Élevage

Publié le 27/12/2021

Mardi 14 décembre, les éleveurs ovins d’Alsace étaient invités à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), à Schiltigheim, avec leur conseiller Jean-Pierre Saulet. Le technicien leur a présenté les conditions de la nouvelle Pac et un diagnostic sur leurs émissions et captations de gaz à effet de serre (GES), dans le cadre des rendez-vous Inosys Réseaux d’élevage.

« Les éco-régimes renforcent et remplacent le paiement vert ou verdissement de la Pac. 25 % du nouveau budget du premier pilier leur sont dédiés, en 2023 », a démarré Jean-Pierre Saulet, conseiller en élevage ovin à la CAA. Bonne nouvelle : les conditions d’éligibilité aux aides ovines restent inchangées. Pour y prétendre, il faudra toujours être détenteur d’un minimum de 50 brebis, sur 100 jours, et le taux de productivité par brebis devra être de 0,5 agneau par an. Ce dernier critère n’est pas retenu pour les nouveaux producteurs, qui toucheront une majoration de 6 € par brebis (pendant trois ans), quand les producteurs installés auront seulement 2 € par brebis pour les 500 premières. C’est moins qu’avant : à effectif constant, on risque de perdre environ 3 € par brebis entre 2021 et 2027. Mais puisque le nombre d’élevages ovins ne cesse de diminuer, moins d’exploitations se partageront l’enveloppe. La perte ne devrait donc pas être ressentie trop durement. Et il y a moyen de se rattraper ailleurs, par l’aide aux légumineuses fourragères, réservée aux éleveurs. Elle est conditionnée à la détention de 5 UGB. Ce coup de pouce diminue l’investissement dans l’implantation des légumineuses en prairie temporaire, la première année. En plaine, le montant sera de 155 €/ ha en 2023. En montagne de 131 €/ ha. Pour les protéines végétales, un montant unique de 104 €/ ha sera donné, quelle que soit l’année. Diversifier les assolements pour la nouvelle Pac Les éco-régimes, eux, permettront de gagner 60 ou 82 €/ ha, en fonction des engagements pris par les exploitants. Ces derniers cumulent des points (jusqu’à 5), grâce à leurs pratiques agricoles, l’obtention de certifications ou l’existence d’infrastructures agro-écologiques (des arbres, des haies, des bosquets). « Le but du jeu est d’atteindre le niveau 2 de paiement bien sûr. Donc 5 points. Avec les cas type, vous pouvez vous identifier », enchaîne Jean-Pierre Saulet. Un système 100 % herbager, comme en Alsace Bossue ou en montagne, peut facilement cumuler 5 points puisque la surface en terres arables est faible ou nulle. Lorsqu’on a plus de 75 % de la SAU en prairies permanentes et moins de 10 ha de terres labourables, on globalise les 5 points d’office. « Dans un système mixte de grand troupeau, avec beaucoup de terres labourables mais aussi des prairies, il sera possible de gratter des points en implantant des céréales de printemps : elles sont moins rentables mais l’aide contrebalance. On a fait le calcul. En passant au niveau 2 de paiement, on peut gagner 3 700 €, en plus. L’ambition de la nouvelle Pac est de diversifier les assolements. Il faudra penser aux cultures qu’on met en place à l’automne prochain », résume le conseiller ovin de la CAA. Il serait aussi possible de se rattraper sur le second pilier quand on perd sur le premier, avec de petits ajustements. Mais toutes les conditions, notamment Maec, aujourd’hui, ne sont pas connues. Améliorations technico-économiques grâce au CAP’2ER Courant 2022, l’outil CAP’2ER sera au point pour diagnostiquer les émissions et les captations de GES dans les élevages ovins. Si les éleveurs de brebis pensaient s’en servir pour vendre des crédits carbone aux industriels, ils seront déçus dans la plupart des cas. Tout dépend des systèmes. Pour vendre des crédits carbone, il faut progresser dans son bilan carbone… Mais encore faut-il qu’il y ait une marge de progression, et en élevage ovin, les exploitations sont souvent déjà très vertueuses. Que les bergers ne désespèrent pas ! Jean-Pierre Saulet, formé au diagnostic dans les autres filières, sait utiliser l’outil pour améliorer les résultats technico-économiques des fermes. Par exemple, le diagnostic pointe du doigt les limites de l’enrubannage : rapidité d’exécution du chantier, simplicité certes, mais grosses émissions de GES par des dépenses de carburant importantes, et au final, un aliment parfois de qualité moyenne, moins riche pour les brebis et agneaux, donc moins de production. À l’opposé, le pâturage semble idéal : les brebis récoltent l’herbe, amendent la prairie : c’est tout bénéfice. Mais déplacer les clôtures est chronophage et fatigant. Chaque bilan est unique et global. Le carburant utilisé pour importer des concentrés sur l’exploitation est aussi mesuré. Moins on utilise de concentré, plus on améliore son diagnostic, et son revenu, en parallèle. Ainsi, le bilan carbone CAP’2ER permet d’avoir un œil sur sa situation économique, et ensuite, d’élaborer une stratégie pour améliorer son outil et ses revenus. Atout communication Connaître ses points forts de captation de carbone et d’économie d’émission de GES est aussi un atout pour mieux communiquer auprès des consommateurs. L’agriculture en France, c’est 19 % des émissions de GES, derrière le transport et le résidentiel/tertiaire. 14 % des émissions agricoles proviennent de l’élevage, dont 10 % de celui de ruminants. Dire qu’on stocke 80 t de carbone par hectare par an, sur son exploitation, ou qu’elle permet de nourrir 300 personnes, c’est potentiellement gagner des clients. Pour les consommateurs les plus avertis, d’autres arguments peuvent encore être avancés. Par exemple, quand on laisse en place cinq ans une prairie temporaire, le coût environnemental de son implantation est couvert. « Et en plaine, avec la Pac, c’est 155 €/ha d’aide à l’implantation », rappelle Jean-Pierre Saulet, qui boucle la boucle ; d’où l’intérêt de présenter la nouvelle Pac et ce diagnostic ensemble. « Plus on produit, plus les agneaux sont lourds, et plus on dilue les émissions de carbone mathématiquement, fait encore remarquer le conseiller. Mais si ça nous coûte trois fois plus cher en énergie cette augmentation de production, l’intérêt est moindre ! » Pour conclure, Jean-Pierre Saulet répète que, grâce à la part importante d’herbe pâturée, les élevages ovins ont de bonnes performances environnementales : diminution des émissions de GES, stockage de carbone, biodiversité… Des leviers d’action peuvent toutefois encore permettre d’améliorer l’empreinte carbone : les performances techniques, l’autonomie alimentaire (fourragère et protéique), les prairies en rotation, l’optimisation de la fertilisation, la plantation de haies…

Coût des matières premières

L’élevage alsacien sous tension

Publié le 17/12/2021

L’année 2021 a été marquée par une hausse du coût des matières premières : les prix s’envolent et les pénuries guettent. Une flambée que l’agriculture subit de plein fouet. De quelle manière l’élevage alsacien est-il touché par cette crise ? Des éleveurs et des spécialistes livrent leurs témoignages à notre journaliste, Marie Perrin.

Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein et président cantonal à la FDSEA du Bas-Rhin, chiffre à 17 centimes par jour et par animal l’augmentation du coût de la ration de ses 600 vaches, et à 25 centimes celle du kilo de carcasse. En cause, notamment, les prix des aliments. Les tourteaux de soja et de colza battent des records et nourrir les bêtes revient de plus en plus cher. L’année ayant été faste pour les céréales, il lui arrive de se dire qu’il « serait plus rentable de vendre les céréales produites sur l’exploitation que de remplir les silos ». Mais « né éleveur », il le restera, en dépit des vents contraires. À Meyenheim, Stéphane Guthleben est confronté à une autre difficulté : l’an passé, il a passé ses porcs au soja européen sans OGM. Là, c’est l’approvisionnement qui coince. « On serre les dents, on maintient le cap, mais on n’a pas de garantie qu’il y en aura toute l’année. » « En 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça » « On se dit que ça va se rééquilibrer mais en 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça. C’est vraiment une grosse crise qui risque de durer », confie Claude Wanner, responsable de la nutrition animale à la Coopérative agricole de céréales de Colmar. Si l’alimentation, l’énergie et les intrants sont la principale source de frictions, d’autres postes sont concernés. À La Plume d’or, où l’on produit du foie gras de canard, Georges Kuntz évoque le coût des bocaux et des couvercles. Malgré une solide implantation dans le paysage local, il s’essouffle : « Avec 30 % de hausse globale, cela devient très compliqué, surtout qu’on ne répercute que 2 ou 3 % sur les prix de vente. » Le constat est identique chez Cyrielle Diemer, du Gaec du Petit Jura à Jetterswiller, qui parle des films enrubannés, de l’AdBlue ou des produits d’entretien pour le robot-traite. Quant au fioul GNR, il est passé de 75 centimes il y a six mois à 1,10 euro. Quand on utilise 30 000 litres par an, cela fait une somme. Du côté des investissements, c’est aussi l’impasse. « J’ai besoin de faire construire un bâtiment. De février à novembre, le devis a augmenté de 35 %. Et je n’ai aucune garantie du prix dans quatre mois », confie Jean-François Huckert, président cantonal « montagne » à la FDSEA du Bas-Rhin, éleveur de Salers et de porcelets à Grendelbruch. La problématique est la même pour les tracteurs et les machines agricoles. Enfin, une variable compte dans l’estimation de la situation : les achats et les contrats ont-ils été faits très en amont ? Si c’est le cas, l’impact de la flambée risque de n’être que reporté. Car il faudra bien refaire les stocks. Chacun cherche ses solutions Cette crise met en lumière l’urgence de revaloriser la viande, le lait et les œufs. En effet, « à 350 euros la tonne de lait, on touche moins que le cours mondial, qui est de 500 euros », explique Olivier Wilt, éleveur à Dachstein. Didier Braun, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, espère pour sa part que la loi Egalim 2, votée en octobre, va apporter un peu souplesse à la mécanique de double peine qui touche les exploitants. D’autres acteurs ont un rôle à jouer. Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein mène « des discussions avec les abattoirs, le nerf de la guerre ». Bruno Siebert, de l’entreprise du même nom sise à Ergersheim, garantit aux éleveurs de volaille « des prix indexés sur l’alimentation. Pour l’instant, l’abattoir sert de tampon ». Chacun cherche ses solutions. Dans le Haut-Rhin, à Feldbach, Sébastien Stoessel lutte contre le gaspillage : « Les rations des vaches et des poules sont analysées de manière encore plus fine. Il faut être pointu techniquement pour que rien ne se perde. » Les fientes de poules, le fumier ou le lisier aident à limiter les intrants. Certains essayent de s’affranchir des protéines les plus onéreuses, d’autres réfléchissent à un réseau d’irrigation pour mettre le fourrage à l’abri des sécheresses. Tandis que Cyrielle Diemer, éleveuse de vaches laitières à Jetterswiller mise sur une diversification de son activité par la vente directe de fromages, Jean-François Huckert, éleveur de Salers et de porcelets à 30 kilomètres de là, a augmenté le nombre de chevaux qu’il a en pension. Toutes ces initiatives illustrent une réalité : la crise touche tout le monde mais chaque éleveur la vit différemment. En cause : les choix d’exploitation, les investissements, les charges salariales, la spécificité du terroir, les prix et débouchés pour les produits. Ainsi le résume Sébastien Stoessel : « Il y a cinquante ans, toutes les fermes se ressemblaient. Aujourd’hui, toutes les exploitations sont différentes. »

Publié le 15/12/2021

Même s’il est clair que toute la production bovine française ne pourra pas bénéficier de la labellisation par le Label rouge et de la contractualisation, c’est celle qu’Interbev a choisi d’encourager, pour tirer l’ensemble de la filière vers le haut. Explicatioons d'Emmanuel Bernard, président de la section gros bovins d’Interbev

Éleveur de charolais dans la Nièvre, également vice-président de la FNB, Emmanuel Bernard était l’invité de cette réunion. Il a livré sa vision de l’avenir de l’élevage, confronté à des attaques de la part de certaines ONG, à des difficultés à rémunérer équitablement tous les acteurs de la filière, qui se traduit par une décapitalisation du cheptel. Pour enrayer cette tendance, recréer de la valeur et assurer la rémunération des producteurs, les différents collèges d’Interbev ont fait le choix de miser sur le Label rouge, notamment parce qu’il est déclinable dans tous les territoires. Le cahier des charges a été rénové, des campagnes de communication ont été menées, et la contractualisation a été développée, « afin que ce ne soient plus les éleveurs qui portent tout le risque, de le transférer vers le milieu de filière ». Pour y parvenir, Interbev a mis en place un panel d’outils qui comprennent notamment des méthodes de calcul des indicateurs de coût de production. En effet, les parties prenantes des contrats n’ont pas le droit de se mettre d’accord sur des prix, mais sur des méthodes de calcul. Ainsi, les contrats pour de la viande Label rouge, établis sur trois ans, ne fixent pas un prix pour trois ans, mais la méthode de calcul des indicateurs pour que la construction du prix et les tarifs évoluent équitablement de l’amont à l’aval. Doucement mais sûrement, les lignes bougent Au 1er janvier 2022 la loi Egalim 2 entrera en vigueur. « Elle reprend beaucoup d’éléments de la première version, mais en y mettant des obligations, a résumé Emmanuel Bernard, qui a souligné un point important : le prix du produit agricole est sanctuarisé. La négociation ne peut porter que sur les coûts de l’aval de la filière. » En 2023, tous les bovins allaitants mis sur le marché devront l’être dans le cadre d’une contractualisation, stipule aussi Egalim 2. « La boucherie traditionnelle travaille sur un pacte entre les bouchers et les éleveurs, afin de moraliser les relations, y compris avec les grossistes et les abatteurs », a indiqué Emmanuel Bernard. De son côté, le secteur de la Restauration hors domicile (RHD) s’engage aussi à privilégier l’origine France dans ses approvisionnements : « Elle est passée de 1,5 % à 3,2 % ». C’est encore peu, mais c’est un chantier difficile à mener à bien, a commenté le représentant d’Interbev, qui a constaté : « L’enjeu désormais c’est que les distributeurs entrent dans la dynamique. » « Nous sommes dans un contexte où la demande pour la viande est tirée par la transformation, notamment pour le haché. Et les cours de la viande étrangère ont plus augmenté que ceux de la viande française, a-t-il indiqué, encourageant à profiter de cette période plus positive pour mettre en place des contrats qui permettent d’amortir les risques, de border les relations. » C’est non seulement le bon moment, mais ne pas le faire inclut un risque financier pour les industriels, qui s’exposent à des sanctions, sans compter que « l’érosion du cheptel inquiète les industriels ». Le salut de l’élevage français viendra-t-il d’abatteurs et de transformateurs soucieux de rentabiliser leurs outils de production ?

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