Cultures

Comptoir Agrosphère - Les rencontres

Un traité d’innovation appliquée

Publié le 05/07/2016

Le rendez-vous annuel de l’innovation agro-connectée en Alsace s’est déroulé pour la première fois le 23 juin à Bietlenheim. Organisé par le Comptoir agricole, l’événement a permis de toucher du doigt l’agriculture du futur.

Christian Lux et Clément Weinsando, du Comptoir agricole, animaient un atelier sur la fertilisation phosphatée. « Le phosphore est extrait de mines dont le gisement se raréfie. En outre, l’excès de phosphore dans l’eau provoque de l’eutrophisation qui se traduit par la prolifération d’algues. Comme celle de l’azote, l’utilisation de phosphore pourrait donc à l’avenir faire l’objet de limitations. Et puis les fournisseurs proposent du phosphore organique, par exemple issu d’élevages de volailles, qu’il s’agit de caractériser », introduit Christian Lux. D’autant que le phosphore est difficilement absorbable par les plantes. En effet, il doit se trouver dans la solution du sol, et à moins de 2,5 mm des racines. Or le phosphore apporté sous forme d’engrais est très vite fixé par les cations du sol. Du coup, selon le type de sol, seuls 20 à 15 % du phosphore apporté sont utilisés. « Il vaut donc mieux ne pas trop en apporter au printemps, mais plutôt gérer la fertilisation phosphatée de manière pluriannuelle, en amenant le phosphore en fonction des cultures et de leurs besoins, en prenant en compte que les résidus végétaux, les effluents, contiennent aussi du phosphore », conseille Christian Lux. Pour mieux appréhender l’efficacité de divers engrais phosphatés et les comparer à la référence, le 18-46, le Comptoir agricole a élaboré un essai répété sur trois sites différents et qui sera conduit sur plusieurs années. Cet essai comporte des engrais apportés en localisé, mais aussi des microgranulés qui sont positionnés dans la raie de semis, ce qui permet d’obtenir une stimulation racinaire avec peu de phosphore. Ou encore des formes d’engrais qui contiennent à la fois du phosphore et des bactéries qui vont solubiliser le phosphore du sol et aider les plantes à l’absorber en facilitant les échanges entre les racines et la solution du sol. Les premiers résultats font apparaître une grande différence de réponse en termes de gain de rendement selon le type de sol et selon le type d’engrais. L’adjonction de bactéries semble tenir ses promesses, la synergie entre azote et phosphore est également intéressante. Un semis précis et instructif Bruno Grossetête et Marion Bass travaillent tous les deux pour la société Dekalb. Le premier dans le développement technique, la seconde en tant que commerciale. « Notre premier axe de travail consiste à améliorer le potentiel de rendement des plantes, le second à sécuriser ce rendement en travaillant aussi la tolérance aux maladies, au stress… Mais en fonction de l’environnement, atteindre le rendement maximal sera parfois très difficile », introduit Bruno Grossetête. C’est là qu’intervient la technologie Precision Planting. La technologie, rachetée par Monsanto - dont Dekalb est une marque déposée - a ensuite été revendue à John Deere. Car ce qui intéresse Dekalb, c’est de pouvoir travailler sur les données générées par ce matériel connecté. Actuellement, la technologie Precision Planting se traduit par un semoir qui présente plusieurs particularités. La première, c’est un contrôle de pression indépendant sur chaque élément semeur qui permet de conserver une profondeur de semis régulière malgré l’hétérogénéité de la parcelle. La pression exercée par le vérin pour garder la même profondeur de semis est enregistrée en temps réel dans un logiciel. Pour l’agriculteur, c’est la garantie d’une levée homogène, à la bonne densité. Pour Dekalb, ce sont des cartographies de la pression qui a été exercée par chaque élément. Deuxième particularité de ce semoir, un sélecteur très précis, qui permet d’éviter les doublons et les manques quel que soit le PMG des semences. La technologie VSet permet en outre de régler électroniquement la densité de semis depuis la cabine, et rang par rang. La troisième particularité de ce semoir réside dans son tube de descente : « C’est un véritable tapis rouge pour les graines », compare Bruno Grossetête. Résultat : le semis est régulier, quelle que soit la vitesse d’avancement. Enfin, ce semoir est capable de fournir une masse prodigieuse de données géoréférencées qui vont permettre de mieux appréhender la réponse des graines à leur environnement. Diverses données peuvent en effet être croisées - carte des sols, de la végétation, du rendement… - et interprétées. « Grâce à ces investigations, on saura bientôt valoriser les zones à bonne réserve utile d’une parcelle avec un hybride à haut potentiel, semé à une densité élevée, et adapter différemment le semis aux zones plus humides, plus sèches d’une même parcelle… » Bruno Grossetête illustre ses propos avec des courbes de réponse de différents hybrides à la densité de semis en fonction du type de sol. « On constate que certains hybrides gagnent à être semés denses, alors que le rendement d’autres plafonne rapidement. » Bas volume : va pour 80 l/ha Didier Lasserre et Lucile Pligot, d’Arvalis-Institut du végétal, animaient un atelier sur la pulvérisation bas volume. Une technique qui consiste à diminuer le volume de bouillie appliquée en dessous de 100 litres/hectare alors qu’en moyenne les agriculteurs traitent à des volumes de 120 - 150 l/ha. « Nous avons cherché à savoir jusqu’où il est possible de descendre sans perdre en efficacité », introduit Lucile Pligot. Tandis que Didier Lasserre rappelle les intérêts de la méthode : « Réduire le volume de bouillie permet de traiter plus rapidement, donc de s’occuper d’un maximum de surfaces dans de bonnes conditions. Et qui dit bonnes conditions dit bonne efficacité, donc possible réduction de doses. » D’autant que pour certains produits, réduire le volume d’eau augmente l’efficacité de la matière active. C’est notamment le cas du glyphosate, qui est chargé négativement et qui se chélate au calcium (Ca2 +) contenu dans l’eau calcaire d’Alsace. Le complexe obtenu est moins efficace. En réduisant le volume de bouillie, on réduit le nombre de cations et on augmente le nombre de molécules de glyphosate, donc la probabilité de former des complexes moins actifs est plus faible. Pour mener des expérimentations sur cette technique, les équipes d’Arvalis utilisent un quad équipé d’une rampe de 3 mètres. Le dispositif permet de faire varier la vitesse d’avancement, la pression au niveau des buses et leur type. Un essai visait à identifier la ou les meilleures combinaisons volume de bouillie, dose de produit et ajout d’adjuvant sur l’efficacité du Monsoon Active (ou Mondine). Les résultats permettent de conclure qu’on peut « tranquillement réduire le volume de bouillie et la dose de produit, à condition de bien prendre en compte les conditions météorologiques, et que l’ajout d’adjuvant augmente significativement l’efficacité des traitements ». La pulvérisation bas volume est adaptable à la plupart des traitements, y compris fongicides. Mais Didier Lasserre met tout de même en garde : « Il faut être prudent avec les produits de contact car pour être efficaces ils doivent toucher leur cible avec un maximum d’impacts. Or la diminution du volume de bouillie risque de réduire le nombre d’impacts. » Elle doit donc s’accompagner d’un choix de buses appropriées. Les buses à injection d’air, qui font de grosses gouttes, sont à proscrire. Le volume de bouillie doit donc se raisonner en fonction du type de produit (systémique ou de contact), de la buse (grosse ou petite goutte) et de la cible (les graminées constituent des cibles étroites). Mais Didier Lasserre estime que, dans la majorité des cas, on peut descendre à 80 l/ha sans trop risquer de déconvenues, « toujours à condition de bien prendre en compte les conditions météorologiques ». Et avec une exception : les traitements contre la fusariose. « Là il faut tartiner, pour bien toucher la cible, qui est l’épi, donc il vaut mieux monter à 150 l/ha. » Vivaces : frapper vite et plusieurs fois Vincent Bouillon, de la société Syngenta, animait un atelier sur la gestion des vivaces, des adventices « difficiles à gérer parce que ce sont… des vivaces ! » Ce qui implique qu’elles sont issues de tubercules, de rhizomes, de stolons de bulbes, de drageons qu’il faut également détruire et qui sont difficiles à atteindre. La première règle à respecter consiste donc à intervenir tôt, dès que les premiers foyers sont détectés car plus la parcelle est infestée, plus la lutte est difficile. En outre, il s’agit d’utiliser des produits systémiques, qui descendent dans les racines des adventices. Pour affiner les techniques de désherbage des vivaces, Syngenta a mis en place un jardin de vivaces, c’est-à-dire une sorte de pépinière où des vivaces sont cultivées de manière confinée grâce à une bâche, et où diverses stratégies de traitement sont appliquées afin d’identifier les meilleurs produits, associations de produits, programmes et délais entre deux applications. Un des éléments qui ressort de ces investigations, c’est l’importance du respect de la notion de programme parce qu’au moins deux applications sont en général nécessaires à la maîtrise des vivaces. Il est aussi important de respecter le stade d’application et le bon timing entre les interventions.

Publié le 30/06/2016

La Cuma de la Rosée va expérimenter une barre d’effarouchement pour préserver le petit gibier pendant la fauche.

C’est encore un prototype : la barre d’effarouchement qui va être expérimentée par la Cuma de la Rosée a déjà subi quelques améliorations. Fixée sur la faucheuse arrière, elle se déplie et se replie par commande hydraulique depuis la cabine du tracteur. Les tubes métalliques qui y sont suspendus sont destinés à effaroucher la petite faune des champs lors des travaux de fauche réalisés par les adhérents de la Cuma. Grâce à eux, faons, lièvres, lapereaux et oiseaux nicheurs pourront avoir la vie sauve en s’enfuyant. Pratique - puisque commandée hydrauliquement -, cette barre a un autre avantage : elle est suffisamment déportée de la zone de fauche pour offrir au petit gibier le temps de détaler, ce qui n’est pas le cas des barres placées devant le groupe de fauche. « Avec une barre frontale, le temps que le gibier réagisse, il est souvent trop tard », témoigne Fabien Bauer, l’un des membres de la Cuma, lors de la présentation du matériel, le 22 juin à Mittelhausen. La mise au point de cette barre d’effarouchement résulte d’un partenariat national associant les Chambres d’agriculture, la FNSEA, la Fédération nationale des chasseurs et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), explique Fabien Metz, président de la commission innovation et environnement à la Chambre d’agriculture Alsace. Agrifaune - c’est son nom - vise à expérimenter des techniques agricoles innovantes afin de préserver la petite faune des champs tout en restant dans le cadre d’une agriculture productive.  Haies et couverts hivernaux En Alsace, la première convention a été signée en 2013. Outre un volet machinisme, Agrifaune se décline en plusieurs axes, comme le développement des couverts hivernaux favorables à la petite faune, l’implantation de haies, de bandes enherbées ou la mise en place de couverts dans les bandes d’irrigation. Une enveloppe de 15 000 € par département est disponible pour soutenir ces actions innovantes. La convention Agrifaune repose sur un travail collaboratif. « Chaque partenaire apporte son expérience et son point de vue : les chasseurs et l’ONCFS apportent leur expertise sur la faune, les agriculteurs donnent leur avis sur l’aspect pratique et économique des actions envisagées, souligne Fabien Metz. C’est ensemble qu’on arrive à élaborer des projets. » Dans le cas de la barre d’effarouchement, les sept utilisateurs du groupe de fauche seront amenés à se prononcer sur la fiabilité et l’efficacité du matériel à l’issue de la saison. Un retour d’expérience d’autant plus intéressant qu’ils travaillent sur une surface importante, comprenant une certaine diversité de milieux.

Concours des prairies fleuries

Écologiques, prolifiques, bénéfiques

Publié le 27/06/2016

Le concours des prairies fleuries récompense les agriculteurs dont les prairies présentent le meilleur équilibre entre valeur agricole, écologique et paysagère. Cette année, en Alsace, trois territoires organisaient un concours : le Piémont des Vosges du Nord, les vallées de la Bruche et de Villé, et le Jura Alsacien.

Les 9 et 10 juin, c'étaient 11 prairies des vallées de la Bruche et de Villé qui étaient soumises à l'expertise d'un jury. Nous les avons rejoints sur une parcelle située le long de la route qui serpente dans le col d'Urbeis. L'herbe est haute, le sol est humide, glissant, mais le soleil est radieux et la température idéale. Une aubaine en ce printemps calamiteux ! Les membres du jury (lire en encadré) sont à l'œuvre. Ils ont déterminé une diagonale représentative de la parcelle et se déplacent en file indienne le long de celle-ci, les yeux rivés au sol. Ils sont à la recherche de plantes indicatrices révélatrices de la richesse spécifique de la prairie. Pour chaque tiers de la diagonale, ils doivent en trouver au moins quatre, sinon, la parcelle ne répond pas à ce critère de base. Ils en profitent aussi pour estimer le potentiel fourrager de la parcelle. La prairie en question franchit cette première étape avec succès. Le jury se rassemble à l'ombre d'un arbre pour passer à la suite de la notation, qui consiste à évaluer la fonctionnalité agricole, la productivité, la valeur alimentaire, la souplesse d'exploitation, la fonctionnalité écologique, la valeur apicole, le renouvellement de la diversité végétale. Enfin, la notation de la cohérence des usages, en lien avec les objectifs de l'agriculteur et le contexte du territoire, fait l'objet d'une ultime discussion. Pour mener à bien leur mission, les jurés s'appuient sur une fiche détaillant les pratiques de l'exploitation et les interventions qui ont été effectuées sur la parcelle. Cette première parcelle est jugée assez hétérogène, ce que le jury relie à un différentiel de fertilisation entre le haut et le bas de la pente, où coule un cours d'eau. En effet, l'agriculteur y apporte du lisier entre deux coupes d'herbe, et uniquement sur le haut de la parcelle. Malgré ces précautions, une partie du jury estime cette pratique préjudiciable à la qualité de l'eau du ruisseau. Un point qui joue donc en la défaveur de la parcelle. Mais la plupart des autres critères donnent satisfaction. Il est notamment souligné que la parcelle contribue à l'ouverture du paysage, même si quelques arbres masquent une partie de l'ouverture paysagère. En outre, elle abrite une rigole intéressante d'un point de vue patrimonial puisqu'elle représente un système d'irrigation issu d'un savoir-faire ancestral que l'agriculteur contribue à maintenir. Enfin, le jury reconnaît que la parcelle, pentue, mal exposée, n'est pas facile à entretenir. « Il pourrait aussi ne pas le faire ». Et donc, rien que pour ça, cette prairie a le mérite d'exister ! Un bien commun Le jury s'engouffre ensuite dans un minibus et file en direction de la prochaine parcelle. Cet îlot, qui court sur les bans de Bassemberg et de Lalaye, est la propriété d'une association foncière pastorale qui gère une quarantaine d'hectares disséminés sur dix sites. La parcelle est exploitée par des éleveurs ovins, qui savent l'apprécier car elle est « à la fois grande, clôturée et proche du siège de l'exploitation ». La parcelle est donc régulièrement pâturée par tout ou partie de la troupe. Cette parcelle séduit tout particulièrement Régis Ambroise, le spécialiste du paysage. En effet, la prairie abrite des haies, et plusieurs arbres, sculptés par l'abroutissement topiaire, c'est-à-dire l'action du bétail qui broute les feuilles basses des arbres. Ces arbres sont non seulement isolés, mais aussi et surtout alignés le long de talus : « Cela rend leurs troncs bien visibles, ils participent donc mieux à la structuration de l'espace que des arbres isolés, tout en procurant de l'ombre aux animaux. » Le spécialiste poursuit : « Le problème, quand on veut ouvrir les paysages, c'est qu'on a tendance à tout couper. Ici il reste des arbres, c'est une force énorme. Cela donne à voir et justifie que les prairies soient aussi considérées comme un bien commun qui profite à tout le monde ». Plus loin, il s'arrête devant un mur de pierres sèches, héritage d'un mode d'exploitation qui a abouti à un paysage particulier, le peigné vosgien : « Dans les pentes, des talus avec des bandes de terre planes étaient aménagés afin de cultiver des pommes de terre, des céréales… En général, les murs de pierre étaient réservés aux parcelles cultivées, car le passage des animaux les détériore. La présence de ce mur indique donc que cette parcelle était autrefois cultivée. » Aujourd'hui, l'ensemble de la parcelle est dédié à la production d'herbe, mais l'ancien système agraire est resté en mémoire, « et sa fonction anti-érosive n'est pas perdue ». Dominique Orth, l'agronome du jury, se déclare satisfaite de la valeur agronomique de la prairie : « Il y a beaucoup de fétuque ovine et rouge, du dactyle, de l'avoine jaunâtre. La biomasse n'est pas très abondante, mais il y a beaucoup d'espèces aromatiques, comme de l'achillée et surtout du thym », indique-t-elle en désignant un véritable tapis de cette espèce si délicieusement odorante… De là à se figurer un bon gigot enrobé de thym, il n'y a qu'un pas !

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