Hervé Massot, directeur général d’Alsace Lait
« Concentrons-nous sur nos marques et nos régions d’origine »
Hervé Massot, directeur général d’Alsace Lait
Publié le 22/04/2022
« Cela me fait plaisir de participer au développement de vos marques. Des marques régionales performantes, accélératrices de croissance rentable », a indiqué le nouveau directeur général, Hervé Massot, nouveau directeur général d'Alsace Lait. Il mise aussi sur le lancement de nouveaux produits.
En 2021, Alsace Lait pour l’activité vente de produits finis, a réalisé un chiffre d’affaires tout déduit (dit 4 fois net) de 105 M€. Cela correspond à 75 000 tonnes de produits finis vendus. Les marques y contribuent pour un peu plus de 30 %. « Il y a un écart important de valorisation entre nos marques et les marques de distributeur. C’est une piste pour améliorer la rentabilité de notre entreprise. » Pour 2022, le chiffre d’affaires 4 fois net prévisionnel de produits finis est fixé à 119 M€, pour 79 000 t de ventes. « Avec un grand focus sur les marques : nous souhaitons continuer à augmenter la part des marques de plus de trois points en 2022. Les premiers mois de 2022 confirment ces prévisions : le chiffre d’affaires augmente de 10 %, et nos marques progressent en volume de 12 %. » Savoie Yaourt est une petite entreprise régionale qui réalise un chiffre d’affaires de 13 M€ pour 6 000 t de produits vendus. La valorisation moyenne est bonne, la part des marques représentant 62 %. « Nous espérons atteindre un chiffre d’affaires de 14,30 M€, dont 10 M€ pour les marques. » Trois groupes de produits constituent l’essentiel de l’offre d’Alsace Lait, les fromages frais (57 %), la crème fraîche et le lait frais (32 %) et les préparations culinaires et industrielles pour 10 %. « Nous pourrons faire plus et mieux dans des segments mieux valorisés. » Le secteur de la grande distribution est prédominant, suivi par la restauration hors foyer et l’export. Chez Savoie Yaourt, 80 % du chiffre d’affaires est généré par les GMS. Améliorer la rentabilité « La rentabilité des entreprises du secteur ultra-frais a baissé de façon drastique ces dernières années (source : Observatoire financier des entreprises agroalimentaires-Crédit Agricole) », a indiqué le directeur. Alsace Lait et surtout Savoie Yaourt tirent leur épingle du jeu, avec une rentabilité (taux d’Ebitda) supérieure à la moyenne des entreprises spécialisées sur ce créneau, mais inférieure à celle d’entreprises multiproduits produisant des produits de grande consommation dans le fromage. Pour améliorer leur rentabilité, le directeur a plusieurs idées. La première étant « d’accélérer le développement de nos marques et de consolider nos positions dans nos régions d’origine, l’Alsace et la Savoie ». Pour autant, il n’exclut pas de s’intéresser aux régions voisines, le Grand Est et les régions frontalières pour Alsace Lait, Rhône-Alpes pour Savoie Yaourt. Comment ? En offrant des produits régionaux de qualité, authentiques et différenciés. Il préconise également « une plus grande mobilisation sur nos sources de profit, avec nos marques, et une plus grande indépendance vis-à-vis des produits les moins bien valorisés ». Son objectif est d’améliorer et de réduire le parc de machines pour diminuer les coûts de maintenance et les pertes matières, tout en gardant globalement les mêmes capacités de production. « Nous devons investir pour améliorer la fiabilité et la qualité de nos lignes, avoir des outils dédiés qui nous permettent de faire de façon plus rationnelle et plus efficacement de petites séries pour conditionner de nouveaux types de produits, comme les yaourts, les fromages frais salés tartinables, les desserts pour enfants, tout en spécialisant nos lignes à fortes cadences pour les grandes séries. » Du beurre et du fromage frais tartinable Hervé Massot veut aussi faire d’Alsace Lait le n° 1 incontournable du lait de consommation et de la crème fluide dans la région. Mais aussi se positionner sur le secteur de la crème épaisse et se lancer dans le beurre au lait de prairie. « Il n’y a pas de beurre alsacien dans les rayons pour l’instant. La beurrerie sera opérationnelle dès cet été. » Dans le Grand Est, Alsace Lait a globalement 27 % de part de marché sur le fromage frais lisse nature et aromatisé. « C’est un marché de marques de distributeurs (MDD). Il faut être encore plus différenciant pour accroître nos positions. » Savoie Yaourt joue un rôle important dans le domaine du yaourt de spécialité sur lit de fruits : « Nous avons 40 % de parts de marché dans notre région d’origine et en France, nous sommes passés n° 2 en début d’année, avec 13 % de parts de marché et 14 % au mois de mars (P03 Nielsen). » Pour l’instant, Alsace Lait ne fabrique pas de yaourts en Alsace. Ce sera chose faite dès le premier trimestre 2023. « Dans les investissements lourds pour 2022, nous avons prévu une machine conditionneuse flexible qui nous permettra de passer de petites séries pour focaliser nos conditionneuses grandes séries sur des produits plus basiques et des volumes plus importants. » Il y aura aussi des pâtes fraîches à tartiner, histoire de mettre un pied dans l’univers salé et le secteur du fromage. Enfin, Hervé Massot veut développer les desserts pour enfants, en faisant des produits sans conservateurs et un bon Nutriscore dans un format 50 a 60 g. « C’est en ligne avec notre politique RSE qui s’engage pour faire vivre des savoir-faire régionaux authentiques et durables, fabriquer des produits d’excellence, attestée par les labels et les certifications, et accompagner des pratiques agricoles durables à travers des démarches comme Cap’2ER. » Un prix moyen de 408 € en mars Le prix moyen payé en 2021 était de 371 €/1 000 l. « Initialement, nous prévoyions une augmentation de 30 €/1 000 l, avec une répartition par trimestre. Très rapidement, nous avons pris conscience que ce planning ne pourrait pas être respecté. Dès février, nous avons fait une correction à la hausse de 10 €, suivie d’une deuxième correction de 35 € en mars soit une hausse de 50 €/1 000 l par rapport à mars 2021. » Le prix moyen payé en mars 2022 est de 408 €, soit 402 € pour le lait conventionnel, 425 € pour le lait de prairie et 437 € pour le lait bio. « Le prix du lait du mois d’avril sera décidé très prochainement. » « La répercussion de la hausse des facteurs charges est un enjeu majeur », estime Hervé Massot. La grande distribution a accepté une hausse des prix de vente sur les produits à marques. Par contre, un grand flou artistique règne sur les MDD, qui ne sont pas soumises aux règles d’Egalim 2. « Nous allons remonter au front pour faire passer une nouvelle hausse de prix, sous peine de nous retrouver dans une situation critique. Dans le même temps, nous allons accélérer le plan de rationalisation et d’économies. Ce qui est important, c’est de regarder l’horizon en ne coupant pas les investissements pour améliorer la rentabilité. Bref, de garder le cap malgré la tempête. »












