Élevage

Ferme Hierahof à Lenzkirch

Des bovins appréciés dans leur territoire

Publié le 09/10/2021

Exploitation typique au cœur de la Forêt-Noire, la ferme Hierahof s’adapte à l’évolution du monde agricole et du climat. Depuis 2015, elle s’est tournée vers une alimentation réduite et non fourragère de ses bovins laitiers.

Classée monument historique (elle date de plus de 200 années), la ferme a été reprise en 1996 par Karola et Mathias Brugger. Aujourd’hui, le couple a un cheptel de 40 vaches laitières de race Vorderwälder, a 90 hectares de forêts et une trentaine d’hectares de prairies. « Nous avons fait le choix de les faire exclusivement pâturer et de sécher notre foin que nous leur apportons ensuite comme nourriture. Tous les aliments produits ici sont pour nos vaches. On a choisi, il y a 25 ans, de coopérer avec une deuxième ferme qui commercialise le lait et une petite troisième exploitation. Nous partageons notre matériel pour réduire les coûts et nous commercialisons, dans le secteur, nos animaux », explique Mathias Brugger. L’exploitation est en bio. Elle est située à environ 1 000 mètres d’altitude avec un climat qui a évolué ces dernières années. La sécheresse estivale se répète de plus en plus souvent. « Nous devons nous adapter. C’est aussi pour cela que nous avons choisi cette race qui est particulièrement pertinente pour ce climat ici », dit Mathias.     Évoluer dans son travail Cette race, originaire de la Forêt-Noire est l’ancêtre des races Hinterwälder et Vorderwälder. Elle est reconnue depuis les années 1850. Elle a été massivement réintroduite dans les années 1960 pour augmenter le rendement laitier. Elle a une robe rouge avec sa tête légèrement blanche tout comme ses pattes. « Elle nous donne une moyenne de 5 000 à 6 000 kg de lait avec environ 4 % de matière grasse et 3,7 % de protéines. Nous en fabriquons du fromage. Et, surtout, nous l’utilisons pour nos prairies. Elle exploite très bien ce milieu », ajoute Mathias Brugger. Pour autant, face à l’évolution climatique, l’éleveur compte s’adapter en faisant évoluer son travail. « Nous allons augmenter notre capacité de stockage de notre fourrage et ajuster la densité de peuplement de notre cheptel pour le pâturage. À l’étable, nous allons augmenter les zones d’ombre fournies par les plantes ligneuses dans le pâturage », conclut l’éleveur.

Publié le 29/09/2021

En s’installant en 2009 sur l’exploitation de ses beaux-parents, Florent Campello a fait le choix de passer l’intégralité de son troupeau en vosgienne. Avec à la clé, un système plus autonome et plus économe.

Lorsqu’il s’est installé en 2009 sur l’exploitation de ses beaux-parents, Florent Campello a tout de suite converti le troupeau laitier, constitué à 80 % de prim’holstein, en vosgienne. Se séparer de vaches très productives avait tout d’un pari. « Économiquement, on en a bavé pendant quatre ans, reconnaît l’éleveur devant les participants à la semaine européenne des races de massif. Mais dix ans après, on n’a aucun regret. » Seul associé de l’EARL du Rothenbach, il travaille en tandem avec son épouse Anne-Marie, salariée, qui s’occupe de la fromagerie. Tous deux sont aidés de Basile, un ancien apprenti embauché voici quatre ans. Ils peuvent également compter sur des retraités du village qui aident à hauteur d'« un mi-temps sinon plus ». Sur une SAU de 185 ha, 75 ha sont situés sur la commune de Mittlach, à 600 m d’altitude : 30 ha sont destinés à la fauche, 45 ha sont des friches en cours de réhabilitation. Le reste des surfaces - 110 ha - est constitué d’estives, culminant à 1 200 m d’altitude autour du lieu-dit Schmargult, sur le ban de la Bresse dans les Vosges. Cette configuration fait de Florent Campello un paysan sans frontière, passant la fin du printemps et l’été sur les chaumes avec son troupeau et redescendant au village à l’automne. L’intégralité du lait des 35 vaches laitières est transformé.     Un troupeau adapté à son environnement En choisissant la vosgienne, l’éleveur a privilégié l’adaptation du troupeau - 65 têtes en tout - à son environnement naturel. Un environnement qui lui permet de nourrir des vaches à 4 500 l de production, en les faisant transhumer jusqu’aux hautes chaumes. La surface dont il dispose lui permet d’être autonome en fourrage mais il sait bien que cette autonomie tient à un fil : cette année, il a réussi à faire trois coupes sur ses 30 ha de prés de fauche à Mittlach, mais en 2020, il n’a pu en faire qu’une seule, ce qui l’a obligé à réduire son cheptel. En 2019, il a même dû acheter deux camions de fourrage. L’interdiction d’épandre du fumier ou du lisier sur ses prairies, prévue dans le cahier des charges des MAET (mesures agro-environnementales territorialisées), lui semble dépassée à l’heure du réchauffement climatique. Elle contribue à appauvrir les sols et les rend moins résilients à la chaleur, dit-il. Cet hiver, Florent Campello a investi dans un séchoir en grange comprenant deux cellules de 150 m2 chacune. Un nouveau bâtiment a été construit à cet effet pour un montant de 400 000 €. L’Agence de l’eau et la Région Grand Est ont subventionné à hauteur de 100 000 €. « Le but est d’améliorer la qualité du fourrage », explique l’éleveur. L’herbe est fauchée tous les 5-6 jours, rentrée dans les cellules par petites quantités puis distribuée aux vaches en hiver sous forme de fourrage sec. Ce mode de récolte économise du temps (4 passages au lieu de 10) et de la main-d’œuvre, relève Florent Campello, et lui permet d’être « plus autonome en protéines », puisque le fourrage ainsi séché affiche un taux de protéines de 16 %, voire un bon 20 % pour la troisième coupe, soit le double d’avant. Depuis qu’il en distribue à ses vaches, il constate qu’il a « moins de soucis sanitaires », les mammites se limitant à deux ou trois cas par an. L’éleveur épand du compost sur ses prairies trois semaines avant de pâturer ou de faucher. « C’est formidable, ça assainit tout, il n’y a quasiment plus de rumex et cela favorise le trèfle blanc et le trèfle violet sans faire de sursemis », affirme l’éleveur. En revanche, il est régulièrement confronté à des dégâts de sangliers et de cervidés. Sur les dix dernières années, le gibier a retourné cinq fois ses prés de Mittlach. « Les chasseurs font leurs minima, mais ça ne suffit pas », dit Florent Campello qui y voit une autre limite à sa stratégie d’autonomie fourragère. Cette année, les vaches sont sorties au pré le 6 mai. « Elles pâturent 10 jours maximum et puis elles montent sur les chaumes. Plus vite elles sont en haut, meilleur est leur lait », souligne l’éleveur, attentif à une bonne gestion de l’herbe. Le troupeau redescend fin octobre, à la Saint Michel. Entre la montée à l’estive et la descente au village, il faut passer le cap de juillet et d’août, deux mois généralement très secs. « À partir du 14 juillet, sur les chaumes, l’herbe devient pailleuse. J’arrête de vouloir faire du lait, je trais 14 à 16 vaches, mais je m’arrête là. »     Des débouchés plus rémunérateurs « Quand je suis arrivé, il y avait 120 animaux en tout. J’ai baissé de 50 % l’effectif et augmenté de 40 % le chiffre d’affaires », se réjouit Florent Campello. Les débouchés de la ferme ont changé du tout au tout : toute la production est aujourd’hui vendue en direct alors qu’auparavant, 95 % étaient vendus en blanc à un affineur. Le munster et le cœur de massif se partagent les deux-tiers des fabrications, le reste se répartit entre barkass, raclette, beurre et fromage blanc. En plus du magasin à la ferme, l’éleveur haut-rhinois commercialise ses fromages auprès de restaurateurs et de revendeurs colmariens, dans des crémeries parisiennes et dans la région de Tulle et Bordeaux. Plusieurs chefs étoilés lui font également confiance. La valorisation du lait est d’au minimum 1 200 €/1 000 l et monte jusqu’à 3 000 €/1 000 l.    

Élevage ovin laitier à Preuschdorf

L’apprentissage d’un nouveau métier : fromager

Publié le 13/09/2021

À l’EARL de l’Agneau Huchot de Preuschdorf, Stéphane Huchot a troqué son chapeau de berger contre sa charlotte de fromager, pour son plus grand plaisir. L’élevage de brebis laitières n’étant pas commun en Alsace, il s’est lancé à tâtons dans cette filière de niche, il y a 4 ans, et propose désormais en vente directe des yaourts, crèmes dessert, tommes et fromages frais. Aux côtés de ses employés et de son fils Florian, il dirige l’exploitation avec pédagogie et transparence.

« Historiquement, l’élevage ovin allaitant est ancré ici depuis quatre générations », déclare fièrement Stéphane Huchot. Il y a quatre ans, il décide de migrer de la bergerie à la fromagerie. Au commencement du projet, il monte un local de 20 m2, un quai de traite de quatre places et achète le premier lot de brebis lacaunes. Avec beaucoup de volonté, le berger se lance à petite échelle dans son nouveau labeur : apprenti fromager. « L’idée première était de savoir si le client allait nous suivre », indique-t-il. Selon lui, transformer le lait de ses brebis, c’est comme faire de la cuisine. Autodidacte Pendant quatre mois, de nombreuses tentatives auraient pu aboutir au découragement, « des litres de lait ont été jetés, parce que les fromages n’étaient pas à la hauteur de mes exigences. Trouver un fromage qui ressemble à celui de la veille, ce n’est pas chose aisée », assume le producteur. Ne perdant pas sa soif de réussir et à force de répétitions, il parvient à ses fins. Régularité, homogénéité et constance du goût, tels sont les critères de qualité du produit attendu, sans à peu près. Pas de retour sur les bancs de l’école, seule une formation d’un jour et demi l’a initié dans son processus de production. Il s’est formé de lui-même en consultant notamment les groupes Facebook dédiés aux éleveurs transformateurs. Il a pu apprendre et surtout échanger avec les autres producteurs plus expérimentés. « C’est comme ça que j’ai évolué. Créer un atelier lait quand on n’en a jamais fait, ce n’est pas simple du tout », reconnaît-il. Travaillant souvent avec des stagiaires et des apprentis, il confesse « aujourd’hui, on est encore stagiaire nous-même ». À l’heure actuelle, l’unité de transformation s’étend sur une surface de 185 m2, permettant aux trois personnes présentes de travailler confortablement. Le local est spacieux, lumineux, et surtout visible du public, grâce aux larges fenêtres qui laissent entrevoir le savoir-faire. Méli-mélo de brebis La conduite du lot de 250 brebis lacaunes se fait de la même manière que le troupeau d’ovins viande. Le choix de la race s’est imposé rapidement, car le berger est formel : « La lacaune, c’est la prim’holstein de la brebis. » La sélection des lots d’agnelles se fait en collaboration avec un groupement technique de l’Aveyron, d’où vient la race. Les jeunes femelles sont alors transportées par bétaillère jusqu’à la bergerie. La mise en quarantaine limite les risques sanitaires et favorise l’acclimatation dans leur nouvel environnement. L’intégralité du renouvellement est achetée à l’extérieur, car l’éleveur a opté pour un accouplement des brebis laitières avec des béliers de race à viande, notamment des charolais. Les agneaux issus du croisement sont valorisés en filière Agneau Terroir d’Alsace. À base de foin de luzerne avec apport de concentrés, la ration est calculée en fonction du stade physiologique du lot. Le robot mélangeur distribue directement au couloir d’alimentation, ce qui permet d’alléger considérablement la charge de travail. « Il y a quelques semaines, le robot était en réparation, on avait presque oublié ce que c’était de distribuer au seau ! », s’exclame-t-il. Le cycle de reproduction est lui aussi calé sur l’atelier existant. La race lacaune se déssaisonnant* facilement, trois périodes d’agnelage assurent la production, du 1er janvier au 31 décembre, pendant qu’un des lots de brebis est en période de tarissement. « Chez nous, on laisse les agneaux près des brebis jusqu’à ce qu’ils puissent s’alimenter eux-mêmes. On fait la traite pour le surplus, pendant 70 à 80 jours », explique le berger. Ainsi, les mises bas rythment la production d’agneaux et de fromages, « il n’y a pas de temps mort », déclare le chef d’exploitation. Concernant le bloc traite, il a fait confiance aux établissements Niess de Hoffen qui ont monté l’ensemble des installations et la partie administrative a été pilotée par la Chambre d’agriculture. La salle de traite installée en deux fois 18 postes simple équipement (les appareils sont branchés d’abord d’un côté, puis de l’autre) a été placée judicieusement au milieu du bâtiment, pour faciliter le déplacement des différents lots. Pédagogie Le lien avec le client est une des plus grandes fiertés de l’apprenti fromager. L’échange, le partage, et la discussion sont au centre du système. L’agriculteur travaille d’arrache-pied pour toucher le saint Graal : la satisfaction de la clientèle. « C’est le côté qui me fascine, s’adapter au client », assure-t-il, l’œil pétillant. Il cite l’exemple de la tomme de brebis, qui est commercialisée au bout de 3 à 4 mois d’affinage, bien dure et ferme. Or le client alsacien n’adhère pas à ce produit. « Il préfère la tomme de 6 semaines, moins avancée en affinage. » Le produit final a été imaginé pour correspondre aux goûts du consommateur local. En commercialisant ses produits ovins, l’agriculteur s’est heurté à un sérieux problème. Certains consommateurs avaient du mal à différencier le fromage de brebis du fromage de chèvre, allant jusqu’à la confusion entre les animaux. Pour venir à bout de cette lacune, il a accueilli il y a 6 mois dans une partie de son bâtiment, un troupeau d’une cinquantaine de chèvres, de race alpine et saanen. « L’objectif premier n’est pas de vendre du fromage de chèvre ou de créer une quelconque concurrence. Mais d’expliquer au grand public, la distinction physique entre les animaux. Le produit final est remarquablement différent au palais, tant pour le goût que pour la texture », démontre-t-il en proposant ses produits à la dégustation à la moindre interrogation. Il a fallu également vérifier la compatibilité entre le matériel et les nombreux paramétrages, car les deux espèces passent sur le même quai de traite. Bruno Weiss, le salarié, sort la canne du tank une fois la dernière brebis passée, pour la diriger vers un autre réceptacle « spécial chèvres ». Le lait n’est pas mélangé, la transformation est donc bien distincte, c’est plus explicite pour l’image du produit. À l’avenir, Stéphane Huchot précise que sa volonté est de rester à sa place en tant qu’agriculteur. « Sur l’exploitation, il faut réguler les ateliers pour trouver un juste milieu, notamment en temps de travail », conclut-il.

Pages

Les vidéos