EARL du Rothenbach
Un système plus autonome et plus économe
EARL du Rothenbach
Publié le 29/09/2021
En s’installant en 2009 sur l’exploitation de ses beaux-parents, Florent Campello a fait le choix de passer l’intégralité de son troupeau en vosgienne. Avec à la clé, un système plus autonome et plus économe.
Lorsqu’il s’est installé en 2009 sur l’exploitation de ses beaux-parents, Florent Campello a tout de suite converti le troupeau laitier, constitué à 80 % de prim’holstein, en vosgienne. Se séparer de vaches très productives avait tout d’un pari. « Économiquement, on en a bavé pendant quatre ans, reconnaît l’éleveur devant les participants à la semaine européenne des races de massif. Mais dix ans après, on n’a aucun regret. » Seul associé de l’EARL du Rothenbach, il travaille en tandem avec son épouse Anne-Marie, salariée, qui s’occupe de la fromagerie. Tous deux sont aidés de Basile, un ancien apprenti embauché voici quatre ans. Ils peuvent également compter sur des retraités du village qui aident à hauteur d'« un mi-temps sinon plus ». Sur une SAU de 185 ha, 75 ha sont situés sur la commune de Mittlach, à 600 m d’altitude : 30 ha sont destinés à la fauche, 45 ha sont des friches en cours de réhabilitation. Le reste des surfaces - 110 ha - est constitué d’estives, culminant à 1 200 m d’altitude autour du lieu-dit Schmargult, sur le ban de la Bresse dans les Vosges. Cette configuration fait de Florent Campello un paysan sans frontière, passant la fin du printemps et l’été sur les chaumes avec son troupeau et redescendant au village à l’automne. L’intégralité du lait des 35 vaches laitières est transformé. Un troupeau adapté à son environnement En choisissant la vosgienne, l’éleveur a privilégié l’adaptation du troupeau - 65 têtes en tout - à son environnement naturel. Un environnement qui lui permet de nourrir des vaches à 4 500 l de production, en les faisant transhumer jusqu’aux hautes chaumes. La surface dont il dispose lui permet d’être autonome en fourrage mais il sait bien que cette autonomie tient à un fil : cette année, il a réussi à faire trois coupes sur ses 30 ha de prés de fauche à Mittlach, mais en 2020, il n’a pu en faire qu’une seule, ce qui l’a obligé à réduire son cheptel. En 2019, il a même dû acheter deux camions de fourrage. L’interdiction d’épandre du fumier ou du lisier sur ses prairies, prévue dans le cahier des charges des MAET (mesures agro-environnementales territorialisées), lui semble dépassée à l’heure du réchauffement climatique. Elle contribue à appauvrir les sols et les rend moins résilients à la chaleur, dit-il. Cet hiver, Florent Campello a investi dans un séchoir en grange comprenant deux cellules de 150 m2 chacune. Un nouveau bâtiment a été construit à cet effet pour un montant de 400 000 €. L’Agence de l’eau et la Région Grand Est ont subventionné à hauteur de 100 000 €. « Le but est d’améliorer la qualité du fourrage », explique l’éleveur. L’herbe est fauchée tous les 5-6 jours, rentrée dans les cellules par petites quantités puis distribuée aux vaches en hiver sous forme de fourrage sec. Ce mode de récolte économise du temps (4 passages au lieu de 10) et de la main-d’œuvre, relève Florent Campello, et lui permet d’être « plus autonome en protéines », puisque le fourrage ainsi séché affiche un taux de protéines de 16 %, voire un bon 20 % pour la troisième coupe, soit le double d’avant. Depuis qu’il en distribue à ses vaches, il constate qu’il a « moins de soucis sanitaires », les mammites se limitant à deux ou trois cas par an. L’éleveur épand du compost sur ses prairies trois semaines avant de pâturer ou de faucher. « C’est formidable, ça assainit tout, il n’y a quasiment plus de rumex et cela favorise le trèfle blanc et le trèfle violet sans faire de sursemis », affirme l’éleveur. En revanche, il est régulièrement confronté à des dégâts de sangliers et de cervidés. Sur les dix dernières années, le gibier a retourné cinq fois ses prés de Mittlach. « Les chasseurs font leurs minima, mais ça ne suffit pas », dit Florent Campello qui y voit une autre limite à sa stratégie d’autonomie fourragère. Cette année, les vaches sont sorties au pré le 6 mai. « Elles pâturent 10 jours maximum et puis elles montent sur les chaumes. Plus vite elles sont en haut, meilleur est leur lait », souligne l’éleveur, attentif à une bonne gestion de l’herbe. Le troupeau redescend fin octobre, à la Saint Michel. Entre la montée à l’estive et la descente au village, il faut passer le cap de juillet et d’août, deux mois généralement très secs. « À partir du 14 juillet, sur les chaumes, l’herbe devient pailleuse. J’arrête de vouloir faire du lait, je trais 14 à 16 vaches, mais je m’arrête là. » Des débouchés plus rémunérateurs « Quand je suis arrivé, il y avait 120 animaux en tout. J’ai baissé de 50 % l’effectif et augmenté de 40 % le chiffre d’affaires », se réjouit Florent Campello. Les débouchés de la ferme ont changé du tout au tout : toute la production est aujourd’hui vendue en direct alors qu’auparavant, 95 % étaient vendus en blanc à un affineur. Le munster et le cœur de massif se partagent les deux-tiers des fabrications, le reste se répartit entre barkass, raclette, beurre et fromage blanc. En plus du magasin à la ferme, l’éleveur haut-rhinois commercialise ses fromages auprès de restaurateurs et de revendeurs colmariens, dans des crémeries parisiennes et dans la région de Tulle et Bordeaux. Plusieurs chefs étoilés lui font également confiance. La valorisation du lait est d’au minimum 1 200 €/1 000 l et monte jusqu’à 3 000 €/1 000 l.












