Concours des prairies fleuries
Écologiques, prolifiques, bénéfiques
Concours des prairies fleuries
Publié le 27/06/2016
Le concours des prairies fleuries récompense les agriculteurs dont les prairies présentent le meilleur équilibre entre valeur agricole, écologique et paysagère. Cette année, en Alsace, trois territoires organisaient un concours : le Piémont des Vosges du Nord, les vallées de la Bruche et de Villé, et le Jura Alsacien.
Les 9 et 10 juin, c'étaient 11 prairies des vallées de la Bruche et de Villé qui étaient soumises à l'expertise d'un jury. Nous les avons rejoints sur une parcelle située le long de la route qui serpente dans le col d'Urbeis. L'herbe est haute, le sol est humide, glissant, mais le soleil est radieux et la température idéale. Une aubaine en ce printemps calamiteux ! Les membres du jury (lire en encadré) sont à l'œuvre. Ils ont déterminé une diagonale représentative de la parcelle et se déplacent en file indienne le long de celle-ci, les yeux rivés au sol. Ils sont à la recherche de plantes indicatrices révélatrices de la richesse spécifique de la prairie. Pour chaque tiers de la diagonale, ils doivent en trouver au moins quatre, sinon, la parcelle ne répond pas à ce critère de base. Ils en profitent aussi pour estimer le potentiel fourrager de la parcelle. La prairie en question franchit cette première étape avec succès. Le jury se rassemble à l'ombre d'un arbre pour passer à la suite de la notation, qui consiste à évaluer la fonctionnalité agricole, la productivité, la valeur alimentaire, la souplesse d'exploitation, la fonctionnalité écologique, la valeur apicole, le renouvellement de la diversité végétale. Enfin, la notation de la cohérence des usages, en lien avec les objectifs de l'agriculteur et le contexte du territoire, fait l'objet d'une ultime discussion. Pour mener à bien leur mission, les jurés s'appuient sur une fiche détaillant les pratiques de l'exploitation et les interventions qui ont été effectuées sur la parcelle. Cette première parcelle est jugée assez hétérogène, ce que le jury relie à un différentiel de fertilisation entre le haut et le bas de la pente, où coule un cours d'eau. En effet, l'agriculteur y apporte du lisier entre deux coupes d'herbe, et uniquement sur le haut de la parcelle. Malgré ces précautions, une partie du jury estime cette pratique préjudiciable à la qualité de l'eau du ruisseau. Un point qui joue donc en la défaveur de la parcelle. Mais la plupart des autres critères donnent satisfaction. Il est notamment souligné que la parcelle contribue à l'ouverture du paysage, même si quelques arbres masquent une partie de l'ouverture paysagère. En outre, elle abrite une rigole intéressante d'un point de vue patrimonial puisqu'elle représente un système d'irrigation issu d'un savoir-faire ancestral que l'agriculteur contribue à maintenir. Enfin, le jury reconnaît que la parcelle, pentue, mal exposée, n'est pas facile à entretenir. « Il pourrait aussi ne pas le faire ». Et donc, rien que pour ça, cette prairie a le mérite d'exister ! Un bien commun Le jury s'engouffre ensuite dans un minibus et file en direction de la prochaine parcelle. Cet îlot, qui court sur les bans de Bassemberg et de Lalaye, est la propriété d'une association foncière pastorale qui gère une quarantaine d'hectares disséminés sur dix sites. La parcelle est exploitée par des éleveurs ovins, qui savent l'apprécier car elle est « à la fois grande, clôturée et proche du siège de l'exploitation ». La parcelle est donc régulièrement pâturée par tout ou partie de la troupe. Cette parcelle séduit tout particulièrement Régis Ambroise, le spécialiste du paysage. En effet, la prairie abrite des haies, et plusieurs arbres, sculptés par l'abroutissement topiaire, c'est-à-dire l'action du bétail qui broute les feuilles basses des arbres. Ces arbres sont non seulement isolés, mais aussi et surtout alignés le long de talus : « Cela rend leurs troncs bien visibles, ils participent donc mieux à la structuration de l'espace que des arbres isolés, tout en procurant de l'ombre aux animaux. » Le spécialiste poursuit : « Le problème, quand on veut ouvrir les paysages, c'est qu'on a tendance à tout couper. Ici il reste des arbres, c'est une force énorme. Cela donne à voir et justifie que les prairies soient aussi considérées comme un bien commun qui profite à tout le monde ». Plus loin, il s'arrête devant un mur de pierres sèches, héritage d'un mode d'exploitation qui a abouti à un paysage particulier, le peigné vosgien : « Dans les pentes, des talus avec des bandes de terre planes étaient aménagés afin de cultiver des pommes de terre, des céréales… En général, les murs de pierre étaient réservés aux parcelles cultivées, car le passage des animaux les détériore. La présence de ce mur indique donc que cette parcelle était autrefois cultivée. » Aujourd'hui, l'ensemble de la parcelle est dédié à la production d'herbe, mais l'ancien système agraire est resté en mémoire, « et sa fonction anti-érosive n'est pas perdue ». Dominique Orth, l'agronome du jury, se déclare satisfaite de la valeur agronomique de la prairie : « Il y a beaucoup de fétuque ovine et rouge, du dactyle, de l'avoine jaunâtre. La biomasse n'est pas très abondante, mais il y a beaucoup d'espèces aromatiques, comme de l'achillée et surtout du thym », indique-t-elle en désignant un véritable tapis de cette espèce si délicieusement odorante… De là à se figurer un bon gigot enrobé de thym, il n'y a qu'un pas !












