Élevage

Syndicat de la simmental française d’Alsace

« Une race stratégique »

Publié le 09/04/2017

Malgré la fin des quotas laitiers, les races mixtes ont toute leur place dans le paysage laitier européen. C’est le message qu’a fait passer le président du syndicat de la simmental française d’Alsace, Jean Bernhard, lors de l’assemblée générale qui s’est tenue mercredi 22 mars à Rœschwoog.

Dressant le bilan de l’année laitière 2016, marquée par des stocks fourragers et des prix du lait faibles, Jean Bernhard a fait un sombre constat : « Les bonnes années se font rares et les mauvaises années s’accumulent. S’installer, investir, se développer ne doivent plus se faire à la légère et méritent une réflexion de fond. » À ces difficultés s’ajoute la pression de la grande distribution, dont « les exigences sont souvent beaucoup plus sévères que la réglementation », et dont le seul but est de prendre des parts de marchés à ses concurrents. « Nous avons connu une forte baisse de la production, du fait du fourrage de mauvaise qualité, poursuit Jean Bernhard. Dans le nord de l’Europe, de nombreux éleveurs ont jeté l’éponge car ils n’avaient plus les moyens d’acheter des concentrés. » Dès que les prix sont remontés, les Allemands ont augmenté leur production, entraînant une nouvelle chute des cours. Nombre d’exploitations ont doublé, voire triplé, leur production depuis la fin des quotas, car ils n’avaient aucune contrainte de livraison, et cela a déséquilibré le marché. Mais la situation pourrait évoluer, explique le président de la race simmental : « Je reviens d’un forum en Allemagne : ce pays a enfin compris que la contractualisation à la française est la seule solution viable ». À la sortie des quotas, tout le monde pensait que les races mixtes allaient disparaître. « Deux ans plus tard, les instituts spécialisés pensent que l’avenir sera plutôt aux races mixtes », se réjouit Jean Bernhard. La race simmental a d’énormes capacités, souvent méconnues : une bonne production de lait, des taux intéressants, une viande de qualité. De plus, elle présente une belle longévité : « Elle peut faire quatre, cinq, voire huit veaux. » Certains signes ne trompent pas : elle est de plus en plus demandée - « Les éleveurs qui ont appris à la connaître l’apprécient beaucoup » - et de nombreux acteurs de la génétique s’y intéressent. « Ils ont compris que la simmental est une race stratégique. » Claude Ettlinger, technicien d’Élitest, a présenté le rapport d’activité et le rapport financier du syndicat. Au chapitre élections, Daniel Hertzog, Michel Fichter et Thierry Marx ont été réélus au conseil d’administration. Jeanine Holtzer n’ayant pas souhaité se représenter, c’est Arnaud Hatt de Wickersheim qui a été désigné pour la remplacer. 6 970 litres de lait à 7 % en moyenne Présenté par Annabelle Ragot, du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace, le bilan de synthèse rassemble les données de dix élevages bas-rhinois en race pure. L’effectif moyen est en augmentation, à 65 vaches. « Il y a moins d’éleveurs, mais plus de bovins, ce qui reflète la restructuration en cours. » En moyenne, une vache a 2,8 veaux en lactation, ce qui confirme la rusticité de la race. Le pourcentage de primipares s’élève à 29,4 %. « Pour une bonne longévité, le taux de renouvellement ne doit pas être trop élevé. » En baisse de 192 l, la production de lait brut s’établit à 6 471 par vache. Les taux sont bons, ce qui donne une moyenne de 6 970 l/vache de lait à 7 %. Les vaches simmental bas-rhinoises obtiennent de bons résultats cellulaires, « meilleurs que pour les autres races. Mais cela reste un sujet de préoccupation pour les industriels. » Les intervalles vêlage-vêlage sont de 393 jours. « C’est l’un des points forts de la race, connue pour sa fertilité. » L’âge au premier vêlage est de 33,1 mois. « Les génisses vêlent avec un mois de moins. Ce critère s’améliore, je m’en réjouis. » L'assemblée générale du syndicat de la simmental d'Alsace s'est poursuivie par une visite de la nouvelle étable de l'élevage Cousandier à Roeschwoog.

Publié le 07/04/2017

Une vingtaine d’éleveurs ovins commercialisent leurs agneaux sous la marque Agneau Terroir d’Alsace. Lancée il y a cinq ans, cette marque leur permet de valoriser la viande provenant d’animaux nés, élevés et abattus localement.

Pour fêter ses cinq ans d’existence, l’association Agneau Terroir d’Alsace organisait une rencontre éleveurs-abatteurs-bouchers, lundi 27 mars à la ferme Huchot à Preuschdorf. La filière, qui regroupe aujourd’hui 19 éleveurs, 2 abattoirs, et 41 points de vente, a été montée pour offrir « un cadre protecteur » aux éleveurs ovins, qu’une précédente tentative d’organisation de la production avait laissés insatisfaits. Stéphane Huchot et Jean-Pierre Saulet-Moes, respectivement président et animateur de l’association, l’ont rappelé aux élus présents lors de cette rencontre, le député Frédéric Reiss, le sénateur Guy-Dominique Kennel, la conseillère départementale Nathalie Marajo-Guthmuller et le maire de Preuschdorf Stéphane Wernert. En créant une marque à destination du marché alsacien, les membres de l’association souhaitaient vendre leur production sans intermédiaire, à un prix suffisamment rémunérateur pour offrir des perspectives d’avenir. Cet objectif est aujourd’hui rempli, constate Stéphane Huchot. « Agneau Terroir d’Alsace est une marque pérenne et reconnue », se réjouit-il. Les 19 éleveurs concernés - ils n’étaient que 15 au départ - commercialisent 5 500 agneaux par an auprès des bouchers-charcutiers et des GMS de la région. Jean-Luc Hoffmann, boucher à Haguenau, est l’un des premiers à avoir franchi le pas. Au début, il achetait deux agneaux par semaine à la ferme Huchot. Désormais, il écoule jusqu’à sept à huit agneaux par semaine dans ses deux magasins de Haguenau et sur les marchés où il est présent. « Mon père et mon grand-père achetaient déjà en filière courte, témoigne le boucher, qui est aussi vice-président de la corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. C’est une démarche qui me plaît bien et qu’il faut soutenir. J’aimerais bien qu’on arrive à persuader nos confrères de n’acheter que de l’agneau local. » Étaler les agnelages Pour pouvoir approvisionner les points de vente tout au long de l’année, les éleveurs s’astreignent à étaler les agnelages, ce qui engendre un surcroît de travail et renchérit le coût de production. « En général, sur une exploitation, il y a un ou deux lots d’agnelage. Passer à quatre ou cinq lots est plus compliqué, explique Jean-Pierre Saulet-Moes. Pour pouvoir rallonger la période d’agnelage, nous avons demandé à nos adhérents de produire à contre-saison. » C’est ainsi que Stéphane Huchot a introduit la race romane dans son troupeau, une race qui agnelle naturellement à partir de septembre, sans utilisation d’hormones. Soucieuse de ne pas « trop chambouler les systèmes de production individuels », l’association Agneau Terroir d’Alsace mise aussi sur la mutualisation de l’offre pour pouvoir répondre à la demande toute l’année et au pic de consommation de Pâques. Lorsqu’un éleveur ne peut fournir les agneaux demandés, d’autres membres de l’association prennent le relais. Cinq ans après son lancement, la marque Agneau Terroir d’Alsace est maintenant bien installée dans le paysage alsacien. « Rares sont les filières où on n’a pas de souci pour écouler sa production. Quand il y a un jeune qui prévoit de s’installer derrière, ça ouvre une voie », remarque Stéphane Huchot. Le prix de vente des agneaux, déterminé en janvier, est fixe sur l’année, ce qui assure aux adhérents une visibilité qui fait défaut dans d’autres secteurs. Reste tout de même quelques points noirs. Le dépôt de bilan de Copvial, l’an dernier, a affecté plusieurs adhérents de l’association, qui ont toujours des créances non réglées. Dans cette situation, Agneau Terroir d’Alsace a réussi à nouer un partenariat avec l’abattoir de Haguenau. Un outil de proximité construit en 1969 dont l’avenir est cependant incertain. « Notre souci, c’est que cet abattoir reste en place. Il y va de la survie de notre filière », fait valoir Stéphane Huchot. Une préoccupation partagée par Jacqueline Riedinger-Balzer, présidente de la corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. « Il est vital de conserver cet abattoir, car le transport rajoute au prix, le consommateur n’en a pas conscience », insiste-t-elle. Des frais d’abattage trop élevés L’abattoir est la propriété de la communauté d’agglomération de Haguenau, après avoir été longtemps celle de la Ville de Haguenau, précise Dominique Platz, en charge du développement économique auprès de la collectivité. Son exploitation est confiée à la société Muller, dans le cadre d’une délégation de service public. « L’abattage est une activité complexe : il y a toute une série de normes à respecter, pour lesquelles des investissements sont faits régulièrement. La communauté d’agglomération injecte chaque année 50 à 60 000 € pour avoir un outil aux normes. Elle se rémunère par une taxe d’usage. » Suite au placement en redressement judiciaire de l’abattoir en 2013, la collectivité avait renoncé à percevoir cette taxe. Un plan d’apurement est toujours en cours. « Comme toute entreprise, l’abattoir doit parvenir à un équilibre économique permettant sa viabilité. Si demain, il n’y a pas d’équilibre financier, c’est le contribuable qui paie », prévient Dominique Platz. Interpellé sur le montant des frais d’abattage, que les membres d’Agneau Terroir d’Alsace jugent trop élevés, le représentant de la communauté d’agglomération accepte d’en discuter. « Haguenau est l’un des abattoirs où les frais sont les plus élevés. Nous sommes au taquet, nous ne pouvons plus répercuter ces frais sur le prix de vente », argumente Stéphane Huchot. « Haguenau est un petit abattoir multi-espèces de proximité. Il n’arrivera jamais à faire des économies d’échelle comme un abattoir spécialisé, précise Ilan Fuks, son directeur. C’est cette proximité qui fait sa valeur ajoutée. » « Si on fait un abattoir spécifique pour les ovins, on sera liquidé tout de suite », ajoute David Bloch, cogérant de la société Muller, qui se base sur le rapport entre le coût de la main-d’œuvre et le tonnage de viande traitée, défavorable à la viande ovine. David Bloch dénonce par ailleurs l’accumulation des normes imposées aux abattoirs, qui pèse sur la viabilité des entreprises. Sur ce point, Guy-Dominique Kennel fait état des 20 propositions émises par la délégation aux entreprises du Sénat, à laquelle il appartient. Parmi ces propositions figure l’interdiction de toute nouvelle norme si elle n’est pas compensée par la suppression de deux autres normes dans le même domaine et l’interdiction de surtransposer la norme européenne.

Sur son stand et au concours

La vosgienne bien représentée

Publié le 14/03/2017

La vosgienne était bien représentée au Salon international de l’agriculture, avec un nouveau stand en bois, ses fromages - dont le Cœur de massif - et ses éleveurs passionnés. De cinq vaches en début de salon, la délégation est passée à une vingtaine pour le concours de la race qui a eu lieu le jeudi 2 mars.

Membre du Collectif des races locales de Massif (Coram), qui a pour but de promouvoir les races locales de montagne, l’Organisme de sélection de la race vosgienne (OS) tenait salon avec ses homologues des races tarentaise, salers, gasconne et autres aubrac. Avec une nouveauté cette année : tous les organismes fédérés au sein du Coram avaient harmonisé leurs stands, conçus en bois du sol aux toitures pour un effet village de chalets garanti. Outre par des représentantes de la race, la vosgienne était représentée par les produits élaborés avec son lait : munster, Cœur de massif, et par des produits dérivés à son effigie (stylos, t-shirt). Une robustesse salvatrice Et, chaque jour, les vosgiennes et leurs éleveurs se déplaçaient en procession jusqu’au ring de présentation où les caractéristiques de la race étaient rappelées au public : une race à petit effectif, qui a été sauvée de l’extinction grâce à un plan de sauvegarde et à ses qualités, comme sa robustesse, qui ont conquis un certain nombre d’éleveurs. Ces derniers ne sont pas à court d’initiatives pour promouvoir leur race. La dernière en date, c’est le Cœur de massif, un fromage exclusivement élaboré avec du lait de vosgienne. Aujourd’hui, les éleveurs de vosgiennes empruntent la voie de la génomique. Une évolution encore difficilement envisageable il y a quelques années. Une race polyvalente Les quatre animaux présentés lundi 27 février étaient représentatifs des capacités d’adaptation de la vosgienne. Marjorie Juncker, du Val d’Ajol (88), présentait Illusion, une vache dont le lait alimente une laiterie. Mathieu Burger, éleveur à Soultzeren (68), fait partie des éleveurs qui perpétuent la pratique de la transhumance. Louis Ancel, éleveur à Orbey (68), participait au salon pour la première fois (lire en encadré). Il fait partie des éleveurs qui transforment eux-mêmes une part de leur lait en fromages. Florent Campello, éleveur à Mittlach (68) et président de l’OS vosgienne, élève une centaine d’animaux dont 45 vaches laitières dont le lait est transformé en munster, tommes et Cœur de massif. « La vosgienne est une race qui s’en sort malgré les difficultés grâce à la passion des éleveurs. C’est pour moi une fierté d’être ici avec eux », déclare-t-il.

Pages

Les vidéos