. L’explication la plus évidente vient de l’augmentation trop rapide du gabarit de cette race. On observe également une baisse de sa productivité ces dernières années. Les élevages de rouge des prés se trouvent essentiellement en Anjou. Il y a un seul éleveur en Alsace. Il est basé à Vendenheim. Enfin, le bassin de production de la race salers est évidemment le Massif Central. Même si l’on retrouve des élevages sur l’ensemble du territoire. Et notamment dans le Haut-Rhin. Des vêlages regroupés Concernant le regroupement des vêlages, leur intensité (pourcentage sur trois mois consécutifs) est équilibrée. Un quart est équilibré. En Alsace, 17 % sont très regroupés (au-delà de 90 %) avec même un élevage en Alsace Bossue qui a 100 % de ses vêlages regroupés. Une minorité de ces élevages (huit sur trente) ont des regroupements inférieurs à 60 %. « Nous constatons également que dans les élevages où les vêlages sont les plus regroupés, il y a une productivité globale plus importante. Jusqu’à six veaux de plus sevrés. L’aspect sanitaire a évidemment son importance. Mais, on peut également expliquer cela par une meilleure technicité. Le régime alimentaire est également une explication », précise Matthieu Vaillant de Guelis. Pour le taux de mortalité au sevrage, les élevages les moins regroupés présentent 12 % de mortalité en moyenne contre 8 à 9 % pour les élevages les plus regroupés. Les intervalles vêlage-vêlage se font en moyenne tous les 400 jours. L’objectif étant d’atteindre les 365 jours. Par ailleurs, les regroupements ou non des vêlages ont un impact économique évident. Il peut y avoir un écart de 11 000 € en fonction de la productivité, de la croissance ou encore du poids de chaque animal. « L’alimentation est plus simple avec des vaches allaitantes » À l’issue de la présentation de ces résultats techniques, deux thématiques différentes ont été abordées. Chez Ernest Hoeffel, à Walbourg, il y a eu une présentation de la litière pour bovins avec des plaquettes de bois (voir vidéo, ci-dessous). À Vieux-Ferrette, Émile Schweitzer a présenté son exploitation. Il l’a reconverti en un élevage de vaches allaitantes limousines. « Je me suis installé en 2008 en hors cadre familial. D’abord à Diefmatten puis également ici à Vieux-Ferrette. Avec mon père, on a commencé à monter le troupeau allaitant. Nous avons rassemblé les deux exploitations. En tout, 200 hectares dont 25 hectares de prairies naturelles et 20 hectares de prairies temporaires. Nos cultures principales sont le maïs, le blé, l’orge et le colza. L’alimentation est plus simple avec des vaches allaitantes qu’avec des laitières. Elles sont au pré en été tant qu’il y a de l’herbe. En hiver, nous leur donnons de l’ensilage d’herbe, du ray-grass italien avec un mélange suisse et du foin quand il est disponible. Depuis quelques jours, j’ai modifié la ration des génisses à l’engraissement avec deux tiers d’ensilage d’herbe », explique Émile Schweitzer. Il travaille désormais seul depuis le départ à la retraite de son père en 2019. Contrôler les vaches C’est aussi en 2019 qu’il a fait construire un couloir de contention. Il se trouve dans un bâtiment situé entre deux autres où est regroupé le cheptel. « Je l’ai placé dans cet endroit central pour faciliter l’arrivée et le départ des vaches. C’est un box de 15 m2 modulable. Il permet de faire différents lots pour mieux identifier et contrôler les animaux. Le premier avantage de ce système concerne la sécurité. Si je souhaite intervenir pour soigner une vache, pour lui mettre une boucle, effectuer une prise de sang où toute autre intervention parfois bénigne, je fais en sorte qu’elle passe dans ce couloir de contention. Cela peut alors éviter les accidents comme les coups de pied ou les mouvements d’humeur », précise le jeune éleveur. Avec cet outil de travail, il est alors possible d’effectuer différentes opérations comme la pesée et la tonte. « En outre, ce système facilite les vêlages. L’animal est en sécurité. Rares sont les vêlages où j’ai été obligé d’intervenir », se félicite Émile Schweitzer. Il vient d’adhérer au contrôle de performance et fait donc partie des quatre élevages en Alsace suivi par Bovins Croissance France.    

Publié le 05/04/2021

À Rottelsheim, Joffrey Frauel a monté une troupe de 200 brebis. Le jeune éleveur a implanté des cultures dérobées chez un collègue céréalier pour pouvoir faire pâturer ses brebis à l’extérieur cet hiver. Un pari un peu risqué, mais finalement réussi.

Titulaire d’un bac pro en agroéquipement, Joffrey Frauel s’est lancé dans la production ovine en janvier 2020. Un projet qu’il est parvenu à concrétiser en quelques mois grâce au soutien de Jean-Pierre Saulet Moes, conseiller ovin à la Chambre d’agriculture Alsace, qu’il a rencontré en septembre 2019. « Nous avons défini un projet en tenant compte des contraintes de surfaces et de bâtiment », explique Jean-Pierre Saulet Moes. Le jeune éleveur a déjà utilisé une partie des 30 ha de céréales qu’il tient de son père, double-actif, pour remettre en place des prairies à base de luzerne qui serviront à nourrir les ovins. De plus, il dispose d’un vieux poulailler inoccupé, qui peut être converti en bergerie moyennant quelques aménagements. Compte tenu des contraintes, le potentiel est estimé à 250 brebis. À peine le projet est-il discuté qu’une opportunité se présente : celle d’acheter 100 brebis à un éleveur qui cesse son activité. Pas question de la laisser passer : Joffrey se dépêche d’aménager l’ancien poulailler pour accueillir ses premières brebis. Il ouvre le pignon afin d’améliorer l’aération du bâtiment et de faciliter la manutention lors de l’affouragement et de la sortie du fumier. Il s’équipe d’auges multiservices, de barrières, de canalisations et d’abreuvoirs. Soit 20 000 € d’investissement, allégés par une aide obtenue dans le cadre du Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations (PCAE). À leur arrivée en janvier 2020, Joffrey sépare ses brebis en deux lots : un premier lot est mis en lutte tout de suite, pour un agnelage en mai, l’autre sera mis en lutte à l’automne. Des stocks consommés avant l’heure Compte tenu de ce démarrage sur les chapeaux de roues, le jeune éleveur n’a que peu de stocks d’avance pour nourrir sa troupe. « Avec les prairies déjà implantées, je comptais profiter de la pousse de printemps mais vu la sécheresse, c’est passé ric-rac. Heureusement que j’avais déjà pu rentrer du fourrage début mars », se remémore Joffrey. Avec 100 brebis en bergerie jusqu’au 15 octobre, les stocks de l’hiver 2020/21 sont consommés avant l’heure. Il faut trouver des alternatives. Faire pâturer les brebis hors exploitation est une des solutions envisagées dès le départ. Le jeune éleveur propose à un collègue céréalier, Romain Koehren, agriculteur à Kriegsheim, de semer des espèces fourragères sur une partie de ses terres. Si le colza fourrager subit l’impact de la sécheresse, avec une production trois fois moindre qu’espérée, les 15 ha de ray-grass italien (RGI) vont lui sauver la mise. « Pouvoir laisser les brebis dehors cet hiver, ça a été un gain énorme et ça m’a soulagé d’un grand poids », reconnaît Joffrey. Le premier lot, sorti de bergerie le 15 octobre, pâture le colza fourrager jusqu’à début décembre. Joffrey le transfère ensuite sur la parcelle de RGI, dont 7 ha ont été coupés début novembre pour faire de l’enrubanné. À l’exception d’une semaine, où le jeune éleveur a rentré ses brebis pour cause de grand froid, elles passent tout l’hiver en pâture. Le deuxième lot est sorti début février sur la surface qui a été récoltée en novembre. « Maintenant, les 50 premières brebis sont pleines et vont agneler d’ici 10 à 15 jours (N.D.L.R. : fin mars). Elles ont pu bénéficier d’une préparation à l’herbe, elles ont repris de l’état, elles sont belles », commente Jean-Pierre Saulet Moes. Quant au second lot, qui a agnelé en octobre et novembre, il se refait une santé à l’herbe et sera remis en lutte début avril. « Un échange de bons procédés » Joffrey, qui a depuis complété sa troupe avec deux lots d’agnelles, estime avoir eu la chance de trouver un agriculteur prêt à lui mettre des parcelles à disposition. Tout le monde n’est pas sensible à l’intérêt d’implanter une culture dérobée pour y faire pâturer des animaux. Et pourtant, les avantages sont nombreux et bénéficient aux deux parties, celui qui prête sa parcelle et celui qui implante la culture. En l’occurrence, Joffrey a fourni la semence et Romain, qui est aussi entrepreneur de travaux agricoles et réalisait déjà les travaux de grandes cultures de l’EARL Frauel, a réalisé le semis. « C’est un échange de bons procédés. Joffrey a réussi à nourrir son troupeau pendant l’hiver et en contrepartie, son collègue récupère de la matière organique, améliore son sol et il évite d’avoir un sol nu pendant l’hiver. » Sans compter l’effet sur la culture suivante : le piétinement des moutons est connu pour réduire la population de limaces. Jean-Pierre Saulet Moes y voit aussi un avantage en termes de bilan carbone : sans l’apport des cultures dérobées, le jeune éleveur aurait dû acheter de l’aliment du commerce. L’implantation de dérobées à des fins de pâturage n’est pas possible partout. « Ici, on avait la chance d’avoir un terrain sablonneux, filtrant. C’est idéal pour les animaux, ils n’ont jamais été dans la gadoue. Aujourd’hui, la parcelle est verte comme un terrain de foot, elle n’est pas défoncée ». Autre condition de réussite : il faut que l’éleveur et le céréalier se mettent d’accord sur les espèces à implanter. « Une moutarde n’a aucun intérêt pour des moutons, ils ne la mangent pas, constate le conseiller ovin. La phacélie, c’est pareil. Idéalement, il faut une graminée, un peu de légumineuses et on peut ajouter une troisième espèce, un radis chinois, par exemple. Il faut quand même faire attention au coût, on cherche un rapport qualité-prix correct. » Le résultat pas toujours garanti Une fois ces précautions prises, la réussite n’est pas toujours garantie. « Une année sur trois, ça ne marche pas car les conditions d’implantation sont limites. Il faut en être conscient, on reste tributaire de la météo à l’automne, précise Jean-Pierre Saulet Moes. Derrière une céréale, il faudrait implanter dans les 10 jours qui suivent la récolte pour bénéficier de l’humidité du sol et espérer un coup d’eau pour le démarrage. » Romain Koehren a semé le colza derrière un blé. « J’étais de toute façon obligé d’avoir des SIE (surface d’intérêt écologique) pour la Pac », dit-il. Il a implanté le RGI sur une parcelle de pommes de terre, qui avait été récoltée au 15 août. Le semis a eu lieu une quinzaine de jours après, soit tout début septembre, sur un sol ameubli par l’arrachage. « J’ai semé en direct au semoir et j’ai irrigué une bande un peu plus séchante pour que ça lève, mais pas la totalité de la parcelle », précise-t-il. Il s’agit d’une première expérience pour lui qui, jusqu’alors, implantait un engrais vert après pomme de terre et le détruisait à l’automne.

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