Publié le 10/02/2018
Du 30 janvier au 1er février, le Comptoir agricole organisait la seconde édition de sa formation « Houblon Expert ». Une quarantaine de participants, venus des quatre coins de France et même de l’étranger, y ont participé.
Le succès de la première édition de cette formation l’avait suggéré, celui de la seconde le confirme : le houblon a le vent en poupe. Ils sont en effet nombreux à vouloir en cultiver. Qu’ils soient microbrasseurs désireux de développer une activité de micro-houblonnier, agriculteurs en quête de diversification, jeune en cours d’installation… Ces aspirants houblonniers sont issus de tous milieux, ont des projets très divers, et viennent de toute la France, voire de Belgique, mais aucun du Grand Est. Parmi eux, certains sont très aguerris à la culture du houblon, comme cet agriculteur belge, qui en produit déjà, mais affirme apprendre encore des choses, « surtout dans les détails », et apprécie de pouvoir comparer sa méthode de travail à celle d’un confrère alsacien. La formation très complète proposée par le Comptoir agricole permet aux stagiaires de balayer tous les aspects de la filière houblonnière, au gré de six modules : organisation de la filière et marché mondial, aspects agronomiques, économie et gestion des charges en production, process et qualité, découverte d’une houblonnière, gestion des ressources humaines. Heureusement pour les stagiaires, certains modules donnaient lieu à des visites sur le terrain : le site de la coopérative à Brumath et les installations de Sébastien Holtzmann, producteur de houblon à Wingersheim. Une pousse qui peut atteindre 20 cm/jour En cette saison, pas grand-chose à voir dans les houblonnières, aussi Sébastien Holtzmann accueille-t-il les groupes dans son hangar. Il déroule le fil d’une saison houblonnière en présentant les outils qu’il utilise pour réaliser les différents travaux. Mais, avant de démarrer, il précise : « Je cultive 20 hectares de houblonnière, je suis donc équipé en conséquence. Selon les dimensions de votre projet vous n’aurez pas forcément besoin de tous ces outils. » Puis, il commence à partager son expérience, par l’hiver, saison « morte » dédiée au remplacement des poteaux, câbles endommagés, à l’apport de compost, et à l’entretien du matériel de récolte. La première opération dans les houblonnières, c’est la taille, que Sébastien Holtzmann étale de mi-février à début avril pour répartir le travail. L’objectif est de raser la butte de terre pour mettre la souche à nu. Vient ensuite la mise en place du tuteurage qui doit être finie le 10 avril pour accueillir les lianes qui commencent alors à pousser à une vitesse vertigineuse. L’ébroussage consiste à détourer les souches pour enlever 90 % des jets et n’en garder qu’une dizaine. Seuls trois d’entre eux seront mis au fil « enroulés dans le sens des aiguilles d’une montre, précise Sébastien Holtzmann. À ce stade, le houblon peut pousser de 20 cm/jour, il ne faut donc pas traîner pour le remettre au fil sinon les lianes s’emmêlent. » Le buttage permet d’étouffer les rejets qui n’ont pas été mis au fil, et de stimuler la pousse de petites radicelles superficielles. Une culture sous haute surveillance Les principales maladies du houblon sont le mildiou et l’oïdium. « Il faut être très vigilant pour éviter les contaminations primaires, indique Sébastien Holtzmann. À partir de mi-juin, l’outil que j’utilise le plus c’est le quad, pour aller surveiller les houblonnières et ne déclencher les traitements que si c’est nécessaire. » Ce qui implique aussi de les surveiller par le haut, grâce au mirador fixé sur un tracteur. Les ravageurs du houblon sont les charançons, les pucerons et les araignées rouges : « Je ne traite contre les pucerons que si c’est vraiment nécessaire. Car ce traitement affecte aussi les auxiliaires, et laisse plus de place aux araignées rouges », décrit Sébastien Holtzmann, qui envisage de convertir une partie de sa surface en agriculture biologique. La récolte du houblon s’effectue lorsque la plante atteint 20 % de matière sèche, « c’est à ce stade qu’on bénéficie du meilleur équilibre entre la qualité aromatique et le risque de dégradation », indique Sébastien Holtzmann, devant la cueilleuse, sorte de « moissonneuse-batteuse fixe qui sépare les cônes du reste ». Là aussi, l’équipement du houblonnier est conséquent, « mais avec du temps et des compétences en mécanique, il doit être possible d’en concevoir un modèle réduit », estime Sébastien Holtzmann, qui la décrit comme « une série de tambours rotatifs puis une succession de tapis inclinés ». Lui-même a apporté plusieurs modifications au modèle de base. Notamment parce qu’il doit en modifier constamment les réglages en fonction des variétés, de l’heure à laquelle le houblon a été récolté… Le séchage, une étape cruciale Enfin Sébastien Holtzmann guide les stagiaires dans son séchoir, « dimensionné en fonction de la cueilleuse ». Car, après la récolte, le séchage du houblon ne peut pas attendre. Une étape cruciale, qui dure environ 6 heures, et où s’exprime tout le savoir-faire des houblonniers. « Avec un mauvais séchage, vous pouvez flinguer la récolte », prévient Sébastien Holtzmann. Le chargement doit être homogène, et il faut savoir sortir les cônes sur la table de refroidissement au bon moment. Soit entre 9 et 10 % d’humidité. Dernières étapes : la cellule de conditionnement, où le houblon va être ventilé avec de l’air frais pour qu’il soit moins cassant. Et la presse, qui permet de conditionner les cônes en ballots de 55 kg. Avant expédition, stockage, transformation… et dégustation !












