Élevage

Publié le 27/01/2022

Didier Rott est éleveur porcin à Hohwiller. Mais pas seulement. Il a aussi appris à concevoir des programmes informatiques, en autodidacte, et a mis en pratique ses connaissances dans son élevage, notamment pour élaborer une machine à soupe dédiée aux porcelets, du software au hardware. À la clé : des économies et de la satisfaction personnelle.

Titulaire d’un BTA agricole obtenu au lycée agricole d’Obernai, Didier Rott s’est installé en 1997, sur l’exploitation familiale spécialisée dans l’élevage porcin. Son installation se traduit par l’agrandissement de l’élevage. Au bâtiment dédié au post-sevrage et à l’engraissement construit par son père, Ernest, en 1989, s’ajoute un bâtiment dédié aux truies gestantes et à la maternité, et un second bâtiment de post-sevrage - engraissement. En 2009 suit un hangar, qui abrite la fabrique d’aliment à la ferme (FAF) et supporte des panneaux photovoltaïques. Puis, en 2013, encore un bâtiment d’engraissement. Soit, au total, quatre bâtiments d’élevage pour 550 places de post-sevrage et 1 400 places d’engraissement, ou encore 3 400 m2 d’espaces couverts, hangar compris. Programmateur autodidacte Malgré tous ces chantiers, Didier Rott a trouvé le temps, à partir de 2006, d’assouvir son intérêt pour la programmation, l’informatique et les automatismes. « J’ai téléchargé un livre sur Internet et j’ai appris à programmer comme ça », résume-t-il sobrement. Il choisit un langage, Delphi, et commence à élaborer des programmes. « J’ai créé des outils que je ne trouvais pas sur Internet ou alors, qui ne me satisfaisaient pas complètement, par exemple pour pouvoir regarder la télé sur ordinateur. » Il s’amuse un peu, puis met sa passion de côté, rattrapé par les contingences professionnelles. Jusqu’à ce qu’en 2011, un incendie éclate dans un bâtiment et abîme le boîtier de commande du système de nettoyage des eaux usées, sans impacter le mécanisme en lui-même. « J’ai contacté le fabricant, Neptune, et d’autres fournisseurs, pour acheter les pièces à remplacer. J’ai eu partout la même réponse : ce n’est pas possible, il faut rénover toute l’installation ». Mais Didier Rott s’obstine. Il cherche et trouve une carte électronique qui lui permet de piloter la pompe du système de nettoyage, depuis son ordinateur, et compose le programme qui va bien avec. Depuis, tout le système fonctionne très bien, constate Didier Rott, qui a déboursé 100 € au lieu de 4 000 €. Fort de cette expérience, il se lance en 2013 dans la fabrication d’une machine à soupe dédiée aux porcelets. En 2011, la mise aux normes des bâtiments pour le bien-être animal s’est traduite par l’extension d’un bâtiment pour abriter la nurserie. C’est là que sont élevés les porcelets durant les deux premières semaines après le sevrage. À ce stade, ils sont nourris avec un aliment premier âge, acheté auprès d’un fournisseur, qui est mélangé à de l’eau avant d’être distribué aux porcelets. Pour cela, les éleveurs utilisent des machines à soupe, qui permettent de distribuer l’aliment dans les auges, d’autant plus que les porcelets prennent du poids ; des installations qui ont un certain coût et que Didier Rott a donc décidé de construire lui-même, de A à Z. Pilotage à distance Il lui a tout d’abord fallu développer le programme. « Ça m’a pris pas mal de temps ». Puis trouver les composants informatiques, comme la tablette qui héberge le programme, les cinq cartes électroniques, équipées de sorties digitales et analogiques, le système de pesée, les sondes… En effet, Didier Rott a conçu une machine à soupe capable de détecter, grâce à des sondes, quand les auges sont vides, et de renvoyer la quantité d’aliment nécessaire à leur remplissage grâce à une pompe. « Cela permet de délivrer de petites quantités de nourriture, toutes les 5 à 10 minutes, donc les porcelets ont de la nourriture à volonté. Cela les motive à aller à l’auge », décrit l’éleveur. Donc à prendre du poids rapidement. En sortie de nurserie, les porcelets de Didier Rott affichent en moyenne 320 g de GMQ. Une performance atteinte grâce à leur bon appétit. « De 130 g d’aliment consommé le premier jour passé en nurserie, on passe à 210 g au bout d’une semaine, et jusqu’à 600 g au bout de quinze jours », montre Didier Rott sur l’écran de son téléphone portable, où il a installé l’application élaborée par ses soins. Elle lui permet à la fois de piloter l’alimentation des porcelets - « parfois le soir depuis le canapé », apprécie Manuela - et d’enregistrer les performances des futurs porcs charcutiers. « Je peux affiner différents paramètres, décrit Didier Rott en pianotant sur son écran, comme la quantité d’eau et d’aliment qui restent dans les conduits, pour les déduire de l’aliment qui suit. » Cerise sur le gâteau : l’éleveur a programmé l’envoi d’alertes par SMS sur son téléphone portable en cas de dysfonctionnement. « Je peux couper les vannes d’alimentation à distance depuis mon téléphone », sourit-il. Autre particularité de cette machine à soupe : elle a été installée au milieu de la salle, et non à l’extérieur du bâtiment, comme c’est généralement le cas. Du coup, « il y a peu de longueur de tuyaux et peu d’aliments qui restent dans les tuyaux, ce qui peut prémunir d’accidents sanitaires ». Didier Rott, qui a aussi construit son propre système de pesée des porcs, consacrera l’année 2022 à l’achèvement de divers travaux de mises aux normes de l’élevage. Mais d’autres idées d’applications de ses compétences en informatique et en électronique trottent déjà dans sa tête. Comme une FAF à même d’intégrer les acides aminés séparément, plutôt qu’au moyen de mélanges prédéterminés. Ou encore un automatisme à coupler au broyeur à maïs, avec un système de sécurité qui permette de l’arrêter automatiquement en cas de bourrage… Une chose est sûre, l’ingéniosité, le savoir-faire et la persévérance de Didier Rott lui permettent de faire des économies significatives : « Je suis capable de tout réparer moi-même dans le bâtiment. Je n’ai pas vu un technicien de maintenance depuis cinq, six ans ».

Publié le 27/12/2021

Mardi 14 décembre, les éleveurs ovins d’Alsace étaient invités à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), à Schiltigheim, avec leur conseiller Jean-Pierre Saulet. Le technicien leur a présenté les conditions de la nouvelle Pac et un diagnostic sur leurs émissions et captations de gaz à effet de serre (GES), dans le cadre des rendez-vous Inosys Réseaux d’élevage.

« Les éco-régimes renforcent et remplacent le paiement vert ou verdissement de la Pac. 25 % du nouveau budget du premier pilier leur sont dédiés, en 2023 », a démarré Jean-Pierre Saulet, conseiller en élevage ovin à la CAA. Bonne nouvelle : les conditions d’éligibilité aux aides ovines restent inchangées. Pour y prétendre, il faudra toujours être détenteur d’un minimum de 50 brebis, sur 100 jours, et le taux de productivité par brebis devra être de 0,5 agneau par an. Ce dernier critère n’est pas retenu pour les nouveaux producteurs, qui toucheront une majoration de 6 € par brebis (pendant trois ans), quand les producteurs installés auront seulement 2 € par brebis pour les 500 premières. C’est moins qu’avant : à effectif constant, on risque de perdre environ 3 € par brebis entre 2021 et 2027. Mais puisque le nombre d’élevages ovins ne cesse de diminuer, moins d’exploitations se partageront l’enveloppe. La perte ne devrait donc pas être ressentie trop durement. Et il y a moyen de se rattraper ailleurs, par l’aide aux légumineuses fourragères, réservée aux éleveurs. Elle est conditionnée à la détention de 5 UGB. Ce coup de pouce diminue l’investissement dans l’implantation des légumineuses en prairie temporaire, la première année. En plaine, le montant sera de 155 €/ ha en 2023. En montagne de 131 €/ ha. Pour les protéines végétales, un montant unique de 104 €/ ha sera donné, quelle que soit l’année. Diversifier les assolements pour la nouvelle Pac Les éco-régimes, eux, permettront de gagner 60 ou 82 €/ ha, en fonction des engagements pris par les exploitants. Ces derniers cumulent des points (jusqu’à 5), grâce à leurs pratiques agricoles, l’obtention de certifications ou l’existence d’infrastructures agro-écologiques (des arbres, des haies, des bosquets). « Le but du jeu est d’atteindre le niveau 2 de paiement bien sûr. Donc 5 points. Avec les cas type, vous pouvez vous identifier », enchaîne Jean-Pierre Saulet. Un système 100 % herbager, comme en Alsace Bossue ou en montagne, peut facilement cumuler 5 points puisque la surface en terres arables est faible ou nulle. Lorsqu’on a plus de 75 % de la SAU en prairies permanentes et moins de 10 ha de terres labourables, on globalise les 5 points d’office. « Dans un système mixte de grand troupeau, avec beaucoup de terres labourables mais aussi des prairies, il sera possible de gratter des points en implantant des céréales de printemps : elles sont moins rentables mais l’aide contrebalance. On a fait le calcul. En passant au niveau 2 de paiement, on peut gagner 3 700 €, en plus. L’ambition de la nouvelle Pac est de diversifier les assolements. Il faudra penser aux cultures qu’on met en place à l’automne prochain », résume le conseiller ovin de la CAA. Il serait aussi possible de se rattraper sur le second pilier quand on perd sur le premier, avec de petits ajustements. Mais toutes les conditions, notamment Maec, aujourd’hui, ne sont pas connues. Améliorations technico-économiques grâce au CAP’2ER Courant 2022, l’outil CAP’2ER sera au point pour diagnostiquer les émissions et les captations de GES dans les élevages ovins. Si les éleveurs de brebis pensaient s’en servir pour vendre des crédits carbone aux industriels, ils seront déçus dans la plupart des cas. Tout dépend des systèmes. Pour vendre des crédits carbone, il faut progresser dans son bilan carbone… Mais encore faut-il qu’il y ait une marge de progression, et en élevage ovin, les exploitations sont souvent déjà très vertueuses. Que les bergers ne désespèrent pas ! Jean-Pierre Saulet, formé au diagnostic dans les autres filières, sait utiliser l’outil pour améliorer les résultats technico-économiques des fermes. Par exemple, le diagnostic pointe du doigt les limites de l’enrubannage : rapidité d’exécution du chantier, simplicité certes, mais grosses émissions de GES par des dépenses de carburant importantes, et au final, un aliment parfois de qualité moyenne, moins riche pour les brebis et agneaux, donc moins de production. À l’opposé, le pâturage semble idéal : les brebis récoltent l’herbe, amendent la prairie : c’est tout bénéfice. Mais déplacer les clôtures est chronophage et fatigant. Chaque bilan est unique et global. Le carburant utilisé pour importer des concentrés sur l’exploitation est aussi mesuré. Moins on utilise de concentré, plus on améliore son diagnostic, et son revenu, en parallèle. Ainsi, le bilan carbone CAP’2ER permet d’avoir un œil sur sa situation économique, et ensuite, d’élaborer une stratégie pour améliorer son outil et ses revenus. Atout communication Connaître ses points forts de captation de carbone et d’économie d’émission de GES est aussi un atout pour mieux communiquer auprès des consommateurs. L’agriculture en France, c’est 19 % des émissions de GES, derrière le transport et le résidentiel/tertiaire. 14 % des émissions agricoles proviennent de l’élevage, dont 10 % de celui de ruminants. Dire qu’on stocke 80 t de carbone par hectare par an, sur son exploitation, ou qu’elle permet de nourrir 300 personnes, c’est potentiellement gagner des clients. Pour les consommateurs les plus avertis, d’autres arguments peuvent encore être avancés. Par exemple, quand on laisse en place cinq ans une prairie temporaire, le coût environnemental de son implantation est couvert. « Et en plaine, avec la Pac, c’est 155 €/ha d’aide à l’implantation », rappelle Jean-Pierre Saulet, qui boucle la boucle ; d’où l’intérêt de présenter la nouvelle Pac et ce diagnostic ensemble. « Plus on produit, plus les agneaux sont lourds, et plus on dilue les émissions de carbone mathématiquement, fait encore remarquer le conseiller. Mais si ça nous coûte trois fois plus cher en énergie cette augmentation de production, l’intérêt est moindre ! » Pour conclure, Jean-Pierre Saulet répète que, grâce à la part importante d’herbe pâturée, les élevages ovins ont de bonnes performances environnementales : diminution des émissions de GES, stockage de carbone, biodiversité… Des leviers d’action peuvent toutefois encore permettre d’améliorer l’empreinte carbone : les performances techniques, l’autonomie alimentaire (fourragère et protéique), les prairies en rotation, l’optimisation de la fertilisation, la plantation de haies…

Coût des matières premières

L’élevage alsacien sous tension

Publié le 17/12/2021

L’année 2021 a été marquée par une hausse du coût des matières premières : les prix s’envolent et les pénuries guettent. Une flambée que l’agriculture subit de plein fouet. De quelle manière l’élevage alsacien est-il touché par cette crise ? Des éleveurs et des spécialistes livrent leurs témoignages à notre journaliste, Marie Perrin.

Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein et président cantonal à la FDSEA du Bas-Rhin, chiffre à 17 centimes par jour et par animal l’augmentation du coût de la ration de ses 600 vaches, et à 25 centimes celle du kilo de carcasse. En cause, notamment, les prix des aliments. Les tourteaux de soja et de colza battent des records et nourrir les bêtes revient de plus en plus cher. L’année ayant été faste pour les céréales, il lui arrive de se dire qu’il « serait plus rentable de vendre les céréales produites sur l’exploitation que de remplir les silos ». Mais « né éleveur », il le restera, en dépit des vents contraires. À Meyenheim, Stéphane Guthleben est confronté à une autre difficulté : l’an passé, il a passé ses porcs au soja européen sans OGM. Là, c’est l’approvisionnement qui coince. « On serre les dents, on maintient le cap, mais on n’a pas de garantie qu’il y en aura toute l’année. » « En 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça » « On se dit que ça va se rééquilibrer mais en 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça. C’est vraiment une grosse crise qui risque de durer », confie Claude Wanner, responsable de la nutrition animale à la Coopérative agricole de céréales de Colmar. Si l’alimentation, l’énergie et les intrants sont la principale source de frictions, d’autres postes sont concernés. À La Plume d’or, où l’on produit du foie gras de canard, Georges Kuntz évoque le coût des bocaux et des couvercles. Malgré une solide implantation dans le paysage local, il s’essouffle : « Avec 30 % de hausse globale, cela devient très compliqué, surtout qu’on ne répercute que 2 ou 3 % sur les prix de vente. » Le constat est identique chez Cyrielle Diemer, du Gaec du Petit Jura à Jetterswiller, qui parle des films enrubannés, de l’AdBlue ou des produits d’entretien pour le robot-traite. Quant au fioul GNR, il est passé de 75 centimes il y a six mois à 1,10 euro. Quand on utilise 30 000 litres par an, cela fait une somme. Du côté des investissements, c’est aussi l’impasse. « J’ai besoin de faire construire un bâtiment. De février à novembre, le devis a augmenté de 35 %. Et je n’ai aucune garantie du prix dans quatre mois », confie Jean-François Huckert, président cantonal « montagne » à la FDSEA du Bas-Rhin, éleveur de Salers et de porcelets à Grendelbruch. La problématique est la même pour les tracteurs et les machines agricoles. Enfin, une variable compte dans l’estimation de la situation : les achats et les contrats ont-ils été faits très en amont ? Si c’est le cas, l’impact de la flambée risque de n’être que reporté. Car il faudra bien refaire les stocks. Chacun cherche ses solutions Cette crise met en lumière l’urgence de revaloriser la viande, le lait et les œufs. En effet, « à 350 euros la tonne de lait, on touche moins que le cours mondial, qui est de 500 euros », explique Olivier Wilt, éleveur à Dachstein. Didier Braun, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, espère pour sa part que la loi Egalim 2, votée en octobre, va apporter un peu souplesse à la mécanique de double peine qui touche les exploitants. D’autres acteurs ont un rôle à jouer. Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein mène « des discussions avec les abattoirs, le nerf de la guerre ». Bruno Siebert, de l’entreprise du même nom sise à Ergersheim, garantit aux éleveurs de volaille « des prix indexés sur l’alimentation. Pour l’instant, l’abattoir sert de tampon ». Chacun cherche ses solutions. Dans le Haut-Rhin, à Feldbach, Sébastien Stoessel lutte contre le gaspillage : « Les rations des vaches et des poules sont analysées de manière encore plus fine. Il faut être pointu techniquement pour que rien ne se perde. » Les fientes de poules, le fumier ou le lisier aident à limiter les intrants. Certains essayent de s’affranchir des protéines les plus onéreuses, d’autres réfléchissent à un réseau d’irrigation pour mettre le fourrage à l’abri des sécheresses. Tandis que Cyrielle Diemer, éleveuse de vaches laitières à Jetterswiller mise sur une diversification de son activité par la vente directe de fromages, Jean-François Huckert, éleveur de Salers et de porcelets à 30 kilomètres de là, a augmenté le nombre de chevaux qu’il a en pension. Toutes ces initiatives illustrent une réalité : la crise touche tout le monde mais chaque éleveur la vit différemment. En cause : les choix d’exploitation, les investissements, les charges salariales, la spécificité du terroir, les prix et débouchés pour les produits. Ainsi le résume Sébastien Stoessel : « Il y a cinquante ans, toutes les fermes se ressemblaient. Aujourd’hui, toutes les exploitations sont différentes. »

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