Cultures

Publié le 28/02/2018

Installé à Oberentzen et à Heiteren, Sébastien Mary entend sécuriser son système en diversifiant son assolement et stabiliser ses prix en s’orientant vers le bio.

Les exploitations des familles Hebding à Heiteren et Mary à Oberentzen disposent chacune à l’origine de 50 ha. Elles sont réunies en une SCEA en 2000. Sébastien Mary en est le gérant depuis son installation en janvier 2016. Andrée, sa mère, est salariée de l’entreprise et Lucien son père, en reste associé non exploitant. À 29 ans, DUT de génie biologique en poche, Sébastien réfléchit d’entrée à la meilleure manière de tirer un revenu d’une surface qu’il peut entièrement irriguer avec un pivot couvrant 18 ha, deux enrouleurs dont un d’appoint, et deux rampes pour 11 et 25 ha dont une en copropriété. Ses sols sont pour un quart argilo-limoneux et pour trois quarts superficiels de Hardt dans lesquels la réserve hydrique ne dépasse guère les 60 mm. L’assolement a toujours comporté au moins trois cultures même à l’époque où le maïs pouvait régner seul en maître. Mais Sébastien décide de le diversifier encore davantage en réduisant le maïs pour intégrer le tournesol semences, davantage de soja et le colza. « Je pense que plus de cultures, c’est plus de stabilité » dit-il. Il engage en même temps une conversion au bio. « J’y passe d’une part parce que la stratégie de doses faibles de mes parents par motivation pour l’environnement n’a jamais été rétribuée. D’autre part, les prix en bio sont plus stables qu’en conventionnel ». Si tout va bien, Sébastien projette d’avoir passé toute sa surface en bio d'ici 2022 avec une rotation allongée à cinq ans. Il a commencé en 2016 par un bloc de 33 ha composé de diverses cultures (voir encadré) et le blé. Il désherbe la céréale d’hiver avec sa nouvelle herse étrille rotative qui a pour avantage d’éviter les bourrages. Il pense l’utiliser sur maïs jusqu’au stade 6-8 feuilles ainsi que sur soja. À partir de 2019, il sèmera son soja en ligne avec son semoir à maïs qu’il utilise déjà pour son colza en semant successivement en décalé à 80 puis à 40. Cette disposition lui permet de biner les mauvaises herbes. L’implantation de 5 à 6 ha de luzerne sera une autre étape dès l’an prochain. La légumineuse aura pendant deux à trois ans la mission de nettoyer les parcelles et de ramener de l’azote pour la culture suivante. Le soja en tête de rotation « Nos charges sont les plus élevées en Europe. Il faut arrêter de faire seulement du volume. Il faut faire de la marge. Le bio est indispensable pour que mon projet tienne la route » analyse Sébastien. En 2017, les marges brutes de son maïs à 130 q/ha (1 139 €/ha), de son colza à 47 q/ha (1 126 €) et de son soja à 41 q/ha (1 087 €) se sont tenues dans un mouchoir de poche. Sébastien a un petit faible pour le soja. Déjà parce qu’il approvisionne une filière locale qui lui garantit un débouché et un prix connu, moins dépendant du marché mondial. Ensuite parce que c’est une culture simple à conduire. Le soja suit un maïs et précède un maïs ou un blé. « C’est ma tête de rotation. Au deuxième passage de vibroculteur après charrue et herse lourde, j’enlève le rouleau de rappui pour permettre aux racines de liseron de sécher. Je sème la variété Kassidy à 625 000 grains/ha à 2-3 cm de profondeur et je roule la parcelle pour améliorer le contact entre la semence et la terre. Cette année, je désherbe pour la dernière fois avec 1,25 l/ha de chloroacétamide et 1,4 l/ha de pendiméthaline. Je n’attends pas que les plantes montrent qu’elles ont soif pour irriguer. En 2017, elles ont bénéficié de huit tours d’eau de 22 mm chaque ». D’un point de vue économique, Sébastien attend que ses cultures de vente fassent encore de meilleures marges brutes une fois payées au tarif bio. « La demande est là » insiste-t-il. Il n’a pas encore décidé des circuits de vente qui prendront en 2019 le relais d’une commercialisation encore confiée en 2017 pour une moitié à une coopérative, pour l’autre à un négoce. Mais il est convaincu qu’il lui faut maîtriser l’écoulement de ses productions grâce au stockage à la ferme. Il a donc commencé à installer d’anciennes cellules octogonales en tôle sous un hangar. Sébastien chiffre à 500 000 € son investissement en matériel de culture, en stockage et en bâtiments d’élevage (voir encadré). Ces derniers sont aidés à hauteur de 30 % par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) ainsi que par la Région Grand Est.                

Lycée agricole d’Obernai

Ode à la haie

Publié le 20/02/2018

Jeudi 8 février, des étudiants en BTS au lycée agricole d’Obernai ont organisé une conférence sur le thème de la haie. Plusieurs heures d’éloge à cet élément méconnu, parfois dénigré et pourtant bénéfique pour l’agriculteur.

« La haie n’est pas une carte postale, c’est un paysage qui bouge et qui produit. » Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture, vante les mérites des lignes d’arbres et d’arbustes auprès d’une centaine de lycéens d’Obernai, jeudi 8 février. Le spécialiste des Vosges du Nord détaille les bénéfices économiques, écologiques et sociétaux des haies champêtres. 1. Des végétaux qui rapportent L’agroforesterie s’avère rentable d’après l’expert. Ce système associe les arbres aux cultures ou à l’élevage et fournit du bois à l’exploitant. Les bûches coupées lors de l’entretien de la haie peuvent être revendues à des ébénistes ou des menuisiers. Le paysan fera aussi des économies grâce au bois énergie, destiné au chauffage. Exit les factures de gaz ou de fioul. Par ailleurs, les haies attirent sous leurs branches un grand nombre d’animaux et d’insectes. Véritables auxiliaires de l’agriculteur. Les oiseaux vont ainsi chasser les plus petits nuisibles. « La mésange mange jusqu’à 24 insectes par minute », brandit Claude Hoh. Les mammifères comme le renard ou la fouine s’attaquent aux taupes, sauterelles et autres limaces. La chauve-souris se repaît de pyrales du maïs. Près de 3 000 papillons par jour. De plus, les ultrasons émis par les petits vampires perturbent le vol de la pyrale. « On a constaté 50 % de pyrales en moins dans les champs fréquentés par des chauves-souris. » Rien que ça ? C’est sans compter sur les carabes, araignées et coccinelles qui pullulent entre les arbres et raffolent des pucerons. À la fin de ces batailles naturelles, un gagnant : l’agriculteur. Car il utilisera moins de produits phytosanitaires pour lutter contre les nuisibles. Enfin, les haies boostent les rendements. En effet, les arbustes attirent des insectes pollinisateurs comme les abeilles. Celles-ci ne se cantonnent pas au périmètre boisé et colonisent peu à peu le champ. Cela engendre une meilleure fructification et production de grain. Plus étonnant, les rangs végétaux influent sur la production des vaches laitières. Par temps mauvais, elles vont s’abriter du vent et du froid au milieu des arbres. Au contraire, sous de grosses chaleurs elles vont y chercher l’ombre et le frais. Des conditions plus douces qui jouent sur l’organisme des bovins et améliorent la production de lait. 2. La haie, bénéfique pour l’environnement Diminution de l’épandage de produits phytosanitaires, retour de la biodiversité, sol plus riche, moins d’érosion… Difficile de dénombrer tous les avantages de la haie pour l’environnement. Claude Hoh a par exemple évoqué les corridors écologiques. Dans un système de bocage, les haies jouent le rôle de « réseau routier qui facilite le déplacement des animaux. » Un élément essentiel de la fameuse trame verte dont l’Alsace est une région pionnière. Les haies sont également de vrais pièges à dioxyde de carbone (CO2), un des principaux gaz à effet de serre. 1 km d’arbres et arbustes stockerait ainsi entre 11 et 37 t de CO2 par an. De plus, les exploitations consomment moins d’énergies fossiles grâce aux bûches débitées. Ainsi, avec 450 m de haies coupées, le paysan obtient jusqu’à 15 t de matière sèche à brûler. Soit 12 t de CO2 économisé par rapport à un chauffage au fioul. 3. Les voisins disent « merci » Les clôtures végétales adoucissent les mœurs. De nombreux agriculteurs (pour ne pas dire tous) ont déjà expérimenté les disputes de voisinage. Résidents mécontents des odeurs d’élevage ou de la pulvérisation de produits de traitement, agriculteurs bios « pollués » par les champs en culture conventionnelle… Les raisons de se quereller ne manquent jamais. Là-dessus la haie coupe-vent a une vraie carte à jouer. Elle maintient la lame de vent en hauteur. Les odeurs passent donc au-dessus des têtes des riverains. Les produits de traitement traversent peu les rangs denses d’arbustes et de buissons. Enfin, un réseau de bocage entretient le paysage. Il empêche l’érosion, favorise la biodiversité, limite les espaces déserts, protège les réseaux routiers contre le gel et la neige. Autant de services qui favorisent l’économie locale et le tourisme. Banco donc ? Oui, mais il ne s’agit pas de planter des arbres tous azimuts. « Planter une haie correctement demande de la réflexion », avertit l’agent forestier. Pour cela, la Chambre d'agriculture et des associations comme Haies vives d’Alsace se proposent d’accompagner les agriculteurs, des plans aux travaux d’installation des haies.

Publié le 19/02/2018

Le purin d’ortie est une préparation naturelle peu préoccupante (PNPP), couramment utilisée par les jardiniers amateurs et certains agriculteurs. Si les essais menés afin de caractériser son efficacité sont peu concluants, des éléments de physiologie des plantes permettent d’émettre des hypothèses sur son monde d’action.

Lors des réunions techniques consacrées à l’agriculture de conservation et à la lutte contre l’érosion, Rémy Michaël, conseiller érosion à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a présenté des résultats d’essais menés par des agriculteurs de l’ouest de la France visant à utiliser le purin d’ortie pour lutter contre les maladies cryptogamiques des céréales. Ou plutôt pour soutenir la lutte contre ces maladies car, rappelle Rémy Michaël, le purin d’ortie, qui est en fait un extrait fermenté d’ortie, n’est pas considéré comme un fongicide, mais comme un Stimulateur des défenses naturelles (SDN), soit une espèce de fortifiant, qui doit aider les plantes à résister pour empêcher que la maladie ne s’implante. La richesse de l’ortie en acides aminés, oligoéléments, minéraux, vitamines… est une réalité scientifiquement mesurable. De là à penser que l’application d’un extrait fermenté d’ortie sur les cultures pourrait favoriser la photosynthèse, la croissance des feuilles, leur résistance… il n’y a qu’un pas. Que certains franchissent allègrement. Et que d’autres abordent avec davantage de scepticisme. Des effets difficiles à cerner Les résultats de ces essais sont certes alléchants, avec des rendements équivalents en blé pour une modalité protégée chimiquement et l’autre avec deux applications de purin à 10 %. Mais Benoît Gassmann, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d'agriculture d’Alsace, qui a étudié la bibliographie sur la question, tempère : « Il s’agit de résultats d’un essai. Lorsqu’on en compile plusieurs, on constate que parfois il y a une efficacité, et parfois pas. Il est très difficile de dégager une tendance significative. L’efficacité du purin d’ortie semble extrêmement dépendante des modalités d’utilisation. Et plutôt que des effets sur le rendement, ou le contrôle des maladies, il semble que le purin d’ortie ait surtout des effets sur la vigueur… » Les plantes ont une zone de confort Le caractère aléatoire des effets du purin d’ortie pourrait s’expliquer par des éléments de physiologie qu’Olivier Rapp, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a détaillés. Comme les animaux, les plantes sont parcourues de courants électriques, liés au fonctionnement cellulaire, fait de pertes et de gains d’électrons. Or, pour qu’elle puisse assurer correctement ses fonctions moléculaires, et ne pas gaspiller d’énergie lors de ses échanges avec le milieu extérieur, la cellule apprécie de se situer dans une zone de confort et d’équilibre, correspondant à un certain potentiel oxydo-réducteur (rédox) et à un certain pH, proches de ceux du milieu dans lequel elle se trouve (en l’occurrence le sol). Soit un pH compris entre 5 et 8. Et un potentiel oxydo-réducteur compris entre 350 et 450. Voilà pour la théorie. En pratique, ce bel équilibre est constamment déplacé par des perturbations en tous genres. Que ce soit une oxydation par le travail du sol, qui apporte de l’oxygène, ou encore la pluie, la fertilisation azotée, soufrée… Ou une réduction, par l’apport d’ammoniac, de fumier, de compost… Le purin d’ortie les aide à y rester En outre, comme les plantes, leurs ravageurs (qu’ils soient insectes, champignons, bactéries) ont eux aussi leur propre zone de confort. Généralement, elle se situe à un pH similaire, mais à un potentiel oxydo-réducteur plus élevé. Or, notamment sous l’action du climat, il arrive que la plante passe dans la zone de confort d’un ravageur, qui s’engouffre dans la brèche. Et les produits phytosanitaires, développés pour lutter contre les ravageurs des cultures, auraient un effet secondaire indésirable : celui d’entraîner un phénomène de suroxydation qui amènerait la plante encore plus haut sur l’échelle redox. La plante n’aspire qu’à retourner dans sa zone de confort, à l’abri des maladies, même si cela correspond à une dépense énergétique. L’utilisation d’acides organiques, qui ont tendance à réduire le système, peut les y aider. Et c’est ainsi que pourrait agir le purin d’ortie : en aidant la plante à rester dans sa zone de confort, malgré les aléas climatiques. Mais la quantité de facteurs qui entrent en jeu dans ce processus est telle (qualité du purin, nature et intensité des aléas naturels) que cela pourrait expliquer le caractère aléatoire des effets du purin d’ortie.

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