Syndicat ovin
Les bergers sur le devant de la scène
Syndicat ovin
Publié le 12/08/2022
Ce dimanche 7 août a eu lieu la 5e édition de la fête des bergers à Preuschdorf. Après une trêve forcée, le public s’est fait une joie de se rendre dans le Parc régional des Vosges du Nord. Au programme, visite de la ferme Huchot avec ses différents ateliers de production et le magasin de vente directe et présentation du projet de valorisation de la laine Mos-Laine.
Les festivités ont débuté sur le site avec le défilé des bergers. Habillés de leurs bottes en cuir, de leur longue tunique noire et coiffés de leur chapeau, les bergers ont déambulé sur la route départementale, devant les yeux ébahis des spectateurs. Le troupeau de brebis était guidé par un trio de tête, à savoir Maurice, Stéphane et Florian Huchot. Cette belle image multigénérationnelle a permis de montrer au public que le pastoralisme ovin n’est pas tombé aux oubliettes. À la fin du peloton, la marche était fermée par d’autres bergers qui poussaient les brebis en avant. Du moins bon comme du bon… Mais Tristan Apfel, le président des JA du canton de Woerth, déplore la dégénérescence de l’agriculture dans ce territoire où le faible potentiel des sols n’aide pas. « Il y a de moins en moins d’actifs. Notre secteur compte des exploitations en polyculture-élevage, mais beaucoup sont des doubles actifs. Avec la profession, on essaie de trouver des solutions pour s’installer. Il ne faut pas nous laisser tomber », lance-t-il. Frédéric Bernhard surenchérit : « Dans les cinq prochaines années, on va encore perdre en effectif. Initialement, l’activité principale était le lait, mais elle s’affaiblit à grande vitesse. La diversification se développe petit à petit sur le territoire, avec des ateliers ovins, des poules. Un peu de maraîchage a également commencé mais cette culture est touchée de plein fouet par la problématique de l’eau. » Selon Virginie Ebner, présidente du Syndicat ovin, la ferme Huchot prouve qu’il est possible de vivre de cette activité et ce, sur plusieurs générations. Aujourd’hui, 80 éleveurs adhèrent au syndicat, mais les effectifs sont en perdition comme dans la plupart des régions françaises. « On essaie de redynamiser la filière, avec le concours des Ovinpiades, destiné aux élèves des lycées agricoles. Avec Cobevim, ce sont des acteurs majeurs qui nous soutiennent dans la promotion de notre filière », reconnaît-elle. Sécheresse et prédateurs sont les principales préoccupations Les inquiétudes étaient tournées vers la sécheresse et la prédation. Les produits sont commercialisés grâce au débouché Agneau terroir d’Alsace créé en 2012, à hauteur de 7 500 agneaux par an. Le cours de l’agneau n’a jamais été aussi haut, mais les charges qui augmentent et la sécheresse qui n’en finit pas appauvrissent les marges. « Il va falloir rentrer les agneaux d’herbe en bergerie, et les nourrir en entamant les stocks d’hiver », constate amèrement la présidente du Syndicat. Stéphane Ermann a pris la parole en tant que représentant du comité Élevage Grand Est. Il annonce que le plan loup a coûté 30 millions d’euros au contribuable. L’introduction du loup représente toujours plus de travail pour l’éleveur. Les dégâts sont constatés : 16 victimes auraient été recensées dans le Bas-Rhin depuis le début de l'année. « Le lynx est plus sournois. À l’heure qu’il est, on est incapable d’identifier clairement les dégâts causés par ce prédateur », reprend-il. D’après la présidente du syndicat, si les pouvoirs publics ne font rien, le pastoralisme sera en danger, tout comme les paysages français. Une filière laine enfin de retour sur le territoire ? Du côté des bonnes nouvelles, le projet Mos-Laine a été présenté au grand jour. L’impulsion a été donnée en Moselle, mais le périmètre s’étend sur le Grand Est, pour des questions de volume. Ce projet de valorisation de la laine s’inscrit dans un programme transfrontalier. « La laine, ce n’est pas un déchet. Sa tonte permet de favoriser le bien-être animal des brebis. Leur élevage préserve les prairies, qui sont des stocks de carbone », explique Stéphane Ermann. Ce cercle vertueux permet de construire cette filière qui comprend de nombreux atouts. Toutes les laines, de toutes les races seront utilisées selon un principe : l’éleveur n’est pas la variable d’ajustement. Ce projet de 3,4 millions d’euros a pour but de lancer une usine de feutrage à Bataville, en Moselle, pour la production de panneaux isolants et d’articles en feutre. La construction aurait dû être achevée en 2023, mais vu la conjoncture actuelle, la livraison sera retardée. Nathalie Marajo-Guthmuller, conseillère d’Alsace, salue l’initiative. « Je suis très contente d’entendre que ce projet se monte autour de la valorisation de la laine, matière noble et qualitative. Bravo aux bénévoles, les bras de l’ombre, pour tous leurs efforts », conclut l’élue. Sur les coups de midi, la trentaine de bénévoles présents pour l’évènement s’est activée pour servir l’assiette du berger, remplie de produits locaux dont l’agneau était la pièce maîtresse. Les visiteurs ne sont pas rentrés chez eux la faim au ventre. Un dessert lacté tout droit venu de la fromagerie a terminé le repas. En tout, 700 repas ont été servis, et autant de grillades vendues. À partir de 17 heures, les fours ont crépité en vue de la cuisson des tartes flambées et pizzas. Les enfants ont pu s’amuser sur la structure gonflable et faire une course de tracteurs à pédales. Les glaces de la ferme ont fait carton plein, pour les petits comme les grands. Des démonstrations de chien de troupeau, de tonte, l’exposition du parc matériel et le marché des producteurs ont permis aux visiteurs de fermer la boucle de cette belle journée. Les messages ont été passés : l’élevage ovin en a assez d’être la cinquième roue du carrosse. La fête des bergers et les différents projets du moment veulent inverser cette tendance et montrer au plus grand nombre que l’élevage ovin a toute sa place en Alsace.












