Cultures

Champichoux à Geispolsheim

Un bâtiment qui pousse comme un champignon

Publié le 07/02/2018

Après avoir développé la production de champignons, diversifié la gamme de produits élaborés et ses canaux de production, l’entreprise Champichoux de Geispolsheim a investi dans un atelier de transformation pensé pour faire de l’entreprise une véritable attraction touristique.

Martin Schwaederlé est producteur de champignons depuis 1993. À cette époque, il a repris l’exploitation familiale, sise à Geispolsheim, où ses parents cultivaient du chou à choucroute et des céréales. La diversification dans la production de champignon, c’est le projet qu’a porté Martin Schwaederlé pour capter davantage de valeur ajoutée et pérenniser son installation. 25 ans après, le pari semble gagné. Désormais, les 53 ha de SAU sont cultivées uniquement en céréales et ne représentent plus que 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Martin Schwaederlé a en effet rapidement fait le choix de simplifier les cultures de plein champ pour investir dans la production de champignons. « Au départ, je les produisais et je les vendais bruts, mais après deux ou trois années de production, j’ai commencé à les transformer pour augmenter la marge nette », raconte-t-il. Au fil des ans, la gamme passe de quelques références à une quarantaine. « Et quelques nouveautés sont en cours d’élaboration », confie Martin Schwaederlé. Vue imprenable sur la transformation Les infrastructures de l’entreprise évoluent à l’aune de son activité. Au départ, Martin Schwaederlé installe sa première champignonnière dans un ancien hangar, situé dans le village. À partir de 1995, il y adosse un petit laboratoire culinaire de 40 m2. En 2009, il construit un bâtiment neuf à l’extérieur du village, sur 1 400 m2. À l’époque, cet investissement peut sembler démesuré. Mais Martin Schwaederlé a déjà sa feuille de route bien en tête. Il s’agit de transférer et agrandir la champignonnière sur ce site et de créer un magasin de vente directe, pour accompagner la montée en puissance de la production de champignons. Mais pas que. Après cette première phase, l’entrepreneur se lance dans la seconde en 2016. Il s’agit de créer un laboratoire de transformation de 350 m2, adossé à une salle de réception pour les visiteurs. Car l’idée, c’est d’accueillir des groupes de visiteurs. Au programme : projection d’un film sur l’entreprise, visite de la champignonnière, puis des ateliers de transformation, pour finir par le magasin de vente. Le laboratoire devant répondre à des normes d’hygiène strictes, il est équipé de vitres qui donnent sur un couloir emprunté par les visiteurs. « L’idée, c’est de tout montrer aux consommateurs, de la production à la transformation, pour donner confiance », explique Martin Schwaederlé. En avant toute ! Concilier un laboratoire conforme à toutes les normes en vigueur, que ce soit en matière d’hygiène, de traçabilité, ou encore de sécurité, et qui soit en même temps ouvert au public n’est pas une mince affaire. Pourtant, Martin Schwaederlé, n’en est pas peu fier : « L’architecte, c’est moi ! » C’est en effet lui qui a dessiné les plans de ce nouveau laboratoire, entièrement thermo-régulé, et régi par le principe de la marche en avant. Les champignons sont cueillis au gré de leur pousse dans la champignonnière, d’où ils passent, directement ou via une chambre froide, dans la légumerie où ils sont lavés et coupés sous différentes formes en fonction de leur destination. La légumerie donne sur un espace dédié à la fabrication des pâtes, destinées aux quiches, tartes, et autres tourtes. Dans le local de cuisson, trônent un four XXL, une cellule de refroidissement, une friteuse géante et une baratte toute aussi imposante. Elle sert à mélanger les différents ingrédients pour obtenir des garnitures qui sont ensuite assemblées au reste des ingrédients dans la zone de confection. C’est là que, sur de vastes plans de travail en inox, les fonds de tarte et autres pâtes à nems ou à ravioles sont garnis. De l’autre côté de cette enfilade d’ateliers se situe une série de chambres froides. L’une d’elles est dédiée aux matières premières, une autre aux produits semi-transformés avant leur emballage… C’est ici aussi que se situe un local dédié aux consommables, une cellule de plonge et le bureau de la cheffe de production, qui organise le travail de l’équipe et gère la traçabilité (lire en encadré). Après la zone d’emballage se situe une troisième chambre froide où les références sont stockées en fonction de leur jour de fabrication et de leur destination. À noter que l’entreprise est aussi équipée d’une chambre froide négative, et qu’une quatrième chambre froide est en cours d’installation. Le choix de la qualité et de la fiabilité L’entrepreneur a mis à profit les contacts qu’il a noués au fil de ses 25 années d’expérience dans le métier. « Pour choisir le matériel notamment, j’ai interrogé mes fournisseurs, je me suis fié aux recommandations qu’ils ont pu me faire grâce à leurs retours d’expérience sur la qualité du matériel. » Idem pour le choix des revêtements qui n’a pas été une mince affaire, tant ils doivent répondre à de nombreux critères. Enfin, pour concrétiser ses plans, Martin Schwaederlé a fait appel à une quinzaine d’entreprises locales, parfois allemandes, également choisies pour leur réputation de fiabilité. L’entrepreneur fait aussi appel aux services de la Chambre d'agriculture pour l’accompagner dans l’élaboration et le suivi de son Plan de maîtrise sanitaire (PMS), qui comprend des normes en matière de traçabilité, d’hygiène du personnel… Il se doit en effet d’être irréprochable : « Certains de mes clients réalisent des audits chez moi pour s’assurer de la qualité des produits que nous leur fournissons. »

Publié le 30/01/2018

La réunion hivernale organisée dernièrement par la sucrerie Cristal Union a permis de revenir sur la campagne 2017 et de préparer la prochaine. Variétés, désherbage, fumure, protection phytosanitaire étaient au menu de la rencontre.

C’est une bonne campagne 2017, avec des performances variables selon les secteurs, qu’ont vécue les planteurs de betteraves alsaciens (lire en page 20 de notre n° 1 du 5 janvier 2018). Aline Barbière, technicienne agrobetteravière, en a rappelé les principales étapes lors de la réunion organisée vendredi 12 janvier à Dossenheim-Kochersberg. La déception vient des 1 200 ha où la cercosporiose a fait baisser les rendements. Le groupe Cristal Union, dont fait partie la sucrerie d’Erstein, est en pointe dans la lutte contre cette maladie liée au réchauffement climatique, précise son collègue Michel Butscha. Il mène en effet des expérimentations pour trouver des variétés tolérantes. Ces expérimentations sont d’autant plus utiles que l’Alsace n’est pas la seule région touchée en 2017 : l’Auvergne et l’Île-de-France ont également subi des dégâts. En Alsace, six agriculteurs mettent des parcelles à disposition pour y tester des variétés alliant productivité et résistance aux maladies. Cercosporiose : choisir des variétés qui tiennent la route Parmi les variétés simples tolérantes à la rhizomanie, le cap est très clairement mis sur la tolérance à la cercosporiose afin d’allier les bénéfices de la génétique à la protection phytosanitaire. Sur les zones de culture historique et de rotation courte ou à forte pression de rhizomanie qui se conjugue également avec le rhizoctone brun, le choix variétal est plus pointu. Des solutions performantes - encore trop peu nombreuses - existent malgré tout, grâce au fort investissement des semenciers dans la recherche. Dans l’idéal, comme le souligne Michel Butscha, « les rotations sur trois ans valent mieux que les rotations sur deux ans ». Même si le rhizoctone brun ne s’est pas tellement manifesté en 2017, « il risque de le faire s’il ne gèle pas plus que ça cet hiver », prévoit Michel Butscha. Dans les parcelles à précédent maïs et dans les parcelles où l’eau a tendance à stagner, mieux vaut utiliser des variétés doubles tolérantes (60 % des variétés utilisées en 2017). Dans les anciens secteurs betteraviers, il peut être utile de semer des variétés doubles tolérantes rhizomanie-nématodes. « En termes de productivité, il n’y a pas de différence avec les variétés simples tolérantes », précise Michel Butscha. Sur ce segment de marché, l’exigence porte également sur la tolérance à la cercosporiose et l’offre est plus restreinte. Faible peuplement : ne pas ressemer Côté densité de semis, les techniciens de Cristal Union cherchent à savoir jusqu’où les planteurs peuvent descendre sans pénaliser le rendement. Les essais conduits en 2016 et 2017 montrent que « moins il y a de densité, moins il y a de rendement » mais qu’en matière de richesse en sucre, « ce n’est pas parce qu’on sème plus dru qu’on a un effet positif ». Tout au moins quand l’azote est bien géré. À 60 000 pieds/ha, la perte de rendement est de 8,5 t ce qui n’est pas aussi élevé qu’on pourrait le craindre. Cela ne justifie pas de ressemer une parcelle, précise le technicien agrobetteravier qui conseille, sauf exception, de laisser les parcelles à faible peuplement en place sans les ressemer. La densité de semis préconisée est de 110 000 à 120 000 graines/ha. La réussite des semis tient avant tout au positionnement de la graine en profondeur et à la qualité du lit de semence. La préparation du sol doit être « bien homogène » et le semis régulier pour mettre toutes les chances de son côté. Pour ce qui est des ravageurs, les planteurs peuvent craindre les tipules, capables de ravager un champ. Elles se développent lors des hivers doux et humides. Les limaces constituent un autre risque. Un traitement anti-limaces au semis coûte 25 €/ha, c’est peu comparé au coût d’un ressemis, remarque Michel Butscha. Utilisable en agriculture biologique, l’anti-limaces Ironmax présente une bonne efficacité. Il est recommandé en zone de captage. Sur le plan de la fertilisation, les planteurs de betteraves, après mesure des reliquats, ont généralement une bonne gestion de l’azote. Le technicien remarque toutefois que la forme de l’engrais utilisé n’est pas toujours bien choisie. « On peut mettre de l’urée avant betteraves mais sans dépasser 60 unités et en l’enfouissant », précise-t-il. En revanche, on n’utilisera pas cette forme entre le semis et la levée pour ne pas pénaliser la levée. Les services techniques de la sucrerie proposent des analyses de sol permettant de repérer les éventuelles carences, notamment les carences en bore et en magnésie. Dans ce dernier cas de figure, l’apport de Kieserite, produit contenant du soufre et de la magnésie, peut être utile. Les écumes de sucrerie ont aussi leur intérêt car elles permettent, en plus, d’améliorer l’infiltration de l’eau dans le sol. Buses à injection d’air : contre la dérive Côté fongicides, Camille Meistertzheim est revenu sur les essais menés par Cristal Union pour lutter contre la cercosporiose. Différents produits ont été testés (Priorix, Spyrale, Timbal), avec ou sans cuivre, et différents programmes de traitement ont été comparés. L’association triazoles + cuivre donne les meilleurs résultats, constate le technicien. Bien qu’aucun fongicide à base de cuivre n’ait à ce jour d’autorisation de mise sur le marché pour 2018, une demande de dérogation a été demandée pour le Yucca, mais la réponse n’arrivera qu’en avril. Pour que les traitements fongicides soient efficaces, la date de couverture des rangs est très importante, souligne Camille Meistertzheim. Les planteurs l’ont appris à leurs dépens en 2017 : ceux qui ont eu de gros dégâts sont intervenus trop tard. La sucrerie apportera des informations sur les plages de traitement durant la campagne, selon les secteurs. Le technicien se veut confiant : Cristal Union possède une réelle expertise sur la cercosporiose et l’ensemble de la filière betteraves est aujourd’hui mobilisée contre cette maladie, avec l’ITB et les firmes phytosanitaires, qui sont en train d’homologuer de nouveaux produits. Michel Butscha a rappelé quelques conseils clés pour réussir le désherbage des cultures. II a aussi fait le point sur les buses à injection d’air. Ces buses, qui augmentent la taille des gouttelettes par rapport aux buses classiques, limitent la dérive des produits phytosanitaires au cours de la pulvérisation. Elles permettent ainsi de réduire la largeur des zones non traitées (ZNT) en bordure de cours d’eau, sous réserve de la mise en place d’une bande enherbée de 5 mètres. Les buses à injection d’air sont homologuées pour une plage de pression donnée, que les planteurs doivent respecter.

Chou à choucroute

Les producteurs à la peine

Publié le 21/01/2018

Les nutritionnistes le répètent à qui veut l’entendre, la choucroute a de nombreuses vertus diététiques. « La seule vertu qu’elle n’a pas, c’est d’être rentable », souligne Laurent Heitz, président du syndicat des producteurs de chou à choucroute d’Alsace.

L’Alsace ne compte plus qu’une cinquantaine de producteurs de chou à choucroute, pour une superficie de 600 à 700 ha. « Nous perdons des producteurs chaque année, déplore Laurent Heitz. Rien que l’an dernier, cinq d’entre eux ont décidé d’arrêter. En dix ans, nous avons perdu la moitié des effectifs, essentiellement en raison du prix très bas du chou et de la choucroute. » Pour Laurent Heitz, le prix payé par les choucroutiers alsaciens n’est pas à la hauteur des espérances des producteurs. Certes, il a légèrement évolué : il se situe à 80 €/t de choux à choucroute pour la prochaine saison, contre 77,50 €/t pour la saison qui vient de s’achever. « Mais ce n’est toujours pas suffisant pour maintenir la production et inciter des jeunes agriculteurs à s’y lancer. » Ce qui l’inquiète le plus, c’est que certains jeunes, qui avaient repris le flambeau familial il y a quatre ou cinq ans, ont fini par jeter l’éponge. « Le matériel étant vieillissant, ils renoncent à investir. Une machine à récolter le chou à choucroute représente un investissement de 100 000 € ! » « Nous sortons de trois années très compliquées au niveau météorologique et sanitaire », explique Laurent Heitz. Cette année, les choux à choucroute ont subi de fortes attaques d’altise. Par ailleurs, les parcelles irriguées ont eu de gros soucis de pourriture, les températures très élevées ayant provoqué un choc hydrique. Résultat, le rendement moyen se situe à 80 t/ha en 2017, alors qu’il faudrait atteindre 100 t/ha pour que la culture soit rentable. « Nous vivons vraiment dans la crainte de la désertion des producteurs, par manque de motivation, indique ce syndicaliste engagé depuis longtemps dans la défense de la profession. Si rien ne bouge, certains choucroutiers alsaciens auront du mal à s’approvisionner localement… »

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