Dimanche 4 septembre a eu lieu l’inauguration du bâtiment flambant neuf du Domaine des Bufflonnes à Uhrwiller, au nord du Bas-Rhin.
« À l’heure où l’élevage est critiqué de toutes parts, l’acte de produire pour nourrir devrait être le guide de tout projet », déclare Anne Sander, conseillère européenne, lors de son discours à l’occasion de la journée d’inauguration des nouveaux bâtiments d’élevage, de la fromagerie et du magasin du Domaine des Bufflonnes à Uhrwiller.
En 2018, les époux Christmann se lancent dans l’élevage de bufflonnes et la production de mozzarella. Au fil du temps, le cheptel grandit et les exploitants saisissent l’opportunité de louer un bâtiment laitier dans un village voisin, tout en conservant la transformation à Uhrwiller. Une organisation un peu compliquée au niveau logistique, qui amène Michaël et Sophie Christmann à investir dans un nouveau bâtiment pour tout regrouper sur un seul site : le bâtiment des bufflonnes, la fromagerie et le magasin de vente. Après cinq années de réflexions, de décisions, de difficultés, par moments, mais surtout de défis, les époux Christmann ont accompli la mission qu’ils se sont donnée : conceptualiser et faire construire leur outil de production en un temps imparti et en respectant le budget de 2,8 millions d’euros.
Historiquement, ni Michaël, ni Sophie n’étaient voués à devenir chefs d’exploitation. Avant, Michaël Christmann partageait son temps de travail entre son poste de technicien territorial au SDEA et son troupeau de charolaises. Sophie, son épouse, était jusqu’à l’année dernière responsable du pôle documentation chez De Dietrich. « Ce site est bien plus qu’une infrastructure. C’est cinq ans de positionnement, de rendez-vous manqués, d’engagements forts, avec toutes les concessions et les sacrifices que cela implique », déclare Sophie Christmann.
Un projet visionnaire
L'agricultrice a résumé les grandes étapes et le cheminement de leur projet qui a pu sembler farfelu aux yeux de certains. Elle a remercié, non sans émotion, sa famille, ses enfants, son entourage puis les professionnels. Elle n’a pas oublié de mentionner une éleveuse venue de loin, dont le drapeau breton signalait la présence. « Marissa, merci beaucoup de nous avoir confié tes bufflonnes à la suite de ta cession d’activité, pour soutenir notre projet », ajoute-t-elle. Le monde politique a également été mis en lumière. « Maintenant, je sais pourquoi je vais voter. En Alsace, on a des élus soucieux qui se déplacent. Ce sont les architectes du territoire et leur présence a été remarquée par des collègues venus d’autres régions. Merci d’avoir porté notre projet et d’avoir encouragé son développement », dit-elle en s’adressant aux nombreux élus présents. Les maires des communes d’Uhrwiller et Soucht se sont tous les deux exprimés au micro, suivis de Marc Moser, vice-président de la Safer Grand Est. « Nous avions 22 candidats, il a fallu n’en choisir qu’un pour ce dossier », raconte l’élu. La famille Christmann a su se démarquer avec son projet visionnaire.
Toutes les compétences sont transversales
Avec ces profils atypiques, le projet a été mené selon une approche industrielle plus qu’agricole. « Depuis que je suis dans le monde agricole via mon mari, j’ai pu me rendre compte d’une chose qui mérite d’être évoquée. Dans l’industrie, tous les secteurs d’activité sont scindés. Dans l’agricole, toutes les compétences sont transversales », explique Sophie Christmann. Lors de son intervention, Nathalie Marajo-Guthmuller, conseillère départementale, ajoute « aujourd’hui, pour être éleveur, il faut multiplier les casquettes. De l’innovation à la diversification et à l’accueil des clients locaux et touristiques, il faut savoir vendre et communiquer. Bravo à vous d’être des pionniers ». Elle illustre ses propos avec une citation : « La vache la première au pré lèche toute la rosée».
Reste que cette vision des choses ajoute de grosses difficultés au chantier. Le bâtiment, d’une portée unique de 40 m, construit par Système Wolf, a été réfléchi pour travailler dans les meilleures conditions, tant physiques que sécuritaires pour le personnel. Conçu pour accueillir entre 50 et 60 bufflonnes en production, il est modifiable au gré des futurs projets. Aujourd’hui, le bâtiment abrite la totalité du cheptel, des productrices au renouvellement.
Défi technique
Pour chaque entreprise, ce projet a été un défi technique et a mobilisé différents corps de métier qui ont tous collaboré ensemble. En commençant par les fondations, la maçonnerie, le montage du bâtiment puis l’installation des équipements internes, il a fallu trouver une solution à chaque problème qui a pu se présenter. « Nous avons choisi trois entreprises sur le même secteur d’activité : le bloc traite. Les sociétés Wahl, Niess et Unicoolait ont réussi à travailler ensemble. À chaque difficulté, on a pu discuter avec les uns et les autres. Ils étaient impliqués au-delà de leur périmètre », affirme la maître d’œuvre. La salle de traite, pièce centrale dans un atelier laitier, a été faite sur mesure par l’entreprise Wahl. Les côtes ne sont pas les mêmes que pour une installation standard. Des renforts ont dû être placés sur certains montants pour éviter que la structure tubulaire ne bouge trop. Les bufflonnes n’ont pas le même comportement, la même sécrétion lactée, ni la même morphologie que d’autres vaches.
Le public, venu nombreux, a pu se régaler autour d’un repas ombragé sous les tonnelles dont le service a été assuré par l’association « Kahle Burjerlewe » qui récolte des fonds pour l’enfance inadaptée. « Nous avons réussi à relever le défi de la mise en route. Le prochain objectif est d’atteindre la rentabilité de l’atelier », souligne Sophie Christmann.