Cristal Union
La cercosporiose « invitée » de la campagne 2017
Cristal Union
Publié le 30/01/2018
La réunion hivernale organisée dernièrement par la sucrerie Cristal Union a permis de revenir sur la campagne 2017 et de préparer la prochaine. Variétés, désherbage, fumure, protection phytosanitaire étaient au menu de la rencontre.
C’est une bonne campagne 2017, avec des performances variables selon les secteurs, qu’ont vécue les planteurs de betteraves alsaciens (lire en page 20 de notre n° 1 du 5 janvier 2018). Aline Barbière, technicienne agrobetteravière, en a rappelé les principales étapes lors de la réunion organisée vendredi 12 janvier à Dossenheim-Kochersberg. La déception vient des 1 200 ha où la cercosporiose a fait baisser les rendements. Le groupe Cristal Union, dont fait partie la sucrerie d’Erstein, est en pointe dans la lutte contre cette maladie liée au réchauffement climatique, précise son collègue Michel Butscha. Il mène en effet des expérimentations pour trouver des variétés tolérantes. Ces expérimentations sont d’autant plus utiles que l’Alsace n’est pas la seule région touchée en 2017 : l’Auvergne et l’Île-de-France ont également subi des dégâts. En Alsace, six agriculteurs mettent des parcelles à disposition pour y tester des variétés alliant productivité et résistance aux maladies. Cercosporiose : choisir des variétés qui tiennent la route Parmi les variétés simples tolérantes à la rhizomanie, le cap est très clairement mis sur la tolérance à la cercosporiose afin d’allier les bénéfices de la génétique à la protection phytosanitaire. Sur les zones de culture historique et de rotation courte ou à forte pression de rhizomanie qui se conjugue également avec le rhizoctone brun, le choix variétal est plus pointu. Des solutions performantes - encore trop peu nombreuses - existent malgré tout, grâce au fort investissement des semenciers dans la recherche. Dans l’idéal, comme le souligne Michel Butscha, « les rotations sur trois ans valent mieux que les rotations sur deux ans ». Même si le rhizoctone brun ne s’est pas tellement manifesté en 2017, « il risque de le faire s’il ne gèle pas plus que ça cet hiver », prévoit Michel Butscha. Dans les parcelles à précédent maïs et dans les parcelles où l’eau a tendance à stagner, mieux vaut utiliser des variétés doubles tolérantes (60 % des variétés utilisées en 2017). Dans les anciens secteurs betteraviers, il peut être utile de semer des variétés doubles tolérantes rhizomanie-nématodes. « En termes de productivité, il n’y a pas de différence avec les variétés simples tolérantes », précise Michel Butscha. Sur ce segment de marché, l’exigence porte également sur la tolérance à la cercosporiose et l’offre est plus restreinte. Faible peuplement : ne pas ressemer Côté densité de semis, les techniciens de Cristal Union cherchent à savoir jusqu’où les planteurs peuvent descendre sans pénaliser le rendement. Les essais conduits en 2016 et 2017 montrent que « moins il y a de densité, moins il y a de rendement » mais qu’en matière de richesse en sucre, « ce n’est pas parce qu’on sème plus dru qu’on a un effet positif ». Tout au moins quand l’azote est bien géré. À 60 000 pieds/ha, la perte de rendement est de 8,5 t ce qui n’est pas aussi élevé qu’on pourrait le craindre. Cela ne justifie pas de ressemer une parcelle, précise le technicien agrobetteravier qui conseille, sauf exception, de laisser les parcelles à faible peuplement en place sans les ressemer. La densité de semis préconisée est de 110 000 à 120 000 graines/ha. La réussite des semis tient avant tout au positionnement de la graine en profondeur et à la qualité du lit de semence. La préparation du sol doit être « bien homogène » et le semis régulier pour mettre toutes les chances de son côté. Pour ce qui est des ravageurs, les planteurs peuvent craindre les tipules, capables de ravager un champ. Elles se développent lors des hivers doux et humides. Les limaces constituent un autre risque. Un traitement anti-limaces au semis coûte 25 €/ha, c’est peu comparé au coût d’un ressemis, remarque Michel Butscha. Utilisable en agriculture biologique, l’anti-limaces Ironmax présente une bonne efficacité. Il est recommandé en zone de captage. Sur le plan de la fertilisation, les planteurs de betteraves, après mesure des reliquats, ont généralement une bonne gestion de l’azote. Le technicien remarque toutefois que la forme de l’engrais utilisé n’est pas toujours bien choisie. « On peut mettre de l’urée avant betteraves mais sans dépasser 60 unités et en l’enfouissant », précise-t-il. En revanche, on n’utilisera pas cette forme entre le semis et la levée pour ne pas pénaliser la levée. Les services techniques de la sucrerie proposent des analyses de sol permettant de repérer les éventuelles carences, notamment les carences en bore et en magnésie. Dans ce dernier cas de figure, l’apport de Kieserite, produit contenant du soufre et de la magnésie, peut être utile. Les écumes de sucrerie ont aussi leur intérêt car elles permettent, en plus, d’améliorer l’infiltration de l’eau dans le sol. Buses à injection d’air : contre la dérive Côté fongicides, Camille Meistertzheim est revenu sur les essais menés par Cristal Union pour lutter contre la cercosporiose. Différents produits ont été testés (Priorix, Spyrale, Timbal), avec ou sans cuivre, et différents programmes de traitement ont été comparés. L’association triazoles + cuivre donne les meilleurs résultats, constate le technicien. Bien qu’aucun fongicide à base de cuivre n’ait à ce jour d’autorisation de mise sur le marché pour 2018, une demande de dérogation a été demandée pour le Yucca, mais la réponse n’arrivera qu’en avril. Pour que les traitements fongicides soient efficaces, la date de couverture des rangs est très importante, souligne Camille Meistertzheim. Les planteurs l’ont appris à leurs dépens en 2017 : ceux qui ont eu de gros dégâts sont intervenus trop tard. La sucrerie apportera des informations sur les plages de traitement durant la campagne, selon les secteurs. Le technicien se veut confiant : Cristal Union possède une réelle expertise sur la cercosporiose et l’ensemble de la filière betteraves est aujourd’hui mobilisée contre cette maladie, avec l’ITB et les firmes phytosanitaires, qui sont en train d’homologuer de nouveaux produits. Michel Butscha a rappelé quelques conseils clés pour réussir le désherbage des cultures. II a aussi fait le point sur les buses à injection d’air. Ces buses, qui augmentent la taille des gouttelettes par rapport aux buses classiques, limitent la dérive des produits phytosanitaires au cours de la pulvérisation. Elles permettent ainsi de réduire la largeur des zones non traitées (ZNT) en bordure de cours d’eau, sous réserve de la mise en place d’une bande enherbée de 5 mètres. Les buses à injection d’air sont homologuées pour une plage de pression donnée, que les planteurs doivent respecter.












