Élevage

Publié le 16/01/2017

L’allongement de la période de production est l’un des leviers de la rentabilité en élevage laitier. À Reichshoffen, Denis Millemann et sa sœur Christine en ont fait l’une de leurs priorités.

« Plus une vache reste productive longtemps, plus elle est rentable ». Les associés du Gaec Millemann, à Reichshoffen, l’ont compris depuis longtemps : du temps des parents, Alfred et Annie Millemann, l’une des vaches de l’élevage a été la première du Bas-Rhin à franchir les 100 000 kg de lait de production. Alfred Millemann, toujours actif sur la ferme bien que retraité, a conservé une photo de l’animal, Tulipe, prise la veille de son départ pour l’abattoir. Issue d’un embryon américain vendu par l’Uneco, Tulipe « a fait neuf lactations et elle a eu 12 veaux vivants, pratiquement que des femelles. C’est à partir de cette vache qu’on a développé notre élevage. » Alors qu’Alfred et Annie Millemann ont passé le flambeau à leurs enfants, Denis et Christine, la recherche de vaches à carrière longue reste d’actualité au Gaec Millemann. La preuve ? À la fin de l’année 2016, le troupeau comptait trois vaches ayant dépassé les 100 000 kg de production : Uranie affiche 137 780 kg à la clôture de l’année 2016, Variole pointe à 111 659 kg, tandis qu’Alexie, réformée depuis, a atteint 107 459 kg en six lactations (lire notre encadré). De la luzerne à brins longs pour les veaux De telles carrières ne doivent rien au hasard, précise Théo Kuhm, conseiller d’Alsace Conseil Élevage qui suit le Gaec Millemann avec compétence depuis 25 ans. « C’est un ensemble de facteurs qui fait qu’on a des vaches qui durent », souligne Denis Millemann. Le premier critère, selon lui, est l’élevage des veaux. « J’essaie d’avoir des veaux avec un bon développement de la panse », explique l’éleveur. Pour y parvenir, il les nourrit, une fois sevrés, avec un mélange de céréales et de luzerne à brins longs. Il attache un soin tout particulier à la culture de la luzerne, notamment à sa récolte. « Il faut obtenir le maximum de protéines », indique Denis Millemann, qui insiste sur la nécessité de récolter au bon stade et « pas que des tiges ». À cet égard, la technique de récolte a son importance mais elle ne fait pas tout : certaines années sont plus propices que d’autres à la récolte d’une luzerne de qualité, reconnaît l’éleveur, qui en cultivait 3 hectares en 2016 contre une bonne dizaine certaines années. La génétique est le second critère qui influence la longévité des laitières. Le choix des taureaux est réalisé en collaboration étroite avec Rémy Bierbaum, d’Élitest. Il s’agit de cibler des taureaux améliorateurs et adaptés au type de vaches de l’élevage Millemann : de grandes vaches, bien développées, issues d’une sélection longtemps axée sur le gabarit. « Comme elles sont logées sur aire paillée, nous ne sommes pas limités par la longueur des logettes », explique Denis Millemann. La réalisation du planning d’accouplement est facilitée par la fine connaissance que la famille Millemann a de son troupeau. Grâce aux semences sexées, il est aussi plus facile de préserver les meilleures lignées. Les choix génétiques opérés ont ainsi permis d’augmenter régulièrement le niveau de production - il frôle les 12 000 kg de moyenne à 7 % en 2016 - sans dégrader la longévité. Le confort sur aire paillée Pour les génisses, l’éleveur a fait le choix d’un vêlage à 32 mois. « On peut se le permettre car elles passent moitié de l’année à l’extérieur. On est dans un système extensif », rappelle Denis Millemann. Ce qui est perdu à l’entrée de la carrière, du fait d’un premier vêlage tardif, se rattrape plus tard : en effet, les génisses arrivent au vêlage bien développées et comme elles ont achevé leur croissance, elles sont rapidement productives et ont toutes les chances de le rester longtemps. Dernier élément pouvant expliquer la longévité des vaches du Gaec Millemann : les conditions de logement et plus généralement d’élevage. Les 70 laitières sont logées dans une étable construite dans les années 1980 offrant une superficie suffisante et un couchage sur aire paillée propice à leur confort. « On a le souci de ne pas mettre trop de vaches dessus, sinon on peut vite aller à la catastrophe », relève Denis Millemann. En été, elles ont accès à un parcours extérieur, ce qui leur permet de faire de l’exercice et évite les problèmes de patte. Enfin, l’éleveur est attentif à l’alimentation de ses laitières : il s’efforce de leur apporter un fourrage de qualité, provenant de la soixantaine d’hectares de prairies que compte l’exploitation, et veille à ce qu’elles ruminent en leur mettant du foin à disposition au cornadis pour compléter leur ration.

Publié le 10/01/2017

L’assemblée générale du Comptoir agricole a permis de faire un focus sur la nouvelle filière du groupe, Comptoir Élevage, et sur l’union Cloé, chargée de la commercialisation des animaux auprès des abatteurs.

« Avant sa liquidation judiciaire, le groupe Copvial avait trois activités : la coopérative, l’abattage (Holtzheim) et la transformation (Reichstett), rappelle Denis Fend, directeur général du Comptoir agricole. Depuis, trois nouveaux intervenants ont pris le relais : Bigard (abattage), Cloé (commercialisation des animaux) et le Comptoir agricole (logistique). » Le groupe Bigard a rapatrié sur le site de Holtzheim les ateliers de découpe qu’il exploitait au marché gare de Strasbourg et à Sélestat. 120 personnes travaillent aujourd’hui sur ce site qui regroupe des unités d’abattage, de viande et de découpe. La charcuterie de Reichstett, quant à elle, a fermé ses portes. La coopérative Copvial comptait auparavant 21 salariés qui s’occupaient de l’organisation de la production, du conseil technique, de l’achat des animaux en élevage et de la logistique. Huit salariés ont rejoint Comptoir Élevage, sept autres travaillant désormais pour Cloé. Les volumes traités s’élèvent à 12 000 bovins et 80 000 porcins. « Comptoir Élevage n’a pas la même ambition que Copvial. Nous n’avons pas de coûts fixes, puisque nous n’avons pas d’abattoir à gérer. Nous nous sommes dotés d’une équipe légère. » Placée sous la responsabilité de Romain Gerussi, elle comprend deux vétérinaires, Marc Peterschmitt et Hugues Lejeune, trois techniciens, Pascal Daul, Maximilien Bradhering et Gabriel Knoerr, ainsi que Sylvie Constantini et Chantal Bapst, chargées de l’administration des ventes. Par ailleurs, Alain Burg, salarié détaché de Cloé, s’occupe de la logistique, du planning et des agrofournitures. Optimiser la collecte et la logistique Bruno Colin, éleveur laitier en Lorraine, a présenté l’union Cloé, dont il est le président. En 2002, deux coopératives spécialisées, CAPV et CAPVL, ont décidé de travailler ensemble pour être plus performantes sur le plan commercial et logistique. En 2008-2009, elles se sont rapprochées des coopératives céréalières, la CAL et Lorca, qui ont créé des sections élevage. À l’origine, elles avaient une activité bovine, porcine et ovine. « Mais nous nous sommes vite rendu compte qu’il fallait se concentrer sur les bovins. », souligne Bruno Colin. Aujourd’hui, Cloé dispose de trois centres d’allotement pour faire le tri des animaux et livrer les abattoirs de Metz (Charal), Verdun (EMC2), Mirecourt (Elivia), Sarrebourg (abattoir multi-espèces de proximité) et Holtzheim (Bigard). « Lorsque nous avons accueilli le Comptoir agricole, il a fallu coordonner les actions commerciales, logistiques, financières, ainsi que la facturation. Les choses se sont mises en place en un temps record. » La première mission de Cloé est commerciale : mettre en marché les animaux collectés par les coopératives de base, CAL Élevage, Lorca Élevage et Comptoir Élevage, dans un contexte de concentration des abatteurs. « Notre préoccupation essentielle, explique Bruno Colin, c’est la couverture des paiements. Nous recherchons la valeur ajoutée, mais nous voulons être sûrs d’être payés. La contractualisation représente 20 à 25 % de notre activité, que ce soit avec le groupe Bigard-Socopa-Charal ou Elivia. Nous avons aussi une activité bio - nous avons été reconnus comme organisation de producteurs bios. C’est le défi de demain de produire pour un marché. » Sur le plan logistique, Cloé assure la gestion et l’organisation des transports. « L’optimisation de la collecte est déterminante. » Le planning est établi en début de semaine mais il évolue constamment : « On travaille avec du vivant. » Cloé emploie un logisticien qui a une vue globale de tous les animaux et un responsable par centre d’allotement. « Nous avons la chance d’avoir un bon maillage territorial. Cela permet de ramasser les animaux pour répondre à la demande des abatteurs, voire d’alloter des broutards pour les mettre à la disposition des éleveurs. » Un petit groupe, de grosses responsabilités Comment se structure l’organisation ? « La relation amont reste du domaine des coopératives de base, qui sont reconnues organisations de producteurs », explique Bruno Colin. L’éleveur est en relation avec sa coopérative de base. L’agent relation élevage remonte le stock à Cloé. « Nous avons une vue d’ensemble sur les trois coopératives, nous savons ce que veulent les abatteurs, nous cherchons à optimiser le flux commercial par rapport à la valeur ajoutée et au flux logistique. » Lorsque les animaux sont collectés, ils sont acheminés à l’abattoir. « Notre priorité, ce sont les acteurs locaux, poursuit Bruno Colin. Nous voulons créer de la valeur ajoutée sur notre secteur. Dans le Grand Est, les capacités d’abattage sont plutôt bien structurées. De ce fait, nous avons une diversité de débouchés qui nous permet d’optimiser les flux commerciaux et de chercher de la valeur ajoutée, comme la filière qualité Carrefour. » Cloé fonctionne avec 29 salariés, une petite équipe par rapport au chiffre d’affaires qui s’élève à 90 millions d’euros (M€). La gouvernance est assurée par un conseil d’administration, avec une demande d’adhésion du Comptoir agricole et de la Coopérative agricole de céréales (CAC). La fonction commerciale est assurée par le directeur (à temps partiel), les fonctions support - informatique, back-office - par les coopératives de base. « L’adaptation produits-marché se fait à travers les coopératives de base. C’est le commerce qui dicte ce que l’on doit faire, en termes de développement technique. » Conclusion de Bruno Colin : « Cloé est un petit groupe qui a de grandes responsabilités, un gros chiffre d’affaires mais un petit résultat. Tout le résultat est reversé aux coopératives de base pour le redistribuer aux éleveurs. »  

Publié le 06/01/2017

2015 avait commencé par annoncer le pire. Les éleveurs le prennent de plein fouet en 2016.

« Prix en berne ». « Pas de redressement en vue ». Voilà les titres des articles de presse que les producteurs de lait ont eus sous les yeux durant toute la première moitié de l’année 2016. Libérée des quotas, la collecte européenne reste dynamique et pèse sur les cours. En avril, les prévisions sont donc des plus pessimistes. Le 12 du mois, la Commission européenne autorise l’application de l’article 222 de l’OCM sur la limitation volontaire de la production laitière. En clair, elle permet aux organisations de producteurs et aux collecteurs de conclure des accords de réduction de livraison. Mais précise bien qu’il n’est pas question pour l’Europe de revenir à un système de régulation comme les quotas. Une semaine plus tard, la Commission européenne ouvre en urgence un contingent de 109 000 t à l’intervention publique au tarif de 1 698 €/t. Ils viennent s’ajouter à un stock de plus de 300 000 t de poudre de lait écrémé qui s’accumule depuis l’automne 2014. Entre-temps industriels laitiers et distributeurs de l’Hexagone se renvoient la balle pour savoir qui « étrangle » et qui « défend » les producteurs. Ces derniers savent de toute façon qu’ils sont mal. Bruxelles en prend conscience en septembre 2015 en débloquant une enveloppe de 500 M€ d’aides d’urgence. 409 000 € sont alloués aux éleveurs alsaciens… Le 18 juillet, la Commission remet 500 M€ d’aides supplémentaires sur la table. 150 M€ sont prévus pour indemniser le lait non livré avec l’objectif de diminuer les livraisons européennes de 1,4 Mt. Ce programme qui prévoit une aide de 240 €/t sur les 5 premiers pour cents de réduction et de 140 €/t ensuite, fait un tabac dès son bouclage, le 21 septembre. Comme déjà en 2015, les producteurs ne couvrent pas leurs coûts de production. En avril le prix de base moyen France s’établit à 274 €/1 000 l. En juillet certaines laiteries affichent un prix de base à moins de 260 €/1 000 l. Dans de telles conditions, la collecte européenne confirme au deuxième trimestre 2016 son ralentissement démarré au printemps. Le marché émet cependant aussi un petit signal à la mi-mai. Les cours de la poudre 0 % regagnent 2 % soit 10 €/t à 1 670 € et ceux du beurre 18 % soit 75 €/t. Ce frémissement se métamorphose en rebond, certes brutal mais bienvenu. Le lait spot oscille entre 350 et 380 €/1 000 l à partir d’août. La crème qui naviguait à 2 500 €/t en mai, dépasse les 6 000 €/t six mois plus tard… La tonne de beurre qui ne valait plus que 2 400 €/t en avril remonte à 4 120 €/t à la mi-septembre. À 4 420 €/t à la mi-novembre, la cotation rejoint son record de 2013 à 4 400 €/t. C’est le moment choisi par la Commission européenne pour annoncer son intention de déstocker 22 150 t de poudre à la mi-décembre, freinant ainsi les velléités d’achat… La collecte alsacienne baisse La collecte française ne cesse de se replier depuis avril. À partir de septembre, les éleveurs livrent chaque semaine de 7 à 8 % de lait en moins comparé à 2015. En Alsace, le rythme des livraisons se maintient, voire se renforce, sur les huit premiers mois de l’année. Il fléchit ensuite. Les laiteries y voient l’effet de la conjoncture mais aussi celui de la qualité des fourrages. L’herbe ensilée tardivement n’est pas fameuse. La valeur alimentaire des maïs est inférieure à une année habituelle : beaucoup n’atteignent pas les 0,90 UF contre 0,92 UF quand tout se passe correctement. Les taux sont stables, mais peuvent aussi augmenter (de 0,7 g/l MG et de 0,4 g/l MP par exemple en raison d’un litrage plus faible). La qualité du lait ne pose pas de problème en termes de germes totaux. La qualité cellulaire dérape assez nettement durant l’été, mais se redresse ensuite. Sur le terrain, le nombre de points de collecte reste sur une tendance à la baisse. Elle s’explique non par des arrêts de production mais plutôt par des regroupements d’ateliers. Les éleveurs font surtout face à un niveau de prix qui se dégrade d’environ 10 % sur 2015. Prenons l’exemple de deux des principaux collecteurs présents en Alsace. À l’heure de la rédaction de ce bilan, Sodiaal part sur un prix de base de 280 € à affiner sur novembre et décembre selon les événements conjoncturels à survenir. Alsace Lait qui ne communique pas sur son prix (1), doit, selon nos informations, se situer à quelques euros supplémentaires aux 1 000 litres. 2016 est donc une mauvaise année. La trésorerie des éleveurs est d’autant plus exsangue que la recette provenant des céréales ne leur accorde cette année aucune bouffée d’oxygène. Beaucoup de producteurs, notamment ceux qui ont investi ces deux-trois dernières années, doivent négocier des avances remboursables en fin d’année en croisant les doigts pour que le prix payé remonte. Ce contexte instable avec peu de perspectives précises fait réaliser aux éleveurs à quel point éleveur laitier devient un métier compliqué et manquant de points de repère !    

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