Cultures

Asperges, arboriculture, apiculture

Le gel printanier a fait des dégâts

Publié le 05/05/2016

Les températures fraîches de la fin du mois d'avril ont freiné les asperges dans leur élan, risquent d'entraîner des dégâts qualitatifs et quantitatifs dans les vergers et perturbent le début de la campagne apicole.

Les nuits glaciales de la semaine dernière et les pluies froides ont quasiment stoppé la production d’asperges d’Alsace fin avril. En effet, les températures très basses, le vent du nord de la journée du mercredi 27 avril ont refroidi les buttes en profondeur. Or, pour que l’asperge puisse pousser, elle a besoin de 12 °C au plateau, c’est-à-dire à 30 cm de profondeur. Sans chaleur, il n’y a pas d’émission de bourgeons, qui formeront par la suite les turions. Pour certains producteurs, le début de saison est donc catastrophique en termes de rendement. Certains n’ont quasiment rien récolté à ce jour. Cette situation est identique pour toute la région Grand Est. Les prévisions météo étaient plus optimistes pour la suite. Mais en tout état de cause, il faudra patienter quelques jours avant que la production ne redémarre. Durant le mois de mai, l’asperge peut encore faire des miracles en termes de production et l’asperge d’Alsace se trouvera sans aucun problème dans le commerce. Une chose est sûre : le manque de volume au niveau national et européen devrait favoriser une certaine fermeté au niveau des prix. Cette pression sur les prix baissera dès que les conditions météorologiques seront favorables à des volumes de production importants. Arboriculture : sur le fil du rasoir Froides durant quelques jours, les températures sont même passées sous la barre fatidique des - 2 °C un peu partout en Alsace dans la nuit du 28 au 29 avril : « C'est inquiétant. Les fleurs résistent encore à de telles températures mais, hormis les pommiers, la plupart des espèces avaient atteint le stade des petits fruits qui supportent mal les températures négatives », rapporte Hervé Bentz, responsable de la station expérimentale du Verexal. Il se veut rassurant : « Cela faisait quelques jours qu'il faisait froid, on peut donc se dire que le choc a été moins soudain, moins brutal, que si le gel était arrivé après une période de douceur. » Reste que la zone critique est atteinte. Dans quelques jours, l'ampleur des dégâts pourra être estimée : « Les symptômes des dégâts de gel sont un noircissement du pistil sur les fleurs ainsi qu'un noircissement partiel à total des petits fruits, qui s'accompagne de craquelures. » Les dégâts risquent donc d'être qualitatifs : les craquelures constituent un facteur de risque de contamination par les maladies cryptogamiques, et si elles cicatrisent mal, les fruits atteints seront difficilement valorisables en fruits de table. Les dégâts pourraient aussi s'avérer quantitatifs car les fruits les plus sévèrement touchés vont tomber, « surtout si la sève des arbres, qui circulait au ralenti à cause du froid, se remet à circuler trop soudainement », précise Hervé Bentz. Heureusement, cet épisode a été suivi d'un week-end pluvieux. Or s'il pleut, il ne gèle pas ! « La récolte ne sera donc pas aussi pléthorique qu'on pouvait l'espérer, mais elle ne sera pas non plus catastrophique », estime prudemment Hervé Bentz le 29 avril. De toute manière, la balle est dans le camp de la nature, les arboriculteurs ne peuvent pas faire grand-chose pour protéger les vergers du gel, à part les arroser ou les réchauffer avec des braseros. Il ne reste donc plus qu'à essayer de limiter les dégâts, en mettant les arbres dans de bonnes conditions, par exemple en les alimentant avec des engrais foliaires, en les soutenant avec des stimulateurs de défense naturelle… Apiculture : une première miellée tronquée Les températures fraîches vont avoir trois conséquences majeures sur la suite de la campagne apicole : « Pendant qu'il faisait froid, les abeilles ne sont pas sorties, donc elles ont puisé dans leurs réserves au lieu d'aller collecter du nectar pour faire du miel. Certains apiculteurs ont même dû apporter du sirop aux ruches pour les aider à passer ce cap », rapporte Alexis Ballis, conseiller apicole à la Chambre d'agriculture d'Alsace. Résultat, la première miellée, celle produisant du miel « toutes fleurs », est en partie compromise. Et puis avec le froid, la reine s'est arrêtée de pondre, occasionnant un « trou de ponte » qui se traduira dans quelques semaines par un déficit dans la population d'abeilles. Enfin, comme les abeilles sont restées cloîtrées dans la ruche, le retour du beau temps a entraîné un fort essaimage afin de réduire la population des ruches les plus peuplées : « L'ancienne reine part en emmenant avec elle une partie de la population et en laissant derrière elle une nouvelle reine pour la ruche. »

Publié le 05/05/2016

Les semis flottants de tabac auraient bien besoin d'un peu de chaleur pour se développer. Petite visite dans les serres de Bruno et Julien Paulus à Hochfelden.

Julien Paulus s'est installé le 1er janvier 2016 sur l'exploitation familiale. Lui et son père, Bruno, bien connu dans la profession puisqu'il préside la Caisse d'assurance des planteurs de tabac, sont les deux associés du Gaec du Galgenberg à Hochfelden. Une exploitation spécialisée dans le tabac : sur les 70 hectares de surface agricole utile, 16 à 17 ha, selon le parcellaire, sont consacrés à la culture du virginie, le reste étant emblavé en maïs, en blé et en betteraves à sucre. Bien qu'il ait toujours rêvé d'exercer le métier d'agriculteur, Julien Paulus, aujourd'hui âgé de 31 ans, n'a pas intégré l'EARL du Galgenberg immédiatement après ses études. Titulaire d'un Master de gestion juridique et financière, il a eu une première expérience professionnelle comme contrôleur de gestion. Par la suite, il a complété son cursus par un BTS Agronomie et Productions végétales à distance tout en étant salarié de l'exploitation familiale. Le chantier de récolte se fait à trois exploitations Un grand pas a été franchi en 2011, lorsque la famille Paulus a décidé de mécaniser la récolte du tabac et de réaliser une sortie d'exploitation. Le nouveau bâtiment abrite l'ensemble de l'atelier tabac : quai de chargement, chaîne de triage, séchoirs, cueilleuses, écimeuse. L'investissement tabacole a été réalisé en commun avec deux tabaculteurs de Mommenheim, l'EARL Freund et l'EARL Scherer, l'objectif étant d'optimiser l'utilisation du matériel qui récolte une cinquantaine d'hectares. Semis, plantation, protection phytosanitaire, chaque producteur prend en charge les différentes étapes de la culture du tabac, jusqu'au moment de la récolte où toutes les tâches sont réalisées en commun. « Mais les lots de tabac de chaque exploitation sont clairement identifiés. » C'est la sixième campagne tabacole qui démarre. « Au départ, nous avions quelques soucis de maîtrise des fours de séchage. Mais tout a bien fonctionné en 2014. Malheureusement, l'an dernier, nous avons été fortement pénalisés par la sécheresse car nous sommes situés dans un secteur où l'irrigation n'est pas possible. » Des perspectives encourageantes « Personnellement, je n'ai jamais douté de l'avenir de la culture du tabac, même si nous avons traversé une période d'incertitude, souligne Bruno Paulus. C'est pourquoi nous avons choisi d'investir dans la mécanisation de la récolte. C'était ça ou arrêter la culture. Certains se lancent tout seuls, mais c'est difficile de tout faire en même temps : récolter, remplir les conteneurs, trier, sans parler de l'étêtage et de l'ébourgeonnage. Nous avons préféré nous associer à deux autres exploitations, ce qui nous permet d'être à six personnes avisées et de superviser l'ensemble des ateliers. » Il fallait monter un atelier qui tienne la route pour projeter une installation, explique Julien Paulus. « Le fait de nous lancer à plusieurs nous a permis d'acheter du matériel performant, matériel qui ne serait pas justifié sur une surface moindre. » Actuellement, les perspectives de la filière tabacole sont plutôt bonnes, souligne Bruno Paulus. « C'est encourageant ! Mais il faudrait que la météo soit plus clémente, cette année ! » Pour l'instant, les semis ont un peu de retard, dans le secteur de Hochfelden, car les levées ont été ralenties par les températures plutôt fraîches. « Nous ne pourrons pas planter avant la mi-mai », indiquent Julien et Bruno Paulus.

Publié le 04/05/2016

Commencés timidement après le 10 avril, les semis de maïs ont été plusieurs fois interrompus par la pluie. L'avancement des chantiers est très hétérogène d'un secteur à l'autre. Si dans certains secteurs, c’est terminé, d’autres ont à peine commencé. Un report des semis ne devrait pas poser de problème dans la majorité des situations, mais il va sûrement falloir adapter le choix de la précocité variétale dans certains cas.

Habitués à semer mi-avril - voire plus tôt - depuis plusieurs années, les maïsiculteurs rangent souvent les semoirs avant la fin du mois. Ce n’est pas le cas en 2016. Pourtant, il n’y a rien d’exceptionnel à mettre les graines en terre début mai, surtout dans les secteurs froids et humides. Le souci pourrait venir du fait que les variétés choisies sont de plus en plus tardives. Elles ont donc un cycle de culture plus long (illustré par un besoin en températures base 6-30) et ont de ce fait, plus de mal à arriver à maturité en bonnes conditions, sans souci sanitaire (tenue de tige et qualité des grains). Situation actuelle : défavorable mais pas désespérée La descente d'air polaire que nous avons connue durant la deuxième quinzaine d’avril s’est accompagnée de précipitations, sous forme de giboulées, quelquefois neigeuses dans la région ! S’il n’est pas possible de reprendre les terres les plus humides tout début mai, la situation prévisionnelle au 10 mai mérite d’être étudiée. Le tableau ci-contre présente pour diverses situations (lieu - variété - climat à venir), les possibilités pour la plante d’effectuer un cycle complet et d’arriver à 32 % d’humidité du grain en bonnes conditions. Adapter la précocité des variétés Si l’on voit beaucoup de cases vertes dans ce tableau, cela signifie qu’au 10 mai, la majorité des situations ne devrait pas poser de problème. Les plantes effectueront leur cycle complet avant le 1er novembre quel que soit le climat à venir. Les cases orange signalent les situations plus difficiles. Elles sont le plus souvent le fait d’un climat à venir défavorable, comme cela a pu être observé quatre fois depuis 1996 (soit deux années sur dix). La prudence dicte donc d’essayer de semer des variétés plus précoces. Enfin, les cases rouges indiquent des situations trop risquées pour être tentées. Il faut impérativement changer de groupe de précocité. Si le climat des prochains jours change dans le bon sens, cet article, datant de fin avril, sera bien sûr inadapté à la situation au 10 mai. Mais comme changer de variété ne se fait pas du jour au lendemain, il vaut mieux prendre ses précautions et envisager cette situation extrême.

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