Lycée agricole d’Obernai
Ode à la haie
Lycée agricole d’Obernai
Publié le 20/02/2018
Jeudi 8 février, des étudiants en BTS au lycée agricole d’Obernai ont organisé une conférence sur le thème de la haie. Plusieurs heures d’éloge à cet élément méconnu, parfois dénigré et pourtant bénéfique pour l’agriculteur.
« La haie n’est pas une carte postale, c’est un paysage qui bouge et qui produit. » Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture, vante les mérites des lignes d’arbres et d’arbustes auprès d’une centaine de lycéens d’Obernai, jeudi 8 février. Le spécialiste des Vosges du Nord détaille les bénéfices économiques, écologiques et sociétaux des haies champêtres. 1. Des végétaux qui rapportent L’agroforesterie s’avère rentable d’après l’expert. Ce système associe les arbres aux cultures ou à l’élevage et fournit du bois à l’exploitant. Les bûches coupées lors de l’entretien de la haie peuvent être revendues à des ébénistes ou des menuisiers. Le paysan fera aussi des économies grâce au bois énergie, destiné au chauffage. Exit les factures de gaz ou de fioul. Par ailleurs, les haies attirent sous leurs branches un grand nombre d’animaux et d’insectes. Véritables auxiliaires de l’agriculteur. Les oiseaux vont ainsi chasser les plus petits nuisibles. « La mésange mange jusqu’à 24 insectes par minute », brandit Claude Hoh. Les mammifères comme le renard ou la fouine s’attaquent aux taupes, sauterelles et autres limaces. La chauve-souris se repaît de pyrales du maïs. Près de 3 000 papillons par jour. De plus, les ultrasons émis par les petits vampires perturbent le vol de la pyrale. « On a constaté 50 % de pyrales en moins dans les champs fréquentés par des chauves-souris. » Rien que ça ? C’est sans compter sur les carabes, araignées et coccinelles qui pullulent entre les arbres et raffolent des pucerons. À la fin de ces batailles naturelles, un gagnant : l’agriculteur. Car il utilisera moins de produits phytosanitaires pour lutter contre les nuisibles. Enfin, les haies boostent les rendements. En effet, les arbustes attirent des insectes pollinisateurs comme les abeilles. Celles-ci ne se cantonnent pas au périmètre boisé et colonisent peu à peu le champ. Cela engendre une meilleure fructification et production de grain. Plus étonnant, les rangs végétaux influent sur la production des vaches laitières. Par temps mauvais, elles vont s’abriter du vent et du froid au milieu des arbres. Au contraire, sous de grosses chaleurs elles vont y chercher l’ombre et le frais. Des conditions plus douces qui jouent sur l’organisme des bovins et améliorent la production de lait. 2. La haie, bénéfique pour l’environnement Diminution de l’épandage de produits phytosanitaires, retour de la biodiversité, sol plus riche, moins d’érosion… Difficile de dénombrer tous les avantages de la haie pour l’environnement. Claude Hoh a par exemple évoqué les corridors écologiques. Dans un système de bocage, les haies jouent le rôle de « réseau routier qui facilite le déplacement des animaux. » Un élément essentiel de la fameuse trame verte dont l’Alsace est une région pionnière. Les haies sont également de vrais pièges à dioxyde de carbone (CO2), un des principaux gaz à effet de serre. 1 km d’arbres et arbustes stockerait ainsi entre 11 et 37 t de CO2 par an. De plus, les exploitations consomment moins d’énergies fossiles grâce aux bûches débitées. Ainsi, avec 450 m de haies coupées, le paysan obtient jusqu’à 15 t de matière sèche à brûler. Soit 12 t de CO2 économisé par rapport à un chauffage au fioul. 3. Les voisins disent « merci » Les clôtures végétales adoucissent les mœurs. De nombreux agriculteurs (pour ne pas dire tous) ont déjà expérimenté les disputes de voisinage. Résidents mécontents des odeurs d’élevage ou de la pulvérisation de produits de traitement, agriculteurs bios « pollués » par les champs en culture conventionnelle… Les raisons de se quereller ne manquent jamais. Là-dessus la haie coupe-vent a une vraie carte à jouer. Elle maintient la lame de vent en hauteur. Les odeurs passent donc au-dessus des têtes des riverains. Les produits de traitement traversent peu les rangs denses d’arbustes et de buissons. Enfin, un réseau de bocage entretient le paysage. Il empêche l’érosion, favorise la biodiversité, limite les espaces déserts, protège les réseaux routiers contre le gel et la neige. Autant de services qui favorisent l’économie locale et le tourisme. Banco donc ? Oui, mais il ne s’agit pas de planter des arbres tous azimuts. « Planter une haie correctement demande de la réflexion », avertit l’agent forestier. Pour cela, la Chambre d'agriculture et des associations comme Haies vives d’Alsace se proposent d’accompagner les agriculteurs, des plans aux travaux d’installation des haies.












