Alsace Lait
Un rattrapage de prix sur les mois d’été
Alsace Lait
Publié le 16/04/2017
Alsace Lait a collecté l’an dernier 141,7 millions de litres, produits par 256 exploitations, soit huit de moins qu’en 2015. La coopérative alsacienne a enregistré une baisse de son chiffre d’affaires, ce qui entraîne une diminution du résultat, à 2,19 millions d’euros.
« L’année 2016 s’annonçait compliquée. Mais personne ne s’attendait à ce qu’elle le soit à ce point », souligne Michel Debes, président d’Alsace Lait, lors de l’assemblée de section du secteur Sud, le lundi 4 avril à Erstein. Le prix du lait payé par la coopérative alsacienne n’échappe pas à cette tendance : « Il se situe à 336 €/1 000 l, le prix le plus bas de ces cinq dernières années, ce qui explique la trésorerie tendue d’un grand nombre d’exploitations. » À cela s’ajoute un léger recul de la collecte de lait, de l’ordre d’1 million de litres. Les négociations avec la grande distribution sont terminées. « Comme d’habitude, les distributeurs qui se vantent de soutenir les producteurs, notamment au salon de l’agriculture, continuent à vouloir payer le prix le plus bas possible. Quoi qu’il en soit, ces négociations se sont soldées par une petite augmentation des prix, du fait de la hausse des cours de la matière grasse. » « La matière grasse est revenue en odeur de sainteté » Étrange retournement de situation : « Les quotas laitiers ont été mis en place à cause des stocks de beurre européens. Or, depuis deux ans, on manque de beurre car la matière grasse animale est revenue en odeur de sainteté. Par contre, les produits allégés n’ont plus la cote… » D’où vient ce soudain engouement ? Les chercheurs américains ont démontré que le beurre favorise la croissance du cerveau. D’après Michel Debes, le prix de la matière grasse restera à un niveau élevé tout au long de l’année. « Au niveau d’Alsace Lait, nous sommes juste à l’équilibre en ce qui concerne la matière grasse », souligne-t-il. Pour autant, le marché international est toujours très tendu : « La poudre de lait est retombée à 1 700 €/tonne. On risque de repartir à l’intervention et de regonfler les stocks européens. Il y a 350 000 t de poudre de lait en stock au niveau européen, 600 000 t au niveau mondial, ce qui empêche l’amélioration du prix des fromages. Par ailleurs, l’embargo russe continue, les Chinois ont une position attentiste, la spéculation est au point mort. Cela montre que nous sommes soumis à des fluctuations auxquelles personne ne comprend rien… » Et au niveau français, la consommation interne est atone, voire en régression pour les produits ultra-frais. D’autres dangers menacent. En Allemagne, le prix du lait est remonté à 31 cts le litre, ce qui risque d’entraîner un redémarrage de la production laitière dans ce pays, alors qu’elle avait baissé de 2 % l’an dernier. « Durant la crise, les Allemands ont perdu 7 à 8 % de leurs producteurs, souligne Michel Debes. Nous essayons de les convaincre de contractualiser leur production, à l’image de la France. » Investir et se diversifier Alsace Lait a poursuivi sa politique de prix en 2016 : « Nous continuerons à annoncer des prix par trimestre », indique Michel Debes. Une bonne nouvelle : « L’an dernier, nous n’avions pas fait de complément de prix car notre coopérative se situait parmi les prix les plus hauts. Cette année, nous vous proposons un rattrapage de prix sur les litrages des mois d’été, à savoir + 10 €/1 000 l en juillet et en août, + 15 € en septembre. » Ce rattrapage des prix répond à une logique, explique le président : « En général, l’usine manque de lait durant l’été alors que la production est excédentaire au début de l’année. Nous ne changerons pas notre politique de prix, car vous orientez les vêlages de vos vaches et de vos génisses par rapport à cette grille. » Le président annonce un prix de 320 €/1 000 l pour les mois d’avril, mai et juin. « C’est un peu plus bas que l’an dernier, mais les prix de juillet, août et septembre ne seront pas plus bas. Nous espérons que les négociations concernant les marques de distributeur (MDD) se passeront mieux et que nous pourrons avoir des prix à la hausse, qui se répercuteront sur les producteurs. » Au niveau des volumes, le nouveau schéma est entré dans les mœurs. « Nous l’avons mis en place en 2016 parce que nous avons perdu des marchés suite aux problèmes de qualité que nous avons rencontrés et aux baisses de prix que nous ne voulions pas concéder sur certains produits. Nous n’avons pas revu à la baisse les volumes de chaque producteur, car les producteurs doivent pouvoir se projeter sur l’avenir. » Alsace Lait continue à investir pour améliorer la performance de son outil de transformation et augmenter sa capacité de production. Elle poursuit également sur la voie de la diversification des risques. « Notre filiale Savoie Yaourt contribue très fortement au résultat du groupe. Et notre joint-venture au Canarda pourrait s’avérer être une source de diversification aussi intéressante que Savoie Yaourt. En un an à peine, nous avons réussi à imposer une marque sur le marché canadien. » Malgré ces perspectives somme toute prometteuses, les dirigeants d’Alsace Lait n’oublient pas qu’un certain nombre de producteurs traversent de grandes difficultés. « Nous sommes une entreprise coopérative, nous essayons d’être aussi solidaires que possible, tout en respectant l’équité de la coopération, insiste Michel Debes. Certains producteurs ont décidé d’arrêter la production laitière, d’autres ont été orientés vers la cellule Réagir. »












