Cultures

Publié le 30/06/2016

La Cuma de la Rosée va expérimenter une barre d’effarouchement pour préserver le petit gibier pendant la fauche.

C’est encore un prototype : la barre d’effarouchement qui va être expérimentée par la Cuma de la Rosée a déjà subi quelques améliorations. Fixée sur la faucheuse arrière, elle se déplie et se replie par commande hydraulique depuis la cabine du tracteur. Les tubes métalliques qui y sont suspendus sont destinés à effaroucher la petite faune des champs lors des travaux de fauche réalisés par les adhérents de la Cuma. Grâce à eux, faons, lièvres, lapereaux et oiseaux nicheurs pourront avoir la vie sauve en s’enfuyant. Pratique - puisque commandée hydrauliquement -, cette barre a un autre avantage : elle est suffisamment déportée de la zone de fauche pour offrir au petit gibier le temps de détaler, ce qui n’est pas le cas des barres placées devant le groupe de fauche. « Avec une barre frontale, le temps que le gibier réagisse, il est souvent trop tard », témoigne Fabien Bauer, l’un des membres de la Cuma, lors de la présentation du matériel, le 22 juin à Mittelhausen. La mise au point de cette barre d’effarouchement résulte d’un partenariat national associant les Chambres d’agriculture, la FNSEA, la Fédération nationale des chasseurs et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), explique Fabien Metz, président de la commission innovation et environnement à la Chambre d’agriculture Alsace. Agrifaune - c’est son nom - vise à expérimenter des techniques agricoles innovantes afin de préserver la petite faune des champs tout en restant dans le cadre d’une agriculture productive.  Haies et couverts hivernaux En Alsace, la première convention a été signée en 2013. Outre un volet machinisme, Agrifaune se décline en plusieurs axes, comme le développement des couverts hivernaux favorables à la petite faune, l’implantation de haies, de bandes enherbées ou la mise en place de couverts dans les bandes d’irrigation. Une enveloppe de 15 000 € par département est disponible pour soutenir ces actions innovantes. La convention Agrifaune repose sur un travail collaboratif. « Chaque partenaire apporte son expérience et son point de vue : les chasseurs et l’ONCFS apportent leur expertise sur la faune, les agriculteurs donnent leur avis sur l’aspect pratique et économique des actions envisagées, souligne Fabien Metz. C’est ensemble qu’on arrive à élaborer des projets. » Dans le cas de la barre d’effarouchement, les sept utilisateurs du groupe de fauche seront amenés à se prononcer sur la fiabilité et l’efficacité du matériel à l’issue de la saison. Un retour d’expérience d’autant plus intéressant qu’ils travaillent sur une surface importante, comprenant une certaine diversité de milieux.

Concours des prairies fleuries

Écologiques, prolifiques, bénéfiques

Publié le 27/06/2016

Le concours des prairies fleuries récompense les agriculteurs dont les prairies présentent le meilleur équilibre entre valeur agricole, écologique et paysagère. Cette année, en Alsace, trois territoires organisaient un concours : le Piémont des Vosges du Nord, les vallées de la Bruche et de Villé, et le Jura Alsacien.

Les 9 et 10 juin, c'étaient 11 prairies des vallées de la Bruche et de Villé qui étaient soumises à l'expertise d'un jury. Nous les avons rejoints sur une parcelle située le long de la route qui serpente dans le col d'Urbeis. L'herbe est haute, le sol est humide, glissant, mais le soleil est radieux et la température idéale. Une aubaine en ce printemps calamiteux ! Les membres du jury (lire en encadré) sont à l'œuvre. Ils ont déterminé une diagonale représentative de la parcelle et se déplacent en file indienne le long de celle-ci, les yeux rivés au sol. Ils sont à la recherche de plantes indicatrices révélatrices de la richesse spécifique de la prairie. Pour chaque tiers de la diagonale, ils doivent en trouver au moins quatre, sinon, la parcelle ne répond pas à ce critère de base. Ils en profitent aussi pour estimer le potentiel fourrager de la parcelle. La prairie en question franchit cette première étape avec succès. Le jury se rassemble à l'ombre d'un arbre pour passer à la suite de la notation, qui consiste à évaluer la fonctionnalité agricole, la productivité, la valeur alimentaire, la souplesse d'exploitation, la fonctionnalité écologique, la valeur apicole, le renouvellement de la diversité végétale. Enfin, la notation de la cohérence des usages, en lien avec les objectifs de l'agriculteur et le contexte du territoire, fait l'objet d'une ultime discussion. Pour mener à bien leur mission, les jurés s'appuient sur une fiche détaillant les pratiques de l'exploitation et les interventions qui ont été effectuées sur la parcelle. Cette première parcelle est jugée assez hétérogène, ce que le jury relie à un différentiel de fertilisation entre le haut et le bas de la pente, où coule un cours d'eau. En effet, l'agriculteur y apporte du lisier entre deux coupes d'herbe, et uniquement sur le haut de la parcelle. Malgré ces précautions, une partie du jury estime cette pratique préjudiciable à la qualité de l'eau du ruisseau. Un point qui joue donc en la défaveur de la parcelle. Mais la plupart des autres critères donnent satisfaction. Il est notamment souligné que la parcelle contribue à l'ouverture du paysage, même si quelques arbres masquent une partie de l'ouverture paysagère. En outre, elle abrite une rigole intéressante d'un point de vue patrimonial puisqu'elle représente un système d'irrigation issu d'un savoir-faire ancestral que l'agriculteur contribue à maintenir. Enfin, le jury reconnaît que la parcelle, pentue, mal exposée, n'est pas facile à entretenir. « Il pourrait aussi ne pas le faire ». Et donc, rien que pour ça, cette prairie a le mérite d'exister ! Un bien commun Le jury s'engouffre ensuite dans un minibus et file en direction de la prochaine parcelle. Cet îlot, qui court sur les bans de Bassemberg et de Lalaye, est la propriété d'une association foncière pastorale qui gère une quarantaine d'hectares disséminés sur dix sites. La parcelle est exploitée par des éleveurs ovins, qui savent l'apprécier car elle est « à la fois grande, clôturée et proche du siège de l'exploitation ». La parcelle est donc régulièrement pâturée par tout ou partie de la troupe. Cette parcelle séduit tout particulièrement Régis Ambroise, le spécialiste du paysage. En effet, la prairie abrite des haies, et plusieurs arbres, sculptés par l'abroutissement topiaire, c'est-à-dire l'action du bétail qui broute les feuilles basses des arbres. Ces arbres sont non seulement isolés, mais aussi et surtout alignés le long de talus : « Cela rend leurs troncs bien visibles, ils participent donc mieux à la structuration de l'espace que des arbres isolés, tout en procurant de l'ombre aux animaux. » Le spécialiste poursuit : « Le problème, quand on veut ouvrir les paysages, c'est qu'on a tendance à tout couper. Ici il reste des arbres, c'est une force énorme. Cela donne à voir et justifie que les prairies soient aussi considérées comme un bien commun qui profite à tout le monde ». Plus loin, il s'arrête devant un mur de pierres sèches, héritage d'un mode d'exploitation qui a abouti à un paysage particulier, le peigné vosgien : « Dans les pentes, des talus avec des bandes de terre planes étaient aménagés afin de cultiver des pommes de terre, des céréales… En général, les murs de pierre étaient réservés aux parcelles cultivées, car le passage des animaux les détériore. La présence de ce mur indique donc que cette parcelle était autrefois cultivée. » Aujourd'hui, l'ensemble de la parcelle est dédié à la production d'herbe, mais l'ancien système agraire est resté en mémoire, « et sa fonction anti-érosive n'est pas perdue ». Dominique Orth, l'agronome du jury, se déclare satisfaite de la valeur agronomique de la prairie : « Il y a beaucoup de fétuque ovine et rouge, du dactyle, de l'avoine jaunâtre. La biomasse n'est pas très abondante, mais il y a beaucoup d'espèces aromatiques, comme de l'achillée et surtout du thym », indique-t-elle en désignant un véritable tapis de cette espèce si délicieusement odorante… De là à se figurer un bon gigot enrobé de thym, il n'y a qu'un pas !

Grandes cultures bios

Du potentiel à développer

Publié le 21/06/2016

Très peu présentes dans le paysage agricole alsacien, les grandes cultures bios disposent pourtant de débouchés « intéressants » à proximité, que ce soit dans l'alimentation humaine ou animale.

Quel avenir pour les grandes cultures bios en Alsace ? À l’heure actuelle, cette filière est l'une des moins développée dans la région avec 167 fermes comptabilisées à la fin 2015, pour une surface totale de 3 400 ha. « Elle ne représente que 1,7 % de la SAU alsacienne. C'est un taux faible par rapport au reste de la France où les conversions se multiplient », explique Christophe Ringeisein, chargé du développement de la bio au sein de l'Opaba. On compte actuellement 304 000 ha (+ 33 % en un an) de grandes cultures bios dans toute la France, dont 230 000 ha en céréales. Le reste est partagé entre les oléagineux et les protéagineux. « Plus de 85 % des surfaces bios sont représentées par une dizaine d'espèces. Il y a plus de diversité de production, et donc des débouchés plus divers », poursuit-il. Même si l'Alsace reste pour le moment « en retrait », l'Opaba reste confiante dans l'avenir de cette filière au vu des débouchés potentiels. 920 euros la tonne de soja bio Déjà évoqué dans nos colonnes, le soja destiné à l'alimentation humaine rencontre un succès toujours croissant auprès des consommateurs, explique Kristina Bachteler, de Taifun. Située à Freiburg im Breisgau, cette entreprise agroalimentaire produit du tofu depuis les années 1980. Après un ralentissement de sa croissance en 2015 dû à l'arrivée de nouveaux concurrents sur le marché, elle table sur une croissance de 8 % pour cette année 2016. « On doit développer de nouveaux produits. Pour nous, le marché est là. Nous cherchons de nouveaux agriculteurs prêts à nous fournir du soja bio. Spécialement en Alsace qui est une région à fort potentiel de production et qui a l'avantage de se trouver à proximité de notre usine. » Pour le moment, une douzaine d'agriculteurs alsaciens travaillent avec Taifun. Ils sont tous sous contrat avec l'entreprise allemande. « On fonctionne avec une production contractuelle depuis quinze ans. D'un côté, cela permet aux agriculteurs de connaître le prix de la récolte [NDLR : 920 €/t en 2015] avant de semer, et de l'autre, nous pouvons calculer le volume de soja qu'on va récupérer, étant donné que l'on connaît les surfaces », détaille Kristina Bachteler. Au niveau du cahier des charges, les producteurs doivent livrer un soja contenant au minimum 43 % de protéines et issu des variétés utilisées pour faire le tofu. « Nos producteurs achètent les semences chez nous. Comme ça, on connaît la qualité. Il faut aussi éviter les impuretés et les mauvaises herbes qui créent des problèmes pour notre moulin à soja. » Organiser les débouchés en amont Il n'est pas forcément nécessaire de franchir le Rhin pour trouver un débouché viable aux grandes cultures biologiques. Dans la commune de Bians-les-Usiers, à quelques kilomètres de Pontarlier (Doubs), la minoterie Dornier a développé une filière bio il y a quarante ans à côté de sa branche conventionnelle dédiée exclusivement à l'AOC comté. Les céréales bios qu'elle collecte sont aussi bien destinées à la production de farines (pour les boulangeries ou les supermarchés) qu'à l'alimentation animale, son débouché principal. « On s'est développé à travers les troupeaux de vaches allaitantes. Dernièrement, nous avons réussi à impulser une filière de poulet de chair sur tout le Grand Est. Ces trois dernières années, 25 bâtiments dédiés ont été construits », explique le président de la minoterie, Pierre Dornier. La collecte de céréales bios a démarré en Alsace il y a quinze ans, une époque où il n'y avait pas de coopérateurs bios dans la région. Pour l'instant, il n'y a pas de silo de collecte dans le secteur. Une structure de stockage pourrait néanmoins voir le jour dans les années à venir car « le potentiel de volume est là », poursuit Pierre Dornier. La minoterie Dornier collecte pour le moment 12 000 t de céréales bios et table sur un développement de 8 à 10 % par an. « On voit arriver des vagues de conversion. On sent que commercialement, il y a un engouement. Par contre, nous devons gérer et encadrer les reconversions », souligne Pierre Dornier. « Une année, on s'est retrouvé avec des tonnes d'avoine en plus. Notre volonté est d'intervenir en amont pour indiquer ce qu'il y a à semer afin d'organiser les débouchés », complète Paul Bignon, ingénieur agronome à la minoterie Dornier. Comme chez Taifun, le prix est connu à l'avance (de 380 à 400 € la tonne de blé par exemple) et aucun préacompte n'est versé. Il n'y a par contre pas d'exigence particulière au niveau qualitatif. « Bien sûr, on préfère un blé sec à un blé humide. Mais comment pourrait-on refuser un lot à un agriculteur quand on se dit partenaire ? Nous avons un silo de 46 cellules, un centre de nettoyage, un centre de tri et un séchoir. Avec tout cela, on doit être capable de valoriser toute la production », note l'ingénieur. Il reconnaît néanmoins qu'il faut être un « meilleur agriculteur » en bio qu'en conventionnel pour délivrer une production de qualité. « Et nous sommes là pour l'aider et le former », insiste-t-il. Si le potentiel des grandes cultures bios est « intéressant » avec des prix attractifs, rien ne dit que cela perdurera sur le plus long terme reconnaît Pierre Dornier : « Aujourd'hui, l'industrie de la biscuiterie s'intéresse de plus en plus au bio. Et là, on revient à des problématiques de prix et de marge. Il ne faudrait pas revivre en bio ce qu'on a vécu en conventionnel. »

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