Syndicat de la race prim’holstein du Bas-Rhin
Au pays du lait bio
Syndicat de la race prim’holstein du Bas-Rhin
Publié le 24/02/2017
L’assemblée générale des éleveurs de la race prim’holstein du Bas-Rhin s’est tenue en Alsace Bossue, cette année. L’occasion, pour les membres du syndicat, de s’intéresser de plus près à la filière lait bio, très présente dans cette région.
« Nous n’avons pas tous les mêmes objectifs de sélection - production de lait bio, rusticité, productivité, concours - mais nous partageons la même passion. » C’est par cette formule choc que Jean-François Dintinger, président des éleveurs prim’holstein du Bas-Rhin, a ouvert l’assemblée générale du syndicat de la race, le mercredi 15 février à Domfessel. L’année 2016 n’a pas été de tout repos pour les éleveurs, entre un prix du lait en berne et une météo capricieuse qui a compliqué la récolte de l’herbe et les semis du maïs. Mais elle n’a pas apporté que du négatif, estime Jean-François Dintinger. De nombreux événements ont jalonné l’année. « L’école des jeunes, organisée en partenariat avec le syndicat haut-rhinois, a rassemblé vingt jeunes à Dachstein. Nous avons présenté 70 génisses au festival de l’élevage de Brumath. À l’occasion de la confrontation européenne holstein à Colmar, trois fermes bas-rhinoises ont ouvert leurs portes. Ensuite, nous avons participé au concours régional holstein à Habsheim, pour finir l’année avec un voyage d’étude en Haute-Marne, avec la visite de deux fermes laitières. » Après la présentation du procès-verbal de l’année écoulée par la secrétaire, Laure Fritsch, le trésorier a présenté les comptes du syndicat qui compte 74 membres. Les élections ont permis de renouveler le conseil d’administration. Sébastien Bauer, vacher de l’EARL Meyer à Westhouse, a pris le relais de Bertrand Rott qui ne souhaitait pas se représenter. Festival de l’élevage : un nouvel élan Plusieurs événements sont au programme de 2017. À commencer par une sortie en bus au Sima à Paris Nord Villepinte, le 27 février prochain. Puis, le salon Eurogénétique, qui se tiendra du 6 au 8 avril à Épinal (lire l’encadré). Quant au festival de l’élevage de Brumath, il aura lieu les samedi 20 et dimanche 21 mai au plan d’eau. Les changements introduits en 2016 ont permis de redynamiser cette manifestation, souligne Jean-François Dintinger. « 24 éleveurs ont exposé 51 bêtes. » La formule sera donc reconduite cette année avec, le samedi soir, le concours de présentation de génisses et des sketches libres, et le dimanche, le concours de génisses prim’holstein suivi du concours de la race simmental et des animations habituelles. « Les prises de sang sont prises en charge par l’Union des syndicats d’élevage du Bas-Rhin », précise Jean-François Dintinger. « Les innovations que vous avez apportées l’an dernier ont donné un nouvel élan à cet événement », souligne Jean Bernhard, président de l’Union des syndicats d’élevage du Bas-Rhin, organisatrice du festival. Il remercie les éleveurs prim’holstein pour leur implication dans cette manifestation, à la fois professionnelle et populaire, qui attire un public de plus en plus nombreux. « Nous avons la chance d’avoir de nombreux partenaires et sponsors présents à nos côtés et de pouvoir compter sur les élèves du lycée agricole d’Obernai pour le montage des chapiteaux. » Jean Bernhard a lancé un appel à tous les éleveurs, pour qu’ils s’impliquent à fond dans l’organisation de ce festival. « Nous voulons continuer à écrire le mot solidaire en lettres majuscules ! » Le concours interraces d’Alsace Bossue aura lieu le dimanche 25 juin à Lorentzen, annonce encore Jean-François Dintinger. Ceux qui souhaitent participer à l’École des jeunes devront se rendre en Moselle, la dernière semaine d’août. « Il reste des places disponibles », indique le président qui souhaite aussi organiser un voyage d’étude en automne. Programme à suivre… Le lait bio en Alsace Bossue L’Alsace Bossue compte une forte proportion de producteurs de lait bio, explique Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Cette filière a été lancée en 1991 par un noyau de huit éleveurs, sous l’impulsion d’Unicoolait. Le début des années 2000 a été marqué par une forte vague de conversions, avec les Contrats territoriaux d’exploitation (CTE). En 2009-2010, s’est produite une seconde vague de conversions. L’an dernier, 24 millions de litres de lait bio ont été collectés par Unicoolait, dont 60 % en Alsace Bossue et 40 % en Moselle. Deux systèmes se côtoient dans cette région : un système 100 % herbe ou avec 1,5 tonne MS de maïs par vache laitière. La prim’holstein reste la race la plus productive en bio. La production moyenne par vache atteint 6 800 kg de lait par an. En 2016, du fait de la mauvaise qualité des fourrages, elle est tombée à 6 620 l. La production moyenne par hectare de SFP est de 3 500 l, mais peut aller jusqu’à 4 500 l. Le chargement est en général de 0,9 UGB/ha, mais peut aller jusqu’à 1,1 UGB/ha. En système 100 % herbe, les éleveurs privilégient généralement des rotations prairies temporaires, suivies de deux ou trois ans de céréales. « Ce type de système permet de produire jusqu’à 8 500 kg de lait par vache laitière sans achat extérieur », explique le conseiller. Le rendement espéré est de 4 t pour les prairies naturelles, 6,5 t pour les prairies temporaires et de 30 à 35 q pour les céréales. « L’implantation d’une association graminées-légumineuses sur les prairies temporaires permet de garantir l’autonomie protéique de l’exploitation, mais aussi d’apporter de l’azote dans les cultures suivantes. On sécurise davantage le système fourrager et on étale la production sur l’année. » Priorité à l’autonomie alimentaire Le conseiller a donné quelques exemples d’implantation. Sur une prairie temporaire de type « fauche avec luzerne », on trouve généralement 6 kg de dactyle, 4 kg de fétuque élevée, 15 kg de luzerne, 3 kg de trèfle violet, 2 kg de trèfle blanc. « Les éleveurs commencent à chercher des alternatives à la luzerne car ils rencontrent des problèmes de longévité sur certaines parcelles. » Sur une prairie temporaire de type « fauche avec trèfle », on utilise 5 kg de dactyle, 9 kg de fétuque des prés, 3 kg de fétuque élevée, 4 kg de RGA, 6 kg de trèfle violet et 3 kg de trèfle blanc. Enfin, pour une prairie de type « pâture », on s’orientera vers 5 kg de RGA diploïde, 7 kg de RGA tétraploïde, 3 kg de dactyle, 3 kg de fétuque élevée, 4 kg de fétuque des prés et 5 kg de trèfle blanc. « L’objectif est d’avoir une ration équilibrée toute l’année. La pâture est la valorisation la plus intéressante, car elle apporte le plus de protéines par kg de MS. » « La MAT est plus importante sur les coupes réalisées en été et en automne », explique Philippe Le Stanguennec. Il prend pour exemple une luzerne en cinquième coupe réalisée en 2014, qui affiche 21,9 % de MAT, avec 0,80 UFL, 131 PDIN et 76 PDIE. « Un tel fourrage permet de maintenir les vaches en état. » Le stade de la récolte est primordial, insiste-t-il. Récoltée début mai, une prairie temporaire de première coupe affichait de 13 à 17 % MAT en 2014 et 2015, permettant de produire 26 kg de lait. Récoltée début juin en 2013, fin mai en 2016, elle n’affichait que 10 à 11 % de MAT et n’a permis de produire que 23 kg de lait. « Même de la concentration ne permet pas de rattraper ce différentiel. D’où l’importance de récolter le fourrage au bon stade et d’accepter qu’on n’arrivera pas toujours à atteindre la production maximale visée. » Concernant le choix des concentrés, Philippe Le Stanguennec suggère d’augmenter les protéines avec du pois. « Il faut semer 15 kg de pois avec du triticale, à raison de 200 kg/ha. » Il insiste sur l’importance de limiter les achats, pour limiter les coûts de production : le tourteau de soja 42 coûte 900 €/t, le VL 35, 700 à 750 €/t, le VL 18, 500 à 550 €/t. Explorer de nouvelles pistes Pour améliorer l’autonomie fourragère de l’exploitation, on peut introduire du maïs, distribué en quantité limitée (5 kg MS). Il sera implanté en premier année de rotation. On peut aussi implanter des mélanges plus riches en légumineuses, pour viser 16 et 17 % de MAT en première coupe. « Mais il est difficile de ne pas recourir à un correcteur azoté avec ce type de ration. » Une ration avec maïs permet de viser une production de 25 kg de lait. Elle se compose de 5 kg MS d’ensilage de maïs, de 9,1 kg MS d’ensilage d’herbe, de 2 kg MS de foin de luzerne, de 2 kg de céréales et de 1,5 kg de VL 35. Conclusion de Philippe Le Stanguennec : « Pour intensifier le système, il faut explorer de nouvelles pistes. Certains privilégient le maïs, mais de nouveaux schémas se mettent en place pour produire plus. »












