Élevage

Influenza aviaire

En Alsace, Noël est sauf !

Publié le 26/09/2022

« Il manque un tiers de la production, lâche Cédric Nonnenmacher, du Gaveur du Kochersberg. Mais il y aura du foie gras de chez nous, pour les fêtes de fin d’année. » Même son de cloche, chez ses confrères. Ouf ! Noël est (presque) sauvé. Par contre, aucun retour à la normale n’est prévu avant mi-2023. Les couvoirs de canetons de l’Ouest, première zone d’accouvage en France, ont subi de telles pertes à cause de l’épizootie de grippe aviaire que certains même, ne s’en relèveront pas.

« 2022 est une année tristement inédite. C’est celle de la pire crise sanitaire qu’on ait connue, dans la filière avicole, en France et en Europe. Deux épisodes d’épidémie d’influenza aviaire se sont succédé, à l’aller de la migration, de décembre 2021 à février 2022, dans le Sud-Ouest français, et au retour, dans les pays de la Loire, de fin février à mai 2022. Et c’est la quatrième année en six ans que ces bassins de productions, les seconds de France en volaille de chair et les premiers en accouvage pour les pays de la Loire, sont touchés par la grippe aviaire. Les éleveurs là-bas, n’en peuvent plus. En 2021 déjà, ils ont été frappés. 20 millions de volailles ont été abattues en 2022 dans tout le pays, pour juguler le virus ; 45 millions en Europe et autant au Canada », cadre d’emblée Jean-Michel Schaeffer, éleveur de volailles à Geispolsheim et président d’Anvol, l’association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. En Alsace, aucun cas d’influenza aviaire n’a été détecté, cette année, mais les éleveurs gaveurs et producteurs de foie gras alsaciens n’ont pas reçu le nombre de canetons attendus. Environ un tiers du foie gras alsacien ne sera pas produit, en 2022. Les Alsaciens se sentent bien sûr, moins à plaindre que leurs confrères de l’Ouest, mais ils ne toucheront aucune aide. « Le poulet a moins souffert. Les petites espèces, telles la pintade ou le canard à rôtir (de Barbarie), ont été très impactées. Et dans l’accouvage de canards gras ou mulards, les dégâts, c’est du jamais vu. Plusieurs milliers d’éleveurs sont concernés au total. Ils seront indemnisés pour pertes sanitaires ou pour pertes économiques (durant le vide sanitaire) à 100 %. D’autres bénéficieront du plan Adour dans le Sud-Ouest, un projet de dédensification, accompagné financièrement. Au total, un milliard d’euros d’aides sera versé à toute la filière, dans les zones touchées par l’épizootie. C’est un montant conséquent accordé par l’État. L’Alsace est en zone indemne. L’interprofession a milité pour un accompagnement mais juridiquement, au niveau européen, il est impossible d’aider une zone indemne. La France a dû obtempérer », explique Jean-Michel Schaeffer, aussi maire de Geispolsheim. La filière alsacienne en péril Fin juillet, l’interprofession est intervenue auprès des couvoirs des pays de la Loire notamment, qui produisent 75 % des canetons mulards français, pour que les éleveurs gaveurs producteurs de foie gras non indemnisés puissent bénéficier d’une partie du volume de canetons nécessaires. Si de petites livraisons avaient eu cours précédemment, plus de 10 000 canetons sont arrivés en Alsace cet été. 5 000 sont encore arrivés mi-septembre. Trop tard, les derniers, pour être sur les étals avant les fêtes de fin d’année. Trop peu pour que les producteurs alsaciens « rattrapent » les 30 % de foie gras manquants de 2022. Mais « chaque pierre portée à l’édifice est la bienvenue », philosophe Gilbert Schmitt, de la Ferme Schmitt, à Bischoffsheim. Il est, de loin, le plus impacté par les conséquences de cette crise sanitaire en Alsace. « Début 2022, nous suivions la crise de loin. Notre fournisseur vendéen de canetons était rassuré. En mars 2022, son couvoir a été touché et on n’a plus reçu de poussin du tout, car il n’y en avait plus un seul. Nous aurions pu trouver 20 à 30 % du volume dont on a besoin ailleurs, mais ce n’était pas rentable de payer les salariés pour cela. On a donc arrêté totalement cet été. Les derniers canetons sont arrivés en avril 2022. Les derniers canards gras ont été abattus le 12 juillet. L’EARL Au pré de l’oie à Bischoffsheim, où mon frère Stéphane élevait des canards jusqu’au gavage, avant qu’ils n’arrivent chez moi, a subi une perte d’exploitation de 85 %. La SAS Ferme Schmitt perd 30 % de son chiffre d’affaires environ, et on y est passé de cinquante à trente salariés. La production de foie gras, d’avril à juillet, nous l’avons gardée pour les fêtes de fin d’année », dévoile Gilbert Schmitt, qui vend principalement sur les marchés, en direct, et un peu aux grandes et moyennes surfaces. La Ferme Schmitt, qui ne proposera par contre, plus de magret ni de cuisses de canard de l’élevage local à Noël, a modifié ses recettes depuis le printemps, pour y inclure plus de dinde et de poulet. L’influenza aviaire a encore une autre incidence sur l’activité des Schmitt. Gilbert élevait encore à Erstein, jusqu’au 19 septembre dernier, des races rustiques, dont la poule noire d’Alsace. Or elles ne supportent pas d’être confinées. À cause de l’épidémie et des mesures de protection sanitaire, il va donc passer au poulet jaune, toujours en bio. « C’est une parenthèse », espère-t-il. Depuis treize ans qu’il relance la race locale, il reprendra l’élevage, au moins à titre personnel, assure-t-il. « Je laisse passer 2022, avant de me décider pour quoi que ce soit, poulets et canards. J’ai besoin de 500 canetons, par semaine. Nous sommes fragiles, nous ne pouvons pas bricoler. Et si Noël est sauvé, la filière alsacienne non ! Je remets aujourd’hui en cause sur ma ferme, un modèle qui date de 1977. Je suis de plus en plus commerçant », confie-t-il.     D’autres coups/coûts « En un an, on a perdu 25 000 canetons, sait Nicolas Lechner, éleveur à Pfettisheim dans le Kochersberg, et président de l’association des producteurs de foie gras d'Alsace Gänzeliesel, qui compte une dizaine de membres actifs. Que va-t-il advenir ? Avant, la grippe aviaire s’éteignait, en été. Cette année, l’Ouest a été impacté, non-stop. Et un foyer a été déclaré récemment, en Meuse ». Cédric Nonnenmacher, du Gaveur du Kochersberg, à Woellenheim, est incapable de prévoir une livraison en 2023. Il vendra son foie gras à Noël, mais il en aura produit un tiers de moins que l’an passé. « Nous espérons des jours meilleurs », souffle Nicolas Lechner. À Soultz-les-Bains, la Maison Doriath a aussi réussi à encore s’approvisionner en canetons pour assurer les fêtes de fin d’année. Et, pour pouvoir assurer elle-même le transport des animaux, l’entreprise familiale a investi dans des camionnettes. Mais, à plus long terme, c’est l’expectative. Les projets d’évolution sont donc mis en stand-by. Deux autres chocs ont bousculé ou vont bousculer la filière avicole : l’augmentation des matières premières, le coût de l’aliment pour les volailles donc, qui représente 65 % du coût de production, et celui de l’énergie. « Le prix de l’aliment n’a fait qu’augmenter, durant la période Covid. Février 2022, nous pensions avoir atteint un plateau, avec son doublement. Mais suite à la guerre en Ukraine, il a encore doublé ! », rappelle Jean-Michel Schaeffer. Avec Anvol, il a expliqué les indicateurs de production, a justifié la flambée des prix, si bien que les contrats ont pu être renégociés par les éleveurs. Avec l’augmentation du prix de l’énergie, aujourd’hui, c’est 7 à 10 % de plus que devrait s’acheter une volaille… « Si le prix de l’aliment se maintient, cela permettra d’absorber un peu le coût de l’énergie », estime le président. Mais impossible de prédire l’avenir. « Nous ne nous enrichissons pas, insiste-t-il, conscient que le consommateur paie sa volaille plus cher. Il faut que ça s’arrête. Nous ne dormons plus tranquilles. »

Concours national de la race vosgienne à Rambervillers

Un retour tant attendu

Publié le 01/09/2022

Les 3 et 4 septembre, se tiendra le concours national de la race vosgienne à Rambervillers. Un rendez-vous important pour les éleveurs et amoureux de la race qui n’avait pas eu lieu depuis 2016 ! Éleveurs et organisateurs sont d’autant plus motivés à rendre cette édition mémorable. Nicole Bloc, directrice de l’Organisme de sélection de la race vosgienne, présente le concours à venir. Un article de notre consoeur du Paysan Vosgien, Marion Falibois.

À quand remonte la dernière édition du concours national de la race vosgienne ? Nicole Bloc : « Le concours existe depuis de nombreuses années. La dernière édition dans les Vosges avait eu lieu en 2008 dans le cadre d’Eurogénétique, la grande manifestation d’élevage national qui se tenait au Parc des expositions à Épinal. Depuis, le concours s’est déplacé dans différents départements : Haut-Rhin, Bas-Rhin… Cette année, le concours devait avoir lieu soit en Haute-Saône soit dans les Vosges. L’opportunité de se caler avec le comice de Rambervillers nous a paru intéressante, c’est pour cela que le concours national de la race aura lieu à Rambervillers dans le cadre du comice. »   Comment a été organisée cette édition de reprise ? « Comme toutes les manifestations d’élevage, le concours a été annulé pendant deux ans à cause du contexte sanitaire. C’est pour cela que dès que nous avons senti une opportunité de reprendre en 2022 avec le comice de Rambervillers dans les Vosges nous avons saisi l’occasion. L’organisation et le programme se sont faits en concertation. D’emblée, les organisateurs du comice, que je remercie au passage, ont fait une large place à la vosgienne car quasi 100 % des vaches présentes seront de race vosgienne. Nous avons travaillé ensemble, bien sûr, mais l’organisation spécifique du concours est complètement sous la houlette de l’Organisme de sélection de la race vosgienne. Le comice gère, de son côté, toute la foire commerciale et le Houblon’art. »     Combien y a-t-il d’inscrits ? « Il y a environ 25 éleveurs de quatre départements différents qui sont inscrits : dix des Vosges, douze du Haut-Rhin, un du Bas-Rhin et deux de Haute-Saône. Les chiffres ne sont pas encore totalement figés car les éleveurs déclarent d’abord les animaux, des contrôles sanitaires sont ensuite effectués et des aléas comme la sécheresse, les mauvais vêlages ou autre peuvent faire qu’un animal déclaré peut finalement ne pas être apte à participer. Nous estimons donc qu’une centaine d’animaux seront présents. Il est important de dire aussi que la vosgienne se montrera sous sa double facette : race laitière et race allaitante. »   Quelle est la composition du jury ? « Deux juges spécialisés officieront dans chaque type de production. Le juge des sections laitières sera Mickael Fillion-Robin, éleveur de vaches abondance à Domancy (74), pays du Mont-Blanc, en production de lait à reblochon. Le juge des sections allaitantes sera Christian Asna, éleveur installé en Gaec à Castex (09) avec 200 mères gasconnes des Pyrénées. »   Sur quels critères seront évalués les animaux ? « Bien sûr pour le lait et pour la viande, les critères sont différents. Pour le lait, la quantité et la qualité comptent, surtout pour une race comme la vosgienne qui est une race de montagne et fromagère, il est donc important qu’elle ait un lait riche et fromageable. Et puis, il y a la conformation, c’est-à-dire la morphologie de l’animal qui est prise en compte par les juges avec des critères tels que la taille, la profondeur et notamment la qualité de mamelle. Les vaches sont évaluées sur une quarantaine de postes de morphologie. Les critères sont très précis. Les jugements se font par sections établies selon les catégories d’âge. En tout il y a huit sections : veaux, génisses, vaches taries, vaches en 1re, 2e, 3e, 4e et 5e lactation et plus. »     Quelles sont les spécificités de ce concours national ? « Au-delà des aspects très techniques, finalement, c’est avant tout une occasion conviviale pour les éleveurs de se retrouver et d’échanger. Nous connaissons un été difficile avec la sécheresse, etc. Il est important de ne pas rester isolé. Ces moments de convivialité très sympathiques avec les échanges, les repas entre éleveurs et leurs partenaires, sont très appréciés. »   Quels sont les enjeux pour les éleveurs de vosgiennes actuellement ? « Les éleveurs de vosgiennes, qu’ils soient laitiers ou allaitants, sont par définition des éleveurs de montagne avec leurs problématiques spécifiques. Cette année, les questions d’approvisionnement en eau et en fourrage sont particulièrement sensibles, et le seront sûrement encore plus dans les prochaines années. »   Quelle a été la réaction des éleveurs à l’annonce du concours ? « Beaucoup d’éleveurs sont des fermiers aubergistes et vont fermer leur auberge le week-end du concours pour pouvoir venir, cela montre leur engagement. C’est aussi une spécificité de la race que d’être garante de certaines traditions auxquelles les éleveurs sont attachés, comme le pastoralisme et la transhumance. Cette année, comme nous nous sommes adossés au comice de Rambervillers, la date était imposée. Ce n’est pas une période idéale pour que les éleveurs puissent se libérer mais ils ont répondu présents malgré tout et c’est une belle preuve de leur motivation ! »    

La race montbéliarde en Suisse

Histoire d’une vache de caractère

Publié le 13/08/2022

Elle porte un nom bien français, mais trouve ses origines en Suisse, dans le canton de Berne. La montbéliarde a, au fil des siècles, séduit les éleveurs de part et d’autre de la frontière. À travers son histoire, parfois rocambolesque, on comprend la passion qui entoure la belle tachetée.

La montbéliarde trouve ses racines au XVIIe siècle, dans les montagnes bernoises. Des éleveurs mennonites de la région, fuyant les persécutions religieuses, s’installent en Pays de Montbéliard, emportant avec eux leurs troupeaux de race simmental. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les éleveurs ne se soucient guère de la race de leurs bovins. Ce qui compte alors, c’est la capacité de la bête à produire le lait nécessaire pour faire vivre les familles. L’apparition de la sélection génétique change la donne. L’appellation « montbéliarde » apparaît pour la première fois en 1872 à la foire de Couthenans en Haute-Saône. Les mennonites l’appelaient jusqu’ici la « race d’Alsace », mais l’annexion de la région par l’Allemagne rend la dénomination moins attrayante. En France, la montbéliarde est officiellement reconnue et inscrite sur le registre officiel des races françaises par le ministre de l'Agriculture en 1889. La nuit du 12 mai 1967 En Suisse, l’histoire de la montbéliarde est plus tourmentée. En effet, l’insémination artificielle bovine est longtemps interdite chez les Helvètes. Et c’est seulement en 1966 qu’est créée la fédération des sélectionneurs de bétail bovin. Quelques mois plus tard, des dissidents vaudois tentent de se procurer des semences de montbéliardes auprès de leurs voisins francs-comtois. L’histoire raconte que dans la nuit du 12 mai 1967, ils traversent la frontière, en toute illégalité, afin de ramener le précieux trésor. Un événement qui mènera finalement à l’obtention de la légalisation de la race. Cet acharnement résonne aujourd’hui avec la passion des éleveurs suisse. C’était le « Far West », version suisse évidemment, racontent les éleveurs venus témoigner devant de leurs confrères alsaciens*.     Aujourd’hui, l’Usem, l’union suisse des éleveurs de la race montbéliarde, travaille au développement de la race. Un engagement porteur puisque c’est une des seules qui progresse encore dans le pays, et ce de manière considérable. La répartition des élevages est néanmoins hétérogène, et les cantons de Vaud, de Neuchâtel et du Jura prédominent. Comme en France, la montbéliarde se plaît dans les régions vallonnées ou montagneuses, ce qui n’est pas sans rapport avec sa réputation. Elle est connue pour être fonctionnelle, robuste, bonne travailleuse et moins demandeuse d’attentions que d’autres races. Ses trayons supplémentaires sont un atout de plus, tout comme le gène sans corne. Le génotypage est quant à lui plutôt en retard comparé à la France. Malgré tout ces attraits, en Suisse, on lui préfère souvent la red holstein, la référence, témoigne Éric Gerber, juge à Habsheim et éleveur à Vendlincourt. Et il est vrai que, en Suisse allemande particulièrement, on lui reproche souvent d’être caractérielle. Une race mieux valorisée Le pays sait néanmoins tirer le meilleur de la race. Elle est d’ailleurs bien mieux valorisée qu’en France. Sa mixité permet une très bonne valorisation des veaux et des vaches de réforme. En Suisse, le pâturage – qui représente 70 % de la SAU du pays - est également bien ancré et valorisé grâce à une large production fromagère : AOP Gruyère, Tête de moine… S’ajoutent à cela un lait mieux rémunéré et des primes diverses qui existent pour saluer la qualité du produit. Un aspect qui a de quoi interpeller les éleveurs français. Il faut dire que si leurs homologues suisses sont particulièrement protégés par l’État, les contreparties sont des coûts de production bien plus élevés et une réglementation importante, que ce soit en matière de bien-être animal ou de régularité de la production. « Il faut aller au bout de la comparaison, insistent les Suisses. Même s’il faut admettre que l’élevage suisse est mieux soutenu qu’ailleurs. »

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