Élevage

Publié le 13/12/2016

Après une saison de récolte du fourrage difficile, la production laitière est en baisse. La Chambre d'agriculture d’Alsace, en collaboration avec le Conseil élevage de la Moselle et la laiterie Unicoolait, a organisé une réunion afin de faire le point sur les stratégies de complémentations des rations en élevage laitier bio.

« La collecte laitière totale pour 2016 est estimée à 148 millions de litres (Ml) contre 150 Ml en 2015 », annonce Jérémy Stammbach, d’Unicoolait. Ce litrage est produit par 315 producteurs, dont 59 en bio, qui produisent 24 Ml de lait soit 16 % du volume total collecté par la laiterie. Pour le mois de novembre, la collecte enregistre une baisse de 10 %, plus marquée en bio (- 12,5 %) qu’en conventionnel (- 9,5 %). Or, comme le lait bio d’Unicoolait représente 20 % de tout le lait bio collecté par Laclatis, « il est important de pouvoir continuer à produire du lait, même avec des fourrages peu qualitatifs », poursuit Jérémy Stammbach. Des valeurs alimentaires disparates en fonction des coupes Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace, est revenu sur la campagne fourragère 2016. Ceux qui ont pu faire des premières coupes tôt, autour du 8 mai, ont eu le nez creux. En effet, la valeur alimentaire de ce fourrage s’avère bonne à très bonne : « Très digestible, avec peu de cellulose, ce fourrage a donné du lait, mais il y en a eu peu. » La majorité des éleveurs ont en effet effectué la première coupe autour du 22 mai, après une période humide. Résultat, la valeur alimentaire a plongé, surtout au niveau de la Matière azotée totale (MAT). L’ingestion de ces fourrages est donc plus faible. La deuxième coupe affichait en moyenne un niveau azoté bas, et des unités fourragères (UF) comprises entre 0,8 et 0,9, conséquence d’un faible niveau de tallage, donc d’une faible proportion de feuilles par rapport aux tiges. La troisième coupe est « un peu meilleure », surtout du point de vue des matières azotées. Des stocks limités À ces fourrages de maigre qualité il faut ajouter d’autres contraintes. Le stock d’ensilage d’herbe risque de s’avérer parfois limitant. Le rendement du maïs ensilage est faible (de 2 à 6 t MS/ha) donc cela représente une perte de fourrage qu’il faut combler. Or la rareté du maïs ensilage le rend cher. Le foin est de qualité médiocre : « Même si parfois l’appétence est sauvée, sa valeur alimentaire est pénalisante ». Le stock de céréales est insuffisant puisque les rendements oscillent entre 15 et 35 q/ha, la moyenne se situant entre 22 et 25 q/ha. Enfin, de manière généralisée, les systèmes sont de plus en plus tendus en matière d’autonomie fourragère : « La productivité augmente mais pas les surfaces, donc il y a moins de surfaces dédiées aux céréales puisque celles dédiées à la production de fourrages augmentent », analyse Philippe Le Stanguennec. Des baisses de production liées aux fourrages Philippe Le Stanguennec a comparé deux types de rations. La première est élaborée avec de « bons » fourrages, elle permet une ingestion totale de 19,4 kg de MS et autorise une production de lait de 25 l. La seconde a été élaborée avec des fourrages dont les valeurs alimentaires correspondent à ceux de 2016. L’encombrement étant plus élevé, l’ingestion diminue à 16,9 kg de MS donc la quantité de lait permise à 16 l. En imaginant une complémentation avec 3 kg de VL 35, Philippe Le Stanguennec estime qu’on arriverait au même niveau d’ingestion, mais pas à atteindre les 25 l/vache. Complémenter sans acharnement Voilà pour le constat. Philippe Le Stanguennec a énuméré une série de propositions de solutions pour complémenter les rations : acheter des céréales en Alsace ou en Lorraine, voire dans d’autres régions, mais alors de manière groupée afin de réduire les coûts de transport et de logistique, garder son blé, acheter des bouchons de luzerne et les mélanger avec des céréales aplaties (compter 260 €/t par camion de 30 t et 310 €/t par 3 t), acheter du maïs grain ou du maïs épi, « il y a souvent une bonne réponse mais le manque de disponibilité entraîne des prix élevés » (260 €/t pour du maïs épi ensilé), compléter les rations avec du VL 18 (500 €/t) sur des fourrages riches en MAT ou du VL 26 à 35 (650-750 €/t) sur les fourrages moins riches en MAT. Mais l’intérêt d’acheter de l’aliment se discute : « Il s’agit de comparer la réponse obtenue et le coût. Car l’investissement ne se justifie pas toujours, notamment sur des déficits de production marginaux ». Et puis la réponse des vaches n’est pas la même selon leur état : « Une vache fraîchement vêlée, ou qui va vêler, répond mieux qu’une en fin de lactation. En moyenne en 2013-2014, 1 kg de VL 32 permettait de gagner de 1,5 à 2 l de lait. » Enfin, l’alternative à l’achat d’aliments, c’est le panachage des coupes sur l’hiver, en fonction des stocks, pour essayer d’équilibrer et d’homogénéiser la ration sur tout l’hiver, et de la complémenter avec du correcteur azoté et les céréales disponibles. Et puis il est aussi possible d’acheter en commun du fourrage de base si les stocks venaient à s’épuiser trop tôt.

Maison Lucien Doriath à Soultz-les-Bains

Trente ans au service des gourmets

Publié le 12/12/2016

Spécialisée dans la production de foie gras de canard, la maison Doriath fête ses 30 ans. Elle vient d’investir massivement dans la modernisation de son unité d’abattage, de découpe et de transformation, portant la capacité de sa chaîne de production à 25 000 canards de Barbarie par an.

La maison Doriath a fait du canard de Barbarie sa spécialité, ce dernier étant réputé pour la qualité organoleptique de son foie et de sa chair. Foies gras, magrets, confits, aiguillettes, terrines, plats cuisinés, elle les transforme en une large gamme de produits artisanaux. L’entreprise garantit la traçabilité de l’ensemble des canards transformés dans ses ateliers. Une filière 100 % alsacienne : Lucien et Mickaël Doriath s’approvisionnent auprès de quatre éleveurs de la région : Jean-François Marchaudon à Wittenheim, Christian Steinmetz à Minversheim, Jean-Philippe Hirsch à Hœrdt et Vincent Arth à Oberlauterbach. Depuis sa création en 1987, la maison Doriath n’a cessé de s’agrandir et de se moderniser. Au fil des ans, boutique en ligne, épicerie fine, cuisine, laboratoire, espace séminaires et restaurant dédiés aux produits du terroir sont venus compléter les ateliers, ces derniers contribuant à la croissance et à la notoriété de l’entreprise. Elle emploie aujourd’hui 20 salariés, pour un chiffre d’affaires de 2,1 millions d’euros. 21 000 clients lui sont fidèles, parmi lesquels des tables étoilées. Bientôt livrés à domicile ! En 2014, l’entreprise a investi 3,3 millions d’euros dans l’agrandissement de son unité d’abattage, de découpe et de transformation, portant sa capacité à 25 000 canards par an. Elle s’élevait à 10 000 canards en 2009, année où Lucien Doriath, fondateur de l’entreprise, a passé les rênes à son fils Mickaël. Mais déjà, de nouveaux projets sont dans les tuyaux pour booster son développement commercial. Outre la création d’un site internet en 2017, la maison Doriath va proposer un service innovant grâce à Chronofresh qui lui permettra de livrer ses produits à domicile sous température dirigée. Elle prévoit par ailleurs d’élargir son offre avec des produits issus de l’élevage biologique, grâce à l’alimentation des canards avec du maïs, du blé et du soja bios. Enfin, elle envisage la création d’un musée du foie gras et le réaménagement de sa boutique, le Comptoir des saveurs, et de son restaurant, la Table du domaine, dirigé par Betty, l’épouse de Lucien. Une affaire familiale, donc !

Publié le 06/12/2016

Le dépistage des veaux à la naissance vis-à-vis de la BVD se généralise au cours de cet hiver dans tous les élevages. Cette mesure s’inscrit dans le programme d’éradication de la BVD mené par les Groupement de défense sanitaire du Grand Est. Mais des éleveurs dépistent leurs veaux de façon volontaire depuis plus d’un an. Rencontre avec Nicolas Dieterich (EARL du Muhlwald), qui élève 85 vaches limousines à Schweighouse-sur-Thann, et le Dr Boris Dirrenberger, vétérinaire de l’exploitation.

Fin 2014, le Groupement de défense sanitaire (GDS) intervient dans toutes les assemblées générales des syndicats de race pour présenter le dépistage des veaux par la pose d’une troisième boucle. « Sur le coup, je n’en ai pas vu l’intérêt, se rappelle Nicolas Dieterich. Mais à la suite de cette réunion, j’en ai parlé avec d’autres éleveurs allaitants qui avaient subi des pertes importantes lors d’un passage de BVD. Ça m’a fait changer d’avis. » L’éleveur a appelé le GDS qui lui a commandé des boucles de prélèvement. Le dépistage des veaux pouvait commencer. De l’avis du Dr Boris Dirrenberger, vétérinaire, « les cheptels allaitants ont souvent des vêlages groupés sur l’année et peuvent subir des pertes importantes. Il suffit que le virus circule au mauvais moment dans l’année et les IPI peuvent être nombreux parmi les veaux. » (lire en encadré).   Quels risques de contamination pour le cheptel ? Nicolas Dieterich a conscience de l’enjeu du sanitaire. Les achats sont limités : en fonction des besoins un taureau est introduit l’été quand le bâtiment est vide, le temps de faire les prises de sang d’introduction avant de le mettre avec les femelles. La bétaillère est prêtée à un autre éleveur avec des règles claires : prendre le matériel propre - le ramener propre. Mais Nicolas Dieterich l’avoue, les risques liés aux voisins de parc sont difficiles à maîtriser : « Les pâtures des génisses sont autour de mon bâtiment, j’aime les avoir à l’œil. Par contre j’ai des pâtures jusqu’à 45 km de l’exploitation : c’est impossible de maîtriser le risque lié au voisinage dans ces conditions, sans parler des parcs laissés ouverts par les promeneurs et les cueilleurs de champignons… Il y a trois ans, avec mon vétérinaire, nous avons mis en place un protocole de vaccination de toutes les femelles reproductrices. » Les contacts directs entre bovins sont effectivement les principales sources de contamination d’un troupeau, explique le Dr Boris Dirrenberger. À ce titre, les introductions d’animaux sont des voies de contamination importantes. « Les éleveurs ont souvent le réflexe d’isoler le taureau qu’ils ont acheté. Par contre les veaux à faire adopter en cas de mort d’un veau ou l’introduction de vaches nourrices ne sont souvent pas bien maîtrisés, voire ne représentent pas un danger aux yeux de l’éleveur, précise le vétérinaire. Le risque de contamination en pâture est également difficilement maîtrisable. Lorsque les risques de contamination sont importants ou ne peuvent être maîtrisés, nous recommandons aux éleveurs de vacciner les mères. Dans notre secteur, où les pâtures sont omniprésentes, nous avons fortement encouragé à vacciner les animaux reproducteurs. » Quel bilan après un an et demi de bouclage ? « Le premier bilan, et c’est le plus important, c’est que nous n’avons pas trouvé d’animal positif », constate Nicolas Dieterich. Les vêlages ont lieu en bâtiment. Les veaux sont isolés dans un box derrière les vaches : de bonnes conditions pour boucler sans risque. Les choses vont être simplifiées, explique Nicolas Dieterich : « Depuis un an et demi, je pose une troisième boucle qui permet de faire le prélèvement. J’ai passé ma commande de boucles identification et avec les nouvelles, une des deux boucles d’identification sera préleveuse » (lire en encadré). Mais l’éleveur regrette qu’il n’y ait « pas eu de plus-value pour les veaux bouclés. Les marchands n’ont pas joué le jeu, et ce n’est pas normal. C’est quand même une sécurité pour un acheteur, marchand ou éleveur, d’avoir des animaux non IPI. » Quelle vision du programme d’éradication ? Pour Nicolas Dieterich, le bouclage est à la portée de n’importe quel éleveur. Il y aura des retombées économiques pour les élevages. Avec l’éradication de la BVD, les pertes sanitaires diminueront. Mais pour l’éleveur, il y aura aussi des difficultés : « Il y aura certainement des éleveurs qui ne feront pas les choses correctement. Il faudra des sanctions pour ces gens-là. On ne va pas tolérer d’avoir quelques rebelles qui ne veulent pas entrer dans la démarche. Il faut que ce soit tout le monde ou personne. » Pour le Dr Boris Dirrenberger, il faudra effectivement « entretenir et imposer un « élan collectif » » des éleveurs qui vont devoir boucler pendant quatre ans. Mais il ne faut pas s’y tromper, le chantier est grand : « Une éradication n’est possible qu’en dépistant dans tous les troupeaux, en assainissant les cheptels infectés et en maîtrisant les risques de contamination. L’adhésion de tous les éleveurs est indispensable et des moyens réglementaires seront nécessaires pour contraindre les derniers récalcitrants. Tant que la zone ne sera pas considérée comme assainie et que les risques ne seront pas maîtrisés, la vaccination restera utile. »

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