Cultures

Publié le 08/06/2018

La troisième édition du salon Agriculture de demain a refermé ses portes sur un bilan qualitatif unanimement reconnu, mais quantitativement plus mitigé. La manifestation a en effet accueilli à peine plus de 1 000 professionnels aguerris ou en devenir, étudiants ou personnes en reconversion. Et ce, malgré un programme de conférences et d’ateliers de haut vol, un pôle diversifié d’une cinquantaine d’exposants et une météorologie très favorable.

Le thème de cette troisième édition sur la fertilisation était porteur, explique Maurice Meyer, directeur d’Alsace Bio, société partenaire et co-organisatrice de la manifestation. Tous les partenaires ont porté l’événement de façon active, en diffusant très largement les invitations dans leurs réseaux et cela, à l’échelle du Grand Est. On aurait donc pu s’attendre à une fréquentation bien supérieure à celle de 2016. Ce désintérêt montre à l’évidence le malaise croissant d’un secteur en souffrance… Sur les quelque 1 000 professionnels qui ont fait le déplacement sur la manifestation, beaucoup venaient des différents départements de la Région Grand Est (Moselle, Haute-Marne, Vosges), quelques-uns d’Allemagne et de Suisse… d’autres arrivant même de Chine. En effet, une délégation de cinq représentants de l’Université d’agriculture de Pékin était présente les deux jours, d’une part pour y présenter une conférence passionnante sur le développement de l’agriculture biologique en Chine (lire ci-dessous) ; d’autre part pour participer aux différents ateliers démonstrations proposés, qu’ils ont suivis avec attention et intérêt. Un nombre important d’élèves et étudiants étaient également au rendez-vous. Organisé cette année pour la première fois à l’échelle de la Région Grand Est, Agriculture de demain est un rendez-vous professionnel bisannuel, porté par les Chambres d’agriculture Alsace et Grand Est, Arvalis-Institut du végétal, l’Organisation professionnelle de l’agriculture en Alsace (Opaba) et Alsace Bio. « Nous restons convaincus que ce type de manifestation très pointue tant dans le choix des thèmes que dans la qualité de ses intervenants est important pour les professionnels du secteur. Reste à savoir comment l’adapter au mieux pour les motiver à venir plus nombreux. C’est notre prochain défi… nous avons deux ans pour y réfléchir », conclut Maurice Meyer.

Publié le 05/06/2018

Le lancement officiel de la saison des fraises d’Alsace a eu lieu mardi à Illfurth alors que la campagne est déjà bien entamée. Après un mois d’avril très chaud, la production est abondante et l’ensemble des variétés sont déjà disponibles à la cueillette et à la vente.

Elle est rouge, juteuse, et cette année bien en avance ! Voilà près de deux semaines que les fraises d’Alsace habillent les étals des magasins, et font le bonheur des libres-cueilleurs. Une arrivée un peu précoce alors que lancement officiel de la saison n’a eu lieu que mardi dernier à Illfurth, à la SCEA Boetsch-Wolff. « Pourtant, on pensait que ça serait aujourd’hui la bonne date. Mais il a fait très chaud en avril, et les fraises sont venues tôt. Du coup, on est déjà en plein milieu de la saison », explique le président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace, Olivier Grinner. Alors, un seul mot d’ordre pour tous les amateurs de fraises : à consommer sans plus attendre ! Car la production est abondante avec, précocité oblige, l’ensemble des variétés disponible à la cueillette ou à la vente. « Habituellement, elles arrivent les unes après les autres avec quelques jours de décalage entre elles. Cette année, elles sont toutes là au même moment et elles mûrissent rapidement. C’est la première année où cela se passe si vite », poursuit Olivier Grinner. Qu’elle s’appelle july, salsa, dream, clery ou primi, il y en a clairement pour tous les goûts. Mais qu’elles soient précoces ou non, toutes ces variétés de fraises sont produites selon un cahier des charges commun partagé par tous les membres de l’association présidée par Olivier Grinner. « Notre objectif, c’est d’abord une philosophie commune qui vise à créer un produit plus ou moins homogène en termes de goûts et de formes. Après, chacun est libre du mode de production : plein champ, en buttes, en tunnels ou en hors-sol », poursuit le président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace. Un climat particulièrement favorable pour la fraise Dans la SCEA Boetsch-Wolf, Jean Wolf, Ludovic et Bernard Boetsch appliquent les principes de l’agriculture raisonnée sur les 6 hectares de fraises qui sont cultivées sur buttes couvertes de plastique. Ils passent environ dix fois la bineuse mécanique pour éliminer les mauvaises herbes, et environ quatre à cinq fois manuellement pour nettoyer les plants sur le rang. Les produits de traitement sont utilisés avec parcimonie, et quand cela est vraiment nécessaire. Leur production est écoulée via deux points de vente dans le village, la libre-cueillette et, depuis peu, avec la grande distribution. Ils emploient une quarantaine de travailleurs saisonniers pour la récolte des fraises et des asperges qui représentent la production la plus importante de l’exploitation avec 14 ha. « Le souci est qu’on a de plus en plus de mal à trouver de la main-d’œuvre. En Allemagne, ce n’est pas le cas. Cette distorsion de concurrence est inquiétante pour nous. D’autant plus quand leurs produits sont vendus en Alsace sans aucune indication de leur provenance », déplore Bernard Boetsch. Il y a quand même eu une évolution indique Olivier Grinner : « Aujourd’hui, on compare le prix de la fraise d’Alsace aux prix des fraises du reste de la France, soit des fraises produites avec le même coût et les mêmes contraintes. C’est quand même plus logique. » Et avec un climat parfaitement adapté (hiver froid, puis printemps tempéré) et tous les types de sols, l’Alsace est une terre plus qu’adéquate pour la culture des fraises. Reste plus qu’à les consommer avant qu’il ne soit trop tard.

Label ferme à Lingolsheim

Des céréales aux légumes bios

Publié le 05/06/2018

Installés à Lingolsheim, à la périphérie de Strasbourg, Jacques et Fernanda Wurtz se sont lancés dans la production de légumes biologiques il y a quatre ans. Les débuts sont difficiles, même si la ferme commence à trouver son public.

De nombreuses personnes sont venues soutenir Jacques et Fernanda Wurtz, dimanche 20 mai à Lingolsheim. Le couple organisait une fête des asperges bios sur son site, celui d’une ancienne sablière remise en culture. Ce sol très léger convient particulièrement à la production de légumes. Jacques Wurtz s’est lancé dans le maraîchage voici quatre ans suite à la réduction de ses surfaces en raison de l’urbanisation. « Mon grand-père a transmis 100 hectares à mon père. Moi, j’en ai reçu 60 ha quand je me suis installé il y a 10 ans. Aujourd’hui, il me reste 40 ha car les constructions et la gravière n’ont pas cessé de s’étendre. » Lutter contre l’urbanisation semblait un combat perdu d’avance. Jacques Wurtz décide donc d’en faire un atout, les habitants de Lingolsheim étant, après tout, des consommateurs potentiels de produits locaux. Il aménage un parc à poules pour produire des œufs et commence à cultiver ses premiers légumes sur 70 ares. « Je me posais déjà la question du bio, raconte Jacques Wurtz. Ce sont les légumes qui m’ont fait franchir le cap. » Il investit dans une serre de 1 000 m2 et augmente ses surfaces maraîchères progressivement pour atteindre 4 ha en 2017. Les débuts sont difficiles : avant tout céréaliculteur, il doit à la fois se familiariser avec la production des légumes, maîtriser les méthodes de culture biologique et apprendre à gérer du personnel. Sur la sole qui n’est pas dédiée aux légumes, il expérimente tournesol, orge, avoine, pois, lupin, soja. Cet apprentissage, qui se solde parfois par des échecs, vise à préparer la conversion des surfaces restées en agriculture conventionnelle. Suite à ces différents essais, il envisage de ne garder que le soja, qui s’avère « la culture la plus rentable à condition de maîtriser l’enherbement ». En 2018, les Wurtz, qui sont aidés d’un salarié permanent et de quatre à six saisonniers, ont réduit la surface légumière à 3 ha, auxquels s’ajoute 1 ha d’asperges. Ils cultivent une trentaine de légumes différents selon les saisons : mâche, salades, carottes, courgettes, concombres, tomates (de plein champ), pommes de terre, patates douces, céleri, petits pois, navets, radis noir, chou de Milan, courges, oignons… Ils produisent aussi quelques fruits, notamment des fraises, des melons et des pastèques. Le couple élève par ailleurs quatre lots de volailles par an, qu’il écoule sur commande. Deux distributeurs en libre-service Pour la vente, Jacques Wurtz a investi dans deux distributeurs en libre-service installés à deux extrémités de la commune. Il organise également deux marchés par semaine à la ferme et ouvre tous les soirs à la belle saison. Les clients de Label ferme peuvent passer leurs commandes via le site internet et payer en ligne. Ils récupèrent les produits dès le lendemain dans un des casiers du distributeur grâce à un code qui leur est envoyé par SMS. 70 % de la production sont vendus en direct, le reste part chez des grossistes. Label ferme continue à chercher de nouveaux débouchés et Jacques Wurtz a bon espoir d’être référencé prochainement dans un magasin de producteurs locaux. Il espère sortir de la période de rodage cette année. « Je pense qu’on a trouvé la bonne taille et la bonne équipe, indique l’exploitant. J’ai la chance d’avoir de la place et que le bâtiment soit déjà amorti. Pour ce qui est du matériel, je me suis équipé pour le maraîchage mais j’avais déjà les tracteurs. » L’exploitant utilise également du matériel acquis en commun : il est en effet membre de deux Cuma, dont la Cuma Terre et Prés, qui a acquis un vibroculteur, une butteuse et une effeuilleuse à pommes de terre. « La Cuma, c’est super pour les échanges, surtout en bio, quand on est en train d’apprendre, comme moi », relève Jacques Wurtz. Ce sont d’ailleurs des producteurs bios, rencontrés lors de stages de formation ou dans le cadre de la Cuma, qu’il avait invités le 20 mai à sa fête des asperges bios et qui ont contribué au succès de la journée.

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