Élevage

Foire Simon et Jude à Habsheim

La fierté

Publié le 04/11/2016

Le lundi fut la journée des Holstein. Devant un public admiratif, la grande famille des éleveurs a fait partager sa passion avec fierté.

Démarrage en douceur lundi à la foire Simon et Jude. Le brouillard couvre la manifestation. Mais, sous le chapiteau, les éleveurs et les vaches sont prêts. Les éleveurs gardent la fierté de ce qui est bien plus qu’un métier : une passion voire un sacerdoce. En dépit de la situation économique actuelle. C’est aussi un moment de partage : avec le public mais aussi avec les collègues. Au milieu du ring, le concours du meilleur présentateur en race Montbéliarde débute. « Présenter un animal ici à Habsheim, c’est l’aboutissement d’une année de formation. Pour ces jeunes passionnés, c’est aussi un tremplin vers d’autres concours et surtout vers un avenir professionnel », explique Alexandre Wintzenrieth, l’un des professionnels en charge de ladite formation. Pendant plusieurs minutes, les jeunes participants défilent sur le ring avec leur vache devant l’œil vigilant du juge, le suisse Stefan Widmer. Et c’est finalement Florine Wira du Gaec Gutzwiller à la ferme du Neuhof à Michelbach-le-Haut qui l’emporte. Puis, vient l’heure de la finale du concours de jugement de bétail. Oser le changement La matinée se poursuit par la présentation des races avec une prédominance pour la Prim’Holstein, star de cette journée. La présentation est effectuée par Armand Mathieu, un fidèle parmi les fidèles. « J’ai eu la chance dans ma vie d’exercer un métier que l’on ne peut pas exercer sans être passionné. Personnellement, j’ai une attirance toute particulière pour les petites races. Celles qui sont souvent ignorées et qui, pour survivre, doivent être élevées par, précisément, des passionnés. C’est par exemple le cas pour la Jersiaise ou la Vosgienne. Cela fait 40 ans que je suis dans le métier de l’insémination et je découvre encore des choses cette année. Cette manifestation ose le changement. Il n’y a plus ici de chevaux de trait, mais on a la Salers. C’est une bonne chose. Il ne faut pas s’attacher à vouloir rester absolument avec des recettes qui ont réussi par le passé. Il faut évoluer. C’est ce que font les éleveurs alsaciens ». À ses côtés, Antoine Franck de Goldbach qui avec son épouse Anne-Marie élève une cinquantaine de vaches. La veille, il a été récompensé de deux premiers prix pour ses Salers. Âgé de 63 ans, même si l’heure de la retraite approche, il vient pourtant toujours à Habsheim. « C’est important de venir ici. Mes parents venaient déjà. Nous présentons des salers pour la seconde année. Nous voulons montrer que la vache Salers n’est pas une sauvageonne ». Une manifestation de haute tenue Le moment attendu du concours et du championnat de la race Holstein arrive. Par section, les vaches défilent avec les éleveurs devant Stefan Widmer. On devine cette grande fierté d’être présent, cet honneur de présenter la race Holstein, ce privilège d’être au côté d’une vache bien préparée. Au final, le Gaec Wilt situé à Dachstein dans le Bas-Rhin remporte le premier prix, mais également celui du meilleur lot. Olivier Wilt, 35 ans, ne cache pas son émotion. « C’est magnifique. J’ai l’habitude des concours, c’est ma passion. Mais là, c’est un moment particulier. Et cette vache est exceptionnelle. Nous en avons déjà eu de belles, mais, elle, elle est vraiment particulière. Notamment au niveau morphologique. Je suis fier d’avoir réussi à convaincre le jury. Et pour le lot, c’est une belle surprise. Oui, c’est une belle journée. Nous étions invités dans le Haut-Rhin pour la seconde fois. Nous n’avons pas à le regretter, d’autant que cette manifestation est de haute tenue », se réjouit Olivier Wilt. C’est également la conclusion d’une foire Simon et Jude réussie. Au micro, Thomas Prinz, l’une des chevilles ouvrières de la manifestation, ne cache pas sa satisfaction. « Merci tout d’abord au juge pour son déplacement de Suisse. Stefan Widmer est une référence. C’est lui qui était aux commandes du concours Prim’Holstein au Space cette année. L’avoir à nos côtés est une fierté pour nous. Merci également à l’ensemble de nos partenaires de ce week-end, au public, et bien évidemment à vous toutes et tous les éleveurs alsaciens qui ont fourni un gros travail. Nous avons vu des vaches bien préparées. Vous pouvez être fiers. Vous avez donné et vous donnez une image d’un élevage alsacien dynamique ».

Centre d’études techniques apicoles d’Alsace (Cetaa)

Miels d’Alsace à l’honneur !

Publié le 04/11/2016

Châtaigne, acacia, sapin… Pour la seconde édition de la fête du miel, organisée par le Cetaa, quatre apiculteurs alsaciens ont proposé des dégustations sur la place Gutenberg à Strasbourg, l’occasion de découvrir les qualités de cette production locale.

Samedi 29 octobre, le public a pu déguster sur la place Gutenberg à Strasbourg les miels de quatre apiculteurs alsaciens professionnels à l’occasion de la fête du miel. Organisée par le Cetaa, cette seconde édition, également proposée à Colmar le 22 octobre, vise à mettre en avant « l’appellation IGP Alsace et la démarche de qualité entreprise par ces apiculteurs », souligne Alexis Ballis, conseiller technique dédié à cette production, à la Chambre d'agriculture d'Alsace. « Tout est analysé : le pollen, le goût » notamment par des laboratoires indépendants. La certification est octroyée par un organisme certificateur indépendant. Seule cette certification IGP apposée sur les pots de miel garantit et authentifie leur origine Alsace. Une récolte réduite de moitié en moyenne Pour ces quatre producteurs, l’année a été particulièrement difficile, « à l’image des autres filières en Alsace », souligne Alexis Ballis. L’humidité intense du printemps puis la sécheresse ont occasionné « une famine chez les abeilles et engendré des difficultés d’essaimage ». Dans l’ensemble de l’Alsace, « il n’y a pas beaucoup de volume mais la qualité est au rendez-vous ». Pour le miel de sapin, le miellat est arrivé trop tard, « les abeilles n’avaient plus assez de force pour récolter, elles se préparaient déjà à hiberner ». Pour la filière apicole, « c’est une troisième année consécutive de petite récolte », précise le conseiller, « réduite de moitié en moyenne », avec des disparités selon les variétés et les secteurs. « Ça c’est joué parfois à quelques kilomètres, notammentpour la grêle », précise Bernard Tonnelier, du Rucher du Lutenbach, président de l’organisme de défense et de gestion des miels d’Alsace. Dans le val de Villé, cet apiculteur a récolté peu de sapin, mais a par contre réalisé « une bonne année pour le châtaignier ». « L’acacia est fragile et craint l’humidité, la récolte s’est réduite à trois jours au lieu de dix habituellement » note l’apiculteur. Sur le marché de la place Gutenberg, les apiculteurs ont proposé uniquement des produits faits « maison » comme le pain d’épices élaboré par Sylvie Lehr du Rucher des Vosges du Nord. Apicultrice depuis 18 ans, elle est installée à Struth et déplore une perte de récolte de 50 % cette année sur ses 700 ruchers en production. « Celle de sapin était maigre, mais c’est mieux que rien », souligne cette apicultrice. La récolte fut par contre meilleure du côté du concours général agricole de Paris où elle a décroché trois médailles : l’or pour son miel d’acacia et l’argent pour le miel crémeux et de forêt. Savoir-faire et saveurs des miels d’Alsace À Reichstett, avec 350 ruchers, Sébastien Berger, des Apiculteurs Berger, déplore également « une récolte réduite de moitié, sans miel de tilleul, ni d’acacia », suite à des orages. Il a récolté trois tonnes « au lieu des six attendues, et une seule récolte de sapin », début septembre. Pour composer avec cette météo très défavorable, il a choisi « de ne pas faire de miel mais des abeilles », en vue de l’agrandissement de ses ruchers. Sur son stand, le public a pu découvrir les outils quotidiens des apiculteurs, un fumoir, le casque protecteur, le miel en rayon. Ce marché se voulait également pédagogique, avec des panneaux explicatifs dont ceux du cirier gaufreur et apiculteur Laurent Fichter, du Rucher des mûriers à Kingersheim. « La qualité de la cire est primordiale pour les apiculteurs », souligne Alexis Ballis, cet outil de travail, « c’est comme la terre pour le paysan, c’est là que tout pousse ». Il met en garde sur les produits issus du « commerce international, où la cire peut contenir des polluants », ce qui peut ensuite impacter les ruchers.

Publié le 20/10/2016

Seule femme en France artisan boucher, charcutier, traiteur, Christine Spiesser, chevalier du Mérite agricole, défend avec fierté une qualité de viande optimale dans une philosophie qui valorise le travail des éleveurs.

Sur les marchés à Strasbourg, dans son camion de boucherie, charcuterie, traiteur, Christine Spiesser est connue pour la qualité de ses produits, jamais à court d’idées pour les cuisiner et en parler à ses clients, car elle les aime et tout particulièrement ses viandes. Engagement, savoir-faire et fierté du métier Angus, salers, baronnet, aubrac, « il n’y a pas de mystères, affirme Christine Spiesser, s’il y a du très bon au départ, à l’arrivée dans l’assiette c’est la même excellence. » Son parcours dans les métiers de bouche remonte à ses 15 ans : sollicitée par ses parents pour rejoindre la boucherie charcuterie familiale à Holtzheim, elle passe son brevet de Compagnon comme étalière et sort major de sa promotion. Elle apprend avec son père les coulisses du métier, le choix des bêtes sur pied, la préparation de la viande et la fabrication de la charcuterie maison. Elle poursuit ce cursus, « pas facile dans ce milieu exclusivement masculin », avec un brevet de Compagnon en boucherie, charcuterie, traiteur, puis un brevet de maîtrise en 1988. Elle devient la seule femme en France Maître artisan boucher, charcutier, traiteur. Un diplôme qui lui a permis de transmettre son savoir-faire à plus d’une dizaine d’apprentis, et qui lui a valu à plusieurs reprises une médaille de l’enseignement technique. En 2013, la Chambre des métiers d'Alsace la distingue en lui décernant le titre de « Madame artisanat », puis en 2014 la médaille d’honneur de bronze. En 2015, Christine Spiesser reçoit la médaille de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole, parrainée par le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll. Une distinction dont elle est particulièrement fière, qui récompense son métier et son engagement auprès des éleveurs. Membre de l’association Bleu blanc cœur, elle s’est investie dans la recherche de viande de qualité issue d’animaux élevés dehors, qui pâturent de longues années, bien traités, quasi choyés. Un concept qu’elle défend et explique à ses clients et qui justifie les prix de ses produits. C’est « un prix juste au regard de la qualité et qui rémunère correctement les éleveurs », souligne cette professionnelle qui incite ses clients à « manger moins, mais mieux ». En travaillant exclusivement sur les marchés, elle a opéré ce changement dans le choix de ses viandes avec cette philosophie en 2005, avec un virage intégral depuis 2010. Des élevages qui permettent la maturation de la viande En direct avec les producteurs, l’aventure a commencé avec la viande d’agneau baronnet. D’autres rencontres ont suivi comme celle, récente, avec Rachel à Chapelle-Voland dans le Jura, dont elle a visité le petit élevage de poulets de Bresse qui l’a laissée enthousiaste. « Le contact sur le terrain est important pour voir comment les animaux sont élevés, ce qu’ils mangent. » Porcs, gibiers d’Alsace, volailles, ce ne sont que des viandes d’origine : « Chaque animal a son terroir, qu’il s’agit de respecter, tout comme l’animal. L’absence d’intermédiaire est un moyen pour les éleveurs de valoriser leur viande et de s’en sortir », souligne Christine Spiesser. Elle estime, dans le contexte difficile actuel que «faire une viande de qualité est une solution pour la valoriser à sa juste valeur et pouvoir être rémunéré correctement ». La réouverture des petits abattoirs est « une bonne chose pour permettre à la filière de reprendre du poil de la bête », note la bouchère. Ses viandes d’origine proviennent de vaches « de réforme » qui sont au champ « plus de trois ans, voire jusqu’à huit ans ; ce n’est pas encore dans les habitudes des éleveurs de la région », souligne la professionnelle, qui espère néanmoins travailler dans ce sens avec la filière. Elle est pourtant persuadée que « c’est une solution », car au final, « l’animal se transforme tout seul, il prend forme, muscles, gras, s’imprègne de son terroir, sans utilisation d’ensilage », ajoute-t-elle, vantant par ailleurs les qualités du lin. Cette passionnée va voir « ses » animaux, travaille avec les éleveurs sur la nourriture, leur confort. En fonction de la race et des moments de l’année, selon ce qu’elle veut, l’éleveur les change de pâturages, « tout un concept ». La viande est maturée plusieurs semaines, jusqu’à dix semaines, « ce qui est impossible sur des produits jeunes ». « Plus on laisse les animaux se former, plus la viande aura le goût des quatre derniers mois passés dans les prés, c’est le bon gras qui prend le dessus, et il n’y a pas de pertes de produit, car ces viandes n’ont pas d’eau », précise-t-elle. Christine Spiesser dit avoir simplement envie « de continuer ce que l’éleveur a mis en œuvre en amont pour la qualité de son élevage, en mettant en valeur son travail ». Un concept qui fonctionne de mieux en mieux sur les marchés et que cette battante entend poursuivre dans d’autres projets.

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