Arboriculture. Pulvérisation
Toucher la cible
Arboriculture. Pulvérisation
Publié le 17/07/2016
Les vergers ne sont pas des cibles extrêmement mobiles, mais tout de même : en une saison, le volume de végétation évolue considérablement. Pour que les produits phytosanitaires épandus soient plus efficients, il apparaît donc logique d’adapter les traitements à l’état de la végétation. La recherche y travaille.
Lors de la journée professionnelle de l’arboriculture fruitière d’Alsace, proposée récemment par le Verger expérimental d’Alsace et la Chambre d'agriculture d’Alsace, Jean-Paul Douzals a présenté les travaux menés à l’Irstea de Montpellier pour améliorer les techniques de pulvérisation. « Nous ne travaillons pas sur l’efficacité physique des produits, mais sur l’amélioration des techniques de pulvérisation en cherchant à caractériser les procédés qui entrent en jeu lors de l’atomisation, les interactions qui peuvent exister entre les buses, les coformulants, les matières actives… » Les chercheurs testent des buses anti-dérive dans une soufflerie, mesurent les tailles de gouttes obtenues avec différents adjuvants, la performance des pulvérisateurs, notamment dans le cadre du projet EvaSpray Viti qui permet de classer les pulvérisateurs en fonction de leurs performances « un peu comme les réfrigérateurs ou les lave-vaisselle ». Adapter les doses à la végétation L’Irstea est également partie prenante du projet Pulvarbo, un projet pluridisciplinaire mené par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) et certaines stations expérimentales régionales, qui a pour objectif l’optimisation de la pulvérisation en arboriculture fruitière. « Cela passe par une réduction des quantités de produits phytosanitaires appliqués et notamment par la possibilité d’adapter les doses en fonction du stade végétatif et du volume foliaire à traiter. » En effet, les doses des produits phytosanitaires à appliquer sont toujours exprimées en litre ou en kilo par hectare cadastral, ou en dose par hectolitre, ce qui ne tient pas du tout compte du stade de la culture, donc de la couverture végétale. Or il est logique de penser qu’il n’est pas nécessaire de traiter à pleine dose au début du cycle de développement d’une culture car une grande partie du produit appliqué est perdue : « Ce n’est pas la peine de mettre la pleine dose s’il n’y a pas la végétation pour la capter ». Théoriquement, il est donc possible de réduire les doses aux stades précoces, à condition que l’application soit homogène, car pour une même dose de traitement, la dose reçue par les feuilles est plus élevée aux stades précoces que quand le feuillage est développé. « Et cela entraînerait aussi une réduction potentielle de la dérive, pour limiter les pollutions diffuses. » Actuellement, les volumes de bouillie et les doses sont généralement les mêmes, quel que soit le stade végétatif des vergers. L’Irstea travaille donc à la mise au point d’un outil d’aide à la décision qui permettrait d’adapter les doses et les volumes de traitement. Mais quelle végétation ? Afin de pouvoir mener à bien ces investigations, il faut d’abord « savoir ce que l’on traite » et donc « caractériser l’évolution de la végétation, à partir d’indicateurs simples, selon leur typologie (gobelet, haie fruitière) pour connaître les surfaces et les volumes à traiter ». Plus facile à écrire qu’à faire, car « soit on considère la surface du mur de feuille, soit on opte pour une approche plutôt par volume, comme si la végétation était un cube, mais alors on ne considère pas le nombre de feuilles à traiter, donc on ne répond que partiellement à l’objectif. » Et puis il s’agit aussi de caractériser la pulvérisation - part qui touche la cible, le sol, qui se volatilise : « Nous disposons de très peu de références et de nouveaux matériels qu’il faut caractériser arrivent sur le marché. » Sachant que l’objectif visé, c’est d’avoir un « dépôt constant sur toute la saison ». En 2015, 68 parcelles ont été suivies (hauteur des vergers selon les espèces, largeur du rang de végétation, espacement entre les rangs) afin d’étudier l’évolution de la végétation par typologie en cours de saison. L’idée était de trouver un indicateur unique qui pourrait servir à définir une dose. Les chercheurs ont notamment utilisé un lidar doté d’un faisceau lumineux qui balaie la végétation et renvoie une information de distance à chaque fois qu’il rencontre un obstacle, ce qui permet de déterminer le volume de végétation et, peut-être un volume de feuille. La seconde étape vise à construire un abaque d’adaptation des doses basé sur les hypothèses retenues.












