Élevage

Syndicat de la race simmental française d’Alsace

Valoriser la mixité de la race

Publié le 21/04/2022

Cette année, l’assemblée générale du syndicat de la race simmental française d’Alsace était axée sur les aptitudes bouchères de cette race mixte. En effet, des opportunités résultent de l’envolée des prix de la viande.

Les prix s’envolent de toutes parts. L’épidémie de Covid-19 avait déjà entraîné une hausse des prix des matières premières, mais « sans commune mesure avec ce qu’on connaît actuellement », indique Frédéric Bernhard, président du syndicat. En parallèle, le prix du lait enregistre lui aussi une légère hausse, mais « qui ne couvre pas celle du prix des matières premières ». Les prix de la viande, eux, enregistrent des hausses telles que « nous n’avons jamais connu des prix aussi élevés », rapporte Frédéric Bernhard. C’est certes une bonne nouvelle pour les éleveurs, qui sont plutôt habitués aux prix bas, mais c’est aussi un signal à prendre avec précaution, car il signe « un marché déréglé, en proie à la spéculation, où tout peut donc se retourner très vite ». Des opportunités dans un contexte de cours des bovins bien orientés Romain Gerussi, responsable de Comptoir élevage, a détaillé les tenants et les aboutissants de cette conjoncture peu commune. « En mars 2020, à cause de l’épidémie de Covid-19, nous avions du retard dans les enlèvements, car des animaux étaient refusés à l’abattoir. Il y avait donc des animaux en stock dans les fermes. Aujourd’hui, c’est le contraire, les abattoirs cherchent des animaux, pour faire tourner leurs outils de production, ce qui fait que nous pouvons placer des hausses de prix. » Autre élément qui rentre en compte, l’évolution des modes de consommation en faveur de la viande hachée. « C’est un débouché important, qui a permis de redonner de la valeur aux animaux, et de passer des hausses de prix », commente Romain Gerussi. Si l’année 2021 a commencé « normalement », le prix de la viande a augmenté de semaines en semaines en fin d’année, sous l’effet de l’érosion du cheptel laitier, que le cheptel allaitant ne parvient désormais plus à compenser. « La tendance est la même partout, notamment en Allemagne. Le marché bouge et on ne se sait pas où ça va s’arrêter ». Et comme en parallèle le coût des matières premières augmente, il devient compliqué de déterminer où placer le curseur pour fixer les prix dans le cadre d’Egalim ! En tout cas, pour les éleveurs de simmental, la production de viande peut constituer un revenu complémentaire. « Vos animaux ont du poids. Ils sont bien conformés. Ce sont de bons produits pour les abatteurs. Notamment les vaches de réforme quand elles sont bien terminées et un peu grasse. Si vous avez la possibilité de les amener à une note d’engraissement de 3, il y aura une plus-value », indique Romain Gerussi. Autre créneau porteur : l’engraissement de jeunes bovins de races laitières ou mixtes. En effet, les abatteurs en recherchent pour remplacer les vaches laitières destinées à la production de viande hachée. « Cela peut être une source de revenu complémentaire à la production laitière », souligne Romain Gerussi. Des nouveaux taureaux sur le marché Pour profiter au mieux de la double aptitude lait/viande de la race, Frédéric Bernhard a encouragé les éleveurs à continuer à faire génotyper leurs animaux. « Grâce au single step, nous avons accès à des indices beaucoup plus fiables, ce qui permet de mieux gérer les accouplements, les tares, la consanguinité. D’autant que les prix sont maintenus, à hauteur de 30 €/animal ». Francis Michel, technicien à Elitest, a quant à lui présenté quelques taureaux utilisables cette année. Dont des taureaux confirmés, qui ont des filles, comme Lézard, dont le niveau de production est intéressant, ou encore Livre, qui pêche par son niveau de TB. La gamme s’enrichit aussi de nouveaux taureaux issus de la génomique, comme le bien nommé Séduisant, qui combine « un TB intéressant, une morphologie sans défaut particulier, et des naissances faciles ». Ravel présente aussi pas mal d’atouts, mais confère une vitesse de traite assez lente à ses filles. « Or cela devient de plus en plus rédhibitoire car les troupeaux grandissent, mais pas le nombre d’éleveurs. Il s’agit donc d’un critère de sélection sur lequel il va falloir être vigilant », a souligné Francis Michel. Réglisse est un taureau qui pêche par le TB, mais qui est à la fois très laitier et musclé. Spirou se démarque par sa facilité d’utilisation et un TB positif. Rêve est « positif partout sauf en vitesse de traite », apprécie Francis Michel, qui ajoute que, pour ne rien gâcher, Rêve est « un enfant du pays », puisqu’il est né dans l’élevage Bernhard à Woerth. À noter aussi qu’au mois de juin, l’offre viendra s’étoffer avec des taureaux étrangers. Sophie Weidmann, du service élevage de la Chambre d’agriculture Alsace, a commenté les chiffres issus des bilans de campagne 2021 pour la dizaine d’élevages qui comportent au moins 80 % d’animaux en race simmental. Deux grandes tendances s’en dégagent : une baisse du volume de lait produit ainsi que des taux, mais une amélioration des cellules. Du côté des primipares, l’âge au premier vêlage diminue, « ce qui va dans le bon sens », notamment pour réduire l’empreinte carbone des élevages. Frédéric Bernhard a conclu cette assemblée générale en mentionnant quelques belles performances. Le Gaec Cousandier, avec Destiné et ses 95 881 kg de lait en 10 lactations remporte la meilleure carrière. Les meilleures lactations terminées en 2021 sont remportées par Lentille et Infinie, deux vaches du Gaec Bernhard. Les meilleures premières lactations sont remportées par Nature et Naomie, deux vaches du Gaec de la Source à Wickersheim, un élevage qui a été visité à l’issue de cette assemblée générale.

Assemblée générale du syndicat de la race montbéliarde

« La montbéliarde n’a rien à envier à la prim’holstein »

Publié le 21/04/2022

L’assemblée générale du syndicat de la race montbéliarde a été l’occasion, après deux années d’interruption, de faire le point sur la situation sanitaire, les évolutions en matière de génétique, et de performance du troupeau.

Deux ans après leur dernière réunion, qui s’était tenue juste avant le premier confinement lié à l’épidémie de Covid-19, les éleveurs de montbéliardes se sont retrouvés en assemblée générale le 18 mars dans les locaux d’Elitest à Brumath. Avec « un peu de mal à remotiver les troupes », a constaté Jean-Marie Schoenel, président du syndicat, puisque les éleveurs présents se comptaient sur le doigt d’une main. « Actuellement, les prix du lait ne correspondent plus aux charges, qui s’envolent, que ce soit le carburant, les tourteaux… Alors que les autres corps de métier peuvent répercuter des hausses de charges sur leurs prix de vente, pour les agriculteurs, c’est différent », a regretté Jean-Marie Schoenel. Les éleveurs ont profité d’être en petit comité pour évoquer leurs difficultés. Elles sont à la fois conjoncturelles, comme une hausse significative des naissances prématurées, un phénomène que rapportent aussi les éleveurs ovins, et qui entraîne des complications dans la conduite d’élevage. En effet, les vêlages sont certes faciles, mais les veaux sont petits, et les vaches, qui n’étaient pas prêtes à vêler, donnent peu de lait. Sans pouvoir expliquer à ce jour ce phénomène, Sophie Weidmann, responsable du service élevage de la Chambre d’agriculture Alsace, a conseillé d’anticiper les tarissements, pour avoir des vaches en état de vêler plus tôt. Les difficultés des éleveurs sont aussi structurelles, avec les difficultés à transmettre les exploitations, notamment les élevages, qui entraînent l’érosion du nombre d’éleveurs. Ils évoquent aussi le plan bâtiment qu’ils jugent « inadapté ». Ou encore le manque de vétérinaires ruraux. « Est-ce que des assistants vétérinaires ne pourraient pas assurer une partie de la charge de travail ? », s’interroge un éleveur. Cela ne manquerait pas d’entraîner des polémiques au niveau de l’ordre des vétérinaires, de leurs syndicats, répond Céline Zuber, directrice du Groupement de défense sanitaire (GDS) Alsace, qui a fait un point sur la BVD (lire en encadré), et procédé à quelques annonces. Le GDS propose régulièrement des formations. Il y en aura cette année encore, notamment sur la gestion des antibiotiques en élevage laitier, ainsi que sur le bien-être des veaux et la gestion de la douleur lors de l’ébourgeonnage. Avec les GDS des Vosges et de Moselle, le GDS Alsace a ouvert un compte Facebook qui doit permettre de diffuser des informations plus rapidement. « L’objectif est aussi de proposer des formats accessibles à tous les éleveurs, y compris les plus jeunes, par exemple avec des vidéos courtes », indique Céline Zuber. Augmentation du lait brut José Esteves, technicien en élevage laitier à la Chambre d’agriculture Alsace, a présenté les résultats annuels de la race pour 2020, tenant tout d’abord à féliciter Jean-Marie Schoenel pour les très bons résultats que le CAT du Sonnenhof, aujourd’hui dissous, a obtenu durant de longues années. Si Jean-Marie Schoenel reste salarié de la fondation du Sonnenhof, le troupeau, à la génétique régulièrement primée lors des concours de la race, a été vendu à différents éleveurs. À 30,1 % de primipares, les élevages bas-rhinois se situent à un niveau « assez élevé », qu’il s’agirait de diminuer un peu en « faisant moins de génisses ». Dans le Bas-Rhin, le lait brut a augmenté de quelque 300 kg, passant de 7 281 à 7 595 kg. Un « bon résultat ». Le TB reste stable, à 40,3, mais le TP diminue un peu. Il se situe à 34,3, peut-être un effet de la qualité médiocre des fourrages de cette année-là, qui pourrait peut-être aussi expliquer la dégradation en cellules. L’intervalle vêlage-vêlage se situe à 416 jours, soit une hausse de huit jours par rapport à l’année dernière. L’âge au vêlage baisse, passant de 42 à 36,1 mois, un bon point mais qui pourrait encore être amélioré. En effet, « plus les génisses vêlent tard, plus elles sont grasses et moins bonne est leur longévité ». En conclusion, Jean-Marie Schoenel a rappelé que la montbéliarde est la deuxième race de France en termes d’effectifs. « Au niveau national, une vache sur cinq au contrôle laitier est une montbéliarde ». Et pour cause : « La montbéliarde n’a rien à envier à la prim’holstein », assure Jean-Marie Schoenel. Une affirmation qu’il étaie en exposant les performances de l’EARL Reinhardt à Menchhoffen qui, avec un effectif de 71 VL, frôle les 10 000 kg de lait à 7 %, à 9 935 kg très exactement.

Publié le 28/03/2022

À Griesheim-près-Molsheim, Michaël Eber élève une soixantaine de chèvres, dont le lait est entièrement transformé sur place. Depuis la sécheresse de 2003, il recherche l’autonomie alimentaire de sa troupe.

Le dimanche à 16 h 30 par beau temps, jusqu’à 200 personnes assistent à la traite des chèvres à la ferme Eber. Elles en profitent pour regarder les vaches, les chevaux, les poules, les lapins… Mais les vedettes, ce sont bien les 60 alpines qui s’alignent par bande de six sur les deux quais de traite. Michaël a repris l’élevage familial en 2001, tandis que son frère Yann prenait les rênes de l’Auberge de la chèvrerie créée par leurs parents. « En m’installant, j’ai récupéré une vingtaine d’hectares d’un ami agriculteur qui partait en retraite. J’en exploite 23 aujourd’hui. » Les deux premières années, il cultive des céréales pour la vente et achète des fourrages pour nourrir sa troupe. À la première sécheresse - celle de 2003 - il change son fusil d’épaule pour viser l’autonomie alimentaire. Comme la zone de protection du grand hamster d’Alsace se met en place au même moment, il signe un contrat pour la production de luzerne : 5 ha au départ, 10 ha aujourd’hui. Dans le Berry, où il a fait des stages, la légumineuse est considérée comme « le meilleur aliment pour les chèvres ». Michaël cultive également 2 ha de sainfoin et 3 ha de maïs grain qu’il fait sécher chez Gustave Muller et récupère ensuite pour alimenter sa troupe. Des 7 ha de blé, il ne garde que la paille. Pour une question de temps et parce que l’achat de matériel ne serait pas rentable, il fait réaliser « tous les travaux de culture de A à Z par deux entreprises de travaux agricoles : les semis, les traitements, la fenaison… » La ration des chèvres se compose à 80 % de luzerne. L’éleveur la distribue sous forme de foin en hiver. D’avril à septembre, il la fauche deux fois par jour à l’aide d’une faucheuse autochargeuse et la distribue en vert avec du sainfoin. Complémentaire à la luzerne, le sainfoin a des vertus antiparasitaires. De plus, il est très apprécié des chèvres. Celles-ci reçoivent du maïs grain entier en complément, entre 800 et 900 g distribués en deux repas au moment de la traite. « Mes seuls achats extérieurs sont les pierres à sel et les minéraux. Je ne donne ni enrubanné, ni ensilage, ni granulés, ni soja. Ce que je recherche, c’est une qualité de lait pour faire de bons fromages », expose Michaël. Les résultats suivent : l’élevage Eber, qui est suivi au contrôle laitier, affiche 1 300 l de lait/chèvre à 41 g/kg de taux butyreux et 36 g/kg de taux protéique. « Ce sont des résultats exceptionnels pour la région. Ils ne sont pas liés uniquement à l’alimentation, qui doit être très régulière, mais aussi à la génétique. » Les chevrettes mettent bas pour la première fois à 15 mois. « Je veux les habituer à manger de l’aliment grossier. Elles ont une croissance plus lente, mais à cet âge-là, elles mettent bas toutes seules et elles s’intègrent facilement dans le troupeau des adultes. Elles font leur première lactation en 500 jours », précise l’éleveur qui privilégie la longévité des animaux, quitte à allonger l’intervalle entre deux mises bas. Hébergés en chèvrerie toute l’année, les animaux ont accès à une cour d’exercice ouverte et peuvent se servir librement dans l’un des quatre râteliers mis à disposition. Michaël stimule leur appétit en mélangeant différentes coupes de luzerne. « Une chèvre doit toujours avoir du bon fourrage pour faire du lait. » Malgré tout, elles ne se gênent pas pour trier. Les 30 % de refus sont donnés aux vaches. Une demande pour du chèvre affiné La troupe est divisée en trois : un tiers des chèvres met bas début novembre. Elles sont inséminées avec la semence des dix meilleurs boucs de France, choisis sur catalogue. Les chevrettes issues d’IA sont gardées pour le renouvellement, tandis que les jeunes mâles sont vendus comme reproducteurs dans la grande région. Un deuxième tiers, sailli naturellement, met bas en février. Les chevrettes et les chevreaux issus des saillies naturelles sont vendus en élevage. Le tiers restant est conduit en lactation longue. « Avec une bonne génétique et une bonne alimentation, une chèvre peut faire cinq à six années de lactation consécutives sans être mise à la reproduction », indique l’éleveur. La totalité du lait est transformée sur place. Carole, l’épouse de Michaël, s’en charge avec l’aide d’une salariée employée à mi-temps. Fabriqués à partir de lait cru, moulés à la louche, salés individuellement et agrémentés de différentes épices (pavot, poivre, cumin…), 80 % des fromages sont vendus frais. Les 20 % restants sont conservés entre 1 et 16 mois dans la cave d’affinage. « Mes parents ne vendaient que du frais. Mais les goûts évoluent. Aujourd’hui, il y a une demande pour du chèvre affiné. » La production est écoulée majoritairement dans le magasin à la ferme, ouvert les vendredi, samedi et dimanche et durant la semaine en été et pendant les vacances scolaires. 30 % des fromages sont vendus à des restaurants, à quelques magasins de producteurs et à six grandes surfaces. Michaël et Carole ne font pas de marché, préférant accueillir la clientèle à la ferme. « La vente directe, c’est beaucoup d’heures de travail : tous les dimanches, on bosse. Mais c’est aussi un choix de vie. »

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