Cultures

Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal)

Grand hamster : 400 terriers recensés en 2016

Publié le 15/07/2016

Les compensations versées aux agriculteurs engagés dans la protection du grand hamster ont été payées tardivement. Alors que le nombre de terriers recensés remonte en 2016, l’Afsal maintient la pression pour que le solde soit réglé au plus vite.

Signataires d’une MAET (mesure agri-environnementale), les 150 agriculteurs volontaires engagés dans le programme de protection du grand hamster d’Alsace ont été payés tardivement cette année. Ces retards ont entraîné un fort mécontentement, indique Laurent Fischer, président d’Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal), qui tenait son assemblée générale le 20 juin à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. « Nous avons fait une pression maximale pour obtenir un acompte, explique-t-il. Nous espérons que pour l’année qui vient, les paiements interviendront plus tôt, notamment pour le blé sur pied. Un versement fin juillet serait convenable vu les moments extrêmement difficiles que nous traversons. » D’après les comptages réalisés par la mission hamster de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), 224 terriers ont été recensés en 2015 et 400 en 2016. Très loin des « 800, 1 000, 1 200 terriers » auxquels rêverait Julien Eidenschenck, responsable de la mission hamster à l’ONCFS. L’espèce est présente dans une quinzaine de communes alsaciennes représentant 1 700 hectares de terres agricoles. « Nous recherchons des espèces dans l’intégralité des 30 communes qui font partie de la zone de protection stricte (ZPS) », indique Julien Eidenschenck. La population de hamsters de la zone d’Obernai est la plus stable, celles de Geispolsheim et d’Elsenheim sont en voie de fragilisation. Plus de 30 % de cultures favorables Les recensements réalisés depuis 2013 montrent une stabilité globale, avec d’importantes fluctuations d’une année sur l’autre : en 2014, les 436 terriers comptabilisés s’expliquaient par la réussite des lâchers de hamsters réalisés un an plus tôt. En 2015 et 2016, les conditions climatiques exceptionnelles (grande sécheresse, puis pluviométrie record) ont pu faire chuter les effectifs. À moins que ce ne soit la conséquence de la prédation effectuée par les renards. Un lien qui pour le moment n’est pas suffisamment démontré, selon Jean-Philippe d’Issernio, directeur départemental des territoires. Environ 450 hamsters ont été lâchés fin juin début juillet dans les communes de Geispolsheim, Blaesheim et Griesheim-près-Molsheim, avec l’accord des maires et d’une quinzaine d’agriculteurs concernés, précise Julien Eidenschenck. Le Plan national d’action (PNA) hamster, qui porte sur la période 2012-2016, est en voie d’achèvement, indique Philippe Osswald, conseiller spécialisé en protection des milieux à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ce plan prévoit notamment d’encourager les cultures favorables au hamster (céréales à paille et luzerne) et d’améliorer le maillage des cultures favorables à travers la gestion collective des assolements. De nombreuses réunions d’animation ont été organisées à l’intention des agriculteurs dans les différentes zones concernées. Le pourcentage de cultures favorables, qui était de 27 % en moyenne en 2013, dépasse désormais 30 %, constate Philippe Osswald, reconnaissant que « la conjoncture a peut-être aidé ». Dans certaines communes, comme Geispolsheim, ce pourcentage avoisine même 40 %. Maintenir la gestion collective En 2016, une extension de la zone de Blaesheim est prévue, pour y inclure 64 ha et 4 agriculteurs volontaires de Duppigheim. L’Afsal recherche par ailleurs des agriculteurs supplémentaires pour consolider la zone collective d’Elsenheim. L’association s’investit également dans la préparation du nouveau PNA hamster qui succédera au plan actuel. Dans ce cadre, un groupe de travail a été créé et procède à un bilan des mesures en cours. Même si certaines dispositions restent à améliorer, l’intérêt de maintenir une gestion collective apparaît clairement, indique Philippe Osswald. La future MAET hamster devrait donc retenir ce principe de gestion collective assortie d’une incitation individuelle. L’objectif serait de réduire la période sans couvert végétal après moisson et de répondre aux besoins nutritionnels du hamster. Philippe Wolff, trésorier, a présenté les comptes 2015. Il en ressort que les aides versées aux agriculteurs dans le cadre de la protection du grand hamster se montent à près de 520 000 euros en 2015, dont 406 000 € au titre de la MAET hamster et près de 114 000 € au titre du blé sur pied. De ce montant, environ 100 000 € restent à payer. Dans ces conditions, la nouvelle campagne de souscription s’annonce difficile s’il n’y a pas d’accélération dans les paiements, prévient Philippe Wolff. « La main lourde » « L’État se soucie plus que jamais du grand hamster, indique Laurent Darley, directeur régional adjoint de l’environnement, de l’aménagement et du logement, tout en saluant l’engagement des agriculteurs dans le programme de protection du mammifère. Mais nous sommes encore loin d’être au point où la Cour européenne va nous féliciter. Le contentieux est toujours en cours. » S’agissant des arrêtés interministériels de protection du grand hamster récemment cassés par le Conseil d’État, suite au recours déposé par plusieurs communes, il rappelle que l’effet de cette décision n’interviendra qu’à la mi-octobre. D’ici là, il va falloir se mettre d’accord sur l’étendue du périmètre de protection à mettre en place autour des terriers de hamster. « Le Conseil d’État estime que le ministère a eu la main un peu lourde avec les 600 mètres. À nous de proposer de remettre le curseur au bon endroit. »

Couverture hivernale entre deux maïs

Différentes techniques qui restent à éprouver

Publié le 07/07/2016

Un dispositif d’équivalence à la mesure de diversité des cultures imposée par la Pac existe pour les exploitations spécialisées en maïs. Le cahier des charges impose une couverture hivernale des sols au moyen d’un couvert sur l’intégralité des terres arables.

Les exploitations spécialisées en maïs peuvent bénéficier d’un dispositif d’équivalence à la mesure de diversité des cultures imposée par la Pac. Mais cela requiert de respecter un cahier des charges qui impose une couverture hivernale des sols sur 100 % des terres arables, réalisé au moyen d’un couvert semé pur ou en mélange dans une liste d’espèces préétablie. L’implantation de ce couvert doit être réalisée au plus tard dans les 15 jours qui suivent la récolte du maïs, et la destruction du couvert n’est autorisée qu’à partir du 1er février de l’année suivante. Le cahier des charges recommande aussi de pas fertiliser le couvert hivernal et de privilégier la destruction mécanique du couvert par broyage et/ou roulage. Outre de déroger à la mesure de diversité des cultures de la Pac, la couverture hivernale des sols entre deux maïs permet de limiter le lessivage hivernal et dans certaines situations de bénéficier d’une ressource de fourrage supplémentaire. Mais, techniquement, il n’est pas toujours évident de semer un couvert à cette période, et surtout d’assurer sa levée. Or la dérogation à la mesure de diversité des cultures est assujettie à une obligation de résultat : « Le couvert doit lever », traduit François Alves, conseiller en agronomie et grandes cultures à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Pour aider les agriculteurs à gérer la couverture hivernale entre deux maïs, la CAA a mis en place un essai sur les terres du lycée agricole de Rouffach. « Nous sommes partis sur des couverts constitués de graminées, dont les semences peuvent être obtenues à la ferme pour limiter les coûts à l’image du blé. » Une fois le maïs précédent récolté, ses résidus ont été broyés. Une partie de la parcelle a ensuite été labourée (modalité labour), l’autre a été travaillée au chisel (modalité non-labour) avant un semis du couvert à l’aide d’une herse rotative combinée à un semoir. Le couvert a été détruit au glyphosate (1,5 l/ha) le 31 mars sur une partie de l’essai, sauf dans le témoin où le labour automnal a été repris par deux passages de vibroculteur avant le semis du maïs suivant le 7 mai. Lors du salon Agriculture de demain, les 1er et 2 juin, plusieurs modalités étaient confrontées à des problèmes de repousse, « qu’il faudra gérer avec le désherbage du maïs », indiquait alors François Alves. Les résultats définitifs de l’essai seront connus cet hiver, après la récolte du maïs. À côté de cet essai, une modalité a été travaillée au strip-tiller, qui présente l’avantage de laisser beaucoup de résidus en surface, donc de limiter l’érosion. En outre le fait de ne travailler que le futur rang de semis permet de créer un environnement favorable à la levée du maïs sans bouleverser l’interrang. « Mais c’est une technique délicate à mettre en œuvre, notamment du point de vue de la gestion des ravageurs et des adventices », note François Alves.

Comptoir Agrosphère - Les rencontres

Un traité d’innovation appliquée

Publié le 05/07/2016

Le rendez-vous annuel de l’innovation agro-connectée en Alsace s’est déroulé pour la première fois le 23 juin à Bietlenheim. Organisé par le Comptoir agricole, l’événement a permis de toucher du doigt l’agriculture du futur.

Christian Lux et Clément Weinsando, du Comptoir agricole, animaient un atelier sur la fertilisation phosphatée. « Le phosphore est extrait de mines dont le gisement se raréfie. En outre, l’excès de phosphore dans l’eau provoque de l’eutrophisation qui se traduit par la prolifération d’algues. Comme celle de l’azote, l’utilisation de phosphore pourrait donc à l’avenir faire l’objet de limitations. Et puis les fournisseurs proposent du phosphore organique, par exemple issu d’élevages de volailles, qu’il s’agit de caractériser », introduit Christian Lux. D’autant que le phosphore est difficilement absorbable par les plantes. En effet, il doit se trouver dans la solution du sol, et à moins de 2,5 mm des racines. Or le phosphore apporté sous forme d’engrais est très vite fixé par les cations du sol. Du coup, selon le type de sol, seuls 20 à 15 % du phosphore apporté sont utilisés. « Il vaut donc mieux ne pas trop en apporter au printemps, mais plutôt gérer la fertilisation phosphatée de manière pluriannuelle, en amenant le phosphore en fonction des cultures et de leurs besoins, en prenant en compte que les résidus végétaux, les effluents, contiennent aussi du phosphore », conseille Christian Lux. Pour mieux appréhender l’efficacité de divers engrais phosphatés et les comparer à la référence, le 18-46, le Comptoir agricole a élaboré un essai répété sur trois sites différents et qui sera conduit sur plusieurs années. Cet essai comporte des engrais apportés en localisé, mais aussi des microgranulés qui sont positionnés dans la raie de semis, ce qui permet d’obtenir une stimulation racinaire avec peu de phosphore. Ou encore des formes d’engrais qui contiennent à la fois du phosphore et des bactéries qui vont solubiliser le phosphore du sol et aider les plantes à l’absorber en facilitant les échanges entre les racines et la solution du sol. Les premiers résultats font apparaître une grande différence de réponse en termes de gain de rendement selon le type de sol et selon le type d’engrais. L’adjonction de bactéries semble tenir ses promesses, la synergie entre azote et phosphore est également intéressante. Un semis précis et instructif Bruno Grossetête et Marion Bass travaillent tous les deux pour la société Dekalb. Le premier dans le développement technique, la seconde en tant que commerciale. « Notre premier axe de travail consiste à améliorer le potentiel de rendement des plantes, le second à sécuriser ce rendement en travaillant aussi la tolérance aux maladies, au stress… Mais en fonction de l’environnement, atteindre le rendement maximal sera parfois très difficile », introduit Bruno Grossetête. C’est là qu’intervient la technologie Precision Planting. La technologie, rachetée par Monsanto - dont Dekalb est une marque déposée - a ensuite été revendue à John Deere. Car ce qui intéresse Dekalb, c’est de pouvoir travailler sur les données générées par ce matériel connecté. Actuellement, la technologie Precision Planting se traduit par un semoir qui présente plusieurs particularités. La première, c’est un contrôle de pression indépendant sur chaque élément semeur qui permet de conserver une profondeur de semis régulière malgré l’hétérogénéité de la parcelle. La pression exercée par le vérin pour garder la même profondeur de semis est enregistrée en temps réel dans un logiciel. Pour l’agriculteur, c’est la garantie d’une levée homogène, à la bonne densité. Pour Dekalb, ce sont des cartographies de la pression qui a été exercée par chaque élément. Deuxième particularité de ce semoir, un sélecteur très précis, qui permet d’éviter les doublons et les manques quel que soit le PMG des semences. La technologie VSet permet en outre de régler électroniquement la densité de semis depuis la cabine, et rang par rang. La troisième particularité de ce semoir réside dans son tube de descente : « C’est un véritable tapis rouge pour les graines », compare Bruno Grossetête. Résultat : le semis est régulier, quelle que soit la vitesse d’avancement. Enfin, ce semoir est capable de fournir une masse prodigieuse de données géoréférencées qui vont permettre de mieux appréhender la réponse des graines à leur environnement. Diverses données peuvent en effet être croisées - carte des sols, de la végétation, du rendement… - et interprétées. « Grâce à ces investigations, on saura bientôt valoriser les zones à bonne réserve utile d’une parcelle avec un hybride à haut potentiel, semé à une densité élevée, et adapter différemment le semis aux zones plus humides, plus sèches d’une même parcelle… » Bruno Grossetête illustre ses propos avec des courbes de réponse de différents hybrides à la densité de semis en fonction du type de sol. « On constate que certains hybrides gagnent à être semés denses, alors que le rendement d’autres plafonne rapidement. » Bas volume : va pour 80 l/ha Didier Lasserre et Lucile Pligot, d’Arvalis-Institut du végétal, animaient un atelier sur la pulvérisation bas volume. Une technique qui consiste à diminuer le volume de bouillie appliquée en dessous de 100 litres/hectare alors qu’en moyenne les agriculteurs traitent à des volumes de 120 - 150 l/ha. « Nous avons cherché à savoir jusqu’où il est possible de descendre sans perdre en efficacité », introduit Lucile Pligot. Tandis que Didier Lasserre rappelle les intérêts de la méthode : « Réduire le volume de bouillie permet de traiter plus rapidement, donc de s’occuper d’un maximum de surfaces dans de bonnes conditions. Et qui dit bonnes conditions dit bonne efficacité, donc possible réduction de doses. » D’autant que pour certains produits, réduire le volume d’eau augmente l’efficacité de la matière active. C’est notamment le cas du glyphosate, qui est chargé négativement et qui se chélate au calcium (Ca2 +) contenu dans l’eau calcaire d’Alsace. Le complexe obtenu est moins efficace. En réduisant le volume de bouillie, on réduit le nombre de cations et on augmente le nombre de molécules de glyphosate, donc la probabilité de former des complexes moins actifs est plus faible. Pour mener des expérimentations sur cette technique, les équipes d’Arvalis utilisent un quad équipé d’une rampe de 3 mètres. Le dispositif permet de faire varier la vitesse d’avancement, la pression au niveau des buses et leur type. Un essai visait à identifier la ou les meilleures combinaisons volume de bouillie, dose de produit et ajout d’adjuvant sur l’efficacité du Monsoon Active (ou Mondine). Les résultats permettent de conclure qu’on peut « tranquillement réduire le volume de bouillie et la dose de produit, à condition de bien prendre en compte les conditions météorologiques, et que l’ajout d’adjuvant augmente significativement l’efficacité des traitements ». La pulvérisation bas volume est adaptable à la plupart des traitements, y compris fongicides. Mais Didier Lasserre met tout de même en garde : « Il faut être prudent avec les produits de contact car pour être efficaces ils doivent toucher leur cible avec un maximum d’impacts. Or la diminution du volume de bouillie risque de réduire le nombre d’impacts. » Elle doit donc s’accompagner d’un choix de buses appropriées. Les buses à injection d’air, qui font de grosses gouttes, sont à proscrire. Le volume de bouillie doit donc se raisonner en fonction du type de produit (systémique ou de contact), de la buse (grosse ou petite goutte) et de la cible (les graminées constituent des cibles étroites). Mais Didier Lasserre estime que, dans la majorité des cas, on peut descendre à 80 l/ha sans trop risquer de déconvenues, « toujours à condition de bien prendre en compte les conditions météorologiques ». Et avec une exception : les traitements contre la fusariose. « Là il faut tartiner, pour bien toucher la cible, qui est l’épi, donc il vaut mieux monter à 150 l/ha. » Vivaces : frapper vite et plusieurs fois Vincent Bouillon, de la société Syngenta, animait un atelier sur la gestion des vivaces, des adventices « difficiles à gérer parce que ce sont… des vivaces ! » Ce qui implique qu’elles sont issues de tubercules, de rhizomes, de stolons de bulbes, de drageons qu’il faut également détruire et qui sont difficiles à atteindre. La première règle à respecter consiste donc à intervenir tôt, dès que les premiers foyers sont détectés car plus la parcelle est infestée, plus la lutte est difficile. En outre, il s’agit d’utiliser des produits systémiques, qui descendent dans les racines des adventices. Pour affiner les techniques de désherbage des vivaces, Syngenta a mis en place un jardin de vivaces, c’est-à-dire une sorte de pépinière où des vivaces sont cultivées de manière confinée grâce à une bâche, et où diverses stratégies de traitement sont appliquées afin d’identifier les meilleurs produits, associations de produits, programmes et délais entre deux applications. Un des éléments qui ressort de ces investigations, c’est l’importance du respect de la notion de programme parce qu’au moins deux applications sont en général nécessaires à la maîtrise des vivaces. Il est aussi important de respecter le stade d’application et le bon timing entre les interventions.

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