Cultures

Maïsadour. Maïs en strip-till sur trèfle

Restitution de trois années d’expérimentation

Publié le 27/07/2016

Depuis 2012, Maïsadour a mis en place une plateforme d’expérimentation et de test de la culture du maïs en strip-till sous couvert de trèfle permanent. L’essai fait apparaître une dizaine de quintaux de différence dans la situation des sables landais, peu autofertiles.

C’est Sylvain Pons, conseiller agronomie pour le groupe coopératif Maïsadour, qui présentait l’expérimentation et ses résultats le 1er juin dans le cadre du salon Agriculture de demain à Rouffach. L’idée est de répondre à plusieurs enjeux entourant la production du maïs grain irrigué sur les sols de sables forestiers de la plaine d’Aquitaine : érosion éolienne, salissement, structure du sol, dépendance en azote… Les sols forestiers sableux des landes où a lieu l’expérimentation contiennent 3,5 % de matière organique et 90 % de sable. Des sols à très faible autofertilité. Le maïs y est conduit avec un objectif de 150 q/ha. La gestion des adventices datura par désherbage y est réglementée. L’essai débute au printemps 2012, avec un mulchage et semis en plein de trèfles à 10 kg/ha au semoir Delimbe sur rotavator. Le traçage des lignes au strip-till est effectué le 13 avril, les maïs sont semés début mai. Le désherbage sélectif pour préserver le trèfle est effectué à la bentazone et à la sulfotrione. La fertilisation est localisée à la bande de strip-till à la dose de 400 kg de triple 15, puis du sulfonitrate au semis, puis de l’urée, soit 290 unités au total. Le couvert de trèfle ne s’est finalement développé qu’en août à la faveur de l’irrigation. À la récolte, le broyage est différé à janvier pour éviter que les pailles étouffent le maïs. Le trèfle se développe bien durant l’hiver. Au printemps 2013, climatiquement difficile, la reprise de végétation met en évidence l’importance du choix des variétés de trèfle pour obtenir une couverture pérenne. Les semis de maïs se déroulent au 1er avril, le 13 mai, il n’en est qu’au stade 3 feuilles, un démarrage lent lié aux pluies. Un désherbage sur le rang à base d’hormones s’avère nécessaire pour limiter la concurrence. Au 27 mai, le maïs au stade 4 feuilles exprime la concurrence des adventices. En 2014, des actions correctives sont mises en place. La reprise au strip-till avant semis est effectuée deux fois pour bien nettoyer la bande de semis. Un désherbage est appliqué aux semis, localisé à la bande, avec un produit non sélectif, ce qui permet d’éviter la concurrence. Le désherbage de post-levée est fractionné en trois applications pour limiter la phytotoxicité sur le trèfle. Décision est prise de réduire l’apport d’azote de 290 à 210 unités. Au stade 10 feuilles, la levée et la couverture du maïs sont homogènes, mais un stress hydrique apparaît, lié à la concurrence du trèfle. Les ingénieurs agronomes effectuent un profil de sol et constatent avec stupéfaction que l’enracinement du maïs descend verticalement jusqu’à 1,50 mètre de profondeur, d’où une meilleure capacité à gérer les fuites de nitrates. Pour les semis de 2015, décision est prise de re-semer le trèfle. Ce qui est fait en octobre 2014, sur mulch, non pas au Delimbe mais avec un semoir en ligne. Au 27 mars 2015, le couvert est bien implanté. Une seule préparation de strip-till suffit, puis semis des maïs, puis désherbage sur le rang… Pour la première fois, il n’y a pas de besoin d’antilimace. Les comptages de carabes confirment qu’un équilibre biologique régule les populations de limaces. Au 6 mai, le maïs en est au stade 3 feuilles. La question du stress hydrique précoce se pose de nouveau, il faut démarrer l’irrigation plus tôt. Pour 2016, une réflexion a porté sur l’amélioration du rappui des semis au strip-tillage avec un rouleau et une languette de semis. Avec l’observation des profils, l’apport d’engrais est mieux localisé à la ligne de semis.

Récoltes

Mornes granges

Publié le 21/07/2016

Ça y est, les foins sont engrangés ! Leur qualité laisse cependant à désirer et devra être surveillée. La moisson des blés a débuté. Comme prévu, des quintaux manquent à l’appel.

La fenaison s’achève, enfin, après des semaines à attendre une période anticyclonique suffisamment longue pour pouvoir faucher l’herbe, la faner, l’andainer, la presser… Mais la patience forcée dont les éleveurs ont fait preuve ne sera pas forcément récompensée… Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, dépeint en effet une situation contrastée, entre ceux qui ont démarré la fenaison il y a une quinzaine de jours, sur des sols encore mouillés, avec de l’herbe couchée dessus, donc avec une couche inférieure d’herbe très humide. Et la seconde vague de fenaison, qui a bénéficié de meilleures conditions de récolte, avec des températures élevées et peu, voire pas, de précipitations, donc une herbe qui a pu bien sécher. Le spécialiste des fourrages note aussi des différences entre les parcelles : « L’herbe a mieux séché dans les parcelles en pente que dans les fonds de vallée ». Mais une caractéristique commune à tous les foins de 2016 se dégage : « C’est du vieux foin, les stades de récolte optimaux sont largement dépassés et la valeur alimentaire s’en trouve inévitablement dégradée. » C’est encore plus vrai pour les foins issus de la première vague de récolte : « Certains agriculteurs ont dû ressortir des balles de foin des granges parce qu’elles commençaient à chauffer. La qualité de ce fourrage-là sera encore plus mauvaise, avec une diminution de l’appétence, des protéines et des sucres brûlés selon la température atteinte… » Les foins issus de la seconde vague sont moins concernés par ce phénomène : « En ce moment, l’herbe sèche très bien », indiquait Laurent Fritzinger mardi 19 juillet, alors que le thermostat frisait les 40 °C et que, aussi paradoxal que cela puisse paraître après tant d’eau, quelques parcelles de maïs commençaient à exprimer des symptômes de stress hydrique. Laurent Fritzinger estime donc que « si les foins ont été bien séchés, ce ne sera pas si catastrophique que cela, le fourrage obtenu suffira à remplir la panse. » D’autant que si la qualité pêche, la quantité est là : le double de l’année précédente, marquée par la sécheresse, et quelque 20 % de plus qu’une année moyenne. Une hausse de la production qui s’explique par la fenaison tardive, « tous les foins ont été faits en juillet, avec près de quatre semaines de retard », soit autant de semaines de pousse supplémentaires. Mais aussi par des prairies très denses, conséquence des conditions poussantes du mois de mai, de la bonne valorisation des apports d’engrais grâce aux précipitations… Une densité qui a probablement contribué à la verse de certaines prairies sous l’effet des précipitations. Des fourrages à manipuler avec précaution Maintenant que le foin est engrangé, que faut-il attendre de la suite des événements ? Du côté des prairies, Laurent Fritzinger ne s’aventure pas à un pronostic. Il constate : « Les prairies reverdissent vite après cette coupe, car il y a encore du potentiel dans le sol. Mais il suffit de quinze jours de canicule pour stopper la pousse » Et tout dépend des pratiques des agriculteurs : « Ceux qui ont ensilé début mai et qui ont pu faire une deuxième coupe mi-juin peuvent déjà envisager une troisième coupe. D’autres ont déjà du regain, avec de belles deuxièmes coupes, équivalentes à la première… » Du côté des auges, Laurent Fritzinger conseille vivement de faire analyser le fourrage, afin de déterminer sa valeur alimentaire, et notamment son taux de contamination par les spores butyriques. En effet, les fourrages les plus contaminés ne seront pas adaptés aux vaches laitières : « Si on ne cherche que la fibre, il vaudra mieux leur donner de la bonne paille, propre, qui fait autant ruminer. » Pour les vaches allaitantes, les génisses, si la qualité de séchage est bonne, ce fourrage fera l’affaire. « Il faudra peut-être ajouter un peu d’énergie, de céréales, car les animaux risquent de manquer d’énergie et de protéines. » Enfin, plus que le foin, c’est l’ensilage d’herbe qui préoccupe Laurent Fritzinger : « La récolte s’est effectuée dans des conditions exécrables. Il risque d’y avoir beaucoup de contaminations par la terre, des problèmes de conservation. Or c’est un fourrage jeune, riche, traditionnellement réservé aux animaux à besoins élevés, comme les laitières, mais s’il y a trop de butyriques, il vaut mieux ne pas leur en donner. » Blé : les craintes se confirment « Catastrophique », « pire que ce que l’on pensait »… Tous les commentaires sur la moisson de blé 2016 vont dans le même sens. Visuellement pourtant, la plupart des parcelles font bonne figure. Mais entre les doigts, les épis s’effritent et il ne reste quasiment rien. « Dans un épi, il y a deux ou trois grains à l’aspect normal, les autres sont rabougris, fusariés, ne contiennent quasiment pas d’amidon, ne pèsent rien », rapporte Laurent Fritzinger. Les premiers échos des moissonneuses-batteuses confirment les impressions : les 40-50 q/ha et les PS à 60-70 ne sont pas rares. L’essentiel des dégâts serait lié à la fusariose, qui a provoqué des avortements. Mais la septoriose a aussi pu impacter la taille des grains. Ceux-ci sont parfois si légers que les conducteurs de moissonneuses-batteuses ont du mal à régler correctement les souffleries : trop fort et les grains s'envolent avec les impuretés. Du coup, il y a pas mal de débris qui passent dans les bennes. Les blés versés ne facilitent pas non plus la récolte, puisqu'il faut réduire la vitesse d'avancement pour bien les relever et les ramasser. Mais d'un autre côté, en l'absence de verse, la rareté des grains permet d'accélérer les débits de chantier. Orge et colza : des grains, mais petits et légers En orge, on a « du grain, mais du petit grain », constate Laurent Fritzinger : leur nombre est équivalent à celui de l’année dernière, mais le PMG est réduit de 25 %, et le rendement d’autant. Le PMG du colza semble aussi avoir été affecté par les conditions particulièrement pluvieuses du printemps : « Le PMG est plus proche de 4 g que de 5 g, ce qui joue beaucoup sur le rendement », indique Laurent Fritzinger. Les échos sont très variés : « On entend de tout, du bon comme du moins bon, mais le colza est sans doute une des cultures qui s’en sort le mieux cette année », rapporte Laurent Fritzinger.

Arboriculture. Pulvérisation

Toucher la cible

Publié le 17/07/2016

Les vergers ne sont pas des cibles extrêmement mobiles, mais tout de même : en une saison, le volume de végétation évolue considérablement. Pour que les produits phytosanitaires épandus soient plus efficients, il apparaît donc logique d’adapter les traitements à l’état de la végétation. La recherche y travaille.

Lors de la journée professionnelle de l’arboriculture fruitière d’Alsace, proposée récemment par le Verger expérimental d’Alsace et la Chambre d'agriculture d’Alsace, Jean-Paul Douzals a présenté les travaux menés à l’Irstea de Montpellier pour améliorer les techniques de pulvérisation. « Nous ne travaillons pas sur l’efficacité physique des produits, mais sur l’amélioration des techniques de pulvérisation en cherchant à caractériser les procédés qui entrent en jeu lors de l’atomisation, les interactions qui peuvent exister entre les buses, les coformulants, les matières actives… » Les chercheurs testent des buses anti-dérive dans une soufflerie, mesurent les tailles de gouttes obtenues avec différents adjuvants, la performance des pulvérisateurs, notamment dans le cadre du projet EvaSpray Viti qui permet de classer les pulvérisateurs en fonction de leurs performances « un peu comme les réfrigérateurs ou les lave-vaisselle ». Adapter les doses à la végétation L’Irstea est également partie prenante du projet Pulvarbo, un projet pluridisciplinaire mené par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) et certaines stations expérimentales régionales, qui a pour objectif l’optimisation de la pulvérisation en arboriculture fruitière. « Cela passe par une réduction des quantités de produits phytosanitaires appliqués et notamment par la possibilité d’adapter les doses en fonction du stade végétatif et du volume foliaire à traiter. » En effet, les doses des produits phytosanitaires à appliquer sont toujours exprimées en litre ou en kilo par hectare cadastral, ou en dose par hectolitre, ce qui ne tient pas du tout compte du stade de la culture, donc de la couverture végétale. Or il est logique de penser qu’il n’est pas nécessaire de traiter à pleine dose au début du cycle de développement d’une culture car une grande partie du produit appliqué est perdue : « Ce n’est pas la peine de mettre la pleine dose s’il n’y a pas la végétation pour la capter ». Théoriquement, il est donc possible de réduire les doses aux stades précoces, à condition que l’application soit homogène, car pour une même dose de traitement, la dose reçue par les feuilles est plus élevée aux stades précoces que quand le feuillage est développé. « Et cela entraînerait aussi une réduction potentielle de la dérive, pour limiter les pollutions diffuses. » Actuellement, les volumes de bouillie et les doses sont généralement les mêmes, quel que soit le stade végétatif des vergers. L’Irstea travaille donc à la mise au point d’un outil d’aide à la décision qui permettrait d’adapter les doses et les volumes de traitement. Mais quelle végétation ? Afin de pouvoir mener à bien ces investigations, il faut d’abord « savoir ce que l’on traite » et donc « caractériser l’évolution de la végétation, à partir d’indicateurs simples, selon leur typologie (gobelet, haie fruitière) pour connaître les surfaces et les volumes à traiter ». Plus facile à écrire qu’à faire, car « soit on considère la surface du mur de feuille, soit on opte pour une approche plutôt par volume, comme si la végétation était un cube, mais alors on ne considère pas le nombre de feuilles à traiter, donc on ne répond que partiellement à l’objectif. » Et puis il s’agit aussi de caractériser la pulvérisation - part qui touche la cible, le sol, qui se volatilise : « Nous disposons de très peu de références et de nouveaux matériels qu’il faut caractériser arrivent sur le marché. » Sachant que l’objectif visé, c’est d’avoir un « dépôt constant sur toute la saison ». En 2015, 68 parcelles ont été suivies (hauteur des vergers selon les espèces, largeur du rang de végétation, espacement entre les rangs) afin d’étudier l’évolution de la végétation par typologie en cours de saison. L’idée était de trouver un indicateur unique qui pourrait servir à définir une dose. Les chercheurs ont notamment utilisé un lidar doté d’un faisceau lumineux qui balaie la végétation et renvoie une information de distance à chaque fois qu’il rencontre un obstacle, ce qui permet de déterminer le volume de végétation et, peut-être un volume de feuille. La seconde étape vise à construire un abaque d’adaptation des doses basé sur les hypothèses retenues.

Pages

Les vidéos