Élevage

Publié le 15/12/2021

Même s’il est clair que toute la production bovine française ne pourra pas bénéficier de la labellisation par le Label rouge et de la contractualisation, c’est celle qu’Interbev a choisi d’encourager, pour tirer l’ensemble de la filière vers le haut. Explicatioons d'Emmanuel Bernard, président de la section gros bovins d’Interbev

Éleveur de charolais dans la Nièvre, également vice-président de la FNB, Emmanuel Bernard était l’invité de cette réunion. Il a livré sa vision de l’avenir de l’élevage, confronté à des attaques de la part de certaines ONG, à des difficultés à rémunérer équitablement tous les acteurs de la filière, qui se traduit par une décapitalisation du cheptel. Pour enrayer cette tendance, recréer de la valeur et assurer la rémunération des producteurs, les différents collèges d’Interbev ont fait le choix de miser sur le Label rouge, notamment parce qu’il est déclinable dans tous les territoires. Le cahier des charges a été rénové, des campagnes de communication ont été menées, et la contractualisation a été développée, « afin que ce ne soient plus les éleveurs qui portent tout le risque, de le transférer vers le milieu de filière ». Pour y parvenir, Interbev a mis en place un panel d’outils qui comprennent notamment des méthodes de calcul des indicateurs de coût de production. En effet, les parties prenantes des contrats n’ont pas le droit de se mettre d’accord sur des prix, mais sur des méthodes de calcul. Ainsi, les contrats pour de la viande Label rouge, établis sur trois ans, ne fixent pas un prix pour trois ans, mais la méthode de calcul des indicateurs pour que la construction du prix et les tarifs évoluent équitablement de l’amont à l’aval. Doucement mais sûrement, les lignes bougent Au 1er janvier 2022 la loi Egalim 2 entrera en vigueur. « Elle reprend beaucoup d’éléments de la première version, mais en y mettant des obligations, a résumé Emmanuel Bernard, qui a souligné un point important : le prix du produit agricole est sanctuarisé. La négociation ne peut porter que sur les coûts de l’aval de la filière. » En 2023, tous les bovins allaitants mis sur le marché devront l’être dans le cadre d’une contractualisation, stipule aussi Egalim 2. « La boucherie traditionnelle travaille sur un pacte entre les bouchers et les éleveurs, afin de moraliser les relations, y compris avec les grossistes et les abatteurs », a indiqué Emmanuel Bernard. De son côté, le secteur de la Restauration hors domicile (RHD) s’engage aussi à privilégier l’origine France dans ses approvisionnements : « Elle est passée de 1,5 % à 3,2 % ». C’est encore peu, mais c’est un chantier difficile à mener à bien, a commenté le représentant d’Interbev, qui a constaté : « L’enjeu désormais c’est que les distributeurs entrent dans la dynamique. » « Nous sommes dans un contexte où la demande pour la viande est tirée par la transformation, notamment pour le haché. Et les cours de la viande étrangère ont plus augmenté que ceux de la viande française, a-t-il indiqué, encourageant à profiter de cette période plus positive pour mettre en place des contrats qui permettent d’amortir les risques, de border les relations. » C’est non seulement le bon moment, mais ne pas le faire inclut un risque financier pour les industriels, qui s’exposent à des sanctions, sans compter que « l’érosion du cheptel inquiète les industriels ». Le salut de l’élevage français viendra-t-il d’abatteurs et de transformateurs soucieux de rentabiliser leurs outils de production ?

Publié le 15/12/2021

Après une année d’interruption en raison de la crise sanitaire, la filière Élevage du Comptoir agricole s’est réunie afin de faire le point sur les activités porcine et bovine de la coopérative, qui enregistrent toutes deux une progression sur l’exercice 2020-2021, malgré une conjoncture pas toujours simple, qui menace la pérennité des exploitations. Aussi les éleveurs espèrent qu’Egalim2 sera plus efficace que la première version.

L’activité porcs de boucheries, qui constitue le plus gros de l’activité porcine, a connu une forte augmentation, avec 11 000 porcs collectés en plus (voir infographie). « Il s’agit de porcs provenant de nouveaux apporteurs, et d’animaux provenant des producteurs historiques, qui ont amélioré la productivité de leur élevage pour profiter d’un marché porteur », commente Romain Gerussi, responsable de la filière élevage au Comptoir agricole. À noter que 96 % des porcins collectés par le Comptoir agricole sont valorisés par l’entreprise Socopa, située à Holtzheim. L’épidémie de Covid-19 a impacté l’activité : de novembre à février, l’enlèvement de près de mille porcs a dû être reporté, soit la moitié de la production. Un volume qui a été résorbé depuis. « Quelque 3 600 porcs de boucherie, soit 5 % du volume collectés, sont engagés dans des démarches de filière, que ce soit avec Cheville Est, Cœur paysan, ou encore la boucherie Riedinger Balzer. » Le Groupe Élevage travaille à une meilleure valorisation des porcs élevés en Alsace. Principale difficulté : valoriser l’ensemble de la carcasse. « Nous menons des essais pour apprécier comment tenir au mieux l’équilibre matière première, par exemple en adaptant les méthodes de découpe des carcasses », indique Romain Gerussi. Pour les porcins d’élevage, quatre des onze fournisseurs de porcins de 8 kg bénéficient de débouchés contractualisés, ce qui permet de sécuriser 90 % des débouchés. Pour les porcins de 25 kg, seuls deux fournisseurs ont pu contractualiser leurs relations avec leurs clients. Le marché du porc dicté par le Covid Le marché du porc a été fortement influencé par la crise sanitaire, qui s’est traduite par une baisse d’activité dans les abattoirs, notamment en Allemagne en avril 2020, donc par des reports de livraison dans les élevages. Conséquence : une baisse de 55 cts du cours en 18 semaines. Après un sursaut durant la période estivale, les marchés ont rechuté à cause de l’épidémie de peste porcine africaine (PPA), en Allemagne, apparue en septembre 2020, qui s’est traduite par un arrêt des importations chinoises et asiatiques de porcs. « De nouveaux cas sont détectés en Allemagne. Et les prochains sur la ligne de progression de l’épidémie, c’est nous », glisse Romain Gerussi. Les cours sont remontés au printemps 2021. Avant de dévisser suite à l’arrêt brutal des importations chinoises : « En deux ans, la Chine a retrouvé son niveau de production d’avant la PPA, qui l’avait décimé de moitié », poursuit-il. Une catastrophe sur les marchés européens, et pour les producteurs, confrontés dans le même temps à une hausse du prix de l’aliment. « Le marché devrait se maintenir durant l’hiver, et pourrait redémarrer en mars, en fonction de l’évolution de la 5e vague… », avance prudemment Romain Gerussi. Egalim 2 entre en application Un sujet a particulièrement marqué l’actualité porcine cette année, l’évolution de la réglementation sur la castration des porcins, qui entre en vigueur au 1er janvier 2022. Socopa, débouché ultra-majoritaire des porcs alsaciens, a d’ores et déjà fait connaître ses exigences qui se traduisent, pour les éleveurs alsaciens, par la nécessité de poursuivre les castrations, dans le respect des nouvelles exigences réglementaires. À savoir : avant sept jours d’âge, avec une anesthésie locale et une antalgie, par des éleveurs ayant suivi une formation avant le 1er janvier 2022, et avec un passage du vétérinaire sanitaire dans les six mois. Une formation a donc récemment été organisée par le Groupe Élevage. Dernier point d’actualité, et non des moindres pour la filière porcine : « Suite à la nouvelle mouture de la loi Egalim, un contrat doit être signé avec Socopa d’ici la fin de l’année, avec des prix tunnels et une prise en compte des coûts de production. » Un contrat qui devra prendre en compte le surcoût de l’injection d’anesthésiant, soit quelque 2 cts par animal. La décapitalisation du cheptel bovin continue Au niveau des bovins, l’activité boucherie est en hausse, légère pour les jeunes bovins, plus marquée pour les réformes, en système allaitant comme laitier. Et, comme le commerce des bovins maigres est également dynamique, notamment en veaux de huit jours, l’activité bovine enregistre une hausse globale de 3,5 %. Résultat : le Comptoir agricole collecte environ un tiers des animaux qui sont mis en marché dans le Bas-Rhin. Les quelque 37 800 animaux collectés au niveau de Cloé ont été orientés vers 41 destinations, correspondant à 21 clients différents : en tête, Bigard-Charal-Socopa (43 %), Elivia (28 %), Sicarev (14 %) et Unebio (3,5 %). Un bon résultat pour le Comptoir agricole, mais qui traduit une réalité moins heureuse : la décapitalisation du cheptel. « La population bovine s’effrite, en élevage laitier comme allaitant. Les abatteurs commencent à s’en préoccuper parce qu’à terme il risque d’y avoir un manque d’animaux pour faire tourner les abattoirs », indique Romain Gerussi. Certains jeunes bovins (JB) de races à viande, qui représentent 60 % de l’activité, bénéficient de contrats, par exemple avec Charal pour les jeunes limousins de moins de 22 mois, ou avec Charolux (démarche visant à promouvoir la viande bovine française de qualité sur le marché allemand). « Aujourd’hui ces contrats sont caducs, car le prix minimal qui avait été fixé est dépassé par les cotations d’aujourd’hui, constate Dominique Daul, président de la section bovine. Le marché nous a rattrapés et tant mieux, parce que nous partions de très loin. » À noter que la majorité des JB de types laitiers (54 %) est contractualisée avec McDonald’s. La dynamique Label rouge se poursuit Pour mieux valoriser les vaches allaitantes, et dégager de la plus-value pour les éleveurs, Cloé et le Comptoir agricole misent sur le Label rouge. 33 éleveurs sont désormais engagés au niveau du Comptoir agricole, et 228 pour Cloé. « L’enseigne Cora a été la première à adhérer à la démarche, les autres suivent », se félicite Romain Gerussi. Dernière en date à avoir rejoint le partenariat : Système U. Grâce à cette dynamique, la demande pour la viande Label rouge a triplé en 18 mois. Lorca, la Cal et @comptoir_agri poursuivent le développement de la production de bovins label rouge, via Cloé, grâce à un nouveau partenariat avec les magasins @ULesCommercants. Pour en savoir plus ⬇️ https://t.co/0XVqZNlZn5 @agrodisT — Agrodistribution (@agrodisT) November 12, 2021 Denis Fend, directeur du Comptoir agricole, a commenté le compte de résultat de l’Organisation de producteurs. Les chiffres d’affaires des activités bovine et porcine sont équilibrés, à 16 M€ pour chaque filière, soit une hausse de 2, 5 %, limitée par la baisse du prix du porc. « Le résultat, après redistribution des compléments de prix, s’élève à 69 000 € contre 77 000 € pour l’exercice précédent. Cela fait cinq ans que le Comptoir agricole a repris l’activité de Copvial, une opération qui s’est avérée une réussite grâce aux éleveurs qui sont restés présents, grâce au partenariat avec Cloé, et à la sécurité financière que notre groupe a apportée. » Un travail d’équipe qu’il s’agit de poursuivre pour le bien-être des éleveurs alsaciens !

Ferme Schwenger-Fuchs à Logelheim

Quand investissements riment avec confiance

Publié le 02/12/2021

À Logelheim, la ferme avicole Schwenger-Fuchs est gérée par trois jeunes associés qui ont de la suite dans les idées pour développer leur activité d’élevage et de transformation de volailles, destinée à la vente directe. Pas après pas, ils peuvent concrétiser leurs nouveaux projets, grâce à l’accompagnement financier de la Banque Populaire.

Avec la confiance, on peut voir loin. À Logelheim, la ferme avicole Schwenger-Fuchs applique ce credo au quotidien entre ses trois associés, Jonathan Fuchs, Marc Schwenger et Selim Gharbi, et avec son partenaire financier historique : la Banque Populaire. Au cours des sept dernières années, elle a soutenu sans hésiter les trois jeunes éleveurs de volailles dans leur volonté de développement et de croissance. La première fois, c’était en 2015. À cette époque, l’EARL était encore gérée conjointement par Colette Schwenger, la petite-fille du fondateur de cette ferme créée en 1968, et Jonathan qui l’avait rejoint un an plus tôt en hors cadre familial. À son arrivée, il avait déjà investi ses propres deniers pour mettre aux normes l’abattoir vieillissant. Mais en cette fin d’année 2015, il a cette fois besoin de financer un tout nouveau laboratoire de transformation. Une pratique qui existait déjà au sein de l’exploitation, mais pas au niveau de ce qu’il imaginait. « C’était la période où la demande pour les produits à base de volaille était en pleine expansion. C’était le moment d’y aller », estime-t-il avec du recul. Des investissements « réfléchis » et créateurs d’emplois Les années passent et la demande ne faiblit pas. En 2018, l’année où Colette prend sa retraite, il entreprend la construction d’un nouveau bâtiment d’élevage aux côtés de ses deux nouveaux associés : Marc, le fils de Colette, et Selim Gharbi qui travaillait jusque-là comme employé. Les trois jeunes hommes ont besoin cette fois d’une somme plus conséquente pour concrétiser ce nouveau projet de 250 m2. « Il fallait qu’on augmente la cadence de production. D’autre part, nous devions agrandir le parcours des poulets pour respecter le cahier des charges du réseau « Bienvenue à la Ferme » que nous venions de rejoindre », indique Jonathan. Là encore, la Banque Populaire répond présente. Son chargé d’affaires Agriculture et Viticulture, Johnny Hanser, le justifie simplement : « Comme à chaque projet de nos clients, nous étudions l’investissement envisagé et proposons un plan de financement. Mais au-delà, l’aspect humain est primordial dans les échanges avec nos clients. Nous créons des relations au long cours où on apprend à se connaître et la confiance s’installe. Dans le cas présent, chaque investissement est mûrement réfléchi entre les trois associés. Ils font des efforts pour développer leur clientèle et la préserver. Ce sont des travailleurs méthodiques, engagés dans une démarche de filière courte qui, en plus, créent des emplois localement. Tout ceci correspond aux valeurs que défend la Banque Populaire. » Grâce à ce nouveau bâtiment, la ferme Schwenger-Fuchs a doublé sa capacité annuelle de volailles abattues et, par extension, son chiffre d’affaires. Ces nouvelles rentrées d’argent ont permis de financer trois emplois à mi-temps, tout en assurant aux trois associés un revenu correspondant à environ 1,5 Smic. « C’est à la fois un salaire correct, mais si on ramène ça à toutes les heures travaillées sur l’année, avec trois semaines de congé non payé, ça pourrait être mieux. Mais nous aimons ce que nous faisons, et l’aspect entrepreneurial qui va avec. Donc, ça nous convient », témoigne Jonathan. Depuis 2018, ils ont atteint leur plafond de production avec un peu plus de 250 poulets abattus par semaine. Améliorer la qualité, diminuer les charges À moins de nouveaux investissements, ils ne peuvent pas produire davantage de poulets. Ils essaient néanmoins d’accroître la qualité. D’une part, au niveau de l’élevage en améliorant l’environnement des poulets. « Si le cadre est plus propice, la volaille a une meilleure croissance et devient plus lourde. À la fin, c’est du chiffre d’affaires en plus », développe Jonathan. D’autre part, ils font en sorte de répondre aussi bien que possible aux demandes de leurs clients qui réclament de nouvelles recettes pour les produits transformés. « Il y a de nombreux jeunes dans notre clientèle, qui veut de la nouveauté, des saveurs. On doit donc diversifier notre gamme et s’adapter au marché. » C’est cette logique qui pousse Julien, Marc et Selim à solliciter une nouvelle fois la Banque Populaire pour un nouveau bâtiment de 60 m2, destiné à accueillir trois lots de dindes pendant la période estivale. « On est dévalisé constamment sur les marinades. Cela nous permettra d’avoir plus de produits à proposer. » En hiver, ce nouveau bâtiment permettra de consolider le chiffre d’affaires en améliorant la qualité des chapons élevés en vue des fêtes de fin d’année. Une fois la production optimisée et rentable, il faut se tourner vers les charges si on souhaite améliorer son bénéfice net en fin d’exercice. C’est pour cette raison que la ferme Schwenger-Fuchs a décidé d’investir dans une installation photovoltaïque dans le but de faire de l’autoconsommation pour alimenter les équipements de froid. Un investissement, là encore soutenu par la Banque Populaire, qui a le mérite de s’autofinancer pendant toute la durée de l’emprunt, à savoir une dizaine d’années. Jonathan conclut : « Avec la hausse globale du coût de l’énergie et une facture électrique mensuelle de 450 €, nous avons estimé que c’était un investissement judicieux sur le long terme. Cela va nous permettre de réduire notre facture de 50 % à terme. Nous parvenons à concilier économie d’énergie avec développement durable en réduisant nos charges tout en réduisant notre empreinte carbone. C’est une grande satisfaction ! »    

Pages

Les vidéos