Grandes cultures bios
Du potentiel à développer
Grandes cultures bios
Publié le 21/06/2016
Très peu présentes dans le paysage agricole alsacien, les grandes cultures bios disposent pourtant de débouchés « intéressants » à proximité, que ce soit dans l'alimentation humaine ou animale.
Quel avenir pour les grandes cultures bios en Alsace ? À l’heure actuelle, cette filière est l'une des moins développée dans la région avec 167 fermes comptabilisées à la fin 2015, pour une surface totale de 3 400 ha. « Elle ne représente que 1,7 % de la SAU alsacienne. C'est un taux faible par rapport au reste de la France où les conversions se multiplient », explique Christophe Ringeisein, chargé du développement de la bio au sein de l'Opaba. On compte actuellement 304 000 ha (+ 33 % en un an) de grandes cultures bios dans toute la France, dont 230 000 ha en céréales. Le reste est partagé entre les oléagineux et les protéagineux. « Plus de 85 % des surfaces bios sont représentées par une dizaine d'espèces. Il y a plus de diversité de production, et donc des débouchés plus divers », poursuit-il. Même si l'Alsace reste pour le moment « en retrait », l'Opaba reste confiante dans l'avenir de cette filière au vu des débouchés potentiels. 920 euros la tonne de soja bio Déjà évoqué dans nos colonnes, le soja destiné à l'alimentation humaine rencontre un succès toujours croissant auprès des consommateurs, explique Kristina Bachteler, de Taifun. Située à Freiburg im Breisgau, cette entreprise agroalimentaire produit du tofu depuis les années 1980. Après un ralentissement de sa croissance en 2015 dû à l'arrivée de nouveaux concurrents sur le marché, elle table sur une croissance de 8 % pour cette année 2016. « On doit développer de nouveaux produits. Pour nous, le marché est là. Nous cherchons de nouveaux agriculteurs prêts à nous fournir du soja bio. Spécialement en Alsace qui est une région à fort potentiel de production et qui a l'avantage de se trouver à proximité de notre usine. » Pour le moment, une douzaine d'agriculteurs alsaciens travaillent avec Taifun. Ils sont tous sous contrat avec l'entreprise allemande. « On fonctionne avec une production contractuelle depuis quinze ans. D'un côté, cela permet aux agriculteurs de connaître le prix de la récolte [NDLR : 920 €/t en 2015] avant de semer, et de l'autre, nous pouvons calculer le volume de soja qu'on va récupérer, étant donné que l'on connaît les surfaces », détaille Kristina Bachteler. Au niveau du cahier des charges, les producteurs doivent livrer un soja contenant au minimum 43 % de protéines et issu des variétés utilisées pour faire le tofu. « Nos producteurs achètent les semences chez nous. Comme ça, on connaît la qualité. Il faut aussi éviter les impuretés et les mauvaises herbes qui créent des problèmes pour notre moulin à soja. » Organiser les débouchés en amont Il n'est pas forcément nécessaire de franchir le Rhin pour trouver un débouché viable aux grandes cultures biologiques. Dans la commune de Bians-les-Usiers, à quelques kilomètres de Pontarlier (Doubs), la minoterie Dornier a développé une filière bio il y a quarante ans à côté de sa branche conventionnelle dédiée exclusivement à l'AOC comté. Les céréales bios qu'elle collecte sont aussi bien destinées à la production de farines (pour les boulangeries ou les supermarchés) qu'à l'alimentation animale, son débouché principal. « On s'est développé à travers les troupeaux de vaches allaitantes. Dernièrement, nous avons réussi à impulser une filière de poulet de chair sur tout le Grand Est. Ces trois dernières années, 25 bâtiments dédiés ont été construits », explique le président de la minoterie, Pierre Dornier. La collecte de céréales bios a démarré en Alsace il y a quinze ans, une époque où il n'y avait pas de coopérateurs bios dans la région. Pour l'instant, il n'y a pas de silo de collecte dans le secteur. Une structure de stockage pourrait néanmoins voir le jour dans les années à venir car « le potentiel de volume est là », poursuit Pierre Dornier. La minoterie Dornier collecte pour le moment 12 000 t de céréales bios et table sur un développement de 8 à 10 % par an. « On voit arriver des vagues de conversion. On sent que commercialement, il y a un engouement. Par contre, nous devons gérer et encadrer les reconversions », souligne Pierre Dornier. « Une année, on s'est retrouvé avec des tonnes d'avoine en plus. Notre volonté est d'intervenir en amont pour indiquer ce qu'il y a à semer afin d'organiser les débouchés », complète Paul Bignon, ingénieur agronome à la minoterie Dornier. Comme chez Taifun, le prix est connu à l'avance (de 380 à 400 € la tonne de blé par exemple) et aucun préacompte n'est versé. Il n'y a par contre pas d'exigence particulière au niveau qualitatif. « Bien sûr, on préfère un blé sec à un blé humide. Mais comment pourrait-on refuser un lot à un agriculteur quand on se dit partenaire ? Nous avons un silo de 46 cellules, un centre de nettoyage, un centre de tri et un séchoir. Avec tout cela, on doit être capable de valoriser toute la production », note l'ingénieur. Il reconnaît néanmoins qu'il faut être un « meilleur agriculteur » en bio qu'en conventionnel pour délivrer une production de qualité. « Et nous sommes là pour l'aider et le former », insiste-t-il. Si le potentiel des grandes cultures bios est « intéressant » avec des prix attractifs, rien ne dit que cela perdurera sur le plus long terme reconnaît Pierre Dornier : « Aujourd'hui, l'industrie de la biscuiterie s'intéresse de plus en plus au bio. Et là, on revient à des problématiques de prix et de marge. Il ne faudrait pas revivre en bio ce qu'on a vécu en conventionnel. »












