Cultures

Festival de non-labour et semis direct à Courcelles-Chaussy (57)

Objectif : déplafonner les rendements

Publié le 04/10/2016

Le lycée agricole de Courcelles-Chaussy accueillait le 21 septembre dernier le festival de non-labour et semis direct. Avec une belle concentration de semoirs de semis direct et six conférences d’agriculteurs praticiens ou de conseillers techniques.

Les Techniques culturales simplifiées (TCS) évoluent désormais dans un contexte où les marges de rentabilité des productions céréalières ne permettent plus d’autoriser des échecs. Et de se risquer à des essais de semis direct sans être certain d’obtenir des rendements qui couvrent les charges et les investissements en terre. Et même, « en agriculture de conservation, l’objectif n’est pas de perdre mais de gagner des quintaux », souligne Jean-Luc Forrler, conseiller agriculture de conservation (AC) chez Vivescia. Le rapport des agriculteurs aux TCS a donc considérablement évolué. Ils sont de plus en plus nombreux à introduire ici ou là quelques principes agronomiques des TCS sans pour autant convertir totalement l’exploitation au non-labour. L’idée de l’AC reste la même : produire de l’humus et de l’azote pour transformer le carbone. « Il faut trois à quatre ans pour remettre en route la vie biologique du sol et multiplier par quatre les vers de terre, champignons, insectes, soit passer de 3 à 12 tonnes de vie biologique. » La première idée est de prendre en compte la gestion du tassement, « de pratiquer des récoltes d’été et donc d’éviter dans les rotations du maïs ensilage ou de la betterave, les premières années de transition vers les TCS », prévient le conseiller. En Lorraine, « nous disposons d’une culture de printemps pour trois d’hiver soit colza-blé-orge d’hiver- pois ou blé. Les intercultures qui marchent ici sur le plateau lorrain, ce sont les couverts semi-permanents. Les couverts permanents présentent trop de risques ici, on a du mal à les réguler, ils deviennent des nids à campagnols. » La technique du couvert semi-permanent consiste à semer par exemple du trèfle blanc nain, à 4 kg/ha, en même temps que le colza, puis à le laisser en place après la récolte du colza. Il devient alors très agressif et explose, puis on le régule au glyphosate. Le blé est semé en direct dessus. Puis le couvert est détruit avec un herbicide avant la montaison du blé. « Avec cette technique, on déplafonne les rendements et on gagne en protéines. » Autre technique validée en Lorraine, les colzas associés aux féveroles, semées précisément à 5 cm. Quant aux mélanges multi-espèces, ils doivent être réfléchis en fonction d’objectifs précis, par exemple faire pâturer des moutons, ou produire du carbone ou de l’azote et faire de l’humus, ou produire du fourrage. La clé de la réussite en terres argileuses est le bon ressuyage, d’où une destruction des couverts avant semis plus précoce qu’ailleurs. « Une superbe machine pour nettoyer les parcelles » « L’agriculture de conservation est une superbe machine pour nettoyer les parcelles des dicotylédones ou des graminées. » Pour Jean-Luc Forrler, la féverole est un superbe outil, rustique pour les cultures associées, qui « n’a jamais fait perdre de rendement en association avec le colza », on gagne en moyenne 2 à 3 q et on réduit de 30 unités l’azote. On peut par exemple la semer au semoir EasyDrill à 5 cm de profondeur, un rang sur deux avec le colza à 0,5 cm. Et en outre, on évite de dépasser le seuil de nuisibilité des insectes. Le couvert aéré est une technique permettant par exemple de venir à bout des vulpins résistants, le seul produit efficace étant le glyphosate. Le principe consiste à faire un couvert long dans une interculture courte. Dans une rotation blé sur blé, ou blé sur orge d’hiver, on sème une interculture courte, comme de la féverole (15 à 18 pieds/m2), dès la moisson, puis le blé (ou l’orge) est semé en direct au disque ou avec un outil à dents « sans problème ». Le couvert de féverole gèle durant l’hiver ou est détruit à l’herbicide Atlantis. « Ce qui est important, c’est de désolidariser la période de travail du sol, qui doit être la plus éloignée possible de la date de semis. Donc si on n’est pas à l’aise avec les TCS et si on veut travailler le sol pour semer la féverole, on le fait tout de suite après la moisson », souligne Jean-Luc Forrler, ceci afin d’éviter qu’au semis du blé suivant, le remuage de terre occasionné par le semis ne fasse germer aussi les graines d’adventices. D’où la nécessité de préparer la terre au moins un mois avant le semis de la céréale d’hiver. Au final, avec cette technique, on déplafonne les rendements de blé de 5 q, avec un gain protéique de 0,8 à 1,2.

Publié le 03/10/2016

Opération de communication réussie pour les responsables tabacoles alsaciens, lundi dernier à Weyersheim. L’objectif était de montrer les atouts d’une filière qui a le vent en poupe et qui veut installer de nouveaux planteurs.

La coopérative Tabac et Feuilles de France (CT2F) a lancé une campagne de communication pour séduire de nouveaux planteurs. « Elle se déroule en plusieurs phases », explique Olivier Riedinger, directeur de la coopérative CT2F. Tout a commencé par l’envoi à 1 800 agriculteurs sélectionnés dans 26 départements (la coopérative en couvre 61) d’un flyer sur le thème « Cette production sera-t-elle la vôtre demain ? », avec un accès personnalisé au nouveau site internet. Dans les prochains jours, une brochure présentant la CT2F sera envoyée aux prescripteurs de l’agriculture, afin qu’ils soient en mesure de conseiller les agriculteurs lors d’une installation ou d’une diversification. Cette campagne de communication se poursuivra par l’envoi d’un dossier de presse aux journaux agricoles, précise Olivier Riedinger. La mise en ligne du site internet CT2F constituera la quatrième phase de ce plan. En Alsace, où les surfaces tabacoles sont en retrait, une autre stratégie s’imposait. Aussi Olivier Riedinger et les les trois techniciens, Philippe Sigrist, Thierry Bonet et Thomas Lux, ont-ils décidé, avec le soutien du président Rémy Losser, de monter une opération d’envergure sur la ferme du Kestlerhof à Weyersheim, lundi 26 septembre. Cette après-midi s’est déroulée en plusieurs temps : après les prescripteurs de l’agriculture alsacienne, la coopérative a accueilli les jeunes agriculteurs et les responsables des organisations professionnelles agricoles. À la fin, les adhérents se sont joints à eux en début de soirée. Le tabac fait partie depuis toujours du paysage agricole alsacien. Mais peu de gens savent qu’il a opéré une mutation en profondeur ces dernières années, a souligné Rémy Losser. Avec la mécanisation de la récolte, la culture du tabac s’est profondément modernisée, même si, précise-t-il, la récolte manuelle est toujours pratiquée dans certaines exploitations. Objectif : gagner en compétitivité Du côté des structures aussi le paysage a changé : après s’être restructurée en profondeur, Alsatabac s’est alliée à Nord et Loire Tabac pour former la CT2F et la fusion avec Poitou Tabac devrait être officialisée lors des assemblées générales de fin d’année. À la clé, un président et un directeur communs, un service administratif centralisé à Schiltigheim, et des frais généraux à la baisse. « Nous avons réussi, en anticipant, à optimiser nos structures dans un contexte de baisse des surfaces. » Mais surtout, le fait d’avoir réuni les trois services a créé une nouvelle dynamique, grâce aux échanges d’expériences des techniciens de terrain. Le meilleur exemple, souligne Rémy Losser, est celui de l’irrigation au goutte-à-goutte jetable expérimentée depuis deux ans en Alsace, mais couramment pratiquée plus à l’ouest. Mais d’autres expériences pourraient intéresser de nouveaux planteurs, comme le tabac à faible teneur en résidus, et même le tabac bio. La CT2F réalise un chiffre d’affaires de 16 M€. C’est une coopérative qui a les reins solides : « Nous avons consolidé notre situation financière, avec des fonds propres de 6,50 M€, explique Rémy Losser. Il y a quelques années, on ne donnait pas cher de notre filière, avec la fin des soutiens directs européens. Nous avons anticipé, par une amélioration de notre productivité et une adaptation de notre production aux besoins du marché. Aujourd’hui, nous ne percevons plus aucune aide couplée. » « Le tabac à chicha français est vraiment très prisé » C’est donc du côté des marchés qu’il faut se tourner pour expliquer le dynamisme de la filière tabacole. Seule une petite partie de la production est désormais écoulée auprès des grands industriels comme tabac de remplissage, explique Rémy Losser. Environ 15 à 20 %, précise-t-il. « Près de 70 % de notre virginie est commercialisé comme tabac à chicha, annonce Rémy Losser. Le tabac français est vraiment très recherché au Moyen Orient. Nous nous sommes engouffrés dans cette brèche. » De nouveaux clients viennent régulièrement frapper aux portes de France Tabac. « Cela nous a permis de faire monter le prix commercial qui a quasiment triplé en cinq ans. » La création d’une marque pour valoriser la qualité du tabac français est d’ailleurs envisagée. Comme à son habitude, Rémy Losser a fait preuve d’une grande transparence : « Notre tabac correspond parfaitement à la demande… pour l’instant. Mis à part l’Allemagne, les autres pays n’arrivent pas à produire un tabac de cette qualité. Mais pour combien de temps ? » C’est pourquoi d’autres pistes sont explorées, comme les tabacs spécifiques à faibles résidus. « Un opérateur veut même lancer une cigarette bio. » Des débouchés à forte valeur ajoutée s’ouvrent donc pour la filière. « Mais pour y accéder, il faut être dans les clous, niveau prix. » L’effort de productivité doit donc se poursuivre sur tous les plans. France Tabac s’est fortement investie pour maintenir la recherche, l’expérimentation, la production de semences - elles aussi en pleine restructuration -, afin de proposer des variétés plus productives, moins sensibles aux maladies (mildiou notamment), et continuer à lutter contre des fléaux comme la verse ou l’orobanche. Dans les exploitations, des investissements sans précédent ont été consentis pour moderniser les ateliers. « Au cours des dix dernières années, les planteurs ont investi entre 30 et 35 M€ dans la récolte du virginie. » Rémy Losser conclut : « Avoir une perspective de débouchés et de prix à court et moyen terme, c’est encourageant. Il y a donc une place pour de jeunes producteurs. »

Gustave Muller

Du maïs et des couverts

Publié le 28/09/2016

Gustave Muller organisait jeudi 22 septembre à Herbsheim une journée technique placée sous le signe de l’agronomie et des innovations. Au programme : collections de variétés de maïs et de Cultures intermédiaires pièges à nitrates, pilotage de la fertilisation du blé, respect de la faune auxiliaire, bonnes pratiques de pulvérisation, semis et gestion d’un couvert durant l’interculture d’une monoculture de maïs.

Cette année, les maïs ont été pénalisés par de mauvaises conditions d’implantation - « d’autant plus après deux années sans véritable hiver », note Jean-Michel Weiss, responsable technique et qualité chez Gustave Muller - un mauvais développement du système racinaire lié aux excès d’eau, et une fin de saison sèche et chaude… À noter aussi une augmentation de la pression exercée par la pyrale : « Après un début de vol timide les 7-8 juin, la population de l’insecte a progressé par pics, de manière assez anarchique, jusqu’à fin juillet, avec un pic de vol atteint les 11-14 juillet. Malgré des traitements insecticides bien positionnés, on observe des tiges trouées », indique Jean-Michel Weiss. Cette campagne est aussi marquée par la prévalence des coups de feu fusarien. Cette maladie est liée à l’envahissement des vaisseaux par le mycélium du Fusarium, auparavant présent dans la plante de manière asymptomatique, mais qui remonte la tige à la suite d’un stress, ce qui asphyxie la plante. Résultat : les feuilles dessèchent aussi par le haut et peuvent prendre une teinte rosée, des épis pendent… Sur le site internet d’Arvalis-Institut du végétal, on peut lire : « Cette maladie se rencontre le plus souvent en situation de monoculture de maïs irrigué, plutôt en sols filtrants… Des conditions chaudes en fin de cycle, couplées à des restrictions d’irrigation, exacerbent le phénomène. » Et plus loin : « Il semble que l’excès d’eau, notamment d’irrigation, favorise l’émergence de ces problèmes. » Pas étonnant donc que la campagne 2016 soit marquée par une recrudescence du phénomène. La meilleure méthode de lutte ? L’introduction d’une culture d’automne dans la rotation. Couvrir le sol entre deux maïs Transition toute trouvée donc avec la présentation d’un essai qui vise lui aussi à briser la monoculture de maïs, non pas avec une culture d’automne mais avec un couvert durant l’interculture. L’objectif visé n’est pas tant agronomique que réglementaire. En effet, dans le cadre de la nouvelle mouture de la Pac, il est possible de déroger à la règle de diversité des cultures (dite aussi des trois cultures) et de pratiquer la monoculture de maïs, à plusieurs conditions : il faut implanter un couvert dans les deux semaines qui suivent la récolte du maïs, ce couvert - qui doit être composé d’une ou plusieurs espèces contenues dans une liste - doit effectivement lever, et ne doit pas être détruit avant le 1er février. En outre, le maïs doit alors représenter plus de 75 % des terres arables, et la couverture hivernale des sols doit se faire sur l’ensemble des terres arables, pas uniquement le maïs. Cette mesure de dérogation aux règles du verdissement, appelée « Certification maïs », a surtout été pensée pour les exploitations maïsicoles spécialisées du sud de la France. En Alsace, le climat rend plus périlleuse la réussite d’un couvert après la récolte du maïs. Périlleuse mais pas impossible. C’est tout l’objet de l’essai élaboré par les établissements Gustave Muller. Celui-ci comprend cinq couverts différents, qui ont tous été semés le 20 octobre, puis détruits de quatre manières différentes. Puis, trois variétés de vigueurs différentes, de très bonne à faible en passant par moyenne, ont ensuite été semées le 21 avril derrière chaque modalité afin d’appréhender l’effet de chaque couple couvert - mode de destruction sur le maïs qui suit. Des couverts face à l’hiver Premier objectif de l’essai : déterminer les espèces, ou leurs mélanges, qui sont les plus à même de procurer un couvert développé en hiver après un semis d’automne. Pour ce faire, le peuplement de chaque couvert a été dénombré en entrée et en sortie d’hiver, et la répartition des espèces établie. Le couvert Late Couv (50 % de seigle, 30 % de navette et 20 % de trèfle) affichait 95 plantes/m2 en entrée d’hiver et 69 plantes/m2 en sortie d’hiver, la navette étant la seule espèce à avoir réellement levé et résisté à l’hiver : « Le seigle, très sensible aux limaces, a été ravagé, et la date de semis est trop tardive pour les légumineuses », explique Jérémy Ditner, technicien chez Gustave Muller. Le deuxième couvert, Chlorofiltre ST (52 % de seigle, 48 % d’avoine), a perdu 50 % de son peuplement durant l’hiver. Si bien qu’en sortie d’hiver il ne restait que 50 pieds/m2. Le seigle a connu le même sort que dans le premier couvert, et l’avoine rude a été détruite par le gel. Le troisième couvert, Chlorofiltre 30 (60 % de seigle, 30 % de vesce, 10 % de trèfle), confirme les observations précédentes. En sortie d’hiver six malheureuses plantes se battaient en duel sur un mètre carré. Le seigle a encore nourri les limaces, quant à la vesce et au trèfle, la date de semis était trop tardive pour obtenir une bonne levée, donc un couvert significatif, ce qui placerait les agriculteurs souscrivant à cette mesure dans l’illégalité. Heureusement, le quatrième couvert, un mélange de ferme composé de 60 % de pois et de féverole et de 40 % d’avoine d’hiver donne de meilleurs résultats, avec 372 plantes/m2 en entrée d’hiver et 255 plantes/m2 en sortie d’hiver, la proportion de légumineuses ayant néanmoins chuté entre-temps. Le cinquième couvert n’était autre qu’un blé, semé à 170 kg/ha, et qui a procuré un honorable 425 plantes/m2 en entrée d’hiver et 284 plantes/m2 en sortie d’hiver. Première conclusion : la navette et les céréales d’hiver sont les grands gagnants de cet essai en termes de peuplement. Mais attention, les céréales peuvent constituer un nid à pucerons. Aussi, pour Jérémy Ditner, les crucifères (navette, radis) constituent-elles le meilleur compromis. Il préconise de les semer à 5 - 10 kg/ha. Second objectif de l’essai : déterminer la meilleure manière de détruire les couverts afin de pénaliser le moins possible le maïs qui suit. Quatre modalités de destruction ont été testées : mécanique précoce : le plus tôt possible après le 1er février, soit un déchaumage le 18 mars cette année mécanique tardive : juste avant le semis du suivant chimique précoce : dès que les conditions le permettent après le 1er février chimique tardive : deux jours avant le semis du suivant Sans grande surprise, la meilleure vigueur de départ a été obtenue après le couvert Chlorofiltre 30, dont le maigre peuplement n’était guère en mesure de pénaliser le maïs. La moins bonne vigueur a été obtenue après le mélange de ferme, qui a produit davantage de biomasse que le blé. La comparaison des modes de destruction met en évidence qu’une destruction précoce est toujours plus favorable à l’implantation du maïs qui suit qu’une destruction tardive. Et un mode de destruction s’avère particulièrement pénalisant pour le maïs qui suit : la destruction chimique tardive, puisque la présence de la biomasse issue du couvert complique l’implantation du maïs. Les techniciens de Gustave Muller se sont aussi plus particulièrement penchés sur les dégâts de limaces. Le maïs implanté après le couvert Chlorofiltre 30 a été le plus épargné par les limaces : « Après avoir consommé la quasi-totalité du couvert, elles ont dû partir plus loin chercher de la nourriture », explique Jérémy Ditner. La destruction mécanique précoce des couverts s’avère un bon moyen de limiter les attaques de limaces. Par contre, la destruction chimique tardive s’est soldée par d’importantes attaques de limaces : « Elles se sont attaquées au maïs après la disparition d’un couvert qui leur avait été favorable jusque-là ».

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