Au Gaec du Vieux Moulin, à Hirschland
Happy Grass : une aide pour gérer le pâturage
Au Gaec du Vieux Moulin, à Hirschland
Publié le 31/05/2022
À Hirschland, Marie-Noëlle et Jean-Jacques Muller font pâturer leurs laitières de longue date. Pour mieux gérer la ressource en herbe, ils utilisent l’application Happy Grass, pour la deuxième année consécutive.
Marie-Noëlle et Jean-Jacques Muller, les deux associés du Gaec du Vieux Moulin, exploitent 180 ha de SAU, dont 99 ha de cultures et 5 ha de prairies temporaires. Le reste est constitué de prairies naturelles. La surface a récemment augmenté de 51 ha, suite à la reprise de terres d’un voisin agriculteur parti à la retraite. Avec 140 vaches laitières, le couple produit 1,15 million de litres de lait, collectés par la laiterie Unicoolait. « Ici, on a toujours pâturé », souligne Marie-Noëlle Muller. Même si l’orientation de l’exploitation est plutôt intensive - les surfaces étaient plus limitées, lorsque Jean-Jacques s’est installé, en 2003 -, les vaches ont toujours pâturé les parcelles situées à proximité de l’étable. Depuis trois ans, compte tenu de la taille du troupeau, celui-ci a été séparé en deux lots, dont un seul continue à pâturer. C’est le niveau de production et le stade de gestation qui détermine l’intégration, dans un lot ou dans l’autre : dans le premier lot, qui ne pâture pas, sont rassemblées les vaches dont le niveau de production est supérieur à 28 l/jour et celles qui ne sont pas encore confirmées pleines ; dans le deuxième lot, qui pâture, se trouvent les autres vaches. Le premier lot reçoit une ration équilibrée à 30-32 l et est complémenté au Dac, tandis que le deuxième reçoit une ration à 24 l, sans complémentation. Cette séparation en deux lots simplifie la conduite de l’alimentation et de la reproduction. Pour pouvoir faire des projections sur la quantité d’herbe disponible, le couple d’éleveur utilise l’application Happy Grass, pour la deuxième saison consécutive. Cet outil permet, à partir des mesures de pousse d’herbe, de prévoir le stock d’herbe sur pied, dans les semaines à venir. C’est en fonction de ces prévisions qu’est prise la décision d’intégrer une parcelle dans le circuit de pâturage ou pas. Dans le cas du Gaec du Vieux Moulin, les projections sont facilitées par le fait que l’exploitation fait partie du réseau de mesure de la pousse de l’herbe mis en place par le groupe fourrage de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). La pousse est mesurée, chaque semaine, à l’aide d’un herbomètre. Ne pas se faire déborder En matière de pâturage, les années se suivent mais ne se ressemblent pas : une année pluvieuse, comme 2021, la pousse de l’herbe est telle qu’il faut veiller à ne pas se faire déborder. « L’an dernier, on a pâturé, jour et nuit, du 20 juin au 23 septembre, car il y avait de l’herbe disponible », expose Marie-Noëlle. Durant cette période, la pâture représentait 50 à 60 % de la ration, contre 40 à 50 % d’habitude. « On a commencé à quarante vaches, puis on est passé à cinquante vaches, pour tenir compte de la pousse de l’herbe », complète Philippe Le Stanguennec, conseiller à la CAA, qui suit le troupeau du Gaec du Vieux Moulin. Huit génisses pleines sont passées après les vaches pour nettoyer les refus à partir du 20 juin, ce qui a permis de limiter la fauche des refus. Cette année, le contexte météorologique est différent : le coup de froid de début avril, suivi d’inondations, a obligé Marie-Noëlle et son mari à sortir les vaches plus tard que d’habitude, soit le 12 avril. « Du coup, on a tout de suite sorti cinquante vaches et on les a fait pâturer au fil, pour éviter de gaspiller de l’herbe. Pour le moment, elles ne pâturent que le jour mais si le temps devient très chaud, elles pâtureront la nuit et rentreront à l’étable, en journée. » Seulement trois paddocks avaient été pâturés au 16 mai, soit l’équivalent de 3,5 ha. « Les vaches ont mis 25 jours à pâturer les trois paddocks. Selon l’application, il était temps de revenir sur le premier. Les mesures indiquaient entre 9 et 12 cm, ce qui est une bonne hauteur de retour », indique le conseiller en élevage qui pensait initialement intégrer 5 ha de plus au pâturage. Ces 5 ha ont donc été ensilés le 10 mai et les vaches sont revenues aux parcelles déjà pâturées une première fois. « On refera le point, début juin, pour voir si on a besoin de ces 5 ha ou si on les refauche », indique Philippe Le Stanguennec, qui a la possibilité de réaliser des simulations pessimistes ou optimistes, quant à la pousse de l’herbe. « En général, on fait des prévisions sur deux pas de quinze jours. Au-delà de quatre semaines, c’est trop aléatoire. » Quelles que soient les prévisions permises par l’outil, l’échange entre le conseiller et les éleveurs reste indispensable, pour arbitrer. « Pas mal pour des prairies naturelles » Au-delà de la gestion des pâturages, Happy Grass sert aussi de carnet de pâturage : il suffit d’enregistrer les dates d’entrée et de sortie de la pâture. Cette fonction est particulièrement utile aux éleveurs qui respectent un cahier des charges avec un nombre minimum de jours de pâturage, comme ceux qui produisent du lait de prairie. Une fonction cartographie permet de visualiser les différentes parcelles pâturées. Happy Grass offre aussi la possibilité de réaliser un bilan de fin d’année, qui reprend les différentes informations de la campagne : surface pâturée par vache, part de la pâture dans l’alimentation, proportion pâture/fauche, dans chaque parcelle. Ce bilan contribue à valider les choix et à envisager des adaptations pour la campagne à venir. À la ferme du Vieux Moulin, on observe ainsi qu’en 2021, les prairies pâturées ont fourni en moyenne 7 t d’herbe/ha, ce qui est « pas mal pour des prairies naturelles. Même sur les parcelles qui n’ont été que pâturées, on est entre 6 et 7 t/ha, ce qui traduit une bonne valorisation », juge Philippe Le Stanguennec.












