Cultures

Publié le 17/03/2016

La filière houblon renaît de ses cendres. Il faut remonter les houblonnières qui ont été démontées. Pour ne plus jamais avoir à les démonter, assure le Comptoir agricole. Car cette fois les débouchés sont nombreux, variés, portés par l'essor des microbrasseries, et par l'évolution des modes de consommation de bière.

Hier les houblonnières étaient démontées, aujourd'hui elles se remontent. Après cinq années passées au creux de la vague, la filière rebondit joliment, portée par l'essor des microbrasseries et le soutien du Comptoir agricole à la filière. « En 2010, pour sortir du marasme, nous avons élaboré un plan marketing à trois ans », rappelle Antoine Wuchner, responsable du groupe houblon au Comptoir agricole. Les nouvelles variétés élaborées dans le cadre de ce plan sont adaptées à la demande des microbrasseries, et les équipes du Comptoir agricole ont su les vendre aux quatre coins du monde : « Le développement des microbrasseries nous porte à rayonner au niveau mondial de manière significative : nous avons 160 ha de contrats en main », résume Antoine Wuchner. Bernard Ingwiller, président du même groupe, confirme l'ampleur de cette lame de fond : « 25 % du houblon consommé aux États-Unis l'est par les microbrasseries. » Les variétés les plus demandées dans ce marché émergent sont les variétés aromatiques. Justement, le Comptoir agricole a dans son catalogue barberouge, aux arômes de fruits rouges, mistral, aux notes de fruits exotiques et triskell, une variété très florale… « Nous sommes en plein dans le cœur de marché », se félicite Antoine Wuchner. Pour ne rien gâcher, ces variétés sont pourvoyeuses de valeur ajoutée pour les planteurs puisqu'elles se commercialisent une fois et demie à deux fois plus cher que les variétés de référence… Augmenter la production L'élaboration de ces nouvelles variétés s'est accompagnée d'une intense activité commerciale. Si les débuts ont été timides, le succès est arrivé « comme un tsunami », compare Antoine Wuchner. Ces clients, ce sont des brasseries américaines, belges, anglaises, avec lesquelles le Comptoir agricole traite en direct ou via des négociants. Et puis le houblon alsacien est référencé chez la plupart des brasseries et microbrasseries françaises, les principaux clients du Comptoir agricole en France étant Kronenbourg, Heineken, Meteor et Licorne. « Aujourd'hui, on ne dépend plus d'un ou deux clients, le business est sécurisé », assure Antoine Wuchner. Tant et si bien que pour honorer ces contrats et les suivants, il faut augmenter la production, ce qui va passer par un plan de production sur cinq ans : « D'ici 2020, il faut augmenter la surface en houblonnières de 130 ha pour atteindre 600 ha », annonce Matthieu Luthier, responsable développement et communication au Comptoir agricole. « Si on devait ne pas respecter ce plan de production, nous devrons confirmer aux brasseurs qui nous ont fait confiance des volumes moins importants, ou délocaliser la production », enchaîne Antoine Wuchner. En effet, le Comptoir agricole vend ses houblons avec des contrats qui courent sur plusieurs années. Il s'agit donc d'anticiper les plantations afin de garantir les volumes, d'autant que le travail de promotion des houblons alsaciens continue. Le plan de production sur cinq ans est donc le suivant : 60 ha de plus les deux premières années, 20 ha de plus la troisième et 20 ha de plus la quatrième année. Dans un premier temps, priorité au matériel d'occasion, dont la réhabilitation sera soutenue par le Comptoir agricole grâce à une aide de 1 000 €/ha/an pendant cinq ans. Mais le vivier de matériel d'occasion est maigre (de l'ordre de 5 - 6 ha), car une bonne partie du matériel démonté lors des années noires a été revendu en Allemagne. Il va donc falloir rapidement élaborer un système de financement de matériel neuf - compter 20 000 €/ha pour une houblonnière neuve - ce qui passera par un travail conjoint entre les producteurs, la coopérative et la Région. D'ores et déjà, Patrick Bastian, conseiller régional, assure les producteurs du soutien de la Région à cette culture emblématique alsacienne, qui contribue à la diversité de ses paysages. Restent à définir les montants, les modalités d'attribution de ces soutiens. Bernard Ingwiller, président du groupe houblon au Comptoir agricole enfonce le clou : « Des houblonnières vides, cela ne doit plus exister, il faut maintenir l'existant et remettre des houblonnières en place. Et pour que la production reste en Alsace, cela suppose des moyens, de la volonté politique, de la solidarité au sein de l'interprofession entre les producteurs et les brasseurs. » Inventer de nouveaux schémas de production Reste qu'on ne se décrète pas cultivateur de houblon du jour au lendemain. Les investissements sont importants : « Entre les récolteuses, les séchoirs, les tracteurs… il faut compter 1 million d'euros d'investissement pour exploiter 20 ha de houblonnière », estime Christian Lux, responsable du service agronomie et environnement du Comptoir agricole. À terme, pour que les surfaces suivent les engagements commerciaux, il va sans doute falloir imaginer des schémas de production, d'organisation différents : pourquoi pas des Cuma, des structures évolutives pour les jeunes qui se lancent dans la production… Au-delà des investissements, la production de houblon nécessite de savoir gérer un capital et de la technicité. Un aspect renforcé par la diversification variétale : « Passer de deux à une dizaine de variétés, c'est un grand chamboulement dans l'état d'esprit des producteurs », constate Christian Lux. Cela requiert plus d'observation, de souplesse. « Mais, note Bernard Ingwiller, ce spectre de variétés nous permet aussi de cueillir du houblon pendant une plus longue période et donc d'optimiser les investissements. » Exporter le savoir-faire houblonnier alsacien L'Alsace produit 96 % du houblon alsacien. Et le Comptoir agricole a retroussé ses manches pour maintenir la filière, ne serait-ce qu'en investissant 2 M€ dans la recherche variétale. « Nous avons donc un rôle à jouer au niveau national », en conclut Matthieu Luthier. Des propos qui font rebondir Éric Trossat, président du syndicat des brasseurs d'Alsace. En tant que brasseur, il trouve intéressante l'idée de cultiver du houblon dans d'autres régions françaises, avec d'autres terroirs, d'autres variétés, pour élargir encore le champ des possibles en matière de recettes de bières. « Et puis il y a un marché à prendre dans le bio. » Mais il faudra veiller à ce que le Comptoir agricole reste maître de la dynamique qu'il a engendrée. En effet, pour Matthieu Luthier, la filière se situe à la croisée des chemins : sortie du marasme certes, mais confrontée à la nécessité de transformer l'essai grâce à une vraie stratégie pour la filière. Le France ne pèse qu'1 % sur le marché mondial du houblon. « Mais l'objectif, ce n'est pas de peser plus, de faire plus pour faire plus, mais de fidéliser la clientèle », esquisse Bernard Ingwiller. Le Comptoir agricole a une vraie légitimité pour porter au niveau national un label Houblon France. La coopérative avait assuré la promotion de la culture lors de l’exposition universelle à Milan en septembre en présence de Stéphane Le Foll. Mais pour Antoine Wuchner et Matthieu Luthier, il faut aller plus loin en mettant en place un vrai parcours d’accompagnement pour améliorer les compétences des houblonniers dans la gestion du personnel, le pilotage économique et agronomique pour gagner en productivité et en performance.

Association des producteurs d’asperges d’Alsace

Rajeunir la clientèle

Publié le 25/02/2016

La nouvelle stratégie de communication de l’Association des producteurs d’asperges d’Alsace se veut plus « séduisante » et plus « fun » afin de conquérir les jeunes consommateurs.

L’asperge, un légume de « vieux » ? À en croire des études approfondies sur le sujet menées en Allemagne, les moins de quarante ans ne consommeraient que très peu - voire pas du tout - ce légume printanier. En Alsace, le constat n’est guère meilleur. « Il y a tout un travail d’éducation et de communication à faire auprès des jeunes générations », observe l’animateur de l’Association des producteurs d’asperges d’Alsace, Philippe Sigrist. Reste à moderniser l’image d’un produit qui souffrirait d’une image « trop traditionnelle » auprès des jeunes. Il y a d’abord eu la mise en ligne d’un nouveau site internet au début de la saison 2015. Au 1er janvier 2016, plus de 6 100 personnes s’y étaient connectées. Un trafic modéré mais néanmoins encourageant observe Dominique Krafft, le responsable de l’agence de communication qui a conçu le portail. « Ce sont autant de personnes qui sont entrées en contact avec la marque « asperge d’Alsace ». C’est un bon début. Il faut maintenant aller plus loin en sortant l’asperge de son image traditionnelle pour la présenter comme un produit d’excellence ». L’idée étant de conquérir de nouveaux clients à travers une communication de marque. Pour y arriver, l’Association des producteurs d’asperges d’Alsace dispose de trois outils : son site internet bien sûr, la newsletter envoyée à près de 6 000 personnes (avec un taux d’ouverture de 60 % contre 4 à 5 % habituellement), et enfin un livre de recettes autour de l’asperge blanche d’Alsace et ses bénéfices pour la santé. « Toutes les recettes devront tourner autour de ce concept de plus en plus en vogue. Des études ont en effet démontré que l’asperge aidait à réduire les accumulations de graisse au niveau de la taille. Elle est considérée comme l’un des meilleurs aliments minceurs. Ce genre d’arguments peut faire mouche auprès des consommateurs », analyse Dominique Krafft. Afin de toucher un plus large - et jeune - public, ce livre devra présenter des recettes « faciles » illustrées par des pictogrammes. « On a souvent moins de temps aujourd’hui pour faire à manger, alors on va à l’essentiel. Avec ce livre, on pourrait distiller des conseils simples de préparation et de cuisson », poursuit-il. Un peu à l’image de ce que l’on peut trouver sur la multitude de blogs culinaires que l’on trouve sur la Toile qui ont comme caractéristique d’avoir une « grosse influence » sur les jeunes générations de cuisiniers. « C’est pour cela que nous devons avoir le maximum de choses à dire afin que l’on parle le maximum de nos produits », indique le communiquant. Et quoi de mieux que la vidéo, en 2016, pour diffuser un message ? « Il faut savoir que le premier moteur de recherche aujourd’hui, c’est Youtube et non pas Google. L’asperge d’Alsace doit aussi y figurer. C’est pour cette raison qu’une vidéo va être créée pour être mise en ligne au début de la saison. Nous devons être séduisants tout en étant un peu plus fun ».    

Publié le 18/12/2015

Le 2 avril dernier, la revue de référence en génétique « PLoS Genetics » publie des résultats de travaux des chercheurs de l’Inra de Colmar*. Mettant en évidence des événements génétiques jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes et apportant des explications à l’évolution du génome et notamment de l’expression de la couleur des baies.

2015 restera une excellente année pour l’équipe des généticiens de l’Inra de Colmar qui se sont succédé depuis 15 ans dans les travaux de recherche sur la génétique des cépages et la couleur des pinots en particulier : Frédérique Pelsy, Vincent Dumas, Lucie Bévilacqua, Stéphanie Hocquigny et Didier Merdinoglu. La revue « PloS Genetics » a autorisé en avril dernier la publication de la synthèse de leurs travaux qui leur permettent d’établir un distinguo clair entre ce qu’est un clone et une variété, et de décrire les événements génétiques qui ont conduit à l’expression des différentes couleurs des pinots. La question était de savoir quand nous observons des différences ampélographiques entre deux plants de vigne où se situe la limite génétique entre une différence clonale et une différence variétale. Car, même un clone multiplié par voie végétative, tel que cela est opéré chez les pépiniéristes, ne donne jamais des individus ayant rigoureusement le même génome que la souche de multiplication. Peuvent survenir par exemple des mutations sur le génome au cours de la multiplication cellulaire, classiquement appelée mitose. Donnant ainsi des variations d’expression phénotypique aux conséquences agronomiques bien visibles, comme des différences de sensibilité de clones à diverses maladies, et aussi des différences d’expression aromatique entre la souche clonale et les individus multipliés. « Par la force des usages technologiques » et agronomiques, inéluctablement le génome évolue au gré d’événements mutagènes, que l’équipe de génétique de l’Inra de Colmar s’attache à décrire. La question était aussi de savoir si l’événement génétique est suffisamment important pour engendrer une nouvelle variété, ou engendrer seulement un variant clonal. En utilisant des marqueurs moléculaires neutres, les chercheurs ont évalué le taux de « similarité génétique » sur d’importantes collections de cépages et de clones, permettant de bien discriminer s’il s’agit de variété ou de clone. Comprendre l’évolution du génome Pour comprendre l’évolution du génome, il s’agissait ensuite de comprendre quels événements génétiques modifient à la marge le génome ou le modifient significativement. Il apparaît que la perte ou l’apparition de couleur - une différence phénotypique a priori importante - peut provenir d’un événement génétique mineur. En 2004, la thèse de Stéphanie Hocquigny avait permis de révéler que la couche de cellules colorées de la pellicule du pinot noir n’a pas tout à fait le même génome que les cellules internes de la baie qui sont non colorées. Et que c’est dans la différence de génome que réside l’expression ou l’extinction de la synthèse des pigments colorés. L’on apprenait ainsi que le pinot noir est une plante chimérique, avec toutefois des génomes variant à la marge entre les cellules de la pellicule et de la pulpe. Restait aussi à expliquer pourquoi il y a des variants phénotypiques du blanc et du noir, comme le rose ou le gris, ce que l’on observe par exemple chez les pinots, les chardonnays, les savagnins… Et quels événements génétiques font que les gènes de biosynthèse des pigments (anthocyanes) sont parfois inactivés ou réactivés partiellement ou totalement. Et conduisent ainsi à ces expressions de couleur ? Des événements jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes Entrent en compte des phénomènes de mutation, de délétion, d’échanges de chromosomes comprenant « l’haplotype » des gènes de la couleur, c’est-à-dire plusieurs gènes sur le même chromosome. Les chercheurs ont ainsi reconstitué un savant enchaînement de phénomènes génétiques, fondamentalement intéressant pour la génétique des plantes en général et de la vigne en particulier, avec des événements jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes qui contribueront à éclaircir d’autres mystères de l’évolution botanique. Ceci nous rappelle également que ces études permettent d’en savoir davantage sur la phylogénie ampélographique, permettant d’éviter des erreurs sur les liens de parentés entre cépages, certains si éloignés en apparence et si proches génétiquement, ou inversement, d’autres si proches en apparence, mais ayant des génomes très différents.

Pages

Les vidéos