Cultures

Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon)

Vers une structure Grand Est

Publié le 20/04/2018

L’assemblée générale de la Fredon Alsace a été l’occasion de faire le bilan des activités menées en 2017. Et d’évoquer l’avenir, notamment le rapprochement des Fredon Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne, en une unique structure Fredon Grand Est. D'ici 2020, prévoit le calendrier.

« Créées il y a 120 pour lutter contre phylloxera, les Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) constituent un réseau d’experts du sanitaire végétal, qui remplit une mission d’intérêt général au service de la protection de l’environnement, de la santé du végétal et de la santé humaine », a rappelé en introduction Albert Elbel, président de la Fredon Alsace. Depuis quatre ans, les Fredon sont d’ailleurs reconnues Organisme à vocation sanitaire (OVS) pour le végétal. « C’est le fruit d’un travail coordonné avec les autres Fredon, et mené en collaboration avec les Groupements de défense sanitaire, reconnus OVS pour l’animal. » Il incombe donc aux Fredon des missions de surveillance du territoire, de prévention des menaces sur la santé des plantes, l’élaboration de mesures de lutte contre les ravageurs et les nuisibles. Pour remplir ces missions, la Fredon Alsace travaille en partenariat avec la Région Grand Est, l’Agence de l’eau Rhin Meuse, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), les producteurs de fruits, le réseau des villes et villages fleuris, le Service régional de l’alimentation (Sral). Albert Elbel a listé les faits marquants de l’année 2017. La traditionnelle journée technique à destination des collectivités publiques a rassemblé 200 personnes à La Wantzenau. La Fredon a orchestré une lutte collective contre les corvidés sur 63 communes du Bas-Rhin (lire en encadré). L’association sanitaire régionale (ASR), regroupant les Fredon et les GDS de la Région Grand Est, a été créée afin de mieux maîtriser les dangers sanitaires en réunissant les organismes techniquement compétents. Cette association « doit maintenant être dynamisée » et accueillir d’autres partenaires techniques. Une structure unique à trois antennes Albert Elbel a également évoqué le renforcement de la collaboration entre les trois Fredon. Un rapprochement qui « se passe bien » et qui est l’occasion de « conforter notre position d’OVS et de travailler en commun sur certains dossiers ». Les trois Fredon ont créé un groupe projet réunissant les trois directeurs et trois présidents. Accompagnés d’un consultant, ils se rencontrent tous les mois pour mener des réflexions. Les équipes des trois structures se sont également rencontrées. Et les trois conseils d’administration ont approuvé les premières propositions du groupe projet. Si bien que les trois structures ont décidé de regrouper leurs activités et de mettre en place une seule entité à l’horizon 2020, qui se déploiera dans les trois régions concernées via trois antennes. « Ce projet de structure unique nous encourage à poursuivre nos travaux », a commenté Albert Elbel. Prospection volontaire de la cicadelle dans le vignoble Sylvie Spoerry, directrice de la Fredon Alsace depuis un an, a décrit les activités qui occupent ses 16 ETP, dont pas mal de travailleurs temporaires en été. Celles-ci se répartissent entre la surveillance, la prévention - notamment « l’accompagnement vers des pratiques moins gourmandes en produits phytosanitaires » - et la lutte contre les nuisibles et ravageurs. La surveillance du territoire concerne différents domaines : les grandes cultures, le houblon, l’arboriculture, la viticulture et les Jardins, espaces végétalisés et infrastructures (Jevi). La Fredon surveille des parcelles, ce qui lui permet de participer à la rédaction du Bulletin de santé du végétal (BSV) et d’étudier l’effet non intentionnel des produits phytosanitaires. Et la Fredon surveille plus particulièrement l’évolution des populations de certains agents, potentiellement nuisibles, tels que le frelon asiatique, le cynips du châtaignier, la drosophile suzukii, la punaise diabolique, ou encore la cicadelle, insecte inféodé à la vigne et qui transmet la flavescence dorée. En 2017, 50 parcelles ont été surveillées visuellement de manière aléatoire. Un maillage qui va être augmenté en 2018, en partenariat avec le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), dans le cadre d’un projet Interreg. En outre, la Fredon surveille aussi l’émergence des cicadelles à l’aide d’un dispositif financé par le Civa. Nouveauté cette année la prospection volontaire de 1 500 hectares de vigne sur 10 communes par les viticulteurs eux-mêmes. Une action qui répond à une demande de l’AVA, et encadrée par la Fredon, la CAA et le Civa… « L’objectif est de prospecter 20 % du vignoble chaque année de manière collective », indique Sylvie Spoerry, qui souligne le côté formateur de cette action qui permet aux viticulteurs de mieux connaître la maladie, de mieux reconnaître ses symptômes, ce qui facilite sa reconnaissance. Inspection : la sharka dans le collimateur Le travail d’inspection de la Fredon se déroule en partie chez les producteurs ou les revendeurs de matériel végétal. Et concerne notamment la surveillance des organismes réglementés (sharka, feu bactérien…). La Fredon effectue aussi des contrôles dans le cadre de mesures ordonnées, qui peuvent déboucher sur des arrachages. Dans les 644 échantillons prélevés dans le cadre de cette activité, le principal agent détecté est le virus de la sharka. En matière de prévention, la Fredon a accompagné 14 collectivités locales dans leur volonté d’aller vers un entretien des espaces publics sans produits phytosanitaires. Un travail qui porte essentiellement sur le désherbage. Mais la responsable de ce volet, Lucie Boissier, souligne que pour 12 de ces collectivités, cette volonté concerne l’entretien global des espaces verts. « Nous effectuons aussi un bilan avec les communes un à trois ans après la réalisation de l’étude », indique Lucie Boissier. Et la Fredon a répondu à des appels d’offres, portant notamment sur l’initiation à la veille sanitaire des gestionnaires d’espaces verts et sur des actions en faveur de la biodiversité. 83 % des communes sensibilisées à la démarche zéro pesticide En matière d’arboriculture, l’activité de prévention de la Fredon s’est traduite par 36 réunions de bout de parcelle, des matinées au verger, des conférences, des formations, des sessions labo vert. En viticulture, 138 réunions Rais’Alsace et sept labos verts ont été coanimés avec la CAA de mai à fin juillet, dont une réunion consacrée à la drosophile suzukii juste avant les vendanges. En zone non agricole, la Fredon accompagne 226 communes, soit 25 % des communes alsaciennes, à une démarche d’entretien des espaces verts sans produits phytosanitaires. Elle accompagne aussi des établissements scolaires, de santé publique… « Depuis 2001, 83 % des communes alsaciennes ont été sensibilisées à la démarche zéro pesticide », précise Lucie Boissier. La Fredon effectue un travail d’animation du club « Communes nature » auprès des 146 communes labellisées « 3 libellules », leur permettant ainsi d’échanger entre elles pour amplifier leurs actions. La Fredon assure aussi la diffusion du bulletin d’information « Comm’une envie de vert ». Enfin, elle a conduit un essai de lutte contre la pyrale du buis qui visait à tester l’efficacité des trichogrammes sur les œufs de la pyrale en complément de l’application de Bacillus thuringiensis.

Pâtes d’Alsace Grand’Mère

Une nouvelle gamme, so locale

Publié le 06/04/2018

Mardi 20 mars, à Egast, Philippe Heimburger, PDG des Pâtes d’Alsace Grand’Mère, réalisait un rêve : il lançait officiellement la gamme « L’Alsacienne », composée d’ingrédients exclusivement produits en Alsace. Un produit d’exception réservé aux épiceries fines, à la restauration et aux enseignes de la grande distribution, sous forme d’éditions limitées.

La liste des ingrédients est d’une clarté limpide et rassurante : « Semoule de blé dur de qualité supérieure, 30 % d’œufs frais de poules élevées en plein air, soit 230 g par kg de semoule ». Point final. Du blé et des œufs. Ce sont les deux uniques ingrédients qui composent les pâtes de la nouvelle gamme « L’Alsacienne ». Mais pas n’importe quels œufs. Et surtout pas n’importe quel blé ! Des œufs il y en a en Alsace, mais seul le surplus est destiné aux casseries. Or ce sont ces œufs précassés qui entrent dans le process industriel de l’usine. « J’en trouve, mais je les paie cher », constate Philippe Heimburger. Le blé, c’est une autre histoire. Car jusqu’à il y a quatre ans, pas le moindre épi de blé dur ne poussait dans la région. La faute à la rigueur des hivers alsaciens. Car les variétés de blé dur sont sensibles au gel. Mais, peu à peu, le changement climatique tend à estomper cette rigueur et à rendre la culture de cette plante envisageable sous nos latitudes. C’est fort de ce constat que Philippe Heimburger est allé frapper à la porte de Jean-Paul Bastian, qui a répercuté sa requête au Comptoir agricole. C’était il y a quatre ans, en 2014. Des essais ont été mis en place. La récolte 2015 est encourageante. Celle de 2016 est catastrophique. « Mais, rappelle Alain Weissenberger, ça a été le cas pour toutes les céréales. » Pas de quoi refroidir les partenaires donc. Qui se sont lancés dans l’aventure à échelle industrielle en 2017. Les 17 hectares de blé dur ont produit quelque 100 tonnes de blé, qui a été transformé en quatre formats de pâtes : des nids fins, des nids plus épais, des nouilles bouclées et, bien évidemment, des spaetzle. De la qualité sinon rien Pour l’instant, l’expérience est un succès : « Nous avons obtenu du blé dur de bonne qualité, avec peu de fusariose et une bonne teneur en protéines », constate Alain Weissenberger. Une bonne qualité qui ne doit rien au hasard : « Nous sommes très vigilants sur le précédent. Afin de réduire le risque fusariose, nous préférons un précédent tournesol ou colza, à un précédent maïs. En outre, les producteurs doivent respecter un cahier des charges qui impose le fractionnement de la fertilisation azotée en au moins trois, voire quatre, apports afin d’obtenir la teneur en protéines souhaitée », précise Marc Muller, du Comptoir agricole. En contrepartie de cette qualité, Philippe Heimburger s’est engagé à garantir un revenu minimum à ses apporteurs, même en cas de mauvaise récolte. Et en cas de très mauvaise récolte ? « Eh bien nous ne produirons pas de pâtes de ce millésime », répond stoïquement le chef d’entreprise. Après la récolte, l’organisme stockeur est chargé de stocker la marchandise et de l’expédier au moulin. À ce stade, la vertu du produit s’écaille un peu, puisque ledit moulin se situe au Luxembourg. Mais Philippe Heimburger n’a pas l’embarras du choix. Blé dur et blé tendre nécessitent des calibrages de mouture différents. Ils sont donc moulus dans des moulins distincts. Et « il n’existe pas de moulin à blé dur indépendant en France. Ils appartiennent tous à la concurrence », précise Philippe Heimburger. Pour le millésime 2018, c’est une cinquantaine d’hectares qui va être cultivée par six agriculteurs entre Marlenheim et Ebersheim, où les parcelles sont irriguées. Et déjà, un second projet se profile : la production de blé dur bio. Avec toujours des difficultés liées à la sensibilité des variétés au froid et à la fusariose. « Il faut avoir des cartouches pour gérer ça en bio », constate Marc Muller. Premier essai cette année, sur 2 ha. De son côté, Philippe Heimburger annonce d’ores et déjà de nouvelles formes, notamment des pâtes à lasagnes.

Maraîchers réunis de Sélestat

Hausse des volumes, pas des prix

Publié le 05/04/2018

En 2017, les quantités produites par la coopérative les Maraîchers réunis de Sélestat ont augmenté alors que le chiffre d’affaires est resté stable.

« 2017 a été une bonne année, malgré les aléas climatiques qui ont entraîné un retard en début de saison, avec un automne relativement doux. Les cultures ont poussé correctement, nous avons pu récolter jusqu’à Noël et ainsi bien terminer l’année », résume Denis Digel, président des Maraîchers réunis de Sélestat. L’an dernier, le chiffre d’affaires de la coopérative s’est élevé à 2,5 millions d’euros, en hausse de 1 % par rapport à 2016. Ce résultat a permis au conseil d’administration de décider d’attribuer aux producteurs un complément de prix de + 2 %. « La coopérative sert à récompenser le travail des producteurs lorsque les résultats le permettent », rappelle le président. Pour autant, les coopérateurs ne sont pas pleinement satisfaits : « Sur l’ensemble de la commercialisation aux grossistes, nous avons vendu plus en quantité, mais avec un prix moyen en baisse. Ce n’est peut-être qu’un ou deux centimes par salade, mais sur 2 millions de salades, cela chiffre. Et pendant ce temps, les charges ne diminuent pas. On ne peut pas compenser. Toutes les communications actuelles invitent à soutenir les producteurs, mais nous, nous ne voyons rien en ce sens. C’est un problème à résoudre. » Ouvert en décembre 2016, le magasin Cœur Paysan à Colmar - dont Denis Digel est le président - répond en partie à cela : « Nous avions bien estimé le potentiel, les charges et le bénéfice de cette structure. Le créneau commercial a été trouvé et a encore un grand potentiel de développement », se réjouit-il. Denis Digel a rendu Mathilde Giraud, chargée de mission industries agroalimentaires, animation filières fruits et légumes à la Draaf, attentive à un « autre paradoxe ». Il avait assisté à l’atelier n° 2 des États généraux de l’alimentation, « Développer les initiatives locales et créer des synergies ». « En tant que maraîcher, je ne vois rien de positif dans les conclusions de ces travaux. On sent une envie, mais quels sont les leviers administratifs et législatifs pour y répondre ? » « En 2018, nous devons continuer à faire notre métier, à être à l’écoute des clients et des consommateurs en livrant des produits beaux, sains et en quantité, conclut Denis Digel. Nous devrons trouver les solutions techniques et les produits phytosanitaires correspondant aux exigences nouvelles. Cela a un coût sur notre façon de travailler et de protéger nos cultures. Les Français veulent des légumes et nous avons de plus en plus de mal à en faire. Nous devons tirer la sonnette d’alarme pour que les moyens techniques à notre disposition et les prix que nous pouvons tirer de nos productions soient en adéquation avec la réalité. »

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