Élevage

Robot de traite Lely Astronaut

Améliorer sa production et sa qualité de vie

Publié le 09/05/2017

À Morschwiller, la vie des fermes Dollinger et Kandel a changé depuis l’entrée en service des robots de traite Astronaut de Lely : la production et la qualité de vie sont meilleures. Un système à découvrir lors de portes ouvertes le 14 mai.

Des vaches qui vont à la traite toutes seules, un bras mécanique qui s’active autour d’elles, deux robots qui sillonnent l’étable. L’exploitation d’Alain Dollinger peut sembler futuriste au premier coup d’œil. Et pour cause, depuis décembre 2015, l’agriculteur de Morschwiller a de nouveaux employés. Des automates ! Comme chez son voisin, Hubert Kandel, le passage au robot de traite Astronaut (modèle A4) est une réussite, tant niveau production que qualité de vie. Un processus automatisé de A à Z Alain Dollinger nous fait la visite guidée, en s’attardant sur un moment crucial… la traite ! La vache, attirée par deux rations de nourriture (dont un complément alimentaire), se place dans le box prévu à cet effet. Ici, le concept I-flow prend tout son sens. Le bovin entre et sort en ligne droite. Ce qui lui évite des contorsions et virages serrés comme dans les premiers modèles de l’Astronaut. Selon Lely, les bêtes s’adaptent plus facilement à la machine. Ce que confirme l’exploitant, « les génisses ont besoin de deux semaines d’adaptation, après ça va tout seul ! » Une fois dans le box, la magie opère. Les portes se verrouillent. La mangeoire se remplit automatiquement et la vache s’alimente tout au long de l’opération. Le bras mécanique peut alors entrer en action. Il vient se placer sous le pis et stimule les mamelles avec une brosse. Les manchons se fixent, la mulsion peut commencer. Le lait extrait file directement dans un caisson où il est analysé en direct, puis stocké. Le bras finit son œuvre avec un trempage des mamelles, avant de se retirer pour être nettoyé par rinçage à l’eau chaude. Un meilleur contrôle de l’activité du troupeau À aucun moment notre guide n’a eu besoin d’intervenir. Mieux, les informations collectées pendant la traite sont compilées et croisées pour lui. Permettant ainsi un suivi très précis de chaque vache. Perte de poids, chaleurs, rumination, rythme de passage en traite, quantités produites, taux de protéines, de matière grasse et de cellules par litre de lait… Le nombre de données qui apparaissent sur l’ordinateur de l’éleveur est impressionnant. « Je peux ainsi détecter très vite si quelque chose ne va pas. » Et donc réagir en conséquence ! « Avant, je détectais les maladies à l’œil, ça pouvait prendre deux trois jours, » explique l’agriculteur. Un délai qui imposait souvent le recours aux médicaments. Désormais, Alain Dollinger est bien plus réactif. Le résultat est sans appel. En un an et demi, la quantité de médicaments utilisée dans son exploitation (hors traitement du tarissement) a été divisée par trois ! L’homme, ce donneur d’ordres Pour autant, pas question de supprimer totalement la présence de l’homme. Les deux voisins sont catégoriques. L’agriculteur doit rester au centre de l’activité de sa ferme. C’est lui le donneur d’ordres, il peut agir sur toutes les fonctions des robots. « L’éleveur reste celui qui connaît le mieux ses bêtes, insiste Hubert Kandel. Il ne faut jamais perdre le contact visuel avec nos vaches, ça reste le meilleur moyen de détecter un problème. » Côté production, ils soulignent une légère augmentation. « Nous sommes passés de 10 000 l/vache/an, à 10 790 l », confirme Alain Dollinger. Chez son collègue, la hausse est similaire. « Les vaches sont moins stressées, elles vont à la traite quand elles le veulent, trois-quatre fois par jour », commente l’éleveur. Un environnement forcément propice à de meilleurs résultats. Toutefois, les deux professionnels ont choisi l’Astronaut pour une autre raison : un allégement de la charge de travail. Se simplifier la vie Outre la machine de traite, Alain Dollinger a acheté deux autres robots. Un pousse-fourrage et un aspirateur de lisier. Grâce à des capteurs, ils évoluent de manière 100 % autonome, sur des chemins préétablis. L’exploitant n’a plus besoin de ratisser lui-même le fourrage, ni de nettoyer les sols. Un énorme gain de temps. Aujourd’hui, avec l’aide des trois robots, il « consacre à peine une heure par jour à la traite, contre cinq auparavant. » Soit quasiment 28 h hebdomadaires économisées ! Les deux exploitants se déclarent très satisfaits de leur investissement. En plus d’économiser de l’argent sur la main-d’œuvre, le temps dégagé est investi dans d’autres tâches ou projets. Pour Hubert Kandel, c’est ça le progrès. « On ne cherche pas à produire plus, énonce-t-il. Mais on peut encore faire des économies d’argent et de temps. » Objectif atteint avec cette évolution. « Il faut vivre avec son temps » Chez les Dollinger, même son de cloche. « Il n’y a rien à dire, ça simplifie le travail et notre qualité de vie s’améliore. » Sans oublier les jeunes générations. « Il faut vivre avec son temps, de moins en moins de gens sont prêts à travailler aussi dur que ma génération ». Les jeunes veulent un meilleur rythme de vie. Alain Dollinger se prend même à imaginer une exploitation dernier cri. Où l’éleveur, grâce au temps dégagé par les robots, « pourrait se diversifier avec un second travail, peut-être moins physique. » Si nous n’en sommes pas encore là, il y a fort à parier que l’offre de Lely plaira aux jeunes. Et si cela peut en (re) motiver certains à se lancer dans le métier, tant mieux !

Benoît Rouyer, analyste économique au Cniel

« L’avenir est ambivalent »

Publié le 08/05/2017

Benoît Rouyer, économiste au Cniel (interprofession laitière) était l’invité d’Alsace Lait, lors de l’assemblée générale du vendredi 21 avril à Hœrdt. Il a évoqué les perspectives du marché des produits laitiers.

Le secteur du lait vit une crise particulièrement violente au niveau mondial, ces deux dernières années. Il en résulte une dégradation particulièrement forte du prix du lait, notamment en France, avec une baisse record durant l’été 2017. La baisse des charges, elle, est beaucoup plus lente, ce qui provoque un effet ciseau. Le revenu par unité de main-d’œuvre s’effondre : il passe de 35 000 € en 2014 à 2 500 € en 2016. Heureusement, la conjoncture s’améliore. L’offre très abondante de l’Union européenne s’est un peu tarie : on constate un décrochement durant l’été 2016. Au final, la production laitière n’a que très légèrement augmenté (+ 0,2 %) l’an dernier, et démarre à un niveau sensiblement inférieur en ce début d’année 2017. En France, l’écart est beaucoup plus important : les volumes se sont réduits de 5 à 8 % sur l’année. « La production redevient dynamique dans l’Ouest ; mais le manque d’eau et le froid pourraient peser sur la courbe. » L’Allemagne a connu un recul de sa production sur la fin de l’année 2016. La tendance est encore plus marquée dans la partie orientale, avec des arrêts structurels de production. Cela a eu un effet bénéfique sur le prix des produits industriels. Le beurre, en tout cas, connaît une véritable envolée : + 50 % en un an. La poudre grasse et le lactosérum vivent également une embellie. Mais le prix de poudre de lait 0 % s’est effondré et est proche du prix d’intervention. Aujourd’hui, les stocks de poudre représentent 20 % de la production annuelle de l’Union européenne. « Du coup, les acheteurs sont attentistes car ils sont dans une position confortable », souligne Benoît Rouyer. Cela a un effet délétère sur les transactions commerciales. Le prix sortie usine s'inscrit sur une tendance baissière depuis 2014 pour toutes les familles de produits, sauf pour le beurre. On retrouve la même situation dans les prix magasin. Comment se présente 2017 ? Les perspectives sont plus favorables pour cette année, mais des incertitudes planent sur la reprise. Benoît Rouyer a analysé les facteurs positifs : l’offre est moins abondante sur le premier semestre 2017, en raison de l’augmentation des abattages au deuxième semestre 2016 et de la mauvaise qualité des fourrages ; la pénurie de matière grasse perdure, ce qui devrait provoquer une augmentation des prix. Mais il y a aussi des facteurs négatifs, comme les stocks importants de poudre. Enfin, il y a des facteurs d’incertitude : quelle sera la réactivité des grands pays producteurs comme la Nouvelle- Zélande ou le Brésil ? Quoi qu’il en soit, les perspectives sont plutôt favorables, estime l’analyste. « Peu de filières peuvent se targuer d’une augmentation de la consommation annuelle de 2 % depuis quinze ans. Les ventes de produits laitiers sont en croissance, du fait des pays émergents et de l’Amérique du Nord. Tous les produits suivent la même tendance, sauf le lait liquide. » Les exportations françaises de produits laitiers ne sont pas en reste ; certes il y a eu une baisse en valeur ces deux dernières années, mais depuis 2006, elles ont augmenté de 2 milliards d’euros. « Là où le bât blesse, c’est le marché intérieur. Alors que l’ensemble des produits alimentaires voient leur valeur augmenter de 0,7 % par an, les produits laitiers ne créent pas de valeur. Ce constat est encore plus terrible sur l’utrafrais qui est dans une spirale déflationniste depuis dix ans. » La situation est compliquée : les volumes vendus ne progressent plus, surtout pour les yaourts et les fromages blancs. Dans une période de surcapacité industrielle et d’arrivée de nouveaux acteurs, il est important d’être performant et innovant sur un marché sursaturé. Conclusion de Benoît Rouyer : « L’avenir est ambivalent. Les perspectives sont réelles à l’export, mais il faudra relever le défi de la création de valeur sur le marché français. »  

Publié le 07/05/2017

Pour sa dernière année à la tête de la commission production, Jean Bernhard en a vu de toutes les couleurs. « Nous avons rarement connu une année aussi pénible », indique-t-il. La production laitière a reculé de 2,5 % en France, de 4 % en Alsace. « Alsace Lait a résisté un peu mieux : la baisse n’a été que de 0,78 %. » Une partie de cette baisse est imputable à la mauvaise qualité du stock fourrager.

À Alsace Lait, la collecte a démarré sensiblement au-dessus de la courbe 2015 pour finir légèrement en dessous. Par contre, les taux ont permis de limiter la baisse des prix. « Les trois premiers mois de 2017 sont au-dessus des deux dernières années », annonce Jean Bernhard. Les fortes chaleurs de l’été 2016 ont retardé les chaleurs, et donc les vêlages, ce qui explique le pic de production en mars 2017. Le nombre de points de collecte a encore diminué en 2016 (- six producteurs), mais le volume global livré a augmenté. « En dix ans, nous sommes passés de 373 à 256 producteurs, de 296 000 litres à 554 000 litres en moyenne. » Comment s’est passée la contractualisation en 2016 ? « En début d’année, nous étions légèrement au-dessus des volumes contractualisés. À partir de juillet, nous étions au même niveau, mais dès octobre-novembre, il y a eu un décrochage. » Le volume produit était de 141,7 millions de litres (Ml) pour un volume contractualisé de 142 Ml, avec une sous-estimation de la production en début d’année et une surestimation en fin d’année. Les éleveurs doivent ajuster leurs prévisions. « Individuellement, 145 exploitations sur 240 étaient en dessous d’un taux de réalisation de 95 %. » Une gestion trimestrielle de la production Désormais, Alsace Lait impose une gestion trimestrielle de la production, avec un suivi mensuel : chaque mois, le volume dépassant le volume engagé est payé au prix du marché spot. Chaque trimestre, le volume dépassant de 10 % le volume engagé trimestriel est décoté de 150 €/1 000 l. Autre précision, pour les jeunes agriculteurs, l’attribution des volumes contractualisés se fait à partir de la date effective d’installation. Jean Bernhard a présenté les résultats du contrôle laitier, auquel adhèrent 207 exploitations, avec le soutien financier d’Alsace Lait. Concernant la composition du lait, le taux de matière grasse a augmenté de plus d’1 g pour s’élever à 41,43 g. Le taux de matière protéique a lui aussi progressé (+ 0,4), à 33,57 g. « La moyenne des producteurs Alsace Lait est supérieure à la moyenne du laboratoire d’analyse », a relevé Jean Bernhard. Cette augmentation est sans doute liée à la baisse de la production par vache laitière. La qualité bactériologique du lait est bonne : 99,67 % du lait collecté a moins de 100 000 germes, 98,89 % sont même en dessous du seuil de 50 000 germes. « Depuis 2012, c’est la meilleure année ! Il faut poursuivre dans ce sens et agir sur les points critiques qui entraînent parfois des pointes brutales. » « Vous parvenez à bien gérer le niveau de numération cellulaire : 73,4 % du lait collecté est en dessous de 250 000 cellules. Vous arrivez au niveau de 2010, bravo ! Moins de cellules, c’est moins de mammites, moins de lait jeté. » Par ailleurs, 66 % du lait affiche un taux de spores butyriques inférieur à 800 spores par litre. « La courbe est en constante amélioration. » 99,83 % de la collecte a un indice cryoscopique inférieur à 506. Pour le challenge Haute Qualité 2016 (≤ 25 000 germes, ≤ 250 000 cellules, ≤ 800 spores, absence d’inhibiteurs), 28 producteurs ont livré 12 mois sur 12 du lait haute qualité. « Tous les systèmes de traite sont représentés », a précisé Jean Bernhard. Excellente qualité bactériologique Au niveau de la flore mésophile, la qualité bactériologique du lait est excellente. Mais certaines flores spécifiques sont assez néfastes, notamment les levures moisissures : ce sont les premiers germes qui se développent sur le lait caillé. « Cela reste problématique pour une partie des laits. » Les élevages concernés sont ceux dont le nettoyage est insuffisant et inefficace, ou dont l’environnement de traite est inapproprié (salle de traite obsolète, lavettes non nettoyées ou non séchées). « Ensuite, il y a les accidents, en général vite réglés. S’affranchir des accidents est impossible, mais la recherche de points critiques permet de limiter le nombre d’accidents ou leur gravité. » Comment a évolué le prix du lait à la production ? Le prix acompte s’élève à 328,08 €, en baisse de 23,09 €. À cela s’ajoute le bonus pour la qualité du lait. « L’augmentation des taux et de la matière protéique engendre un gain de près de 3 €. La bonne qualité du lait améliore aussi le revenu des producteurs. » S’y ajoute la haute qualité (1,55 €/1 000), le challenge HQ sur des litrages importants. L’intérêt sur le capital social, la ristourne sur les rétrocessions et le complément de prix pour les mois d’été viennent compléter ce prix, qui s’établit à 336,53 €, soit une baisse de 16,90 €/1 000 l. « C’est le prix le plus bas de ces six dernières années. ». Un producteur sur trois adhère au suivi technico-économique Écolait, a relevé Jean Bernhard. Les éleveurs concernés ont, en moyenne, une SAU de 110 ha, une SFP lait de 69 ha (maïs 25 ha, herbe 43 ha). La production moyenne par vache a légèrement baissé : elle s’établit en moyenne à 8 846 l. Cependant, cette production est très variable d’une exploitation à l’autre : de 5 500 l à 12 600 l/vache. « Le groupe représente bien la diversité de l’élevage alsacien. » Le plus grand producteur produit 2,5 Ml/an, le plus petit 250 000 l. Soit en moyenne 722 659 l, pour 1,88 unité de main-d’œuvre pour le troupeau laitier. La marge brute s’établit à 197 €/1 000 l (- 20 €), avec de fortes amplitudes. Quels sont les objectifs d’évolution de la production ? « Notre volonté est d’absorber tous les volumes que vous avez l’intention de produire. Mais en 2015, certains producteurs ont largement excédé les volumes contractualisés, ce qui nous a amenés à modifier le système. » Le nombre de producteurs diminue, libérant des litrages qui vont aux producteurs prioritaires, en particulier aux jeunes agriculteurs. « Notre objectif n’est pas d’acheter du lait sur le marché spot. » Pour preuve, la production est passée de 122 à 140 millions de litres en quelques années. « Nous souhaitons tous augmenter notre production. Mais le développement doit être harmonieux. »

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