Cultures

Publié le 04/07/2018

Henri Perroy est le gérant de deux fermes en périphérie de Mulhouse. Il est à l’affût de toutes les opportunités techniques et de marché qui se présentent à lui et à ses deux collaborateurs.

« La société Olagri à Mulhouse comme le Domaine agricole de Heimsbrunn (DAH) appartiennent au même groupe industriel familial. La première contrôle la seconde. Elles restent juridiquement indépendantes pour des raisons comptables, fiscales et de réglementation Pac. Mais elles sont gérées ensemble » explique Henri Perroy, gérant d’Olagri depuis 1993 et de DAH depuis son rachat en 1998. Une décision prise pour l’une vaut donc aussi pour l’autre. Elles n’ont pas manqué lors des onze dernières années. La rotation a beaucoup évolué. La part de maïs grain est passée des deux tiers à un bon quart. Depuis 2015, la surface de colza a été multipliée par deux pour mieux répartir la charge de travail entre cultures d’hiver et de printemps. La betterave est revenue en 2017. Elle avait été arrêtée en 2008 lors du plan de cessation lancé par la sucrerie d’Erstein. « C’est un choix économique. Plutôt que de repartir sur vingt hectares, nous avons opté pour un bloc annuel de quinze à seize. C’est plus adapté à notre parcellaire. Il faut aussi financer le rachat de nouvelles parts sociales pendant sept ans à un prix qui n’est désormais plus garanti » observe Henri. Ce redémarrage a été complété par l’investissement de plus de 60 000 € dans un semoir monograine à gestion électronique qui évite les recroisements. En le proposant en prestation, l’équipement sème presque 300 ha de betteraves, colza, maïs grain et semences par an. Le labour est une autre pratique qui a reculé. Il se limite aux surfaces avant maïs et betteraves ainsi qu’à une partie de la sole blé. Un travail simplifié au chisel et avec un outil à disques est de règle pour le colza depuis plus de quinze ans, comme pour le blé après betterave. « Les parcelles se partagent entre huit communes et cinq types de sol, plus ou moins limoneux, argileux et sableux. Il faut juger en fonction de la météo quand c’est le plus approprié. La consommation de carburant et l’usure des pièces sont moindres. Sans compter le gain de temps et la vie du sol qui en profite » constate Henri. Le désherbage avec une herse étrille est une option utilisée quand les conditions le permettent. En matière de traitements, les adjuvants systématiques permettent de descendre la dose de moitié, voire de se contenter de 20 %. La dépense 2017 a ainsi été contenue à 15 €/ha sur orge d’hiver, 66 € sur blé, 85 € sur maïs et 106 € sur colza. L’exploitation se fournit en semences et en phytosanitaires auprès d’un groupement d’achat auquel participent treize exploitations. Elle privilégie un revendeur de proximité pour l’ammonitrate 27 ou 33.5 conditionné en big-bag ou l’urée 46 cherchée en vrac. Améliorer la productivité Pour le matériel, l’exploitation possède des tracteurs en propre, sa moissonneuse-batteuse avec une barre de coupe de 6,10 m et la possibilité de cartographier le rendement, son automoteur de 2 050 l pour traiter quelque 40 ha d’un coup. Mais elle adhère aussi à la Cuma Porte du Sundgau pour disposer d’un combiné de semis pour le blé, de puissance de traction supplémentaire, d’outils de travail du sol comme un déchaumeur à disques ou un décompacteur. Sur les cinq dernières, les charges de mécanisation s’élèvent ainsi à 567 €/ha. Henri arbitre prudemment ses ventes entre tous les organismes stockeurs présents sur le terrain. « Je connais mes prix de revient par culture salaires inclus. J’engage avant récolte, voire avant semis, de 30 à 40 % de chaque production à prix ferme. Je cède un tiers environ au prix moyen récolte. Je laisse le solde en stock chez l’OS. Je consulte les cours chaque jour. Je discute régulièrement avec les acheteurs » explique Henri. Il s’est essayé au marché à terme après avoir suivi une formation. Sur la dernière récolte, il n’a engagé que 25 t de colza via un négociant. « Je trouve que le risque est réel alors que cet outil est pourtant prévu pour le réduire » regrette-t-il. En 2015 et 2016, le résultat s’est inscrit en négatif. Il est redevenu positif en 2017. Depuis quatre à cinq ans, Henri cherche à améliorer la productivité. D’où son choix de reprendre la betterave, de se lancer dans le maïs semence « qui a une bien meilleure rentabilité ». « Se diversifier encore un peu plus » lui semble inévitable. Il n’écarte pas non plus la perspective de passer en bio pour le blé, l’orge, l’épeautre, le colza… Une partie de la surface étant en zone de captage avec les contraintes qui vont avec, ce serait une solution pour en tirer une meilleure valorisation.

Publié le 04/07/2018

La rumeur enflait depuis plusieurs jours. Ça y est ! L’IGP choucroute d’Alsace a obtenu la reconnaissance européenne. Le Journal officiel de l’Union européenne a publié mardi dernier le règlement d’exécution (UE) 2018/938 de la Commission du 20 juin 2018 enregistrant la dénomination « Choucroute d’Alsace IGP » dans le registre des indications géographiques protégées. Jean-François Vierling se félicite de la décision de l’Union européenne qui couronne la persévérance des choucroutiers alsaciens. Cela fait vingt ans que les membres de l’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace (AVCA) se battent pour obtenir le blanc-seing européen, les autorités françaises ayant homologué le dossier IGP en 2012. « L’obtention d’une IGP européenne permettra de valoriser le savoir-faire régional et de maintenir la production en Alsace », indique le président d’Alsace Qualité. Laurent Heitz, président de l’Association des producteurs de chou à choucroute, est « heureux de cette reconnaissance européenne qui nous permettra d’augmenter les volumes de production et, à terme, les prix. Heureux aussi de pouvoir proposer au consommateur un produit de qualité avec un cahier des charges et une traçabilité exemplaires. »

Publié le 04/07/2018

Les bandes fleuries sont un moyen simple et valorisant pour développer la faune auxiliaire à proximité de ses cultures et contribuer à réguler les ravageurs. Dans le cadre du projet national Muscari, 17 partenaires ont comparé l’efficacité de différents mélanges botaniques dans plusieurs régions de France. Fin mai, Nungesser Semences a accueilli une réunion de présentation de ce projet dans son usine d’Erstein.

Les travaux scientifiques sur la biodiversité fonctionnelle et l’intérêt des bandes fleuries se multiplient, mais leurs résultats sont difficilement accessibles aux producteurs. C’est dans ce contexte que les chercheurs du projet Muscari (Mélanges botaniques utiles aux systèmes de culture et auxiliaires permettant une réduction des insecticides) ont réalisé une série de suivis sur des espèces botaniques pour élaborer des mélanges adaptés aux conditions pédoclimatiques locales et évaluer les services qu’elles rendent aux cultures. Encourager agriculteurs, viticulteurs, arboriculteurs à ensemencer les bords de champs, de vignes ou de vergers pour créer des bandes fleuries, telle est la finalité du projet Muscari, présenté par François Warlop, du Groupe de recherche en agriculture biologique. Mais attention, pas avec n’importe quelles fleurs ! Dans ces mélanges, pas de place pour les espèces d’ornement, comme le cosmos ou le pavot de Californie : « Ils n’ont aucun intérêt écologique ». Il s’agit au contraire de privilégier des espèces autochtones, comme le coquelicot, le bleuet, l’achillée, la carotte sauvage, la féverole, la luzerne, etc. « Nous cherchons des écotypes sauvages, plus proches de la nature et plus écologiques car ils attirent les pollinisateurs et les ravageurs des cultures. » Cinq mélanges différents ont été étudiés dans le cadre du projet Muscari qui a démarré en 2015. Au total, 14 sites expérimentaux ont été mis en place, essentiellement sur la côte Ouest. Les chercheurs ont comparé leur comportement botanique, fait un suivi des insectes dans les bandes fleuries et étudié leurs effets sur les cultures adjacentes. D’une durée de trois ans, ce projet s’achève ce mois-ci par un séminaire à Paris. Une page internet (https://wiki.itab-lab.fr/muscari) permet d’accéder facilement aux résultats de ces recherches et de mieux en comprendre les enjeux. « Nous allons également diffuser une brochure pour expliquer le fonctionnement des bandes fleuries et le résultat de ce projet. » « Pas juste pour faire beau ! » « Notre but est de développer des bandes fleuries efficaces, pas juste des mélanges pour faire beau. » L’objectif étant de contribuer à remplacer les produits phytosanitaires en attirant les prédateurs et les parasites des cultures voisines, comme la cicadelle verte de la vigne ou le puceron en grandes cultures et maraîchage. « L’offre de semences fleuries est abondante, mais il s’agit souvent d’espèces exotiques, qui n’ont pas beaucoup d’intérêt écologique, explique François Warlop. Nous avons voulu travailler avec les semenciers pour proposer des mélanges approuvés par les scientifiques. » Des mélanges fleuris « maison », dont les chercheurs ont étudié la vitesse d’installation, le comportement botanique dans différentes conditions pédoclimatiques, avant de faire une évaluation agroécologique. Les mélanges testés se composent de différentes plantes pour cibler une diversité de phytophages et fournir des habitats stables, des ressources alimentaires et des proies alternatives aux auxiliaires. « Nous avons associé plusieurs familles botaniques, avec une majorité d’espèces pérennes. Des espèces vivaces qui se tiennent dans le temps pour faciliter l’entretien, dont la floraison s’étale sur toute l’année. » On y trouve essentiellement des ombellifères (carotte sauvage, achillée), mais aussi des légumineuses (féverole, luzerne) qui attirent des pucerons spécifiques. Ces mélanges ont été installés à côté immédiate des cultures pour évaluer comment la bande fleurie impacte la culture. « À partir des résultats obtenus, nous travaillons avec des semenciers régionaux, comme Nungesser Semences dans le Grand Est, pour proposer des mélanges régionaux, labellisés végétal local. » L’un des mélanges testés se détachait du lot. « Nous aimerions encore améliorer ce mélange qui nous semble performant. En collaboration avec Nungesser Semences, nous allons intégrer certaines espèces qui correspondent mieux au Nord Est et en supprimer d’autres. Par la suite, il serait bon que les agriculteurs intéressés puissent bénéficier de subventions pour implanter des bandes fleuries. »

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