Cultures

Verger expérimental d’Alsace (Verexal)

Évoluer pour durer

Publié le 24/06/2015

Afin d’assurer l’avenir de l’expérimentation, incontournable pour la compétitivité des exploitations, le Verexal, qui tenait son assemblée générale mercredi 17 juin à Obernai, a engagé un certain nombre d’évolutions, avec l’objectif est d’être plus proche encore des besoins des professionnels et mieux intégré à la filière.

Après avoir évoqué la campagne fruitière 2014 et le début de la saison 2015, qui démarre sous de bons auspices, Patrick Bastian, président du Verger expérimental d’Alsace (Verexal), a rappelé qu’aux 7 hectares de vergers implantés à Obernai, se sont ajoutées récemment des parcelles rénovées à Innenheim : 6 ha destinés à développer le parc de la station, qui compte désormais 13 ha. « Nous devons veiller à conserver et à développer cette station, et ce d’autant plus dans le cadre de la grande région. L’arboriculture est une production très technique, qui nécessite l'appui des techniciens, des données et des références que nous tirons des nombreux essais que nous menons », a insisté Patrick Bastian. « Financièrement, l’exercice devient difficile, notamment en raison du retard des versements des aides de FranceAgriMer et de l’incertitude des soutiens futurs. » Agnès Hardy, responsable territoriale FranceAgriMer, a répondu que le versement des aides des deux trois dernières années arriverait prochainement et assuré que l'expérimentation, et en particulier le Verexal, reste une priorité. Toutefois, « les crédits à l’expérimentation, jusqu’à présent réservés au végétal, s'ouvrent désormais à tous les domaines : d’autres filières vont pouvoir émarger aux aides. Il faudra donc faire des choix. » Malgré ce contexte, la station expérimentale a réussi à dégager un léger excédent grâce à son magasin de vente, où sont proposés fruits du verger et légumes issus de producteurs locaux. Il connaît un succès croissant et bénéficie aujourd’hui d’une clientèle « fidèle et ravie ». « Lorsque nous avons construit ce nouveau bâtiment et décidé de réserver un bel espace au magasin de vente, notre objectif était de doubler son chiffre d’affaires. Il a été multiplié par cinq, et s’établit à 246 000 € en 2014. » L’occasion pour Patrick Bastian de saluer l’effort de structuration de la filière, qui s’est concrétisé avec la création de la Cuma Alsace Pomme, grâce à laquelle 3 000 tonnes de pommes ont été commercialisées. « Elle montre que les producteurs se mobilisent pour l’avenir de la filière. L’objectif est de mieux répondre encore à la demande et aux besoins des acheteurs. Aujourd'hui, nous avons une structure capable de vendre, il faut donc se mobiliser pour produire davantage. Il faut aussi trouver des jeunes qui aient envie d'investir dans la pomme pour relancer la production. » L’arrivée de Drosophila suzukii « Nous avons sollicité la Chambre d’agriculture de région Alsace pour un accompagnement plus important au niveau technique », a poursuivi Patrick Bastian. Ainsi, le service arboriculture de la Cara a été renforcé par l’embauche d’un deuxième technicien aux côtés de Philippe Jacques. Thierry Antoine, conseiller arboricole depuis une quinzaine d’années, est mis à disposition par la Chambre d’agriculture des Vosges trois jours par semaine. Il va participer à la rédaction et à l’animation des réunions techniques annuelles, à la formation et au suivi technique des producteurs. Au cours de l’exercice écoulé, le Verexal s’est aussi doté d’un nouvel outil informatique : le logiciel Pixfel, qui permet d'évaluer le calibre des pommes avant leur mise en pallox. « Il est intéressant car il permet de se faire une idée du volume commercialisable à la récolte », a commenté Hervé Bentz, chef de la station. Le Verexal a aussi renouvelé et étoffé son matériel : pallox, broyeur tondeur et équipements pour le laboratoire. « La mauvaise nouvelle de 2014 a été l’arrivée de Drosophila suzukii dans notre région, a poursuivi Hervé Bentz, lors de son retour sur les faits marquants de la campagne écoulée. Nous avons observé les premiers dégâts dans les cerisiers de notre station à Obernai fin juillet 2014. Nous avons ensuite constaté qu’elle était largement présente dans la région. » Actuellement, l’activité de Drosophila suzukii reste calme - les premiers adultes ont été piégés - car la nourriture était jusqu’à présent peu abondante dans les haies et les bois. Mais les sureaux arrivant à maturité, il y a un risque d'explosion. Un projet Interreg autour de ce ravageur émergent devrait aboutir pour 2016. En pomme, c’est la tavelure qui préoccupe les producteurs, avec de fortes attaques déjà recensées cette année. « Depuis deux ans, c’est l'enfer au niveau sanitaire, malgré les suivis techniques réguliers. Aujourd’hui 90 % des vergers alsaciens sont touchés. S’il n’y a pas de tavelure début juin, la saison se passe bien. Sinon, cela nécessite un suivi lourd et compliqué pour les producteurs. Il faudra trouver des solutions pour les années à venir », a insisté Patrick Bastian. Enfin, quelques producteurs de quetsches sont touchés par la sharka, une souche un peu moins virulente que celle présente dans la vallée du Rhône. Une caisse de cotisation volontaire, abondée pour moitié par les producteurs et par l’État, a été mise en place pour initier une expérimentation. Mais il faudrait aller plus loin pour voir la progression de la maladie et l’efficacité des mesures de lutte : il faudrait envisager deux passages supplémentaires dans les vergers. Des référents professionnels pour chaque production « Afin de mieux structurer nos actions, de gagner en efficacité et en lisibilité, le programme d’expérimentation a été repensé autour de six axes », a indiqué Fabien Digel, directeur administratif : compétitivité ; qualité et goût (lire en encadré) ; environnement, techniques alternatives et biologiques ; innovation (lire en encadré) ; échanges européens (projets transfrontaliers) et formations en partenariat avec la Cara. Par ailleurs, des référents professionnels ont été désignés pour chaque production. « Les techniciens sont parfois face à une page blanche lorsqu’il faut déterminer les programmes d’expérimentation. Afin qu’ils sachent plus précisément de quoi ont besoin les producteurs, nous avons décidé de solliciter des référents pour chaque production, a expliqué Patrick Bastian. Leur mission est de guider les techniciens dans leur travail, de leur faire un retour des préoccupations du terrain. L’objectif est d’intégrer encore plus et mieux la station dans la filière afin de monter des programmes d'essais plus facilement, et de faire en sorte qu’ils soient adaptés aux questions et besoins des professionnels. » Ainsi, Albert Burger est le référent pour la production biologique, Pierre Barth pour les pommes et poires, Joël Reisz pour les cerises, Daniel Dettling pour les prunes et Jean-Luc Rott pour les petits fruits. Afin de développer les échanges entre professionnels et avec la station et de resserrer les liens, une grande journée professionnelle est organisée le 2 juillet (lire aussi notre article sur le sujet dans cette édition). Enfin, Verexal multiplie les actions de communication afin de se faire connaître et de « montrer, en particulier aux distributeurs et grossistes, les efforts réalisés par les professionnels pour améliorer la qualité des produits ». En 2015, la station sera présente lors de l’événement Folie'flore du 1er au 11 octobre, qui a pour thème cette année les fruits et légumes. Les visiteurs pourront découvrir de nombreux tableaux et mosaïques de fruits et légumes : la tour FL, le jardin des quatre saisons, avec jets d'eau et plantations de légumes, un verger avec filets paragrêle, des dinosaures en fruits et légumes, un paon de 100 m2 et des timbres-poste de 40 m2. De nombreuses animations ponctueront ces dix jours dédiés aux fruits et légumes : démonstrations culinaires par de grands chefs, dégustation. Sans oublier, la grande journée professionnelle du 15 octobre.

Semis de maïs

Des conditions optimales

Publié le 23/04/2015

L'intégralité de la sole de maïs alsacienne a été semée en une quinzaine de jours dans des conditions optimales. Très souvent, les agriculteurs ont obtenu une préparation du lit de semence fine, idéale pour la levée, mais aussi corrélée à un risque érosif accru.

Cette année, les semis de maïs ont été effectués dans un mouchoir de poche, grosso modo du 10 au 24 avril. « Les sols se sont réchauffés très rapidement, il y avait peu de précipitations annoncées, les agriculteurs en ont profité pour procéder rapidement aux semis de maïs », rapporte Christian Lux, responsable du service technique au Comptoir Agricole. Dans certaines zones très arrosées à Pâques - comme le Piémont ou le Ried Nord - il a fallu attendre un peu plus mais dans la très grande majorité des cas, les semis sont désormais terminés. Avec une caractéristique principale : une préparation du sol très fine, propice à une levée optimale, mais vulnérable en cas d'orages violents. « Même si l'hiver n'a pas été très froid, le gel a suffi à structurer le sol en surface, mais pas en profondeur », note Christian Lux. Un peu d'érosion dans le Kochersberg Dans le Kochersberg, les premiers semoirs à maïs ont commencé à tourner dès le 9 avril et les dernières parcelles viennent tout juste d'être semées. Dans l'ensemble, les conditions de semis ont été bonnes. Avec toutefois une ombre au tableau : l'épisode pluvieux du vendredi 17 avril, qui a localement pris la forme d'un orage, provoquant du ruissellement dans les parcelles fraîchement travaillées. C'est le secteur d'Offenheim, Pfettisheim, Vendenheim, Griesheim-sur-Souffel qui a été le plus marqué par cet incident. « À Offenheim, il est tombé 30 mm de pluie en trois quarts d'heures. Mais c'était très localisé : à Truchtersheim, il n'est tombé que 3 mm, idem à Rottelsheim avec 4 mm », précise Pierre Geist, conseiller à l'Adar du Kochersberg. Conséquences : dans les parcelles en pente, de petites coulées de boue se sont formées, provoquant le ruissellement de lignes de semis et des accumulations de sédiments en bas de pente. La conduite à tenir est pour l'instant difficile à déterminer. « Il faudra peut-être ressemer ces parcelles en bas de pente une fois qu'elles auront ressuyé », estime Pierre Geist. Et puis, plus largement, dans une dizaine de communes, les agriculteurs craignent la formation d'une croûte de battance. « Dans la plupart des cas, le maïs a déjà germé, donc si une croûte de battance se forme, ça va être difficile à gérer parce qu'on ne pourra pas descendre à plus de 2 cm, au risque de casser le germe et de faire plus de mal que de bien. On ne pourra donc utiliser ni herse étrille, ni houe rotative, à la limite des rouleaux. » Il reste donc à espérer que de nouvelles précipitations, plus douces, interviennent pour aider le maïs à émerger. Un sol qui s'assèche par secteurs Plus au nord de l'Alsace, les premiers semis ont démarré dès le 10 avril. « Mais à cette période, il y a surtout eu des préparations de lit de semence et des apports d'engrais car le sol était encore froid », précise Rémy Mickaël, conseiller à l'Adar de l'Alsace du Nord. Le plus gros des parcelles a été semé après Pâques, dans de bonnes conditions : « Il y a beaucoup moins de mottes que l'année dernière. On a plutôt des préparations de sol fines, qui présentent un risque érosif accru », constate Rémy Mickaël. Dans ce secteur, l'absence de précipitations commence à se ressentir : « Les parcelles sont sèches en surface, et donc peu de traitements racinaires ont pu être effectués. » C'est aussi ce que constate Laurent Fritzinger, conseiller à l'Adar des Deux Pays : « Les semis ont démarré vers le 10 avril et ont bien avancé la semaine suivante, dans de bonnes conditions, avec une bonne structure du sol, même si la terre commence tout doucement à sécher en surface ». Rien d'inquiétant encore, l'humidité n'est pas très loin, un peu plus en profondeur. Ce constat est surtout vrai pour l'Alsace Bossue et le secteur de Haguenau, qui n'ont eu que quelques gouttes à la fin de la semaine dernière. Alors que vers Bouxwiller et Hochfelden, il y a tout de même eu 20 mm, mais sans dégâts, qui se sont déjà largement évaporés sous l'effet du vent, qui empêche aussi de procéder à des traitements. Enfin, dans le sud du Bas-Rhin, les semis ont débuté un tout petit peu plus tôt, vers le mercredi 8 avril, et se sont un peu plus échelonnés. Là aussi, les conditions de semis étaient bonnes : « L'humidité était là, la préparation du sol a permis d'obtenir de la terre fine », détaille Guillaume Pfrimmer, conseiller à l'Adar de la plaine de l'IIl. En outre, ce secteur a bénéficié de précipitations assez régulières depuis fin mars, quoique de manière très hétérogène. Ainsi, les secteurs de Krautergersheim-Obernai et Geispolsheim-Lipsheim ont bénéficié d'une vingtaine de millimètres de précipitations le 17 avril alors qu'ailleurs, il n'y a presque rien eu. Dans les parcelles où il a plu, les traitements racinaires devraient faire leur effet, avec un risque d'accumulation en bas de pente pour les parcelles qui ont ruisselé. En l'absence de précipitations, l'efficacité des matières actives risque de se dégrader peu à peu, mais Pierre Geist rassure : « L'efficacité perdure une quinzaine de jours en moyenne. »

Concours général agricole

83 échantillons en quête de reconnaissance

Publié le 20/01/2015

Le 14 janvier dernier, un arrêté publié au Journal Officiel a indiqué l'obtention de l'indication géographique pour le whisky, la quetsche, le kirsch, la mirabelle et la framboise d'Alsace. C'est dans ce contexte positif que s'est déroulée mardi 20 janvier la préséletion des eaux-de-vie en vue du concours général agricole lors du Salon de l'agriculture à Paris.

Organisée en commun, comme chaque année, par la Chambre d'agriculture de région Alsace (Cara), l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) et la Direction départementale des territoires (DDT), cette présélection se déroule quelques semaines avant le concours général agricole des eaux-de-vie. «Cette gestion à trois fonctionne très bien. L'Ava s'occupe de l'organisation de la manifestation, la Cara de la gestion des jurys et des échantillons, et la DDT est la partie institutionnelle qui se charge de veiller au bon déroulement et au respect des règles. Cette présélection rassemble 83 échantillons d'eaux-de-vie. Il n'y a pas cette année les whiskies dont les neuf échantillons vont directement à Paris car, à l'heure actuelle, il y a une seule section nationale dans cette catégorie. Cela changera en 2016 suite à la publication de l'arrêté qui est arrivé un peu tardivement. Car effectivement, l'an prochain, les cinq indications géographiques (whisky, quetsche, kirsch, mirabelle et framboise) seront dégustées à part comme c'est déjà le cas pour le marc de gewurztraminer», explique Jean Deffinis, de la Direction départementale des territoires. Un concours connu et reconnu Pour cette présélection, les membres du jury ont donc dégusté 83 échantillons répartis ainsi : 17 kirschs, 11 mirabelles, 11 quetsches, 15 poires williams, 14 framboises, 6 vieilles prunes et 9 marcs de gewurztraminer. «Pour le marc de gewurztraminer, nous sommes un peu déçus car il est en baisse alors qu'il est en AOC depuis trois ans déjà. On s'attendait à davantage d'engouement. Par ailleurs, cette année, il n'y a pas d'eau-de-vie atypique comme par exemple, l'abricot ou des sirops. Les conditions freinent peut-être les producteurs. Il faut en effet trois échantillons d'au moins de trois produits différents pour pouvoir se présenter à cette présélection», ajoute Jean Deffinis. Un concours général agricole désormais très ouvert puisqu'il accueille également à Paris les produits laitiers, mais également les confitures, les foies gras, les bières, la charcuterie comme par exemple, le knack d'Alsace. «Il est ouvert et très apprécié car c'est un concours du ministère de l'Agriculture, connu et reconnu. Il a des règles très précises, un taux de médailles imposé (30 %). Il se déroule dans l'anonymat des échantillons et avec une totale traçabilité. Avoir une médaille, c'est une reconnaissance pour le producteur et un gage de confiance pour le consommateur», conclut Jean Deffinis. Une belle sélection À la table de dégustation n°1, les trois membres du jury présents sont également des professionnels appréciés. Il s'agit de Régis Syda, président du syndicat des distillateurs et liquoristes d'Alsace et directeur de la distillerie Wolfberger, Willy Hagmeyer, secrétaire du syndicat et de la distillerie du même nom à Balbronn, et Yves Lehmann, trésorier du syndicat et de la distillerie du même nom à Obernai. Ce dernier a apprécié la dégustation de ces 17 kirschs. «C'est une belle sélection. On a trouvé des produits de meilleure qualité que l'année passée. Nous n'avons refusé que trois échantillons. Les quatorze autres peuvent aller concourir à Paris. Ils sont bien typés, en nez et en bouche. Le kirsch est, avec le marc de gewurztaminer, l'alcool type en Alsace que tous les distillateurs et autres bouilleurs de crus apprécient. C'est évidemment mon cas», explique Yves Lehmann. Engager un animateur Pour sa part, Régis Syda, qui est le président du syndicat des distillateurs et liquoristes d'Alsace depuis deux ans, se félicite lui également de cette dégustation qui s'est déroulée dans un contexte favorable. «L'obtention de ces indications géographiques, c'est la reconnaissance de la qualité et de l'origine de nos produits. Les Français sont demandeurs de ces appellations. Mais cela va surtout avoir une influence positive à l'export. Cela a été le cas pour le kirsch de Fougerolles, qui a ouvert la voie. Nous nous sommes rendu compte de l'impact et de l'aura qu'une telle distinction dégage. Les continents américains et asiatiques sont très demandeurs. Ce côté “made in France” va renforcer nôtre image», constate Régis Syda. Il espère également que cela va motiver d'autres professionnels à rejoindre le syndicat des distillateurs et liquoreux. «Nous devons être encore plus nombreux à échanger sur nos produits et renforcer la dégustation de chaque eau-de-vie. Cette démarche qualitative doit nous permettre de nous remettre en cause et d'évoluer dans notre savoir-faire. D'autant que l'année 2015 sera un tournant. Nous avons deux objectifs. Le premier est de faire valider par l'Europe l'ensemble de nos indications géographiques. Le second sera ensuite d'engager un animateur, qui aura pour fonction de faire vivre cet organisme de défense, de suivre les opérateurs, de mettre en place cette traçabilité. L'enjeu est important», conclut Régis Syda.

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