Cultures

Prairies multispécifiques

Valoriser les atouts de chaque espèce

Publié le 17/05/2016

Producteurs de lait bio à Altwiller, en Alsace Bossue, Didier Bauer et son fils Ludovic misent d'autant plus sur leurs prairies qu'ils réduisent progressivement la part de céréales dans leur assolement - du fait de l'augmentation de la production de lait - et qu'ils affouragent en partie leur troupeau en vert. Du coup, ils élaborent des mélanges d'espèces adaptés à leur contexte.

Didier Bauer, son fils Ludovic et son épouse Sylvie sont associés au sein du Gaec du Rebberg depuis le 1er avril 2015. Ludovic s'est installé en janvier 2012, après une formation agricole au lycée de Courcelles-Chaussy. Le Gaec emploie aussi un salarié et un apprenti. Le troupeau laitier se compose de 80 vaches prim'holstein et d'une quinzaine de brunes, qui produisent en moyenne 7 600 litres de lait bio, pour un volume total contractualisé avec Unicoolait de 710 000 l. À force d'échecs La conversion de l’exploitation agricole à l'agriculture biologique en 2009 a entraîné une baisse de la surface dédiée aux céréales, autoconsommées, au profit des prairies temporaires. Ces dernières sont gérées en fonction du type de sol et de leur durée d'exploitation, elle-même dictée par la rotation et la sécurisation de l'approvisionnement en fourrage du troupeau. « Parmi les prairies destinées à être exploitées pendant trois ans, je distingue les sols calcaires - sur lesquels j'implante un mélange de dactyle et de luzerne - des sols argileux, sur lesquels je privilégie un mélange de trèfle blanc, de trèfle violet et de ray-grass anglais, ou encore de trèfle blanc, de trèfle violet et de ray-grass hybride », indique Didier Bauer. Dans les terres plus superficielles, « blanches », qui se travaillent bien, et après la moisson des céréales, en interculture, les éleveurs privilégient des mélanges plus hâtifs, comme un mélange de ray-grass italien et de trèfle d'Alexandrie, un mélange de ray-grass italien et de trèfle incarnat, ou encore un mélange de ray-grass italien, de trèfle incarnat et de trèfle d'Alexandrie. « Pour implanter les intercultures, nous effectuons un passage de herse lourde pour ameublir le sol en surface et obtenir un minimum de terre fine, puis nous semons dans les chaumes et nous roulons », précise Ludovic Bauer. Pour trouver les mélanges adaptés à leurs parcelles, les éleveurs n'ont pas utilisé de boule de cristal : « Nous les avons élaborés à force d'échecs », constate Didier Bauer. Affouragement en vert L'élevage a la particularité de récolter une partie de ses fourrages en vert grâce à une autochargeuse acquise en Italie suite à un voyage de Didier et Sylvie dans ce pays. D'une capacité équivalente à deux bottes d'ensilage, cet outil permet de faucher l'herbe, de la charger et de la décharger, sans descendre du tracteur. Une facilité d'utilisation qui a su séduire les éleveurs, si bien que l'alimentation s'effectue en vert sept mois sur douze, à hauteur de 60 % de la ration totale durant la période estivale. « Nous essayons de privilégier les parcelles les plus proches de l'exploitation pour ce type de récolte, pour limiter les déplacements, mais il nous arrive aussi d'aller récolter plus loin si c'est nécessaire », détaille Didier Bauer. Pour l'affouragement en vert, ce sont les mélanges de ray-grass hybride, de trèfle blanc et de trèfle violet ainsi que les intercultures qui sont privilégiés : « Ce sont des mélanges riches et les intercultures sont difficiles à sécher à l'automne. » Une fois encore, c'est à force d'erreurs que Didier et Ludovic Bauer sont parvenus à élaborer la ration idéale : « Après six années de tâtonnements, nous sommes parvenus au compromis d'une ration sèche pour la nuit, avec du foin et de l'enrubanné, et d'une ration en vert pour la journée. Auparavant, nous avons essayé une alimentation 100 % en vert, mais il y a trop d'azote soluble, ce qui entraîne une hausse des cellules, et donc une baisse du prix du lait. » Une chose est sûre, les vaches, elles, adorent ça : « Elles sont comme nous, elles préfèrent mettre les pieds sous la table qu'aller faire les courses et tout préparer, sourit Ludovic Bauer. Quand elles sont nourries en vert, elles ont tendance à rester à l'étable et ne sortent quasiment que la nuit. » Autre avantage : l'absence de refus.

Publié le 15/05/2016

La première assemblée générale de Forestiers d'Alsace s'est déroulée samedi 23 avril à Kintzheim. 120 sylviculteurs de la région étaient présents. L'occasion de revenir sur une année 2015 qualifiée de « transition » pour la sylviculture de la région.

L'association Forestiers d'Alsace est le fruit de la dissolution de Bois et Forêts 67 et de Forêts Services 68. Une évolution inéluctable pour les sylviculteurs dont la priorité reste le développement des conseils et des services de proximité. D'où la création des « Forestiers d'Alsace », fruit d'une remarquable collaboration entre les administrateurs des deux associations. « Elle s'est faite dans un esprit constructif et une convivialité qui perdurent au sein du conseil d'administration. Nous avons lancé les projets de créations d'associations forestières locales dans le Bas-Rhin. L'Alsace est à présent entièrement couverte par dix associations forestières fédérées au sein de notre groupement », se félicite le président de Forestiers d'Alsace, Jean-Marie Batot. L'occasion de rappeler les trois principaux objectifs de ces associations : valoriser les forêts en tenant compte des spécificités locales ; être plus visible et mieux entendu ; améliorer les services de proximité. « Sur ce point, nous proposons des conseils à nos adhérents afin de les aider à valoriser leur patrimoine forestier et transmettre de belles forêts à leurs enfants. Cela se fait par le biais de visite conseil, de réunions d'information en forêt, de moments d'échanges conviviaux avec les propriétaires, de bulletins d'information, de l'assurance responsabilité civile de groupe, et d'aides financières de la Caisse d'assurance-accidents agricoles pour les équipements de sécurité. L'idée fédératrice reste de défendre les intérêts collectifs des propriétaires forestiers, de favoriser les échanges et d'apporter un appui technique dans la gestion des forêts », ajoute Jean-Marie Batot. En sachant que Forestiers d'Alsace emploie cinq salariés qui collaboraient jusqu'à présent chez Bois et Forêts 67 et Forêts Services 68. Expliquer le travail en forêt Les sylviculteurs se sont inquiétés, lors de cette assemblée générale, des conséquences du dérèglement climatique en cours. « La température moyenne a augmenté et nos forêts ont souffert en 2015 de canicule et de sécheresse. Plus que jamais, les forestiers comme les agriculteurs vont devoir adapter leur gestion et leurs pratiques. Les créations de nos chemins forestiers et la réalisation de nos coupes concertées vont dans ce sens. Mais, nous devons expliquer notre démarche à nos concitoyens et mieux communiquer sur nos actions. Il faut rappeler, le plus largement possible, que les forêts gérées durablement séquestrent bien plus de CO2 que celles qui sont délaissées. Il faut également rappeler que le taux actuel de prélèvement de bois en forêt privée alsacienne est inférieur à 50 % de l'accroissement naturel. Développer l'exploitation forestière, c'est exercer une vraie gestion durable, augmenter et prolonger le stockage de CO2, prévenir l'adaptation de nos forêts au changement climatique. En définitive, il s'agit tout simplement de favoriser la santé de nos arbres en réduisant la concurrence croissante pour l'alimentation en eau », a précisé Jean-Marie Batot. Les sylviculteurs comptent également privilégier les diverses utilisations du bois pour valoriser les forêts et les transmettre aux générations futures en bonne santé. Pour le maintien de l'amélioration foncière Les sylviculteurs terminent actuellement leur programme pluriannuel régional de développement forestier d'Alsace. Le bilan est positif avec la desserte réalisée de onze massifs par l'aménagement de 97 km sur 2 000 hectares pour 1 780 propriétaires. Mais également l'agrandissement de 482 unités de gestion avec 1 086 ha passés en gestion forestière durable, et la mobilisation de 78 200 m3 supplémentaires de bois. Un nouveau programme régional est en préparation. « Cependant, les récentes nouvelles sur la future gestion du fonds stratégique de la forêt et du bois nous obligent à une forte mobilisation avec nos voisins lorrains qui partagent les mêmes priorités de développement forestier. La journée régionale de la forêt privée à Colmar, le 17 septembre 2016, sera aussi l'occasion d'expliquer nos nombreuses et diverses réalisations, et de démontrer l'importance pour l'État et la Région de poursuivre nos actions. Nous devons, nous forestiers, renforcer notre foi en l'avenir en plantant des arbres pour les générations futures », a conclu Jean-Marie Batot. Les forestiers alsaciens ont alors profité de cette réunion pour évoquer le nouveau dispositif d'amélioration foncière. Ils ont voté une résolution appelant les Conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin à l'élaboration en commun d'une nouvelle politique d'amélioration foncière forestière. « Nous préconisons de la définir en prenant comme modèle la politique exemplaire du Conseil départemental de la Meuse, basée sur les échanges et cessions d'immeubles ruraux par une compensation partielle des frais notariés, par des échanges et cessions d'immeubles forestiers, par une participation à l'animation de projets sur un massif ou une commune, et la réalisation des mutations par acte signé par le président du Conseil départemental. Les membres de Forestiers d'Alsace demandent donc le maintien de l'amélioration foncière comme pilier du développement forestier pour le futur programme régional de la forêt et du bois », a indiqué Vincent Ott, président du Centre régional de la propriété forestière de Lorraine-Alsace, de Forêt privée d'Alsace et du syndicat régional. Les mêmes forestiers demandent également, pour le futur programme régional de la forêt et du bois, à l'État de soutenir la poursuite des actions menées dans le cadre du plan pluriannuel régional de développement forestier 2011-2016 en maintenant le financement, et au nouveau Conseil régional de maintenir les aides financières à Forestiers d'Alsace pour la mise en œuvre des actions basées sur le conseil, la formation, la mobilisation regroupée des bois et des travaux sylvicoles, mais également l'amélioration et la desserte forestière. Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, qui participait à cette assemblée générale, a soutenu les sylviculteurs et en a appelé à la responsabilité de l'État. « Ne cassons pas les dynamiques qui ont fait leurs preuves. Une très belle restitution des travaux a été réalisée à la demande du Conseil régional. Les interprofessions y ont participé. Tout le monde était unanime, y compris les représentants de l'État. Il faut se battre du niveau national au niveau local pour poursuivre cette dynamique collective en faveur de notre forêt privée. » Et d'évoquer la forêt dans la nouvelle grande région. « Les surfaces boisées couvrent 35 % des surfaces, soit près de 2 millions d'hectares. Une filière forêt-bois source de 54 800 emplois et composée de 8 850 entreprises qui réalisent un chiffre d'affaires de 11 milliards d'euros par an. Ainsi, la filière est et sera au cœur de nos préoccupations. Nous allons nous rencontrer courant mai pour définir la stratégie à mettre en œuvre pour les années à venir. Il nous faut mettre en place notre programme régional de la forêt et du bois afin de continuer à mener des actions dynamiques en partenariat comme nous avions l'habitude de la faire en Alsace », a-t-il conclu.

Publié le 10/05/2016

Début mai, la Chambre d'agriculture d'Alsace a organisé une série de réunions techniques. L'occasion d'effectuer les analyses pour piloter le 3e apport d'azote sur blé. Et de faire le point sur la septoriose, dont la pression s'avère importante cette année.

Pour ces réunions de Tour de plaine, les agriculteurs étaient invités à ramener le matériel végétal nécessaire à la réalisation des analyses pour piloter le 3e apport d'azote sur blé. Mercredi 4 mai à Hohengœft, Pierre Geist, conseiller grandes cultures à la Chambre d'agriculture d'Alsace, et Matthieu Bihler, stagiaire, enchaînaient donc les analyses N-Tester, qui consistent à mesurer optiquement la teneur en chlorophylle d'une quarantaine de dernières feuilles étalées de maîtres brins, celle-ci étant fortement corrélée à l'état de nutrition azotée de la plante. La valeur moyenne obtenue est renseignée sur le site internet du constructeur de l'outil électronique, de même que l'identité de l'agriculteur, la variété semée, le stade de la culture, la quantité d'azote déjà apportée et la quantité d'azote à apporter obtenue par la méthode du bilan. « Il faut aussi choisir la méthode de calcul, car il y en a deux : une pour sécuriser le rendement, une autre pour sécuriser le rendement et la teneur en protéines », précise Pierre Geist. En général, une dizaine d'unités d'azote supplémentaires par rapport à la méthode « classique » sont conseillées pour assurer la teneur en protéines. Après huit jours d'analyses, Pierre Geist constate : « La méthode N-Tester conseille d'apporter encore de 0 à 70 unités d'azote. » L'impasse concerne surtout des agriculteurs qui ont déjà apporté 200 unités. C'est plutôt la fourchette haute qui étonne Pierre Geist : « Au stade où sont les blés, nous ne conseillons pas d'apporter encore 70 unités, parce que les valoriser risque d'être compliqué. Et puis les températures vont augmenter, le sol va minéraliser et libérer de l'azote. Il vaut donc mieux se limiter à 40 unités. » Des blés prometteurs, malgré la septoriose Côté maladie, la septoriose gagne du terrain, avec une intensité variable selon les variétés, plus ou moins sensible, les parcelles et les dates de semis : « Dans les parcelles semées début octobre, on voit des blés dont la F3 est déjà contaminée. Ces parcelles ont déjà dû être traitées. Dans les parcelles semées fin octobre, le profil sanitaire est encore bon et il est moins urgent de traiter. Si possible, il faut attendre que la dernière feuille soit bien étalée pour la protéger au maximum », déclare Pierre Geist, le 4 mai. Mais les contaminations vont progresser au rythme des précipitations et une deuxième intervention trois semaines après la première lui semble quasiment inéluctable : « Cette année, on aura du mal à faire moins que deux ou trois traitements de protection ». Par contre, le potentiel est là, l'état des blés est assez prometteur, la qualité et la quantité de la moisson dépendent désormais essentiellement des conditions météorologiques du mois de juin.

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