Après l’hécatombe de 2017 liée aux gels et à la grêle, la campagne arboricole alsacienne se dirige cette année vers une très grosse production bien aidée notamment par un mois d’avril relativement sec et chaud. Pour autant, rien n’est joué pour l’instant tant les aléas climatiques peuvent être soudains et violents.
Qu’elle soit qualifiée « d’anormale » ou de « catastrophique », la campagne arboricole 2017 a marqué les esprits en Alsace, entre épisodes de gel brutaux et averses de grêle dévastatrices. Dans ces conditions, la campagne 2018 qui démarre ne pourra qu’être « atypique » considère Hervé Bentz, responsable du Verexal à Obernai. « La floraison est tout simplement faramineuse, c’est presque du jamais vu. » La météo très chaude de la deuxième quinzaine d’avril a donné un coup de boost aux arbres fruitiers. « C’est bien simple, on voit la différence entre le matin et le soir dans les vergers. » Conséquence positive de ce temps chaud et sec, une pression maladie très faible voire inexistante. Les champignons devraient néanmoins être de sortie suite aux grosses pluies qui sont tombées lundi dernier en Alsace. En revanche, la nature est allée tellement vite que les abeilles ont eu du mal à suivre le rythme. « On n’en a pas vu beaucoup. Mais bon, vu la masse de floraison, il y a largement de quoi faire une très bonne récolte. » Ça, c’est la bonne nouvelle après une année 2017 bien difficile. La mauvaise nouvelle, si la grosse production se confirme, c’est une potentielle chute des prix. Car, comme le rappelle Hervé Bentz, ce n’est parce que plus de fruits sont produits que les consommateurs en mangent plus. « Du coup, ça risque de faire beaucoup de travail pour pas grand-chose. » Sans compter les conséquences sur la floraison 2019 qui, pour le coup, risque de redescendre à un petit niveau. Pour l’instant, seule la récolte d’abricot devrait être un peu en deçà en 2018, conséquence d’un mois de mars où les arbres ont été « bloqués » après un hiver doux. « Il y a ainsi des variétés où les arbres sont quasiment vides », fait remarquer Hervé Bentz.
Du brouillard contre le gel
Évidemment, ces prévisions peuvent aussi ne pas se concrétiser tant les incertitudes liées au climat sont fortes. Si les nuits des 20 et 21 avril de cette année n’ont pas été soumises au gel comme l’an passé, le risque d’une récidive n’est pas encore écarté. En effet, tant que les « fameux » Saints de Glace ne sont pas passés au calendrier, à savoir les 11, 12 et 13 mai cette année, des nuits très froides restent possibles. « C’est le fruit d’observations empiriques sur plusieurs générations. Tant que ces dates ne sont pas passées, il y a toujours un risque potentiel de gel pour les cultures », explique le responsable du Verexal. Outre les méthodes utilisées avec plus ou moins de succès l’an passé, une nouvelle méthode de lutte contre le gel a été présentée récemment à des producteurs. L’idée consiste à créer un brouillard à partir de la combustion de balles de paille. La fumée dégagée est ensuite alourdie avec des gouttelettes d’eau afin que le brouillard se maintienne au sol. Cette machine, développée en Hongrie et alimentée par de la biomasse, permettrait de « limiter la casse » en cas de gel, en tout cas jusqu’à un certain stade. « Dans les vergers où cette machine a été testée, on a gagné quatre degrés. Cela suffirait pour des gels modérés. Après, on souhaite surtout qu’il n’y ait plus de gel pendant dix ans », poursuit Hervé Bentz. En effet, il faut plusieurs années à la nature pour se remettre d’un épisode comme celui de l’an passé. Mais même avec plusieurs années consécutives sans gel, il est difficile d’établir des certitudes en arboriculture, car un grand nombre de paramètres entre en ligne de compte. « La nature démolit nos convictions les unes après les autres. De nouvelles questions se posent sans arrêt. Celles d’il y a vingt ans ne sont plus transposables aujourd’hui. Entre le climat et les variétés qui évoluent, il y a énormément de variables. C’est pour cela que les services de la Chambre d'agriculture d’Alsace passent dans tous les vergers pour donner des conseils personnalisés. On ne peut pas donner une recommandation qui soit générale de Wissembourg à Saint-Louis. »