Cultures

Verger expérimental d'Alsace (Verexal)

Pierre Barth nouveau président

Publié le 08/04/2016

L'assemblée générale du Verexal a été marquée par la passation de pouvoir entre Patrick Bastian et Pierre Barth. Ce dernier hérite d'un verger expérimental à la situation financière assainie, notamment grâce au magasin de vente directe.

Après neuf années de présidence du Verger expérimental d'Alsace (Verexal), Patrick Bastian a décidé de passer la main. Amené à remplir de nouvelles fonctions, notamment au niveau de la région Grand Est, il était devenu difficile pour lui d'assurer une présence suffisante au Verexal pour mener correctement à bien son mandat de président. À l'issue de l'assemblée générale, le conseil d'administration du Verexal s'est donc réuni pour élire Pierre Barth à ce poste. Patrick Bastian a dressé le bilan de son mandat qui s'achève sur « des avancées et des choses qui restent à faire ». Les avancées concernent notamment les finances, qui « vont dans le bon sens. » Patrick Bastian avoue s'être posé la question de la nécessité du maintien d'une station d'expérimentation au début de son mandat à la vue de ses finances. Des doutes rapidement balayés : « Sans le Verexal, il n'y aurait pas de données sur l'arboriculture alsacienne ». C'est pourquoi la station a rapidement été régionalisée, et que les adhésions au bulletin technique arboricole et au Verexal ont été unifiées. La station a même été agrandie puisqu'elle comprend désormais 5 hectares en location dans le secteur d'Innenheim et qu'un technicien a été embauché : « Les années difficiles sont derrière nous », a assuré Patrick Bastian dont la plus grande satisfaction est sans conteste celle d'avoir mené à bien la construction du bâtiment qui accueille le Verexal, les Adar du Vignoble et de la Plaine de l'Ill, dans une ville centrale comme Obernai. Son seul et unique regret, c'est qu'il n'y ait pas davantage de jeunes qui se lancent dans l'arboriculture, malgré tout ce qui a été fait pour accompagner la filière, et notamment au Verexal. Enfin, Patrick Bastian n'a pas voulu quitter sa fonction sans souligner la bonne entente qui règne entre les arboriculteurs professionnels et amateurs qui « véhiculent une image positive de l'arboriculture ». Pierre Barth, le nouveau président du Verexal, a remercié Patrick Bastian pour ce qu'il a fait pour maintenir la station expérimentale : « Il ne nous manque que quelques centimes au prix de vente, sinon, on a tout pour réussir », a-t-il commenté. Hervé Bentz, responsable de la stationa, au nom du personnel, remercié Patrick Bastian « de nous avoir supportés dans tous les sens du terme. Nous savions que nous avions quelqu'un de solide derrière nous. » Des comptes clarifiés La présentation des comptes du Verexal a fait apparaître un déficit de 2 878 € sur la partie expérimentation. À cela s'ajoute une régularisation liée à des fonds européens dont les versements ont été différés et inférieurs aux prévisions. Dans les comptes de 2015, ces fonds ont été inscrits en régularisation de subventions, pour 12 006 €, ce qui explique un déficit total de 14 885 €. Le résultat global du Verexal s'avère donc négatif, à - 6 000 € et a été affecté au compte de réserve. Un résultat pondéré par Patrick Bastian : « 2015 est une bonne année au niveau financier, malgré ce qui est affiché. Il a fallu régulariser cette perte de profit liée à des retards de paiement qui sont difficiles à gérer. Mais désormais les comptes sont clarifiés et épurés. » Ce résultat négatif ne doit pas occulter les bonnes performances du magasin de vente directe, dont le chiffre d'affaires progresse grâce à une fréquentation de l'ordre de 500 clients par semaine avec un panier moyen de l'ordre de 10 €. La vente de fruits génère un chiffre d'affaires de 181 000 €, essentiellement imputables aux pommes. « Les cerises, les abricots, les pêches génèrent moins de chiffre d'affaires, mais constituent des produits d'appel, des locomotives pour le reste du magasin », a analysé Hervé Bentz, avant de souligner que le magasin a remporté le premier prix du concours d'étalage en septembre 2015. « Sans le magasin, le Verexal n'existerait peut-être plus, a commenté Patrick Bastian, mais le but premier du Verexal reste l'expérimentation. » Pour maintenir cette activité, le Verexal bénéficie de plusieurs soutiens (FranceAgriMer, Conseil départemental, Conseil régional, Chambre d'agriculture, Casdar, Ville d'Obernai) mais « il faudra faire attention au devenir de ces subventions qui risquent d'évoluer avec région Grand Est, les modifications des compétences du Département… » FranceAgriMer, par la voix de sa représentante à cette assemblée générale, a informé que sa subvention sera maintenue en 2016. Des investissements en vue Des soutiens d'autant plus importants que le Verexal envisage de réaliser des investissements en 2016, sous réserve des disponibilités financières, notamment dans une plate-forme de remplissage de pulvérisateur et une extension de l'ancien bâtiment, destiné au stockage du matériel. Cette extension, déjà prévue sous l'ère Bastian, n'a pas encore abouti, mais est devenue nécessaire car ce bâtiment de stockage, partagé avec l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace, Planète Légumes et l'Adar de la Plaine de l'Ill, est devenu trop exigu. En 2015, le Verexal a poursuivi ses activités de recherche. Celles-ci se déploient autour de six axes d'expérimentation : compétitivité et performance (essais variétaux, d'optimisation des itinéraires techniques, de la protection des vergers) ; qualité et goût ; eau, environnement et arboriculture biologique ; innovation et développement de la filière ; échanges européens et projets Interreg ; formation. Nous détaillerons ces aspects, ainsi que le bilan de la campagne arboricole 2015, dans un prochain article à paraître dans la rubrique Technique.

Betteraves sucrières

Les semis s'achèvent

Publié le 30/03/2016

Les semis de betteraves ont démarré le 18 mars et s'achèvent en cette fin de semaine sur une surface en hausse de 6 %, pour atteindre 6 700 hectares de betteraves sucrières.

Les semoirs à betteraves ont commencé à sillonner la plaine d'Alsace le 18 mars. Un chantier qui a rapidement progressé, à la faveur de préparations du lit de semences qui ont pu être effectuées dans de bonnes conditions. La majorité des semis a donc été effectuée en une petite dizaine de jours. Mardi 29 mars, ils étaient achevés à 90 %, et le chantier devrait être clôturé d'ici la fin de la semaine, soit dans la moyenne des années précédentes. « Les quelques précipitations du week-end pascal ont été bénéfiques puisqu'elles vont permettre d'assurer une bonne levée », constate Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie Cristal Union d'Erstein. Et celles qui étaient annoncées d'ici la fin de la semaine devraient elles aussi contribuer à la qualité des levées. Aussi Michel Butscha et sa collègue, Aline Bardière, s'apprêtent à rencontrer les planteurs lors des premiers rendez-vous de bout de parcelle dès la semaine prochaine. Ce sera l'occasion de préparer la suite des interventions culturales, notamment les désherbages, et de faire le point sur la fertilisation azotée. En effet, les reliquats azotés s'avèrent très hétérogènes, ce qui justifie la gestion des itinéraires techniques à la parcelle que prône la sucrerie. Ce sera aussi l'occasion pour les conseillers de rencontrer les planteurs, les anciens comme la vingtaine de nouveaux qui est venue porter le nombre de planteurs de la sucrerie à 560. « Nous enregistrons une hausse de la surface consacrée aux betteraves sucrières de 6 %, pour atteindre 6 700 ha. C'est une première étape avant une hausse significative des surfaces attendue en 2017 », indique Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de la sucrerie Cristal Union d'Erstein.

Publié le 17/03/2016

La filière houblon renaît de ses cendres. Il faut remonter les houblonnières qui ont été démontées. Pour ne plus jamais avoir à les démonter, assure le Comptoir agricole. Car cette fois les débouchés sont nombreux, variés, portés par l'essor des microbrasseries, et par l'évolution des modes de consommation de bière.

Hier les houblonnières étaient démontées, aujourd'hui elles se remontent. Après cinq années passées au creux de la vague, la filière rebondit joliment, portée par l'essor des microbrasseries et le soutien du Comptoir agricole à la filière. « En 2010, pour sortir du marasme, nous avons élaboré un plan marketing à trois ans », rappelle Antoine Wuchner, responsable du groupe houblon au Comptoir agricole. Les nouvelles variétés élaborées dans le cadre de ce plan sont adaptées à la demande des microbrasseries, et les équipes du Comptoir agricole ont su les vendre aux quatre coins du monde : « Le développement des microbrasseries nous porte à rayonner au niveau mondial de manière significative : nous avons 160 ha de contrats en main », résume Antoine Wuchner. Bernard Ingwiller, président du même groupe, confirme l'ampleur de cette lame de fond : « 25 % du houblon consommé aux États-Unis l'est par les microbrasseries. » Les variétés les plus demandées dans ce marché émergent sont les variétés aromatiques. Justement, le Comptoir agricole a dans son catalogue barberouge, aux arômes de fruits rouges, mistral, aux notes de fruits exotiques et triskell, une variété très florale… « Nous sommes en plein dans le cœur de marché », se félicite Antoine Wuchner. Pour ne rien gâcher, ces variétés sont pourvoyeuses de valeur ajoutée pour les planteurs puisqu'elles se commercialisent une fois et demie à deux fois plus cher que les variétés de référence… Augmenter la production L'élaboration de ces nouvelles variétés s'est accompagnée d'une intense activité commerciale. Si les débuts ont été timides, le succès est arrivé « comme un tsunami », compare Antoine Wuchner. Ces clients, ce sont des brasseries américaines, belges, anglaises, avec lesquelles le Comptoir agricole traite en direct ou via des négociants. Et puis le houblon alsacien est référencé chez la plupart des brasseries et microbrasseries françaises, les principaux clients du Comptoir agricole en France étant Kronenbourg, Heineken, Meteor et Licorne. « Aujourd'hui, on ne dépend plus d'un ou deux clients, le business est sécurisé », assure Antoine Wuchner. Tant et si bien que pour honorer ces contrats et les suivants, il faut augmenter la production, ce qui va passer par un plan de production sur cinq ans : « D'ici 2020, il faut augmenter la surface en houblonnières de 130 ha pour atteindre 600 ha », annonce Matthieu Luthier, responsable développement et communication au Comptoir agricole. « Si on devait ne pas respecter ce plan de production, nous devrons confirmer aux brasseurs qui nous ont fait confiance des volumes moins importants, ou délocaliser la production », enchaîne Antoine Wuchner. En effet, le Comptoir agricole vend ses houblons avec des contrats qui courent sur plusieurs années. Il s'agit donc d'anticiper les plantations afin de garantir les volumes, d'autant que le travail de promotion des houblons alsaciens continue. Le plan de production sur cinq ans est donc le suivant : 60 ha de plus les deux premières années, 20 ha de plus la troisième et 20 ha de plus la quatrième année. Dans un premier temps, priorité au matériel d'occasion, dont la réhabilitation sera soutenue par le Comptoir agricole grâce à une aide de 1 000 €/ha/an pendant cinq ans. Mais le vivier de matériel d'occasion est maigre (de l'ordre de 5 - 6 ha), car une bonne partie du matériel démonté lors des années noires a été revendu en Allemagne. Il va donc falloir rapidement élaborer un système de financement de matériel neuf - compter 20 000 €/ha pour une houblonnière neuve - ce qui passera par un travail conjoint entre les producteurs, la coopérative et la Région. D'ores et déjà, Patrick Bastian, conseiller régional, assure les producteurs du soutien de la Région à cette culture emblématique alsacienne, qui contribue à la diversité de ses paysages. Restent à définir les montants, les modalités d'attribution de ces soutiens. Bernard Ingwiller, président du groupe houblon au Comptoir agricole enfonce le clou : « Des houblonnières vides, cela ne doit plus exister, il faut maintenir l'existant et remettre des houblonnières en place. Et pour que la production reste en Alsace, cela suppose des moyens, de la volonté politique, de la solidarité au sein de l'interprofession entre les producteurs et les brasseurs. » Inventer de nouveaux schémas de production Reste qu'on ne se décrète pas cultivateur de houblon du jour au lendemain. Les investissements sont importants : « Entre les récolteuses, les séchoirs, les tracteurs… il faut compter 1 million d'euros d'investissement pour exploiter 20 ha de houblonnière », estime Christian Lux, responsable du service agronomie et environnement du Comptoir agricole. À terme, pour que les surfaces suivent les engagements commerciaux, il va sans doute falloir imaginer des schémas de production, d'organisation différents : pourquoi pas des Cuma, des structures évolutives pour les jeunes qui se lancent dans la production… Au-delà des investissements, la production de houblon nécessite de savoir gérer un capital et de la technicité. Un aspect renforcé par la diversification variétale : « Passer de deux à une dizaine de variétés, c'est un grand chamboulement dans l'état d'esprit des producteurs », constate Christian Lux. Cela requiert plus d'observation, de souplesse. « Mais, note Bernard Ingwiller, ce spectre de variétés nous permet aussi de cueillir du houblon pendant une plus longue période et donc d'optimiser les investissements. » Exporter le savoir-faire houblonnier alsacien L'Alsace produit 96 % du houblon alsacien. Et le Comptoir agricole a retroussé ses manches pour maintenir la filière, ne serait-ce qu'en investissant 2 M€ dans la recherche variétale. « Nous avons donc un rôle à jouer au niveau national », en conclut Matthieu Luthier. Des propos qui font rebondir Éric Trossat, président du syndicat des brasseurs d'Alsace. En tant que brasseur, il trouve intéressante l'idée de cultiver du houblon dans d'autres régions françaises, avec d'autres terroirs, d'autres variétés, pour élargir encore le champ des possibles en matière de recettes de bières. « Et puis il y a un marché à prendre dans le bio. » Mais il faudra veiller à ce que le Comptoir agricole reste maître de la dynamique qu'il a engendrée. En effet, pour Matthieu Luthier, la filière se situe à la croisée des chemins : sortie du marasme certes, mais confrontée à la nécessité de transformer l'essai grâce à une vraie stratégie pour la filière. Le France ne pèse qu'1 % sur le marché mondial du houblon. « Mais l'objectif, ce n'est pas de peser plus, de faire plus pour faire plus, mais de fidéliser la clientèle », esquisse Bernard Ingwiller. Le Comptoir agricole a une vraie légitimité pour porter au niveau national un label Houblon France. La coopérative avait assuré la promotion de la culture lors de l’exposition universelle à Milan en septembre en présence de Stéphane Le Foll. Mais pour Antoine Wuchner et Matthieu Luthier, il faut aller plus loin en mettant en place un vrai parcours d’accompagnement pour améliorer les compétences des houblonniers dans la gestion du personnel, le pilotage économique et agronomique pour gagner en productivité et en performance.

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