Cultures

Publié le 13/09/2016

Il y a quelques années, les houblonnières ont bien failli disparaître du paysage alsacien. Mais, à l’image du houblon, dont la liane est réputée pour être coriace, la filière a su rebondir en se réinventant. Les demandes des clients ont changé, le houblon alsacien aussi. Et ça marche. Les carnets de commandes sont pleins. Il faut désormais produire davantage !

Il y a six ans, la filière houblonnière, ancestrale en Alsace et dont elle constitue un symbole fort, vacillait sur ces acquis. Son principal client Anheuser-Busch, qui absorbait à lui seul 70 % de la production alsacienne, rompait purement et simplement le contrat. En décembre 2010, la coopérative des producteurs de houblon Cophoudal se rapproche du Comptoir agricole. Et l’activité est reprise par la coopérative céréalière qui instaure un plan de maintien de la filière. Hors de question en effet de voir toutes les houblonnières démontées. Car étant donné les investissements que cela représente, il y a fort à parier qu’une houblonnière à terre ne se redresse jamais. Les structures sont donc laissées en place, et il y pousse des céréales, en attendant des jours meilleurs. Repositionnement sur les aromatiques Pendant ce temps, les équipes du Comptoir agricole se saisissent du dossier, et notamment Antoine Wuchner, spécialiste de la vente des céréales. Lorsqu’il se voit confier la commercialisation du houblon, il comprend qu’il « va falloir passer d’une logique de distribution à une logique de proposition, ce qui requiert de bien connaître le houblon, pour savoir quel type de houblon proposer à quel client. » Car le marché de la bière - donc du houblon - a changé. Les parts de marché des bières de soif sont grignotées par les parts de marché des bières de spécialités, qu’elles soient produites par un grand groupe ou une microbrasserie, dont le contingent s’est considérablement accru en quelques années. En outre, l’Alsace s’avère dans l’incapacité de rivaliser avec les autres origines sur le créneau des houblons amérisants. Deux éléments qui ont incité le Comptoir agricole à retravailler son positionnement sur le créneau des houblons aromatiques. Un vaste plan de sélection variétale a permis d’élaborer de nouvelles variétés (aramis, triskel, bouclier, barbe rouge - aux arômes de fruits rouges -, mistral - au parfum exotique). Désormais, un portefeuille de huit variétés aromatiques (soit 95 % de la surface) et deux variétés amérisantes sont emballées dans un nouveau plan marketing, qui vise à positionner les houblons d’Alsace comme des produits de luxe, en lien avec la gastronomie française. Les associations entre mets et bières sont notamment mises en avant. À la conquête de nouveaux clients Pour remplacer le client historique, l’équipe commerciale du Comptoir agricole est allée toquer à la porte de l’oncle Sam : « Le marché des aromatiques y est porté par l’essor des microbrasseries et les brasseurs fonctionnent par contractualisation. » De salons en salons, le houblon d’Alsace a séduit les brasseurs américains, puis les Canadiens, puis les Belges… « Désormais, nos houblons sont présents dans toutes les grandes brasseries alsaciennes et dans de nombreuses brasseries belges », se félicite Antoine Wuchner. Du maintien au développement Après avoir été réduite à ?? ha en ?? (au plus bas), la surface houblonnière atteint 430 ha en production en 2016, et « il faudrait 100 ha de plus d’ici 2 ans pour répondre à la demande », indique Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. « Nous avons bénéficié de nombreux soutiens pour maintenir cette filière. Désormais le marché reprend des couleurs. Le plan de maintien n’est plus à l’ordre du jour. Nous avons devant nous des contrats pour trois à cinq ans. Notre plan de développement est désormais le suivant : augmenter les surfaces, investir dans une unité de pelletisation (NDLR : le houblon peut être commercialisé en frais, pelletisé ou sous forme d’huile) et relancer le plan de sélection variétale. » En effet, le croisement de lignées est interrompu, le travail de sélection reposant actuellement sur les derniers croisements qui ont été effectués. Lever les freins, par tous les moyens Aujourd’hui, grâce aux contrats conclus avec ses clients, le Comptoir agricole est en mesure d’assurer une visibilité sur cinq ans aux houblonniers. Malgré cela, la coopérative peine à trouver des volontaires pour développer les surfaces, que ce soient d’anciens ou de nouveaux planteurs. Plusieurs freins ont été identifiés : les investissements importants (dans les houblonnières mais aussi dans les outils de transformation), l’isolement (l’Alsace ne compte que 47 houblonniers) et la dimension des infrastructures requises, qui peut faire peur. Pour lever ces freins, plusieurs idées ont émergé : octroyer une incitation de 1 000 €/an pendant 5 ans pour toute extension de surface ; garantir un prix minimum pendant une durée minimum afin de sécuriser l’amortissement des investissements ; mettre en place un dispositif de parrainage entre anciens et nouveaux planteurs, les anciens laissant les nouveaux utiliser leurs installations moyennant un système de rétribution qu’il reste à établir ; élaborer une formation dédiée à la production de houblon ; mettre sur pied un îlot de production regroupant quelques producteurs fonctionnant en Cuma. D’ici la fin de cette année, voire le début de la prochaine, 20 ha de houblonnières vont être montés. Reste à en trouver 70, soit l’équivalent de trois-quatre exploitations professionnelles d’une vingtaine d’hectares. « Dès cet hiver, nous allons organiser une formation pour attirer les jeunes et repérer ceux qui ont les aptitudes pour faire de bons houblonniers », indique Matthieu Luthier, responsable développement et communication au Comptoir agricole. Le sauvetage de cette filière, qui doit son salut à son repositionnement face à l’évolution du jeu de l’offre et de la demande, a été présenté aux élus de la commission agriculture et forêt de la Région Grand Est qui sont allés à la rencontre des houblonniers alsaciens pour mieux connaître cette filière, inconnue au bataillon des productions agricoles lorraines et champardenaises. Pascale Gaillot, présidente de cette commission, a assuré les houblonniers alsaciens de soutien de la Région : « Le soutien aux filières longues et structurantes est inscrit dans notre plan de développement agricole ». Chiffres clés 2015 481 ha de houblonnières objectif de 700 t/an 47 houblonniers 10 000 m2 stockage 70 % du houblon exporté 72 % de contractualisation un laboratoire d’analyses 22 k€ d’analyses 96 % de la production française de houblon en Alsace

Drosophile suzukii en arboriculture

Une dynamique très météo-dépendante

Publié le 01/09/2016

Cette année, la drosophile suzukii a donné du fil à retordre aux arboriculteurs et producteurs de petits fruits.

Depuis sa détection sur le sol alsacien, la drosophile suzukii est traquée par l’ensemble des acteurs du secteur agricole qui déploient force pièges sur l’ensemble du territoire afin de détecter l’insecte, de suivre l’évolution de sa population et d’émettre des recommandations concernant les méthodes de lutte dans le cadre des Bulletins de santé du végétal (BSV). Enfin ça, c’est la théorie. Car dans la pratique, le ravageur joue avec les nerfs des opérateurs. « Dans certains pièges, on capte beaucoup de drosophiles, dans d’autres moins. En outre il n’y a pas de lien évident entre le niveau de piégeage et les dégâts », rapporte Stéphanie Frey, de la Fédération régionale de défense contre les organismes Nuisibles (Fredon). Lutter contre l’humidité Difficile dans ces conditions d’établir des vérités. Tout de même, il est désormais certain que le niveau de risque est lié à la conjonction de facteurs météorologiques et environnementaux favorables : « La drosophile aime l’humidité et la douceur. S’il fait chaud et sec, elle se réfugie dans les haies, les forêts, où ces conditions favorables sont réunies et où sureaux, mûriers et autres fruitiers sauvages constituent leur principale source de nourriture. » Mais par temps humide, la drosophile sort plus volontiers des bois pour s’aventurer dans les vergers, vignes et autres parcelles de petits fruits. Les parcelles bordées de haies, de forêts, constituent donc les premières victimes. Forts de ces constatations, dès que la présence de l’insecte a été avérée grâce aux piégeages, début juin, soit un mois plus tôt qu’en 2014, les acteurs du BSV ont émis des recommandations en matière de prophylaxie. Pour résumer, il s’agit de limiter l’humidité dans les parcelles, afin de renvoyer l’insecte dans ses pénates : « Maintenir l’enherbement bas et veiller à une bonne aération des cultures, ne pas trop espacer les récoltes, éviter de laisser des fruits en surmaturité sur l’arbre ou sur le sol. Les fruits atteints doivent être évacués régulièrement de la parcelle en les enfermant par exemple dans des sacs ou d’autres contenants hermétiques », listait le BSV arbo du 8 juin. Quels que soient les fruits, « les producteurs qui ont mis en œuvre ces mesures et qui ont traité, en bio comme en conventionnel, ont généralement pu limiter les dégâts. Mais certains se sont laissés dépasser et ont baissé les bras », rapporte Stéphanie Frey. L’insecte mène en effet la vie dure aux producteurs qui ne doivent pas relâcher leur vigilance, cadencer les cueillettes à un rythme élevé, vendre les fruits le plus rapidement possible… En outre, hormis la mirabelle qui est - pour l’instant - épargnée, tous les fruits ont été touchés. Lilian Boullard, conseiller à Planète Légume, rapporte qu’en fraises, la drosophile suzukii a été un problème secondaire par rapport au botrytis et à la moindre fréquentation des libres-cueillettes en raison de la météo. Elle a néanmoins causé des dégâts, surtout en fin de saison. « Comme l’année avait de toute manière été mauvaise, certains producteurs ont pris la décision de pas laisser les fraisiers en place une année supplémentaires. Ils les ont donc broyés et enfouis, ce qui a permis de limiter la propagation de la drosophile suzukii aux fruits suivants. » Malgré ces efforts, la population du ravageur augmente avec le temps, mais pas de manière linéaire. Aussi l’intensité des attaques est-elle « totalement dépendante de la météo au moment où les fruits arrivent à maturité », constate Stéphanie Frey. Un projet Interreg Rien n’est simple avec la drosophile suzukii, aussi les acteurs du monde agricole de part et d’autre du Rhin ont-ils uni leurs moyens et leurs compétences dans le cadre d’un projet Interreg afin de faire avancer plus rapidement les connaissances sur l’insecte. Des essais sont en cours, au champ et au labo. La recherche avance. En attendant, il faut espérer que le temps restera sec et chaud jusqu’à la maturité des quetsches et des raisins, pour préserver la qualité de la récolte des deux derniers fruits de la saison.

Verger ouvert ce dimanche 28 août à Westhoffen

Traiter mieux, c’est traiter plus

Publié le 25/08/2016

Depuis 2010, des arboriculteurs se sont engagés dans le label Vergers écoresponsables. Pour mieux faire connaître leurs pratiques d’entretien des vergers plus respectueuses de l’environnement, ils organisent chaque année une opération Verger ouvert. Cette année, ce sont les vergers Dettling qui lèvent le voile sur des pratiques agricoles trop méconnues du grand public.

« C’est vrai qu’on traite beaucoup », concède Daniel Dettling, la tête un peu basse. Mais il la relève bien vite et affirme : « Il faut qu’on explique pourquoi on le fait. » Alors, pourquoi les vergers requièrent autant de traitements, et particulièrement les pommes ? Le coupable principal, c’est la tavelure, un champignon aux effets redoutables et qui se multiplie vite, particulièrement par temps chaud et humide, ce qui nécessite de cadencer régulièrement les traitements au cours du cycle d’élaboration des pommes, particulièrement long. « Ces traitements, nous aussi on voudrait bien s’en passer, c’est du travail, ça nous coûte cher et on est les plus exposés », indique Daniel Dettling. Mais la nature en a décidé autrement car avec la tavelure, l’absence de protection, c’est l’absence de récolte assurée. Par contre, il est possible d’optimiser les traitements pour qu’ils soient plus efficaces, moins nocifs pour l’environnement… C’est ce que s’attachent à faire les arboriculteurs qui adhèrent au cahier des charges « Vergers écoresponsables », dont Daniel Dettling et l’ensemble des membres de l’association Production fruitière intégrée (PFI) alsacienne, qui regroupe 27 producteurs de pommes soit environ 210 ha et un peu plus de 7 000 t de pommes en vergers écoresponsables et globalgap. Traiter par petites touches Ces arboriculteurs élaborent toutes sortes de stratégies pour favoriser la prédation naturelle : nichoirs pour les mésanges, hôtels à insectes, perchoirs pour les rapaces, friands de campagnols… Ils s’interdisent d’utiliser certains produits, parmi les plus nocifs. « Par exemple, pour lutter contre le carpocapse, nous privilégions les produits ovicides aux larvicides, plus agressifs ». Quoique pour Daniel Dettling, la restriction du panel de matières actives ne constitue pas la meilleure des solutions puisqu’elle peut conduire à des impasses. Il illustre son propos : « Lorsque le diméthoate était encore autorisé, on pouvait lutter efficacement contre la mouche de la cerise et la drosophile suzukii pour 7 €/ha, avec peu d’applications. Depuis qu’il a été interdit, on a dû traiter davantage, avec d’autres produits, plus chers, pour maîtriser ces ravageurs. Le coût de la protection est passé à 500 €/ha. » Pour lui, le moyen le plus efficace pour réduire l’impact des traitements, c’est de mieux les positionner. Pour ce faire, une vingtaine de stations météos sont réparties chez les arboriculteurs de PFI. Les données qui en sont issues sont injectées dans des modèles qui permettent de prédire les périodes où les traitements seront les plus efficaces en fonction du cycle du ravageur. « Le problème, c’est que comme on utilise des produits moins agressifs et qu’on les applique de manière plus ciblée, on doit traiter plus souvent. » Et ça, le voisinage, les consommateurs, ne le comprennent pas. Ils voient juste un pulvérisateur qui passe et repasse sous leurs fenêtres. Ils ne savent généralement pas non plus que, pour étaler sa production de cerises sur deux mois, Daniel Dettling cultive 25 variétés de cerisiers différentes, plus ou moins précoces, et qui n’arrivent donc pas aux mêmes stades au même moment. « Or, par exemple, pour lutter efficacement contre la mouche de la cerise, on doit traiter à un stade bien précis. On essaie donc de procéder par groupes de précocité, mais c’est un vrai casse-tête. On doit sortir souvent le pulvérisateur, mais c’est pour traiter à chaque fois de petites surfaces, au stade optimal », insiste Daniel Dettling. Bar à jus de fruits et autres douceurs C’est tout l’objectif des journées portes ouvertes du 28 août : expliquer aux consommateurs pourquoi les arboriculteurs traitent, et les efforts qu’ils déploient pour produire des fruits qui correspondent à leurs attentes, qui sont diverses et parfois difficiles à concilier. Pour ce faire, l’Association nationale pommes poires (ANPP), instigatrice de l’opération Vergers ouverts, a équipé Daniel Dettling d’un kit pédagogique. Et, avec son épouse, ils se chargeront de saupoudrer leurs explications de quelques douceurs : bar à jus de fruit, petite restauration (tartes aux pommes…), dégustation de mirabelles, de quetsches et - peut-être - des toutes premières pommes de la saison… Les plus gourmands pourront repartir chez eux les bras chargés de fruits. Rendez-vous donc à Westoffen, ce dimanche 28 août, au lieu-dit Faerzerle, sur une parcelle de pommiers deuxième feuille mêlant les variétés idared et boskoop. L’accès sera fléché depuis le centre du village, plus précisément depuis l’église protestante, et depuis le domaine Ansen, une des étapes des Circuits de la Couronne d’or, organisés le même jour par les vignerons de la Couronne d’or, les Jeunes Agriculteurs du canton de Wasselonne et les Randonneurs de Strasbourg.

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