Élevage

Publié le 10/11/2016

Confronté à la baisse du prix du lait, Sébastien Lapp a fait le choix de réduire ses coûts d’alimentation en redonnant une place de choix aux céréales qu’il produit sur son exploitation.

Installé depuis 2010, Sébastien Lapp élève 55 vaches laitières à Wingersheim, pour une production annuelle de 560 000 litres. Le départ en retraite de son père et celui, prochain, de sa mère, l’ont poussé à s’équiper d’un robot de traite en 2014. « Comme je vais me retrouver seul, j’ai préféré anticiper », indique le jeune éleveur, qui, avec cet investissement, a gagné en souplesse d’organisation et en temps d’astreinte. Il lui faut en effet s’occuper des 73 hectares de cultures et 35 ha de prairies en plus de l’atelier lait. Le passage au robot de traite nécessite une vigilance accrue dans la gestion des concentrés, indique Annabelle Ragot, conseillère à Alsace Conseil Élevage. Les éleveurs sont souvent tentés d’augmenter les apports pour assurer une bonne fréquentation du robot, d’où des risques de dérapage des coûts alimentaires. Sébastien Lapp en a fait l’expérience au pire moment : avec un prix du lait au ras du plancher, un coût alimentaire de 137 €/1 000 kg de lait pour une production de 27,2 kg/vache n’était plus supportable. « Dans le secteur, sur la même période de juin 2015 à janvier 2016, les éleveurs laitiers avaient en moyenne un coût alimentaire de 110 €/1 000 kg. Il fallait réagir », explique Annabelle Ragot, qui chiffre à 15 000 € par an la perte subie par l’éleveur. Sur les conseils de la technicienne, Sébastien Lapp visite un élevage comparable au sien. Seule différence : l’éleveur utilise des céréales au robot et possède un certain recul sur le sujet. Cette visite convainc l’éleveur de Wingersheim de revoir sa stratégie alimentaire en redonnant une place de choix aux céréales produites sur l’exploitation, moins chères qu’un aliment du commerce. « J’ai réduit les concentrés et j’ai remplacé un des deux concentrés provenant du commerce par un mélange orge-maïs distribué au Dac », explique Sébastien Lapp. Les deux céréales sont aplaties à la ferme, grâce à un aplatisseur d’une capacité de 2 tonne/heure que Sébastien et son père utilisaient déjà pour l’orge rentrant dans la ration de base des laitières. « Bien sûr, il faut pouvoir stocker la céréale, reconnaît l’éleveur. Et l’aplatissage demande une charge de travail supplémentaire, mais on peut le faire en dehors des pointes de travail. » Sébastien Lapp garde une certaine souplesse grâce à un silo de stockage de 6 t, qui offre environ 2 mois et demi d’autonomie. Ne pas dépasser 4 kg de céréales par vache et par jour « Il ne faut pas dépasser 4 kg de céréales par vache et par jour avec une ration riche en ensilage de maïs, c’est la limite du système », souligne Annabelle Ragot. Les 2,5 ha d’orge semés en 2016 n’ont pas suffi pour couvrir les besoins du troupeau, ce qui a obligé Sébastien Lapp à en acheter à sa coopérative. Mais dès cet automne, il a porté la surface à 6 ha, avec un objectif de rendement de 65 q/ha. Quant au maïs, il le récupère après séchage auprès de la coopérative. L’éleveur et la technicienne tirent un bilan largement positif de ce changement de régime, plus économe en concentrés. « La production de lait moyenne a augmenté de 1 kg/vache, à 28,2 kg, avec un troupeau vieillissant en mois moyen alors que la distribution de concentrés a été réduite de 55 g/1 000 kg, à 250 g, commente Annabelle Ragot. Le prix du concentré est maîtrisé puisqu’en utilisant la céréale issue de la ferme à 128 €/t (coût de revient éleveur) et un tourteau à 37 % de matière azotée totale, on fait une économie de 57 €/t de concentré. » L’ensemble de ces éléments a permis à Sébastien Lapp de revenir à un coût alimentaire de 110 €/1 000 kg de lait, comparable à celui des éleveurs de son secteur. Reste quelques précautions à observer : l’utilisation de céréales nécessite de dépoussiérer plus fréquemment le robot de traite et de vérifier régulièrement le bon écoulement du mélange de céréales au Dac. Elle exige également l’emploi de souricide pour éviter la présence de rongeurs autour du robot.

Inauguration du 22e concours interdépartemental d’Habsheim

Une édition « particulière »

Publié le 06/11/2016

Lors de l’inauguration de la 22e édition du concours interdépartemental d’Habsheim, Sébastien Stoessel, président du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) a souligné le contexte particulier dans lequel vivent les éleveurs depuis trois ans. Il appelle les partenaires financiers et les collectivités à davantage de soutien moral et financier.

Attention, vaches en circulation ! Dimanche, la première journée du 22e concours interdépartemental d’Habsheim a fait quelques dégâts dans les rangs des organisateurs. Le matin, c’est Fabienne Menges, du service élevage de la CAA, qui a tout d’abord été envoyée à l’hôpital par une génisse salers un peu trop vigoureuse. Certainement stressé par l’agitation ambiante, l’animal a réussi à renverser l’une des barrières qui entoure le ring sur la salariée de la Chambre d’agriculture. Quelques heures plus tard, c’est son collègue Daniel Renger qui se blesse méchamment en glissant sur une bouse. Lui aussi terminera sa journée à l’hôpital. « Heureusement, il n’y a rien de grave pour eux », rassure le président du service élevage de la CAA, Sébastien Stoessel, lors de l’inauguration en présence des élus, des responsables professionnels et des partenaires. Mais sans le président de la Chambre d'agriculture, Laurent Wendlinger, immobilisé depuis la veille… pour une mauvaise chute dans son exploitation. Résultat, des béquilles et une attelle pour le jour de ses cinquante ans, et une drôle de loi des séries pour cette 22e édition du concours bovin d’Habsheim. « Cela contribue au caractère particulier de ce millésime 2016 », commente Sébastien Stoessel. « Particulier pour les mesures de sécurité exceptionnelles qui ont dû être prises pour que la manifestation puisse se dérouler. Et particulier par le contexte dans lequel le monde agricole vit. Même les céréaliers sont touchés maintenant. » Face à cette « crise sans précédent », il estime les agriculteurs ont besoin d’être soutenus par leurs partenaires financiers et par les collectivités. « Ces dernières ont fait ce qu’elles pouvaient pour nous accompagner, et c’est bien. Mais aujourd’hui, à l’heure où tout fait le buzz en un rien de temps, nous avons surtout besoin d’un soutien moral. Même si nous rencontrons des difficultés, nous travaillons et restons positifs. On a confiance dans ce qu’on fait. » Sébastien Stoessel rappelle également aux banques leurs responsabilités dans la survie des exploitations agricoles. « Vous êtes avec nous quand ça va, soyez à nos côtés quand ça ne va pas. Aujourd’hui, nous avons besoin de vous, pas dans six mois. Il nous faut un soutien clair, net et précis de votre part. » Des propos complétés par le vice-président de la région Grand Est et maire de Mulhouse, Jean Rottner. « On doit se battre tous ensemble pour défendre cette partie de l’économie française qui souffre. On a tous une part de responsabilité, du politique au consommateur. Plus on saura se parler, plus la situation devrait changer. » Le temps presse, le sol des agriculteurs est de plus en plus glissant.

Foire Simon et Jude à Habsheim

La fierté

Publié le 04/11/2016

Le lundi fut la journée des Holstein. Devant un public admiratif, la grande famille des éleveurs a fait partager sa passion avec fierté.

Démarrage en douceur lundi à la foire Simon et Jude. Le brouillard couvre la manifestation. Mais, sous le chapiteau, les éleveurs et les vaches sont prêts. Les éleveurs gardent la fierté de ce qui est bien plus qu’un métier : une passion voire un sacerdoce. En dépit de la situation économique actuelle. C’est aussi un moment de partage : avec le public mais aussi avec les collègues. Au milieu du ring, le concours du meilleur présentateur en race Montbéliarde débute. « Présenter un animal ici à Habsheim, c’est l’aboutissement d’une année de formation. Pour ces jeunes passionnés, c’est aussi un tremplin vers d’autres concours et surtout vers un avenir professionnel », explique Alexandre Wintzenrieth, l’un des professionnels en charge de ladite formation. Pendant plusieurs minutes, les jeunes participants défilent sur le ring avec leur vache devant l’œil vigilant du juge, le suisse Stefan Widmer. Et c’est finalement Florine Wira du Gaec Gutzwiller à la ferme du Neuhof à Michelbach-le-Haut qui l’emporte. Puis, vient l’heure de la finale du concours de jugement de bétail. Oser le changement La matinée se poursuit par la présentation des races avec une prédominance pour la Prim’Holstein, star de cette journée. La présentation est effectuée par Armand Mathieu, un fidèle parmi les fidèles. « J’ai eu la chance dans ma vie d’exercer un métier que l’on ne peut pas exercer sans être passionné. Personnellement, j’ai une attirance toute particulière pour les petites races. Celles qui sont souvent ignorées et qui, pour survivre, doivent être élevées par, précisément, des passionnés. C’est par exemple le cas pour la Jersiaise ou la Vosgienne. Cela fait 40 ans que je suis dans le métier de l’insémination et je découvre encore des choses cette année. Cette manifestation ose le changement. Il n’y a plus ici de chevaux de trait, mais on a la Salers. C’est une bonne chose. Il ne faut pas s’attacher à vouloir rester absolument avec des recettes qui ont réussi par le passé. Il faut évoluer. C’est ce que font les éleveurs alsaciens ». À ses côtés, Antoine Franck de Goldbach qui avec son épouse Anne-Marie élève une cinquantaine de vaches. La veille, il a été récompensé de deux premiers prix pour ses Salers. Âgé de 63 ans, même si l’heure de la retraite approche, il vient pourtant toujours à Habsheim. « C’est important de venir ici. Mes parents venaient déjà. Nous présentons des salers pour la seconde année. Nous voulons montrer que la vache Salers n’est pas une sauvageonne ». Une manifestation de haute tenue Le moment attendu du concours et du championnat de la race Holstein arrive. Par section, les vaches défilent avec les éleveurs devant Stefan Widmer. On devine cette grande fierté d’être présent, cet honneur de présenter la race Holstein, ce privilège d’être au côté d’une vache bien préparée. Au final, le Gaec Wilt situé à Dachstein dans le Bas-Rhin remporte le premier prix, mais également celui du meilleur lot. Olivier Wilt, 35 ans, ne cache pas son émotion. « C’est magnifique. J’ai l’habitude des concours, c’est ma passion. Mais là, c’est un moment particulier. Et cette vache est exceptionnelle. Nous en avons déjà eu de belles, mais, elle, elle est vraiment particulière. Notamment au niveau morphologique. Je suis fier d’avoir réussi à convaincre le jury. Et pour le lot, c’est une belle surprise. Oui, c’est une belle journée. Nous étions invités dans le Haut-Rhin pour la seconde fois. Nous n’avons pas à le regretter, d’autant que cette manifestation est de haute tenue », se réjouit Olivier Wilt. C’est également la conclusion d’une foire Simon et Jude réussie. Au micro, Thomas Prinz, l’une des chevilles ouvrières de la manifestation, ne cache pas sa satisfaction. « Merci tout d’abord au juge pour son déplacement de Suisse. Stefan Widmer est une référence. C’est lui qui était aux commandes du concours Prim’Holstein au Space cette année. L’avoir à nos côtés est une fierté pour nous. Merci également à l’ensemble de nos partenaires de ce week-end, au public, et bien évidemment à vous toutes et tous les éleveurs alsaciens qui ont fourni un gros travail. Nous avons vu des vaches bien préparées. Vous pouvez être fiers. Vous avez donné et vous donnez une image d’un élevage alsacien dynamique ».

Pages

Les vidéos