Cultures

Opérations Agri-Mieux

Un bilan encourageant à capitaliser

Publié le 14/03/2018

Créées en 1991 sous la dénomination Ferti-Mieux, les opérations Agri-Mieux ont comme objectif de faire évoluer les pratiques agricoles afin d’améliorer la qualité de l’eau. Si des efforts restent à faire, notamment dans certaines zones sensibles, le bilan de ces opérations Agri-Mieux, après plus de 25 années de mise en œuvre, est encourageant. C’est ce qu’ont voulu mettre en avant la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), l’Association pour la Relance Agronomique en Alsace (ARAA) et l’Agence de l’Eau Rhin Meuse le 25 janvier dernier lors d’une réunion organisée à Sainte-Croix en Plaine.

À l’origine, les actions Ferti-Mieux avaient été mises en place dans les années 1990 suite aux constats montrant une augmentation des concentrations en nitrates dans les eaux souterraines. Elles s’appuyaient sur un cahier des charges national élaboré par l’ANDA (Association nationale de développement agricole), et sur des actions de conseils techniques sur la conduite des cultures (blé et maïs) menées par l’ITCF (Institut technique des céréales et des fourrages), l’AGPM, les Chambres d’agriculture, et des actions Info Azote conduites par l’ARAA sur deux secteurs pilotes : Stotzheim et la Hardt. En Alsace, les deux premières opérations ont été Fert’Ill, centrée sur la zone inondable de l’Ill et sa périphérie, et Hardt Eau Vive, qui concernait le secteur de maïsiculture de la plaine du Haut-Rhin. La profession agricole a ensuite choisi de couvrir l’ensemble de la zone vulnérable qui avait été délimitée à la même époque. C’est ainsi qu’ont été créées successivement Piémont Eau et Terroirs et Collines Eau et Terroirs sur le Piémont viticole, Ferti Zorn sur la vallée de la Zorn, Sundg’eaux Vives dans le Sundgau, et enfin Ferti Kochersberg et Ferti Nord Alsace pour couvrir l’ensemble de la plaine d’Alsace en 2000. « Cela a nécessité d’aborder des thèmes techniques variés : de la fertilisation azotée du maïs et du blé, on est passé à celle des cultures spéciales et de la vigne. On y a ajouté la gestion et la valorisation des effluents d’élevage et des matières organiques et tout ce qui concerne la couverture des sols comme les Cipan et les sous-semis », développe Marie-Line Burtin, conseillère eaux souterraines/eaux superficielles à la CAA. Pour chacun de ces thèmes, un consensus technique a été établi sur lequel l’ensemble des prescripteurs s’appuie encore aujourd’hui pour conseiller les agriculteurs. La problématique des produits phytosanitaires a ensuite été prise en compte dans les opérations sous la forme d’actions Phyto-Mieux. Celles-ci seront finalement regroupées avec les opérations Ferti-Mieux pour donner naissance aux opérations Agri-Mieux qui se focalisent sur les zones de dégradations prioritaires. En 2014, les noms et logos de ces diverses opérations sont renouvelés. L’opération Vigne Eau et Terroirs est notamment créée à cette occasion. Plus de rendements, moins de nitrates Depuis le début de ces opérations, une multitude de données ont été collectées et apportent aujourd’hui une « expertise qu’il faut valoriser », commente Fabien Metz, président de la Commission environnement à la CAA. « Les dernières études de l’Aprona montrent que le monde agricole est à un tournant. Nous sommes désormais dans un mouvement pour avoir une agriculture plus durable. L’objectif est d’atteindre un bon état chimique et physiologique de l’eau en 2027. Pour y arriver, des innovations et de nouveaux systèmes émergent et peuvent rendre service à notre profession. » Si le sujet est devenu une préoccupation majeure aujourd’hui, il faut quand même se rappeler que la pollution liée aux nitrates était un concept inconnu dans les années 1970. Comme le révèle Pascal Vauthier, chargé d’intervention à l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, « le terme « nitrates » n’existait pas dans nos locaux à cette époque. Ce n’est que dans les années 1980 que la préoccupation émerge. » Pour devenir un enjeu essentiel lors de la création de la première directive Nitrates au niveau européen en 1991. Depuis, les teneurs en nitrates ont été stabilisées dans les sols. « La baisse des concentrations reste modérée et les politiques d’actions sont souvent critiquées pour leur inefficacité. Mais, si rien n’avait été fait, la situation aurait été pire. » « L’agriculture a su ajuster ses pratiques sans pour autant perdre en productivité. Depuis les années 1990, la productivité du maïs a augmenté, tandis que les teneurs en nitrates se sont stabilisées. C’est un résultat énorme », complète Serge Ramon, expert Agri-Mieux. De meilleures pratiques de fractionnement sur maïs En premier lieu, il faut se rappeler comment a évolué le paysage agricole en Alsace en cours des 30 dernières années. Entre 1988 et 2000, la proportion de maïs dans la zone vulnérable a augmenté au détriment des prairies et des surfaces en céréales à paille, en oléagineux et protéagineux. Une évolution qui n’est pas spécifique à la zone vulnérable, et qui a été motivée par l’introduction de primes différenciées pour le maïs dans la Pac de 1992. Depuis 1998 jusqu’à aujourd’hui, la proportion de maïs dans l’assolement de l’Alsace est restée relativement constante. En parallèle de l’évolution de la place du maïs, l’élevage a diminué dans la zone vulnérable. Entre 1988 et 2000, la quantité d’azote issue des effectifs bovins y a diminué de 36 %. Seule la proportion des effluents d’origine porcine a légèrement augmenté pour passer de 12 % en 1988 à 18 % en 2010. Parallèlement, le volume d’azote minéral apporté sur maïs a augmenté. En zone vulnérable, c’est une progression de 3 % entre la période 2000-2004 (172 kg N/ha) et la période 2012-2016 (178 kg N/ha). Dans le même laps de temps, le rendement a augmenté de 11 % passant de 104 q/ha à 115 q/ha en moyenne. Toujours entre 2000 et 2016, l’écart moyen à la dose conseillée a baissé de 33 % suite à la mise en place des opérations Ferti-Mieux. En revanche, il n’y a pas eu d’évolution entre les périodes 2005-2011 et 2012-2016. Aujourd’hui, 66 % des surfaces sont correctement fertilisées contre 50 % seulement lors de la période 2000-2004. Les actions Ferti-Mieux ont aussi permis d’améliorer les pratiques de fractionnement sur maïs en zone vulnérable. En 2016, seules 9 % des surfaces avaient des pratiques de fractionnement « à revoir » contre 16 % en 2004. La part de fractionnement correcte est passée de 46 % à 61 % en 2011, et a diminué ensuite à 56 % en 2016. Une baisse qui s’explique par la « précocité du deuxième apport » précise Rémy Kohler. En blé, l’observation est quasi similaire à celle faite sur le maïs. Entre 2000 et 2016, la dose moyenne d’azote minéral apportée a progressé de 15 % avec un rendement qui a lui progressé de 8 %. En revanche, on remarque qu’il y a eu très peu d’évolution concernant la dose du premier apport d’azote sur blé en zone vulnérable (59 kg N/ha en 2000 et 61 kg N/ha en 2016). « On n’a pas fait d’économie d’azote, mais on n’a pas dégradé non plus », note Rémy Kohler. Bilan mitigé également concernant l’évolution de la conformité du premier apport sur blé en zone vulnérable. En 2000, 41 % des surfaces ont reçu une dose conforme aux recommandations contre 37 % des surfaces en 2016. Rémy Kohler se demande si cette tendance ne serait pas en relation avec la crainte d’une sécheresse pour la valorisation du second apport. À noter enfin une évolution notable du fractionnement des apports d’azote sur blé en 2016. À cette date, l’apport en trois fois était de rigueur sur 55 % des surfaces contre 38 % en 2000. De nouveaux enjeux à prendre en compte Concernant la gestion des matières organiques, le bilan établi en 2016 est plutôt positif, même si des efforts restent encore à accomplir. « Globalement, la quantité d’azote organique par hectare de Samo* est en baisse. Mais certains agriculteurs apportent des quantités bien trop élevées encore. Sur certaines opérations, les quantités maximales sont parfois plus élevées pour la période 2012-2016 que pour la période 2000-2004, comme sur Ferti-Zorn », explique Rémy Kohler. Une autre conséquence remarquable de ces actions Agri-Mieux est la baisse importante de sol nu sur la zone vulnérable, passant de 65 % en 1991 à 50 % en 2016. Une diminution liée à deux facteurs : la couverture des sols par une Cipan, et l’augmentation de la part de céréales à paille dans l’assolement. « Mais après avoir baissé de 23 % en 25 ans, le taux de sol nu en zone vulnérable dispose aujourd’hui d’une faible marge de progression au regard des systèmes de culture actuels. Le maïs représente en effet 50 % de la SAU », poursuit Rémy Kohler. Le dernier enseignement à retirer ce bilan des opérations Agri-Mieux est la nette diminution de la Balance globale azotée, ou solde Corpen, passant de 39 kg N/ha en 1991 à 22 kg N/ha en 2016, l’objectif étant d’atteindre à plus ou moins brève échéance 15 kg N/ha. Un bilan qui s’explique par trois facteurs : l’augmentation des rendements en maïs et en blé globalement supérieurs à l’augmentation des doses d’azote apportées ; la réduction des quantités d’azote organique apportées ; et un meilleur ajustement des doses d’azote apportées sur maïs. Si les efforts et les travaux doivent être poursuivis pour atteindre les objectifs escomptés, ces opérations Ferti-Mieux puis Agri-Mieux ont permis une amélioration globale des pratiques agricoles concernant la préservation des ressources en eau. Une dynamique qui va désormais être adaptée à de nouveaux enjeux. « À la demande de l’Agence de l’eau a été mise en place une opération Agri-Mieux unique sur les grandes cultures, couvrant toute la zone vulnérable, et avec les mêmes fondamentaux. Mais si les thèmes principaux de la fertilisation et des produits phytosanitaires sont repris, nous ouvrons le champ à la diversification de l’assolement, au changement de systèmes, à la diffusion d’informations techniques issues de l’agriculture biologique ou des réseaux Dephy », annonce Nathalie Brobeck-Allard, chef du service Eau et Agriculture à la CAA.

Publié le 13/03/2018

Du nouveau dans la politique agricole régionale. Le Conseil régional Grand Est a mis en place des aides pour accompagner les investissements en matériel d’irrigation économe en eau, afin de limiter l’impact de l’irrigation sur l’environnement et d'améliorer la gestion de l’eau. « Cette démarche a été initiée par la FDSEA du Bas-Rhin », souligne Gérard Lorber.

« Certains secteurs n’ont pas la chance de pouvoir irriguer. Mais pour les cultures spéciales, la sécurisation des ressources en eau est le seul moyen de garantir un revenu », souligne Gérard Lorber. Les aides de la Région Grand Est portent sur les études de structuration et les investissements en matériels d’irrigation individuels ou collectifs permettant d’améliorer la performance et la durabilité des exploitations agricoles. Mais quelles sont les productions éligibles ? Le maraîchage, y compris les légumes de plein champ, les productions fruitières, les autres cultures spéciales (tabac, houblon, production de semences). 25 dossiers de demandes de subvention ont déjà été déposés par les irrigants alsaciens. Le montant des subventions varie de 1 500 € à 20 000 €. Jouer la carte de l'environnement, de la qualité, ou du collectif Pour bénéficier de cette aide, l’exploitant devra soit mettre en œuvre une démarche environnementale (HVE, PFI, Ecophyto…) soit adhérer à une démarche qualité (IGP, AB), soit présenter une approche collective de la mise en marché de ses produits. Toute demande d’aide pour la création de forage ou de retenue d’eau devra être soumise à autorisation et faire l’objet d’un dossier Loi sur l’eau. Les dépenses éligibles sont : études de faisabilité technico-économique, forages, création de retenues d’eau de substitution, réseaux de transport constitués des canalisations et les systèmes de distribution (uniquement goutte à goutte). Pompes et raccordements électriques ne sont pas éligibles, hors projets collectifs.

Publié le 13/03/2018

75 000 irrigants, 1,5 million d’hectares irrigués : c’est le poids d’Irrigants de France, indique Aurore Courillon, chargée de mission. Cette instance nationale regroupe 43 groupements d’irrigants et sections irrigation des FDSEA, ainsi que des associations spécialisées (grandes cultures, pommes de terre, légumes de conserve, producteurs de semences). « Christian Schneider représente le bassin Rhin Meuse au sein du bureau », indique la responsable.

Les besoins en eau de l’agriculture française sont estimés à 3 milliards de m3, soit 1,7 % de la ressource en eau. Le coût de l’énergie est un dossier central pour Irrigants de France qui se bat sur tous les tableaux : le prix de l’électricité, les frais d’acheminement (TURPE) et les taxes. Le prix de l’électricité va continuer à augmenter, en raison des investissements prévus par le gestionnaire du réseau et les fournisseurs d’électricité. Mais il faut relativiser : la France a le prix du kWh le moins cher d’Europe. Au volume consommé (plus abonnement) s’ajoute le TURPE, tarif de l’acheminement de l’électricité qui représente 25 à 35 % de la facture globale. Il est identique sur l’ensemble du territoire et indépendant de la distance parcourue. Il est fonction de la puissance souscrite, de l’énergie consommée et de l’horo-saisonnalité. Ce tarif est fixé par la CRE. « Le TURPE a augmenté de 15 % entre 2003 et 2013. » Depuis le 1er août 2017, une nouvelle version du TURPE est entrée en vigueur, avec une légère hausse des tarifs, mais des dispositions avantageuses pour les irrigants : l’écart se creuse entre le tarif hiver et le tarif été et la plage tarifaire d’été débute désormais en mars. « La CSPE a augmenté de 550 % depuis 2002 » Ce qui alourdit considérablement la facture, ce sont les taxes : CTA (contribution tarifaire d’acheminement), TCFE (taxe sur la consommation finale d’électricité) et CSPE (contribution au service public de l’électricité). Cette dernière finance notamment l’investissement dans les énergies renouvelables et le dispositif social des tarifs de première nécessité. La CSPE a augmenté de 550 % depuis 2002. L’agriculture ne bénéficie pas d’exonérations, contrairement à la métallurgie, par exemple, ni de tarifs réduits. Irrigants de France se mobilise pour faire rentrer l’agriculture dans les « électro-intensifs », indique Aurore Courillon. « Nous avons lancé une enquête pour évaluer le poids de l’énergie en irrigation et mieux cerner la part des différentes parties de la facture. » Cette étude est encore en cours, mais Aurore Courillon cite l’exemple d’une exploitation haut-rhinoise en régie municipale qui irrigue 39 ha et a vu le coût de l’irrigation passer de 43 €/ha en 2012 à 115 €/ha en 2016 (la variabilité est également due au volume global irrigué cette année là). Une nouvelle ligne va apparaître sur la facture, le mécanisme de capacité. Les fournisseurs doivent désormais justifier qu’ils sont en mesure de fournir l’électricité nécessaire même en cas de pic de consommation (vague de froid, par exemple). Les irrigants sont moins concernés par cette augmentation, car leur consommation est faible sur les périodes de pointe. Coût de l’irrigation : un réel enjeu Le coût de l’irrigation est un réel enjeu. Technique, d’abord : une meilleure efficience passe par une optimisation des apports d’eau et une adaptation du matériel (pompes, dimensionnement du réseau). Tarifaire, ensuite, avec des négociations sur la partie fourniture d’électricité et le prix de l’abonnement. Fiscal, enfin : il faut identifier les leviers pour faire baisser les taxes. Une des pistes de progrès est de développer les appels d’offres en créant des groupements d’achat. Cela existe dans les Pyrénées Atlantiques, où 1 200 irrigants se sont regroupés et ont obtenu une facturation plus annexée sur la consommation, ainsi que dans les départements de la Nièvre, du Puy-du-Dôme et de la Saône-et-Loire, où 160 irrigants se sont fait accompagner par un consultant en énergie pour adapter la puissance de leur installation et optimiser le TURPE. « Dans le Bas-Rhin, nous nous posons la question de constituer un groupement d’achat pour négocier un tarif groupé, notamment pour les cultures fortement consommatrices, comme le tabac, le houblon », indique Gérard Lorber. François Schotter, animateur de la section irrigation, a fait une étude sur l’évolution du coût de l’électricité pour les clients d’Électricité de Strasbourg : le prix du MWh est passé de 37 € en 2004 à 92 € en 2017, dont 27 € de CSPE. « Les taxes représentent une part de plus en plus importante de la facture », explique-t-il. De 2015 à 2017, le coût de la part fixe a largement diminué. « ÉS a consenti un tarif très particulier aux irrigants. » L’animateur a contacté plusieurs fournisseurs d’électricité pour négocier des tarifs plus avantageux, dans l’optique de constituer un groupement d’achat. Sur les cinq fournisseurs contactés, trois ont répondu. « Les tarifs varient en fonction du cours du jour sur le marché de l’énergie, de la durée de validité de l’offre et de la durée du contrat. » La période de signature d’un éventuel contrat devra être judicieusement étudiée. En fonction des cours de l’électricité.

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