Drosophile suzukii en arboriculture
Une dynamique très météo-dépendante
Drosophile suzukii en arboriculture
Publié le 01/09/2016
Cette année, la drosophile suzukii a donné du fil à retordre aux arboriculteurs et producteurs de petits fruits.
Depuis sa détection sur le sol alsacien, la drosophile suzukii est traquée par l’ensemble des acteurs du secteur agricole qui déploient force pièges sur l’ensemble du territoire afin de détecter l’insecte, de suivre l’évolution de sa population et d’émettre des recommandations concernant les méthodes de lutte dans le cadre des Bulletins de santé du végétal (BSV). Enfin ça, c’est la théorie. Car dans la pratique, le ravageur joue avec les nerfs des opérateurs. « Dans certains pièges, on capte beaucoup de drosophiles, dans d’autres moins. En outre il n’y a pas de lien évident entre le niveau de piégeage et les dégâts », rapporte Stéphanie Frey, de la Fédération régionale de défense contre les organismes Nuisibles (Fredon). Lutter contre l’humidité Difficile dans ces conditions d’établir des vérités. Tout de même, il est désormais certain que le niveau de risque est lié à la conjonction de facteurs météorologiques et environnementaux favorables : « La drosophile aime l’humidité et la douceur. S’il fait chaud et sec, elle se réfugie dans les haies, les forêts, où ces conditions favorables sont réunies et où sureaux, mûriers et autres fruitiers sauvages constituent leur principale source de nourriture. » Mais par temps humide, la drosophile sort plus volontiers des bois pour s’aventurer dans les vergers, vignes et autres parcelles de petits fruits. Les parcelles bordées de haies, de forêts, constituent donc les premières victimes. Forts de ces constatations, dès que la présence de l’insecte a été avérée grâce aux piégeages, début juin, soit un mois plus tôt qu’en 2014, les acteurs du BSV ont émis des recommandations en matière de prophylaxie. Pour résumer, il s’agit de limiter l’humidité dans les parcelles, afin de renvoyer l’insecte dans ses pénates : « Maintenir l’enherbement bas et veiller à une bonne aération des cultures, ne pas trop espacer les récoltes, éviter de laisser des fruits en surmaturité sur l’arbre ou sur le sol. Les fruits atteints doivent être évacués régulièrement de la parcelle en les enfermant par exemple dans des sacs ou d’autres contenants hermétiques », listait le BSV arbo du 8 juin. Quels que soient les fruits, « les producteurs qui ont mis en œuvre ces mesures et qui ont traité, en bio comme en conventionnel, ont généralement pu limiter les dégâts. Mais certains se sont laissés dépasser et ont baissé les bras », rapporte Stéphanie Frey. L’insecte mène en effet la vie dure aux producteurs qui ne doivent pas relâcher leur vigilance, cadencer les cueillettes à un rythme élevé, vendre les fruits le plus rapidement possible… En outre, hormis la mirabelle qui est - pour l’instant - épargnée, tous les fruits ont été touchés. Lilian Boullard, conseiller à Planète Légume, rapporte qu’en fraises, la drosophile suzukii a été un problème secondaire par rapport au botrytis et à la moindre fréquentation des libres-cueillettes en raison de la météo. Elle a néanmoins causé des dégâts, surtout en fin de saison. « Comme l’année avait de toute manière été mauvaise, certains producteurs ont pris la décision de pas laisser les fraisiers en place une année supplémentaires. Ils les ont donc broyés et enfouis, ce qui a permis de limiter la propagation de la drosophile suzukii aux fruits suivants. » Malgré ces efforts, la population du ravageur augmente avec le temps, mais pas de manière linéaire. Aussi l’intensité des attaques est-elle « totalement dépendante de la météo au moment où les fruits arrivent à maturité », constate Stéphanie Frey. Un projet Interreg Rien n’est simple avec la drosophile suzukii, aussi les acteurs du monde agricole de part et d’autre du Rhin ont-ils uni leurs moyens et leurs compétences dans le cadre d’un projet Interreg afin de faire avancer plus rapidement les connaissances sur l’insecte. Des essais sont en cours, au champ et au labo. La recherche avance. En attendant, il faut espérer que le temps restera sec et chaud jusqu’à la maturité des quetsches et des raisins, pour préserver la qualité de la récolte des deux derniers fruits de la saison.












